00:00RTL Soir
00:02Yves Calvi et Agnès Bonfillon
00:04Il est 8h41, bonsoir Niangale Bagayoko.
00:06Vous êtes docteur en sciences politiques
00:08et vous présidez le centre de recherche African Security
00:10Sector Network, bref, vous êtes
00:12une spécialiste de l'Afrique. A quelques
00:14heures d'intervalle, le Tchad et le Sénégal ont
00:16exigé la rupture des accords de défense
00:18avec la France et le départ de nos troupes de leur
00:20territoire. C'est un double camouflet que vient de
00:22subir notre pays ? Alors très exactement,
00:24ils ont demandé
00:26le retrait des forces
00:28françaises. Avec
00:30demande pour le Tchad de
00:32les renégocier, le Sénégal
00:34ne s'est pas encore exactement
00:36prononcé. Mais ce qui est important
00:38de préciser, c'est
00:40que dans les deux cas,
00:42cela illustre le
00:44mouvement répandu
00:46dans toute l'Afrique, notamment francophone,
00:48particulièrement
00:50souverainiste, nationaliste, patriote,
00:52avant tout,
00:54attaché à l'affirmation de la fierté nationale
00:56et qui entend
00:58renégocier les partenariats
01:00internationaux. Donc ce qui a été
01:02normal, ou en tout cas perçu comme normal pendant
01:04des dizaines d'années, est en train de basculer.
01:06C'est une bascule politique au sens premier du terme.
01:08Absolument, géopolitique
01:10même d'ailleurs, puisque en réalité
01:12c'est un mouvement qui a commencé
01:14il y a déjà quelques années
01:16avec la façon
01:18dont la France a d'abord été forcée
01:20de quitter le Mali, ce sont les
01:22effectifs de l'opération Barkhane,
01:24puis les effectifs de l'opération
01:26qui
01:28avaient les forces
01:30spéciales françaises
01:32stationnées au Burkina,
01:34a également été obligée
01:36de fermer boutique.
01:38Et enfin, il y a eu
01:40ce retrait forcé du Niger
01:42après le coup d'État qui est intervenu
01:44en juillet 2023.
01:46Mais que font concrètement nos militaires
01:48en Afrique ? Combien sont-ils ?
01:50Où sont-ils ? Dans quel pays ?
01:52Alors, il y a
01:54cinq emprises
01:56où la France entretient
01:58des forces permanentes
02:00prépositionnées. Il y a
02:02et ce sont les pays qui sont
02:04concernés aujourd'hui
02:06en effet,
02:08le Sénégal, le Tchad
02:10auquel il faut ajouter
02:12la Côte d'Ivoire, le Gabon
02:14et enfin Djibouti.
02:16Djibouti est sans doute
02:18le pays qui sera le moins
02:20affecté par ce qui se produit aujourd'hui
02:22parce qu'il faut préciser
02:24que ces annonces étaient particulièrement
02:26inattendues parce que le représentant
02:28spécial d'Emmanuel Macron
02:30pour l'Afrique, Jean-Marie Bockel
02:32a remis lundi dernier
02:34un rapport où il
02:36annonçait le maintien d'effectifs
02:38dans l'ensemble de ces pays.
02:40Mais nous sommes là pour protéger les régimes en place ?
02:42Parce qu'en fait,
02:44j'insiste parce que vous n'avez pas répondu à notre question
02:46qui était quand même, qu'est-ce que font nos militaires en Afrique ?
02:48Alors, c'est une excellente...
02:50Alors, que font nos militaires en Afrique ?
02:52Ils font plusieurs choses. D'abord,
02:54dans le cadre de l'opération Barkhane,
02:56ils sont intervenus dans le cadre
02:58d'une force antiterroriste.
03:00Et au Tchad,
03:02le dispositif est encore
03:04celui qui a été mis en place
03:06dans le cadre de Barkhane qui avait fusionné
03:08le dispositif épervié au départ.
03:10Mais le Tchad est aussi le pays
03:12où il y a eu le plus souvent, de manière
03:14récente, des interventions de
03:16l'armée française pour, en effet,
03:18porter secours au régime,
03:20contre des mouvements rebelles.
03:22En revanche, dans les autres
03:24pays, il est beaucoup
03:26moins évident de
03:28faire un lien avec la protection des régimes.
03:30Mais notamment,
03:32ces forces françaises
03:34font beaucoup de formations,
03:36d'entraînement,
03:38d'approvisionnement logistique.
03:40Elles avaient un rôle très très important,
03:42notamment celle du Sénégal,
03:44pour visionner les forces de Barkhane.
03:46Mais la question que vous posez
03:48pose justement la question
03:50de la vocation de la présence
03:52militaire française, à laquelle on n'a
03:54jamais véritablement eu de réponse
03:56claire. En tout cas, on peut
03:58quand même parler de camouflet, surtout lorsqu'on
04:00sait que cette décision
04:02tchadienne intervient quelques heures après
04:04la visite de notre ministre des Affaires étrangères
04:06Jean-Noël Barraud,
04:08qui, visiblement, n'était pas au courant
04:10au moment où il quitte le Tchad. Et quelques
04:12heures après, donc, merci de quitter
04:14notre pays.
04:16C'est quand même raide ?
04:18Absolument, et à cela s'ajoute
04:20l'annonce sénégalaise, qui a précédé
04:22l'annonce tchadienne de quelques heures,
04:24qui est intervenue après
04:26la réception par le président
04:28Basiroudiou Maïfai, d'une lettre
04:30d'Emmanuel Macron, qui reconnaissait
04:32la responsabilité française dans le massacre
04:34de Tiaroy, de
04:36tirailleurs sénégalais. Donc, en effet,
04:38ce sont des camouflets.
04:40A qui profitent in fine
04:42ces décisions ? A la Russie ? A la Chine ? Parce que
04:44il y aura d'autres pays qui seront influents
04:46sur le plan militaire en Afrique, si ce n'est pas la France.
04:48Alors, je pense qu'il faut vraiment sortir
04:50de l'idée selon laquelle les
04:52Africains sont avant tout instrumentalisés
04:54par des puissances extérieures.
04:56L'environnement local
04:58est véritablement ce qui
05:00détermine toutes les dynamiques
05:02à l'œuvre, et on voit très bien que les partenaires
05:04internationaux ont le plus grand mal, en réalité,
05:06à s'y imposer.
05:08Alors, personne n'est dit qu'il n'y avait
05:10certainement pas moins. Il y a de l'influence, mais, par
05:12exemple, si l'on parle des questions militaires,
05:14ce dont nous parlons aujourd'hui,
05:16la Russie est en très grande difficulté.
05:18Au Mali, par exemple, il y a eu
05:20plus de 80,
05:22entre 80 et 100 militaires
05:24de Wagner qui ont été massacrés
05:26lors de combats, non pas avec des djihadistes,
05:28mais avec des indépendantistes touaregs
05:30à la fin du mois de juillet.
05:32La Russie a eu d'autres
05:34camouflets, à travers l'Africa
05:36en Corse, ou Wagner, sur
05:38le continent. Il faut aussi
05:40se rendre compte que
05:42elle est aussi historiquement
05:44présente sur le continent,
05:46mais que pas plus que
05:48les autres partenaires, qu'ils soient bilatéraux
05:50ou multilatéraux avec les Nations Unies,
05:52etc., ils n'arrivent à
05:54imprimer leur marque sur le terrain.
05:56Je terminerai en disant qu'on regarde
05:58beaucoup, bien entendu, la Chine et la Russie,
06:00mais que le rôle des puissances
06:02moyennes orientales, comme la Turquie, comme
06:04l'Israël, comme l'Arabie Saoudite
06:06et les Émirats Arabes Unis, ou le
06:08Qatar, ou l'Iran,
06:10ou encore le rôle du Maroc, qui est
06:12croissant sur le continent, sont
06:14extrêmement importants dans les dynamiques
06:16locales, et on ne les regarde pas assez, à mon avis.
06:18Juste pour en revenir à la
06:20Russie, est-ce qu'elle est déjà présente
06:22au Tchad, au Sénégal ?
06:24Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que la Russie
06:26a, de toute façon, historiquement
06:28été le principal
06:30fournisseur d'armement
06:32en Afrique, et ça reste encore
06:34aujourd'hui le principal fournisseur, tout
06:36simplement parce qu'elle a des équipements qui sont
06:38meilleur marché, qui sont moins
06:40sophistiqués et plus adaptés
06:42à la rusticité du théâtre africain.
06:44Donc, les régimes civils,
06:46eux-mêmes, avaient passé des accords
06:48avec la Russie de ce
06:50point de vue-là. Elle est
06:52évidemment présente, mais à mon avis, moins
06:54que sur l'aspect militaire
06:56auquel tout le monde s'attache.
06:58Il faut plus s'attacher à son influence
07:00effectivement informationnelle
07:02qui, là, est effectivement
07:04particulièrement prégnante.
07:06La France a toujours semblé
07:08avoir une forme d'influence, mais on ne savait pas
07:10exactement laquelle avec la présence de ses militaires
07:12en Afrique. Est-ce que ça veut dire
07:14qu'aujourd'hui, nous sommes un pays qui est de seconde
07:16zone pour le continent africain dans son ensemble ?
07:18En tout cas, la France n'est plus qu'un
07:20partenaire parmi d'autres, et les
07:22pays africains ont aujourd'hui
07:24la volonté de multiplier
07:26leur partenariat
07:28en faisant valoir la valeur
07:30ajoutée de chacun d'entre eux,
07:32sans particulière
07:34préférence pour les uns ou pour les autres.
07:36Merci beaucoup, Agnès Gallet-Bagayoko
07:38de cet éclairage. Docteure en sciences
07:40politiques et présidente du Centre de Recherche
07:42African Security Sector Network.
07:44Dans un instant, une très bonne idée pour votre week-end.
07:46Dans une boîte
07:48en carton, sommeil, les petits s'entendent.
07:50Ah oui, ça fait un choc.
07:52C'est Tino Rossi ?
07:54Vous êtes Lucie Bravo !
07:56L'élection en Marseille, je m'explique,
07:58la plus ancienne des foires aux santons
08:00a ouvert ses portes sur le Vieux-Port.
08:02C'est un rendez-vous absolument magique. On vous y embarque
08:04dans un instant.
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