00:00La gendarme me prend dans la salle d'attente et me dit
00:02« Voilà le petit mot que Lili a laissé dans une boîte aux lettres à l'école. »
00:05Le petit mot disait « Il met sa partie du bas dans ma partie du bas,
00:12j'essaye de m'enlever mais je n'y arrive pas. »
00:15Elle avait dix ans, quand j'ai su que c'était son grand-père paternel,
00:18on n'a pas de mots, on tombe de haut.
00:23Elle me dit « Mais maman, tu sais, des fois j'étais sous la douche,
00:28je me disais « Allez, je descends et je le dis. »
00:30Elle me dit « J'arrive en haut des escaliers, je n'arrivais plus à le dire. »
00:34C'était bloqué.
00:36Cette boîte aux lettres lui a vraiment permis de se libérer de ce poids-là.
00:43Voilà nos boîtes aux lettres.
00:47On a vraiment voulu un objet simple, une boîte aux lettres toute simple.
00:50La boîte aux lettres, quand on la déploie,
00:52on la met au milieu d'une affiche.
00:55Elle est vraiment posée comme ça, la boîte aux lettres.
00:57Ce qui fait que les enfants, ils ont déjà notre slogan,
00:59ce qu'on leur dit aussi pendant la sensibilisation.
01:01« Si tu ne peux pas le dire, écris-le. »
01:03On leur reparle à nouveau avec des petits pictogrammes très simples pour eux,
01:06des violences physiques ou des violences morales.
01:08On leur parle des violences sexuelles.
01:09On leur parle aussi du cyberharcèlement ou du harcèlement scolaire et du racket.
01:13Et puis à côté, on leur explique comment fonctionne notre boîte aux lettres.
01:17Les boîtes aux lettres papillons, principalement,
01:19on les déploie dans les écoles, mais aussi dans les clubs de sport.
01:22Elles ne sont jamais sur la voie publique, sur l'espace public.
01:24Elles ne sont pas non plus dans la cour de récréation.
01:26Elles sont toujours dans un endroit qui est un petit peu protégé du regard,
01:29où l'enfant peut mettre son mot tranquillement.
01:31Les petits mots, voilà, c'est ça.
01:33Ça, c'est les petits mots qu'ils vont avoir à leur disposition
01:36dans un distributeur de mots qui est posé juste à côté de la boîte aux lettres.
01:39Et voilà, parce qu'on leur dit que s'ils nous écrivent,
01:41c'est parce qu'ils ont besoin d'aide et que pour être aidés,
01:43nous, on a besoin de savoir qui ils sont.
01:44Est-ce qu'ils ont besoin d'aide pour eux ou pour quelqu'un d'autre ?
01:47Parce que ça, c'est très reconfortant aussi.
01:49On a beaucoup d'enfants aussi qui nous écrivent pour quelqu'un de leur famille
01:53ou pour un camarade de classe qui n'ose pas le faire.
01:55C'est plusieurs milliers de mots qu'on reçoit.
01:56J'ai eu l'idée de l'association Les Papillons
01:58parce que moi-même, j'ai été victime de l'âge de 6 ans jusqu'à l'âge de 9 ans
02:01de violences sexuelles par mon frère.
02:03Et quand j'étais victime, j'étais dans l'incapacité,
02:06non seulement de dire ce que mon frère me faisait,
02:08mais de m'entendre dire ce qu'il me faisait.
02:10En revanche, je l'écrivais dans une sorte de journal intime.
02:12Et moi, il m'a fallu 30 ans pour trouver la force, le courage de libérer ma parole,
02:16toujours par l'écrit.
02:17L'idée de la boîte aux lettres, ça vient d'essayer de trouver un outil
02:20qui soit au plus près des enfants.
02:21Nos agresseurs passent leur temps à nous dire,
02:23si tu parles, je vais te faire ça, si tu parles...
02:25Donc, il y a la notion de danger si on parlait quelque part.
02:28Notre inconscient nous dit, c'est interdit de parler.
02:30En revanche, écrire, personne ne nous l'interdit.
02:32N'importe où en France, une municipalité nous contacte.
02:34On va, au terme d'un process très strict et très précis,
02:38signer une convention, ce qui fait qu'on va former quelqu'un de la mairie
02:41à aller expliquer le dispositif des boîtes aux lettres papillons aux enfants.
02:44On va aussi la former au recueil de la parole
02:47et à la détection des signaux de maltraitance.
02:49Et puis, la mairie va désigner ce qu'on appelle des personnes de confiance
02:52qui, au moins deux fois par semaine, vont aller voir
02:54s'il y a du courrier dans les boîtes aux lettres.
02:55Et ce sont eux qui récupèrent les courriers, qui les scannent
02:58et qui nous les envoient via une boîte mail sécurisée
03:01à notre pôle psychologique.
03:02Ils craignent beaucoup les suites qui vont arriver après leur mot.
03:07Donc, il y a beaucoup besoin de les rassurer, de les déculpabiliser
03:11parce que le fait d'avoir écrit, pour certains,
03:14ça va chambouler tout un système familial
03:19même s'il est défaillant, c'est le leur, c'est ce qu'ils connaissent.
03:23La boîte aux lettres, finalement, c'est un chair,
03:25c'est quelqu'un qu'on ne connaît pas.
03:26Se confier à son parent, par exemple, si c'est le grand-père qui fait quelque chose,
03:31on sait qu'on va venir détruire un système, c'est compliqué.
03:37C'est une responsabilité que l'enfant pense qu'il a, qu'il prend sur ses épaules
03:41et du coup, c'est plus simple de pouvoir différer
03:44et solliciter quelqu'un extérieur à la situation familiale.
03:47Quand on fait un signalement, on sait la plupart du temps
03:50que le procureur a bien saisi un service de police ou de gendarmerie
03:54parce que ce service va nous demander l'original du mot.
03:56Donc, on sait qu'il y a des enquêtes qui sont faites derrière
03:59quasiment systématiquement après nos signalements.
04:01Après, c'est vrai que la suite, on ne la sait pas,
04:03sauf quand, notamment ça a été le cas avec l'affaire de Lili,
04:08sauf quand la famille Lila nous contacte
04:09et là, on peut établir un lien et on peut suivre un petit peu le dossier avec eux.
04:12L'avocat général avait demandé 15 ans, il a été retenu 12 ans.
04:17Il a sauvé ma fille.
04:18C'est les boiteaux de lait de papillon, mais c'est Laurent,
04:21parce que c'est Laurent qui a vécu tout ça
04:23et c'est grâce à lui que cette association existe.
04:26Ça a vraiment sauvé Lili, ouais.
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