00:00Le centre-ville de Bétaréouillat, place forte pour les taximens motos, pour tous les commerçants
00:29et pour tous les commerçants. Place de vie et de lutte pour la survie où,
00:35comme partout ailleurs dans le pays, se prépare une seule et unique chose en ce mois d'août
00:40à savoir la rentrée scolaire. Lieu d'échange et de partage en tout genre, où circulent
00:46toutes les marchandises du monde, dont en premier, l'or.
00:51Pas forcément visible de prime à bord, mais dont l'omniprésence dans les imaginaires
00:56et la réalité des transactions économiques en fait la base à la fois sociale et même
01:00morale de toute vie ici. L'or des richesses fulgurantes qui justifie
01:07que dans ces maisons où naissent tant de vies et se projettent tant de destins, ce
01:12ne soit pas toujours par les sentiers de l'école que les jeunes veulent se voir accomplis demain.
01:16Nous connaissons beaucoup des cas de perdition à la présence de l'or ou des pièces précieuses.
01:28Alors nous nous accrochons bien évidemment sur les mesures gouvernementales parce qu'il
01:36faut reconnaître que le gouvernement, la terre aux hiérarchies, prend des dispositions
01:42pour lutter contre ce fléau et nous, justement, n'ayant pas un moyen de coercition précis,
01:53nous nous appuyons bien évidemment sur ce que le gouvernement demande, et nous particulièrement
02:00nous passons par la sensibilisation. Une vie dont le cœur se situe ici, dans ces
02:08vastes exploitations mi-sauvages, mi-artisanales, à ciel ouvert, où il ruisselle autant de
02:13sueur, de boue et de sang, sur le visage d'hommes, de femmes et d'enfants.
02:18Un spectacle de fin de monde au parfum du rouge vif de la terre nue, qui est saisissant
02:26par l'ampleur du monde qui égrouille l'extraordinaire implication de vie, au confins de tous les
02:31possibles, de toutes les licences et de tous les interdits. Un monde de vie sans nom et
02:39sans visage, réfugié derrière le masque mortifère de ce mélange visqueux qui porte
02:45l'essentiel de la jeunesse d'ici, loin, très loin des écoles et de leurs bénéfices incertains.
02:51La dépédition scolaire dans la région de l'Est est une gangrène, est une maladie très
03:02fortement répandue, parce que, vous allez le constater, il y a une très grande répréhension
03:10des enfants qui abandonnent les salles de classe au profit des sites lignés,
03:17surtout actuellement dans la période de la saison sèche, il y a une très grande augmentation de l'activité minière.
03:29Les gens ne vivent que de la mine, dans ces zones-là, ils y vont à 4 heures et ils reviennent à 18 heures,
03:38vous voyez qu'entre-temps, les enfants qui accompagnent leurs mamans, parce qu'il y a des mamans qui ont des bébés,
03:44généralement, les enfants accompagnent les mamans pour servir de nounou ou alors pour les aider à laver les pierres qu'ils ont cassées.
03:59De quelle animation peut donc être la rentrée scolaire ici, dans les établissements scolaires de la ville et de l'ensemble de la zone,
04:06qui, outre de connaître un taux d'inscription particulièrement faible en début de chaque année,
04:11voit surtout au fil des mois s'évanouir dans la nature par effet d'attrition le peu d'inscrits qu'attirent alors irrésistiblement les sentiments bouleux de la mine.
04:25J'ai eu l'occasion d'être au moins pour vivre dans ces zones-là, je crois que mon problème ce n'est pas d'abandonner,
04:33c'est de leur demander d'abandonner définitivement, mais que ce soit un tremplin vraiment pour un, ce que j'appelle un ordre, un ordre pérenne définitif, c'est-à-dire l'école.
04:43Parmi les causes qui amènent les enfants à connaître la dépétition scolaire, on peut citer la pauvreté ou encore la misère ambiante,
04:56on peut citer aussi l'ignorance des parents qui parfois prennent des enfants comme des personnes pouvant aussi contribuer à l'économie des ménages.
05:09Les années passent pourtant sans que rien ne change dans cette géographie classée zone d'éducation prioritaire.
05:15Distinction peu glorieuse comme une région de la Damaoua, du nord, de l'extrême nord et de l'est qui connaissent un taux de scolarisation inférieur à 30%,
05:26cumulativement sur le primaire et le secondaire.
05:33À chaque autorité administrative, c'est tourné de prises de contacts et parfois de simples intimidations sans effet de quelque sorte sur la durée.
05:41Reste alors au préfet du Lome-et-Durhaim, comme ici et lors d'une tournée dans le dit département en janvier dernier,
05:47de répéter de simples banalités mille fois entendues par les mêmes populations.
05:55Les enfants de l'Omme-et-Durhaim ont-ils eu le droit d'être des enfants chéris ?
06:00Ils ont eux-mêmes dit qu'ils sont des enfants chéris du gouvernement de renouveau.
06:08Ils sont en haut et je me ferai le devoir de répercuter à qui de droit, au destinataire de ce message de gratitude.
06:19Ce message de gratitude est exprimé par, envoyé par les populations du département du Lome-et-Durhaim.
06:29Il en restera donc toujours du monde pour venir applaudir et parfois danser au passage des têtes couronnées de l'État.
06:36Mais peu pour se préoccuper et agir sur les tendances de fond qui, silencieusement, travaillent cette zone du pays à être demain,
06:44parmi celles qui comptent le moins d'élites de qualité dans la représentation élite internationale.
06:48La porte ouverte ainsi à tous les effacements et toutes les surenchères.
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