00:00Alors, il y a une belle histoire dans Maghreb Orient Express aujourd'hui.
00:02C'est que dans votre documentaire, Le souffle de Beyrouth, Marine Vlahovic,
00:06vous racontez l'histoire de Rana Aïd, l'histoire du Liban aussi.
00:09Alors, Rana Aïd, c'est une sound designer.
00:11Elle collectionne des sons depuis qu'elle est toute petite,
00:13depuis qu'elle est enfant et elle a travaillé sur votre film.
00:15Exactement. Elle a fait le son de Costa Brava à Liban.
00:18Oui, je me disais, le son est quand même excellent.
00:19Et j'avais remarqué un peu qu'il y avait une passerelle entre vos deux oeuvres.
00:22Comment vous vous êtes intéressée à elle et pourquoi étiez-vous autant fascinée
00:25par sa démarche pour en faire un documentaire sonore ?
00:29Moi, je faisais des allers-retours entre la France et le Liban en 2014.
00:32C'était ma découverte de Beyrouth, en fait.
00:35Et très vite, je me suis retrouvée en difficulté
00:37parce que je n'arrivais pas à enregistrer les sons de Beyrouth.
00:40Je n'arrivais pas à faire des ambiances de Beyrouth.
00:42C'est mon travail. Moi, je suis documentariste sonore.
00:44Donc, le son, voilà, j'y suis particulièrement sensible.
00:49Et en fait, j'ai contacté Rana Aïd simplement pour en discuter au début,
00:53pour lui dire, je n'arrive pas à enregistrer le son de cette ville.
00:56Il y a trop de basses fréquences.
00:57J'ai l'impression que tout se mélange.
00:59Je n'arrive pas à isoler des moments, des endroits.
01:01Oui, vraiment.
01:02Et on a été boire un café.
01:04Elle m'a dit, c'est tout à fait normal.
01:06C'est tout à fait normal.
01:06Il faut bien connaître et bien parcourir.
01:08Vous êtes tombée sur la bonne personne, pour le coup.
01:11Et elle m'a raconté cette histoire qu'elle a commencée.
01:14Elle a enregistré des sons de la guerre sigile sur radiocassettes.
01:17Quand elle était toute enfant, elle avait six ans.
01:20Et puis, c'est quelque chose ensuite qu'elle a oublié pendant son adolescence
01:23avant de reprendre des études d'ingénieur du son à la fac de cinéma
01:29et avant d'en faire finalement son métier.
01:31Donc, c'est devenu une ingénieure du son, une sound designer quand même assez reconnue.
01:34Et puis, elle a aussi réalisé un film où le son prend toute son importance.
01:40Et donc, elle m'a fait découvrir ces archives en 2014.
01:42J'ai enregistré ces séquences-là.
01:45C'était assez intéressant,
01:46parce que pour moi, je voulais enregistrer quelqu'un qui écoute et qui explique.
01:50Donc, ça forme la trame finalement du documentaire.
01:53J'ai poursuivi ma route. J'ai été correspondante en Palestine.
01:56Je n'allais plus au Liban. Je ne suis pas retournée au Liban pendant sept ans.
01:59Et le projet avec Rana était inachevé.
02:01Mais je l'avais toujours dans un coin de ma tête.
02:02Et puis surtout, je continuais à surveiller ce qui se passait au Liban.
02:06J'étais à côté. C'était un peu inaccessible, mais voilà.
02:10Et c'est vrai que...
02:12On va voir ce que ça donne à l'image et au son plutôt, pardon.
02:15Même s'il y a une image, forcément, on va voir la silhouette de Rana.
02:18Regardez.
02:20Le souffle dont on parlait, c'était un souffle.
02:24C'était surtout, surtout les ponts, les voitures, le son des voitures.
02:29Et pfff...
02:33Après, des voix.
02:34C'est le brouhaha des gens.
02:36C'est les gens qui s'appellent pour vendre leurs marchandises.
02:40Comme tu vois, tu ne peux pas distinguer.
02:42Sauf s'il y a des cris.
02:44Les cris, c'est comme les klaxons spécifiques.
02:47Mais en général, c'est du brouhaha.
02:53Mais il n'y avait jamais un silence paisible.
02:56Jamais.
02:59Beaucoup trop de son.
03:01Voilà pour l'expérience sonore.
03:03Vous l'avez dit, elle a pris des sons de la guerre civile.
03:07Il y a l'explosion du port de Beyrouth aussi.
03:09Votre documentaire sonore, c'est au fond aussi l'histoire du Liban que vous avez voulu retracer.
03:14Oui, exactement.
03:15En fait, c'est un portrait de Rana Aïd.
03:17Mais c'est surtout un portrait de Beyrouth et du Liban.
03:20En choisissant de le traiter par ce sens et ce média qui est finalement sous-estimé.
03:26On ne fait pas attention au son.
03:28Et là, le documentaire dure une quarantaine de minutes.
03:32C'est très rapide à l'écoute.
03:34Ça passe très rapidement.
03:35Parce qu'il y a cette histoire du Liban qui est vraiment en filigrane.
03:39Et qui est mélangée aussi avec le récit intime de Rana Aïd.
03:43Elle raconte notamment les massacres de Sabra et Châtilet.
03:45Un moment dans votre documentaire où elle dit qu'elle voit un bras d'un enfant.
03:48Et que sa mère lui dit que c'est une poupée.
03:49Elle dit, ce jour-là j'ai compris que ma mère m'a menti.
03:52Un moment, il y a le clic-clac d'un on-ne-en-sait-quoi.
03:55Elle dit, c'est les panneaux publicitaires.
03:56Elle dénonce aussi le capitalisme.
03:58Selon elle, incarné par l'ancien Premier ministre assassiné Rafi Kariri.
04:01Elle a une vraie démarche.
04:03Pour moi, ce documentaire, c'est un manifeste politique du son.
04:06C'est-à-dire qu'elle explique au travers de sa passion par le son.
04:10Tout le délitement du Liban et les différentes étapes.
04:15Il y a des séquences qui sont consacrées à cette illusion post-guerre civile.
04:20Qui a gagné le Liban.
04:22Les dollars, les faux dollars plutôt.
04:24L'illusion de la reconstruction de Beyrouth.
04:28Et je trouve que c'est très important.
04:30Parce qu'au travers du son, on arrive finalement à reconstruire une mémoire collective.
04:35Et c'est un dénominateur commun aussi.
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