00:00Ce nage en eau libre, elle a été déterminante pour moi dans ma vie.
00:08C'est tellement puissant, tellement fort ce que tu vis dans ces moments-là.
00:14Je sors toujours grandi de ces expériences, mais on est toujours à la limite.
00:20Mon rêve, ça a toujours été de traverser la Manche, tout gamin, avec mon grand-père,
00:35on allait voir les départs.
00:36J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour ces nageurs de l'extrême, et je me suis
00:40toujours interdit de pratiquer l'allège-extrême, en me disant que ce n'est pas pour ça, parce
00:45que je n'étais pas un nageur.
00:46Je suis parti en Angleterre apprendre la discipline, parce qu'en France, il n'y avait pas de
00:49structure.
00:50J'ai rencontré mon entraîneur, j'ai tout fait pour organiser cette rencontre avec Kevin
00:57Murphy, qui m'a pris un peu ce sonnel et qui m'a expliqué un peu tous les rouages
01:00de la natation.
01:01Je lui dois tout, parce que je parle réellement d'une feuille blanche, du coup je ne sais
01:04pas nager, je pourrais traverser la Manche, mais voilà.
01:07Au début, je nageais pas plus d'un quart d'heure, 20 minutes, dans la zone de la Swimzone,
01:11le port de Doubs.
01:12J'arrive le premier jour en mai, et on traverse en septembre.
01:1521 heures de nage, donc on a fait un pas quantique, si tu veux, aux côtés des Anglais.
01:20J'ai pris tellement un plaisir énorme, ça m'a tellement apporté sur le plan personnel,
01:26et tu réalises finalement ce dont tu as toujours rêvé toute ta vie, c'est libérateur,
01:31c'est l'aboutissement de beaucoup de choses.
01:33Je me suis dit, c'est ça que je veux vraiment continuer à faire, je n'ai pas envie que
01:36ça s'arrête.
01:37D'ailleurs, quand j'ai fini à traverser la Manche, quand je suis rentré en Angleterre,
01:40je n'avais qu'une envie, c'était de retraverser, ce qui est incroyable.
01:46Nous, on n'a pas la même unité de mesure, on parle en temps passé dans l'eau.
01:51Aujourd'hui, j'ai fait un 6 heures, aujourd'hui j'ai fait un 8 heures, aujourd'hui j'ai fait
01:54un 10 heures.
01:55Avant de parler des forces, c'est de la résistance au froid.
01:56L'élément déclencheur, c'est après ma traversée de 21 heures, après ma traversée,
02:00j'ai perdu 7 kilos.
02:01Et j'ai vite compris que le froid était le principal ennemi, en fait, donc il a fallu
02:06remédier à ça en prenant du bon gras, du poids, en fait, en changeant radicalement
02:11mon alimentation.
02:12J'ai commencé à augmenter les quantités, donc de là à prendre quand même 47 kilos,
02:15ce n'est pas anodin.
02:16Moi, j'ai le problème, c'est que c'est un sport que j'ai commencé très tard.
02:19J'ai des carences techniques, je ne suis pas nageur, donc je ne suis pas efficace dans
02:23l'eau.
02:24Techniquement, je sais comment il faut faire, parce que j'ai pris des cours, je me remets
02:27en question en permanence.
02:28Je sais comment appliquer la technique, mais quand je l'applique, je me blesse, en fait.
02:32Donc je sais que je nage comme je nage, donc je me dis que je vais compenser ces carences
02:36techniques par mon acclimatation à l'élément, ma prise de poids.
02:40Je ne peux pas nager vite, mais je peux rester longtemps dans l'eau.
02:51Le triwet de Santa Catalina, je sais que j'étais vraiment à la limite de là où il ne faut
02:58pas être.
02:59Tous les voyants se sont mis au rouge, le sel en fait faisant gonfler les muqueuses,
03:03donc externes.
03:04J'ai trouvé ma lèvre très gonflée, mais c'est surtout l'interne, le sel a obstrué
03:10l'entrée d'air en fait, le gonflement, et donc tu dois fournir le même effort mais
03:13avec moins d'air.
03:14Physiquement, jamais je n'avais ressenti ça, parce que j'ai fini, je n'avais plus
03:18d'air.
03:19D'ailleurs, quand je suis arrivé sur la plage, j'ai dit tout de suite, sortez-moi l'oxygène
03:21parce que je n'arrive plus à respirer, donc les 300 mètres qu'il a fallu faire pour
03:25revenir au bateau, ça a été très compliqué, et j'ai fini sous oxygène.
03:28Et je l'ai senti de la mort, vraiment, pas loin.
03:32Au-delà, tu vois une partie, c'est comme un tunnel blanc, tu sens que tu es sur le
03:37fil, qu'il n'y a pas grand-chose qu'ils font pour que ça s'arrête définitivement.
03:41C'est comme un truc que tu tends, du coup ça va casser, et après, qu'est-ce qui
03:46se passe ? C'est ça qui est fou, tu es prêt à accepter de mourir pour aller au
03:50bout de ton projet.
03:51Le North Channel, ça a été une traversée incroyable, il y avait beaucoup de méduses,
04:05et donc au bout de dix heures, la toxine qui rentre dans ton organisme, elle te fait accélérer
04:11le rythme cardiaque, et là je demande de l'aide à l'univers, j'ai dit, j'ai
04:15vraiment besoin de vous, je me reste aux éléments, à la nature, et les dauphins
04:19ils arrivent à des moments clés comme ça, de la traversée, alors ça peut paraître
04:23irrationnel mais c'est encore une fois une réalité, je me répète, mais le son qui
04:27est émis du dauphin, à ce moment-là, il te réinitialise l'organisme, tu es rechargé
04:34en énergie, tu es une nouvelle personne, tu n'as plus de douleurs, tu sens l'énergie,
04:38tu sens ces picotements qui traversent l'organisme, et tu reprends l'énergie à leur contact
04:42en fait, c'est extraordinaire.
04:45En fait j'ai fait un pas quantique à travers ces connexions, et ça m'a ouvert encore
04:51aujourd'hui un spectre beaucoup plus large en me disant en fait, on peut encore faire
04:55des choses musculairement parlant, on crée quand même beaucoup de tensions, même si
04:58on est en portance, comment on pourrait accélérer la récupération ? Et bien dors dans l'eau
05:04finalement, parce que tu as toujours le pouvoir du corps en permanence, donc expérimente.
05:15Avant toute chose, il faut aimer souffrir, si tu n'es pas prêt à souffrir, non pas
05:24dans ce sens-là, il faut aimer souffrir dans cette difficulté à l'entraînement, parce
05:29que si tu n'as pas fait ce travail en amont de souffrance, quand tu es confronté à la
05:33réalité, c'est là où tu fais la différence, c'est dans ces moments-là, tu sais que tu
05:37vas les avoir ces moments-là, donc il faut que tu y travailles.
05:39Moi j'arrive aujourd'hui à isoler la douleur de la zone en fait, l'alerte qui est arrivée
05:43et qui te donne mal à l'épaule, je l'enlève, tu t'auto-perçois et tu enlèves cette douleur
05:47à travers le travail mental, parce que tu as cette faculté, on a tous cette faculté
05:50de l'enlever en fait, et ça c'est là la clé du travail.
05:54Aujourd'hui on a 100% de réussite en 6 ans de pratique, j'ai tellement pris dans mon
06:11sport, ça m'a tellement aidé à sortir de tout ça qu'aujourd'hui, je ne sais pas
06:18ce qui va me faire arrêter en fait, sans prétention, mais d'où l'importance d'avoir
06:23une équipe qui te sort de l'eau au cas où.
06:25Le mot abandon n'existe même pas et n'est même pas concevable, si il n'y a personne
06:28qui va sortir de l'eau, on va aller jusqu'à la mort.
06:30Je pense qu'aujourd'hui, en travaillant énormément, on peut dépasser les 60 heures.
06:34Donc tu ne fixes pas les limites ? Les limites elles s'écrireont si elles doivent
06:39s'écrire, mais en tout cas je vais mettre tout en œuvre, moi personnellement, d'un
06:42point de vue psychologique, physique, pour être prêt le jour J.
06:46Tous les matins, je mange de la natation, je dors de la natation, tout est vraiment focalisé
06:51sur ce fait de pouvoir nager au-delà de 60 heures.
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