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  • il y a 2 ans
"Le public s'en fout que ce soit moi qui ai trouvé le gag. Le plus important, c'est que le gag soit bon."
BRUT BOOK. Il y a 30 ans, il inventait Kid Paddle, une BD devenue culte. Et l'univers du jeu vidéo, il le décline aussi dans la série "Game Over", en créant depuis 20 ans un lien unique avec ses lecteurs. Conversation sans langue de bois avec le scénariste et dessinateur Midam.
Transcription
00:00Game Over est une bande dessinée muette.
00:01J'ai travaillé pendant des années dessus,
00:03mais je me suis rendu compte que je tournais en rond.
00:05Donc, je me suis dit, je vais faire un appel à l'imagination des lecteurs.
00:09J'ai créé un site où tout le monde peut soumettre un gag.
00:13J'en ai reçu, je pense, certainement 40 000, depuis 2008.
00:19Le taux de réussite, je dirais, c'est 1 %.
00:24Ce n'est pas plus que ça.
00:25Mais, mais, mais, mais, j'ai trouvé là-dedans deux ou trois scénaristes.
00:31Le but final, ce n'est pas que ce soit moi qui ai trouvé l'idée,
00:36parce que ça, c'est une crise égotique.
00:40Le public s'en fout que ce soit moi qui signe ou qui ait trouvé le gag.
00:45Le plus important, c'est que le gag soit bon.
00:47Quand vous le dites, ça paraît évident,
00:48mais en vérité, c'est assez rare.
00:51Oui, oui.
00:52Il y a peu de gens qui font ça, je crois même que vous êtes une exception.
00:54Ça nécessite un travail sur son égo assez fort quand même.
00:56Absolument, oui, oui, oui.
00:58Le nombre d'auteurs qui m'ont dit, là, tu vas au casse-pipe, c'est la catastrophe.
01:03En plus, ils vont te poursuivre.
01:05Dès que ça sera dans les albums, ils vont te poursuivre.
01:07Je paye un forfait, c'est-à-dire que je ne paye pas de droit d'auteur sur l'album.
01:13Je paye un forfait pour le scénario.
01:14400 euros, 400 euros.
01:16400 euros.
01:16Je n'ai jamais eu de problème.
01:19Si, oui, non, j'ai eu des problèmes,
01:22mais je trouve ça tout à fait humain parce que depuis 2008,
01:27ce qui me faisait rire à cette époque-là me fait moins rire maintenant ou vice-versa.
01:33Donc, qu'est-ce qui se passe ?
01:35Par exemple, en 2010, j'ai refusé des scénarios qu'on m'a envoyés.
01:39J'ai dit non, pas du tout, ce n'est pas bon, merci, au revoir.
01:42Et puis, huit ans plus tard, on me renvoie le même scénario, la même idée.
01:49Mais pas la même personne.
01:50Ce n'est pas la même personne.
01:52Et donc, je dis, tiens, oui, ce n'est pas mal cette idée.
01:55Et je lui fais le contrat.
01:57Et puis, il y a le propriétaire de la première idée qui me dit,
02:00mais c'est mon idée qui est passée.
02:02Je vérifie et je dis, mais vous avez tout à fait raison.
02:06Donc, dans un cas comme ça, je n'ai pas d'autre choix que de payer les deux.
02:11Je perds de l'argent, mais enfin, bon, il faut être correct.
02:14En général, les gens sont bienveillants.
02:16Ils veulent surtout avoir leur nom sur la page.
02:19Et alors, l'effet que je n'avais absolument pas imaginé,
02:24c'est que ça devient des ambassadeurs.
02:26C'est-à-dire que vous avez des gens qui vous achètent 50 albums
02:30parce qu'ils ont eu leur idée dedans ou parce que le petit-fils a eu une idée
02:36qui était acceptée.
02:37Et donc, ça devient des ambassadeurs de la marque.
02:41Parce que dans le paquet, j'ai des mineurs.
02:43Il y a des gamins qui m'ont déjà envoyé des supers idées qui fonctionnaient très bien.
02:49C'est quoi le plus jeune que vous avez eu ?
02:51Oh, il devait avoir 10 ans, 10 ans et demi.
02:55Et donc, les parents m'ont écrit un peu catastrophé.
03:00Qu'est-ce qui se passe ?
03:02Donc, je leur ai dit, votre fils a gagné 400 euros.
03:04Hein, quoi ? Comment ?
03:06Et donc, on fait le contrat dans ce cas-là avec les parents.
03:09Vous ne faites pas que de la BD, en fait.
03:10Vous vous intéressez à plein de trucs liés à Kid Paddle que vous avez créé,
03:14à Game Over et notamment au merchandising.
03:16Pour vous, ce n'est pas un gros mot.
03:17Pour certains, c'est un gros mot.
03:19Ça, c'est sûr que le merchandising, pour certains auteurs,
03:24c'est un petit peu les métastases du succès.
03:27Il y a des choses qu'on peut faire dans le merchandising qu'on ne peut pas faire en BD.
03:32Vous dites dans votre livre que vous, ce qui vous intéresse actuellement,
03:34c'est les poubelles du parc d'attractions de Spirou
03:38que vous essayez de dessiner en forme de blorcs.
03:40Absolument.
03:41Oui, oui, c'est le genre de petit détail qui peut marquer un enfant.
03:45Mais en même temps, ça peut être un maître fromager qui me contacte
03:50parce qu'il a aimé un gag de Kid Paddle où il y avait un Roquefort à l'ail.
03:54Et il me demande de faire le packaging de son Roquefort.
03:57Après, il y a encore des choses, j'espère, qui vont se faire,
04:00comme un blorc taille crayon dont on rentre le crayon par l'arrière.
04:07C'est très drôle.
04:08Ce sont des choses que j'aimerais voir exister.
04:11C'est plus important, ce genre de petit projet,
04:14que de me réancrer à ma table à dessin
04:18et repartir sur un gag qui va me prendre une semaine
04:23à 8, 9, 10 heures de dessin par jour.
04:27Et puis, vous avez eu l'expérience d'avoir un dessin animé, Kid Paddle.
04:31C'est-à-dire que vous faisiez des BD Kid Paddle
04:32et puis un jour, c'est devenu un dessin animé.
04:35Comment ça s'est passé ?
04:36Alors, l'adaptation audiovisuelle de Kid Paddle,
04:40ça n'a pas été de tourpeau.
04:41Et là, j'ai compris qu'il fallait parfois se protéger des virus extérieurs.
04:48C'est-à-dire que le dessin animé,
04:51je ne sais plus combien ça coûtait de millions d'euros,
04:54quelques millions.
04:55Toujours est-il que Dupuis n'avait pas assez d'argent pour le produire.
05:00Donc, il faut appeler à la coproduction.
05:03Et on a eu des tables avec des Allemands, des M6,
05:09des Anglais, des Québécois, etc.
05:13pour essayer de réunir le tout.
05:15Mais le problème, c'est que chacun vient avec des desiderata
05:20et un cahier des charges.
05:23Et donc, chacun voulait transformer la série
05:28en fond et en forme aussi.
05:31Et donc là, c'est la première fois que j'ai dû faire un peu mon ayatollah,
05:36dire non à certaines choses, dire oui à d'autres,
05:39parce que l'enjeu était tellement important.
05:42Passer à la télévision, début 2000, c'était très, très important.
05:47Je savais très bien qu'après ça,
05:49la popularité du personnage allait décupler.
05:53C'est ce qu'elle a fait.
05:55Donc, les Allemands n'aimaient pas la petite moustache carrée du père.
06:00Donc, ils voulaient raser la moustache.
06:03C'était un peu gênant.
06:04M6 n'aimait pas les lorgnons du père.
06:07Et les Belges voulaient rajouter des cheveux.
06:10Et donc, le père ne ressemblait plus au père.
06:12Il ne ressemblait plus au père de la bande dessinée.
06:15Donc, c'est moi qui devais trancher.
06:19Alors, tout le monde peut regarder.
06:20C'était vraiment très, très malaisant.
06:24Et finalement, on a laissé la moustache.
06:27On a enlevé les lorgnons et on a rajouté des cheveux.
06:30Vous regrettez un peu les compromis ?
06:32Non, non, non.
06:33Le plus fort, c'était Horace,
06:36qui est le copain le plus jeune de Kid.
06:41Et lui, je ne sais pas pourquoi,
06:43mais il a les cheveux blancs sur le côté.
06:45Et il n'a pas beaucoup de cheveux.
06:47Il a les cheveux magnifiques, mais rares, mais blancs.
06:52Et donc, personne n'en voulait.
06:56Ce gamin a la leucémie.
06:58C'est sûr et certain.
07:00Donc, M6 a exigé que les cheveux, d'abord, soient blonds
07:04et ensuite que toute son crâne soit couverte d'un duvet jaune.
07:10Donc, voilà.
07:11Et après, après, ça passe.
07:17Ça passe.
07:17Donc, il faut vraiment revoir le dessin animé pour se dire
07:20Ah ben, c'est vrai que ce n'est pas tout à fait comme dans la BD.
07:23Mais il y a eu pire.
07:25Il y a les Anglais, et c'était en début 2000.
07:30Ils voulaient qu'un des personnages,
07:33ils avaient choisi Horace, soit homosexuel.
07:36Et là, c'était extrêmement délicat parce que
07:42moi, je ne suis pas du tout dans une bande dessinée qui parle de ça.
07:46D'ailleurs, je m'étais positionné un petit peu à l'écart de,
07:50à l'époque, Petit Spirou et Titeuf, qui étaient très très sexes.
07:55Moi, je raconte un peu mon enfance dans Kid Paddle.
07:57Et à cet âge-là, le sexe n'est pas dans la photo.
08:00Je ne savais pas c'était quoi.
08:03Alors, sexualiser un personnage, c'était complètement inadéquat.
08:10Et donc, je leur ai dit non, enfin, avec quoi vous venez ?
08:14Ce n'est pas du tout mon propos.
08:17Et donc, les Anglais sont partis, dégoûtés, je ne sais pas.
08:21Mais ce type de pression, bon, je l'ai eue.
08:25En général, ce sont des gens qui passent,
08:28des commerciaux, des directeurs, des éditeurs.
08:33Le problème, c'est que l'auteur, il voit son oeuvre à long terme.
08:39Tous ces gens voient à court terme.
08:41Ils se disent, voilà, est-ce que moi, il me faut un gros bénef cette année ?
08:45Ce que j'ai appris il n'y a pas très longtemps,
08:46c'est qu'il ne faut surtout plus demander l'avis des gens
08:49et certainement pas l'avis de l'éditeur.
08:53On peut le faire par politesse, mais entre nous, on sait.
08:57Parce que si vous demandez l'avis à 20 personnes,
09:00vous aurez 20 avis différents systématiquement et ils vont vous perdre.
09:06Donc, il faut faire très attention à ça.
09:08Il faut gagner en confiance, je pense.
09:11Parce que si on n'est pas sûr,
09:14on peut véritablement devenir aussi dépendant de l'éditeur.
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