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  • il y a 12 heures
La maladie à corps de Lewy (MCL) Pr Frédéric Blanc

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Transcription
00:00Vous êtes ici au pôle de gériatrie des hôpitaux universitaires de Strasbourg
00:05dans le service de gérontologie mobile neuropsy-recherche.
00:09Je suis le professeur Frédéric Blanc, je suis le chef de service.
00:12Je coordonne aussi le centre mémoire de ressources et de recherche
00:15et je coordonne aussi une équipe du laboratoire I-Cube
00:20qui est dédiée aux neurosciences et au vieillissement
00:23et en particulier à la maladie à corps de Lévis et à la maladie d'Alzheimer.
00:27La maladie à corps de Lévis c'est une maladie neuroévolutive
00:29qui est beaucoup plus fréquente après 80 ans.
00:32C'est une maladie qui associe d'abord des troubles cognitifs,
00:37en général un ralentissement, des difficultés attentionnelles,
00:41des difficultés d'organisation.
00:43Les patients ont du mal à s'organiser et surtout ça va s'associer à d'autres symptômes.
00:48Ça peut s'associer soit à des visions, ce qu'on appelle aussi des hallucinations visuelles,
00:54soit à ce qu'on appelle des troubles du comportement en ce moment paradoxal
00:57qui sont en réalité des gens qui vont bouger dans leur lit,
01:00qui vont avoir des cauchemars et qui vont vivre leurs rêves alors qu'ils ne devraient pas,
01:05soit à ce qu'on appelle des fluctuations cognitives et de vigilance,
01:08c'est-à-dire des moments où les patients seront moins bien et d'autres moments ils seront mieux,
01:11et enfin soit à ce qu'on appelle un syndrome parkinsonien,
01:14c'est-à-dire un ralentissement physique et une rigidité et souvent des chutes.
01:19Pour dire qu'il y a maladie à corps de Lévy, il faut qu'il y ait à la fois
01:23des troubles cognitifs,
01:24que je vous ai décrits, et en même temps un ou deux symptômes parmi les quatre que j'ai décrits,
01:29c'est-à-dire fluctuations, hallucinations, syndrome parkinsonien et troubles du comportement en ce moment paradoxal.
01:35Et là on peut dire que c'est effectivement une maladie à corps de Lévy.
01:37La maladie à corps de Lévy est fréquente effectivement,
01:41elle touche, on pense en France, au moins 200 000 personnes,
01:44au minimum 150 000 personnes, au maximum 300 000,
01:48je pense que la bonne fourchette est probablement aux alentours de 200 000.
01:51Le problème principal c'est le sous-diagnostic,
01:54on estime qu'à peine un tiers, voire la moitié des patients sont diagnostiqués en France,
01:59et ça veut dire qu'au moins la moitié des patients ne sont pas diagnostiqués.
02:02C'est une maladie effectivement qu'on connaît depuis peu,
02:04elle a été décrite pour la première fois dans les années 70 par le professeur Osaka,
02:09donc qui est un collègue japonais,
02:11elle a été ensuite décrite vraiment cliniquement par nos collègues anglais,
02:15et en particulier Yann McKiss,
02:17donc dans les années 90, ça a commencé en 92,
02:21mais les premiers critères internationaux de maladie à corps de Lévy c'est 1996,
02:26donc c'est vraiment très récent finalement.
02:28Le fait que ça soit connu en France,
02:30je pense que ça a commencé à peine dans les années 2000,
02:35et c'était encore assez méconnu,
02:37et on peut dire qu'on commence à mieux connaître la maladie à corps de Lévy en France depuis 2010.
02:42Ce sont deux maladies différentes, deux maladies vraiment différentes.
02:46Dans la maladie de Parkinson,
02:49vous avez des patients qui vont commencer par le syndrome parkinsonien,
02:52en général ce sont des patients qui vont avoir un tremblement d'un côté,
02:56un tremblement de repos qui fait un peu ce type de mouvement,
02:58que l'on n'a pas habituellement dans la maladie à corps de Lévy,
03:01ce sont des patients qui vont avoir une raideur plutôt d'un côté aussi,
03:04plutôt à droite ou à gauche,
03:06et qui vont être lents plutôt d'un côté, à droite ou à gauche du corps.
03:09Ça c'est la maladie de Parkinson.
03:11Alors que la maladie à corps de Lévy, comme je vous l'ai décrite tout à l'heure,
03:14il y a effectivement un syndrome parkinsonien,
03:17mais ce syndrome parkinsonien est en général bilatéral,
03:20c'est-à-dire que c'est les deux côtés du corps qui sont touchés de façon à peu près
03:23égale,
03:24et surtout il y a rarement un tremblement qui s'y associe.
03:28Et souvent, ce syndrome parkinsonien est moins intense que dans la maladie de Parkinson.
03:32Malheureusement dans la maladie de Parkinson, le syndrome parkinsonien,
03:34donc cette lenteur, cette raideur, ce tremblement peuvent devenir très intenses,
03:37tandis que dans la maladie à corps de Lévy, ça n'est pas le cas.
03:40Je pense que les causes de la maladie à corps de Lévy, on ne les connaît pas du tout.
03:44Par contre, on a des éléments qui nous permettent d'avoir une idée des facteurs de risque,
03:50grâce notamment aux collègues de la Mayo Clinic à Rochester, donc aux Etats-Unis.
03:55Ce qu'ils ont démontré, eux, c'est que les patients atteints de maladies à corps de Lévy
04:00ont des facteurs de risque suivants, c'est-à-dire des facteurs de risque
04:03qui vont favoriser l'émergence de la maladie.
04:05Un, et ça c'est assez intéressant, c'est l'accident vasculaire cérébral.
04:09Le fait de faire un accident vasculaire cérébral,
04:11donc d'avoir une artère qui se bouche au niveau du cerveau,
04:13est un facteur de risque de maladie à corps de Lévy.
04:15Premier élément.
04:16Deuxième élément, les patients qui sont anxieux ou dépressifs,
04:21visiblement font plus volontiers une maladie à corps de Lévy.
04:24Pour autant, je ne suis pas tout à fait d'accord avec eux là,
04:27je pense que l'anxiété et la dépression, c'est plutôt des symptômes prodromaux,
04:30donc les symptômes du tout début de la maladie,
04:32plutôt qu'un facteur de risque.
04:34On l'a montré récemment grâce à la cohorte Mémainto,
04:37qui est une cohorte nationale française.
04:39Autre point, c'est l'apolypoprotéine E4,
04:42donc l'APOE4 qui est un gène qui favorise la maladie d'Alzheimer.
04:47Il pourrait aussi favoriser la maladie à corps de Lévy.
04:50À vrai dire, là aussi, on a publié récemment avec mon équipe,
04:53et en particulier avec le docteur Bousige,
04:55où on a montré que l'APOE4 était plutôt un facteur de risque
04:58de la maladie à corps de Lévy associée à la maladie d'Alzheimer.
05:01Mais ça, on en reparlera.
05:03Et dernier point, c'est le fait d'avoir des antécédents,
05:07soit de maladies à corps de Lévy, soit de maladies de Parkinson,
05:11ça augmente le risque aussi de faire soi-même une maladie à corps de Lévy.
05:15Donc voilà, voilà en gros les facteurs de risque.
05:17Après, il y a des choses qui ne sont pas des facteurs de risque,
05:20mais qui sont de l'ordre de la recherche.
05:22On a montré récemment qu'on a comparé des patients atteints
05:26de maladies à corps de Lévy et de maladies d'Alzheimer.
05:28On a essayé de rechercher des toxiques dans la ponction lombaire de ces patients,
05:32ce qu'on appelle le liquide céphalo-rachidien,
05:33qui est le liquide qui entoure le cerveau et qui est à l'intérieur du cerveau.
05:37Et on a montré que chez les patients atteints de maladies à corps de Lévy,
05:41il n'y avait plus volontiers la présence de phtalates.
05:43Phtalates étant ces microplastiques qui ont été beaucoup décriés il y a plus de 10 ans,
05:50et qui le sont encore d'ailleurs.
05:51C'était assez étonnant pour nous de trouver des phtalates sur les patients corps de Lévy.
05:54Je ne suis pas en train de vous dire que les phtalates favorisent forcément
05:57l'émergence de la maladie à corps de Lévy.
05:59Il faudrait qu'on aille plus loin dans les recherches,
06:01parce que ça, c'était une recherche un peu préalable.
06:05Mais si ça se confirmait, ce serait intéressant
06:07qu'il puisse y avoir des toxiques qui favorisent.
06:09Et dernier point, parce que comme ça je reste complet,
06:12c'est qu'il y a des hypothèses sur une origine infectieuse de la maladie à corps de Lévy.
06:17Et ce n'est pas la seule maladie neuroévolutive
06:19où on a des hypothèses d'origine infectieuse.
06:22Qu'est-ce qui fait dire qu'il pourrait y avoir une origine infectieuse ?
06:25Notamment, c'est le fait que chez tous les patients atteints de maladie à corps de Lévy,
06:29y compris au tout début de la maladie,
06:31on a des corps de Lévy dans les bulles olfactives,
06:33c'est-à-dire dans le système nerveux du nez,
06:35ce qui nous permet de sentir les odeurs.
06:38Ça passe par les bulles olfactives qui sont à l'intérieur du nez.
06:39Et donc, on pourrait imaginer qu'il y a un début de la maladie qui commence par le nez.
06:43Donc peut-être ce qu'on inhale,
06:45alors ça pourrait être infectieux ou ça pourrait être éventuellement toxique,
06:49comme on en a parlé avec l'ephtalate.
06:51Dans la maladie de Parkinson, clairement, les pesticides sont un facteur de risque.
06:55Dans la maladie d'Alzheimer, on a aussi des données
06:57qui montrent qu'il pourrait y avoir un lien avec les pesticides.
07:01Pour ce qui est de la maladie à corps de Lévy,
07:02malheureusement, il n'y a pas eu d'études sur le sujet.
07:05C'est difficile, effectivement, de différencier la maladie à corps de Lévy
07:08de la maladie d'Alzheimer.
07:10C'est probablement la raison pour laquelle la maladie à corps de Lévy
07:14est sous-diagnostiquée, parce que comme la maladie d'Alzheimer
07:16est plus fréquente, les médecins peuvent avoir plus tendance,
07:20par ordre de fréquence, de dire qu'il s'agit d'une maladie d'Alzheimer
07:23plutôt qu'une maladie à corps de Lévy.
07:24Ce qui est difficile dans le diagnostic différentiel,
07:28pour faire la différence entre maladie d'Alzheimer et maladie à corps de Lévy,
07:31c'est d'aller trouver et chercher les symptômes de la maladie à corps de Lévy
07:34que je vous ai décrite.
07:35Pourquoi ? Parce que, par exemple, un certain nombre de patients
07:39ne se confient pas sur les hallucinations qu'ils peuvent avoir.
07:42Et ça, j'insiste sur le fait que ce serait bien que les patients
07:44puissent se confier à leur médecin s'ils ont des hallucinations.
07:47Il ne faut pas qu'ils aient peur.
07:49Ces hallucinations font partie de la maladie à corps de Lévy.
07:51Ce n'est pas une maladie psychiatrique et on peut traiter ces hallucinations.
07:54Donc ça, c'est le premier point.
07:55Il est évident que si le patient ne parle pas de ces hallucinations à son médecin,
07:59le médecin ne va pas pouvoir imaginer qu'il a des hallucinations.
08:03Le deuxième point qui est difficile, ce sont les fluctuations.
08:07Les fluctuations, c'est le fait qu'à certains moments, le patient va bien,
08:10il est un peu comme vous et moi,
08:11et puis à d'autres moments, il est confus ou alors endormi,
08:16ou alors il a du mal à suivre les conversations,
08:18ou alors il a des difficultés de concentration.
08:21Le patient peut ne pas se rendre compte de ces fluctuations.
08:23Par contre, la famille les voit.
08:24Et le risque, c'est que la famille dise, mais c'est normal,
08:27ça fait partie de la maladie.
08:28Sauf que si la famille ne dit pas « mon mari » ou « mon épouse » a des fluctuations,
08:34et bien pareil, le médecin aura du mal à faire un diagnostic.
08:37Donc c'est toute une alchimie finalement entre le médecin, le patient,
08:42ce qu'on appelle l'aidant principal, on va dire le proche,
08:45qui doivent discuter et doivent pouvoir exprimer les symptômes de la maladie.
08:51Et à ce moment-là, le diagnostic pourrait être fait.
09:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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