00:00J'ai eu la sensation que, d'un seul coup, tout ce qu'on m'avait donné, on me l'a repris d'un coup net.
00:04Ça a été vraiment cette sensation.
00:06Et je me suis retrouvée, du coup, comme le petit garçon dans la cour d'école,
00:12que tout le monde regardait.
00:13Et donc, si tu veux, je portais la sensation d'abandon et la sensation de honte.
00:20Tu vois, alors c'était plus la honte d'être le PD de la cour de récréation,
00:24mais c'était la honte d'être le mec qui vend plus de disques.
00:27Tu vois, le loser, en fait.
00:34La première semaine de vente, elle est un peu fatidique.
00:37Et c'est vrai que c'est super violent quand, à une semaine de vente,
00:39on vous dit que l'album est plié, il n'atteint pas les chiffres.
00:42Donc, c'est mort.
00:44Ce que ça réveille, à ce moment-là, chez moi, c'est des failles beaucoup plus anciennes
00:48qui débarquent et je me prends en pleine tête à ce moment-là.
00:50Et je me rends compte que je suis hyper fragile et qu'en gros, depuis La Nouvelle Star,
00:55donc depuis 2005, le casting, et 2006, la victoire,
00:59qu'en gros, tout repose sur quelque chose d'hyper bancal
01:02et que je suis ultra dépendant du regard des gens, du succès,
01:07pour moi, me sentir un minimum solide.
01:09Or, à ce moment-là, je me sens hyper fragile, pas du tout stable
01:13et c'est là que ça commence un peu à bien vriller quand même.
01:17Ce qui est très violent, c'est que quand on est artiste,
01:19c'est très difficile de dissocier ce qu'on fait de ce qu'on est.
01:23Je dis souvent ça, c'est con comme exemple, mais bon, tu vas dans une boulangerie,
01:27tu te prends une baguette qui est un peu grillée, tu vas pas dire
01:29« Elle est complètement folle, cette boulangère, je ne retournerai plus jamais ! »
01:32Tu dis « Bon, dans un malentendu, il y a quelqu'un qui a eu le téléphone à ce moment-là,
01:35elle a foiré la baguette ! »
01:37Mais c'est pas dramatique.
01:38C'est vrai que quand t'as la sensation d'un rejet, parce qu'il n'y a pas une adhésion en fait,
01:43c'était ça le truc, t'as la sensation qu'en gros, c'est pas ce que tu fais qui est rejeté,
01:47mais in fine, c'est ce que toi, tu es, ce que tu représentes qui est complètement...
01:51qui est rejeté, c'est vraiment cette sensation-là.
01:54Donc, dissocier ce qu'on fait de ce qu'on est quand on est artiste,
01:57c'est quand même très compliqué.
01:58Et en même temps, c'est fondamental, si tu veux, et fondamental dans les deux sens,
02:04en cas d'échec et en cas de succès.
02:06Et là, je me dis en fait, il y a deux options.
02:07C'est-à-dire que la première option, soit t'es fondamentalement sadomaso,
02:12et tu aimes vraiment t'exposer et te sentir, tu vois, fragile comme ça.
02:19Et si tu veux, clairement, je me dis, c'est pas possible en fait, c'est pas viable.
02:24Donc, soit il y a cette option-là, soit il y a l'option,
02:27non, mais à un moment, il va falloir travailler sur toi,
02:30parce que c'est pas possible en fait, c'est pas possible,
02:32je me sentais pas du tout solide, pas du tout solide à l'idée éventuelle
02:36de faire un autre album qui ne marche pas, tu vois.
02:39Donc, si tu veux, il y avait ce truc-là.
02:40Et ça entraînait tout un tas de questionnements avant que je vois une psy,
02:44tout un tas de questionnements sur, mais pourquoi je faisais ce métier ?
02:47Qu'est-ce que j'avais besoin de combler ?
02:49Est-ce que je faisais ce métier par ego ?
02:51Tu vois, est-ce que c'était mon ego que je cherchais à nourrir ?
02:53Est-ce que je cherchais à communiquer des émotions avec les gens ?
02:56Enfin, tu vois, toutes ces questions-là, elles avaient besoin d'être creusées profondément.
03:01Et c'est ce que j'ai fait en fait, dès que la tournée s'est arrêtée.
03:05Donc, ça a été intense, mais nécessaire.
03:09PS, je t'aime. PS, je t'aime. PS, je t'aime. PS, je t'aime. PS, je t'aime. PS, je t'aime.
03:18J'arrive à table chez mes parents et je venais de réécouter l'album Rio.
03:24Et en fait, quand j'ai réécouté l'album, j'étais en larmes
03:27parce que je me disais, moi, en fait, cet album, j'aime bien.
03:30Donc, même s'il n'a pas marché, on n'arrivera pas à me faire dire que l'album n'était pas bon.
03:36Il me correspondait au moment que je vivais, moi, dans ma vie, à ce moment-là, en fait, tu vois.
03:41Et donc, en fait, je suis arrivée à table et d'un seul coup, mes parents me disaient,
03:46alors, qu'est-ce que tu faisais et tout ?
03:47Et là, je suis tombée en larmes, mais alors, vraiment violemment en disant,
03:52mais je veux faire un autre métier.
03:54Je comprends pas pourquoi on me dit que cet album était pourri.
03:58Et mes parents, si tu veux, se sont retrouvés désemparés.
04:01Parce que je suis jamais tombée en sanglots comme ça devant eux.
04:04Mais même, justement, quand j'ai subi du harcèlement et tout, ils m'ont jamais vue comme ça.
04:08Et bizarrement, le fait d'avoir lâché ça, ça m'a permis d'évacuer, tu vois, le poids que j'avais sur moi.
04:15Et du coup, petit à petit, j'ai recommencé à me mettre au travail sur l'album Panorama, du coup.
04:23Et je me suis dit, bon, bah, à un moment, ce serait un peu take the best, fuck the rest, tu vois.
04:29Et ma logique, ça a été, bon, bah, à partir de maintenant, on stoppe, quoi.
04:31C'est-à-dire que je vais faire un album, d'accord ?
04:34Moi, il me parlera à 100%.
04:37Peu importe qu'on me dit c'est bien, c'est pas bien.
04:40Moi, j'assumerai, je porterai un album là où j'ai envie d'aller.
04:44Dans le clip de PSJTM, ça commence par toi qui t'en vas.
04:48D'une thérapie.
04:49D'une thérapie. Et la psy, c'est la même que...
04:52Double jeu.
04:52D'un double jeu.
04:53Exactement.
04:54Alors ça, c'était vraiment une envie.
04:56Pour moi, réellement, la thérapie de PSJTM, cette fin de thérapie,
05:01où je dis, bon, bah, je crois que j'ai fait le tour, maintenant, on peut passer à autre chose.
05:05Dans ma vie réelle, j'étais en train de terminer la thérapie qui a eu lieu pendant toute cette période-là.
05:09Et pour moi, c'était symboliquement dire, bon, bah, voilà, il y a eu la théorie.
05:14Bon, bah, maintenant, il faut vivre l'expérience.
05:15Panorama, c'est une ode à la résilience et la logique de se dire que rien n'est permanent,
05:20ni ce qui est positif, ni négatif,
05:22et qu'il faut accepter ce qui est au moment où ça existe,
05:26et les évacuer pour avancer et aller vers autre chose.
05:28Et donc, j'espère que cet album...
05:30Moi, ça a été exutoire, cet album.
05:32Il est vraiment arrivé à la fin de cette remise en question qui a duré presque cinq ans.
05:36Donc, c'est vraiment un exutoire pour moi.
05:38J'espère qu'en tout cas, il aura une utilité pour ceux qui l'écouteront.
05:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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