00:00Je suis confronté à l'échec tous les jours, dans le sens où l'espoir de niveau, c'est un corps de métier
00:05dans lequel on cherche à dépasser ses limites de façon quotidienne.
00:08Donc, qui dit dépassement de soi, dit se heurter à ses limites.
00:12Ça fait un peu cliché, mais de chaque échec, je tiens une leçon.
00:16Après, selon les échecs, il y a des pertes, un peu de deuil à respecter,
00:21des moments où on va prendre un peu de recul.
00:23Parfois, ça ne sert à rien de se remettre tout de suite au travail.
00:24Il faut peut-être un peu prendre le recul, un peu de hauteur pour analyser ce qui n'a pas été
00:28avant de repartir au travail avec des stratégies différentes.
00:39Créer des vocations auprès des plus jeunes n'est pas forcément quelque chose que j'ai en tête.
00:43C'est vrai que quand je vais à la rencontre d'enfants, c'est vrai que de par mon apparence physique
00:48et mon origine, on ne correspond pas forcément à l'image qu'on se fait de le screamer en tant que tel.
00:53Et c'est vrai que parfois, j'ai des remarques plutôt mignonnes en me disant
00:56« Monsieur, vous ressemblez à un basketteur, à un athlète ou même parfois à un rappeur.
01:02On ne dirait pas que vous faites de l'escrime. »
01:04Et c'est ça que je trouve cool, c'est de classer un peu ces clichés,
01:07ces préjugés qu'on peut avoir sur ma discipline.
01:11J'ai grandi dans un environnement très vert.
01:16J'ai eu la chance d'avoir une maison en Guadeloupe avec un grand jardin.
01:20C'est là où j'ai vécu toute ma vie.
01:22J'essaie d'y retourner une fois par an.
01:23Pour moi, c'est important que ma petite fille sache d'où elle vient,
01:26qu'elle connaisse un peu la culture guadeloupéenne,
01:29qu'elle puisse aussi voir assez souvent ses grands-parents
01:31parce que mes parents habitent encore en Guadeloupe.
01:33On a la chance d'avoir une île qui a à la fois la mer, des rivières, il y a un volcan,
01:39il y a des plages de sable noir, des plages de sable blanc.
01:41Il y a une richesse culturelle qu'on ne soupçonne pas aussi, la cuisine également.
01:46Je pourrais citer les qualités de mon île tout un après-midi.
01:49J'ai été élevé au grand air, j'ai fait beaucoup de sport.
01:52Et même quand je ne faisais pas de sport, j'étais tout le temps dans le jardin
01:54à jouer, à m'amuser, à jouer au foot, à faire du vélo, plein d'activités physiques.
01:58J'ai vraiment eu de la chance que mes parents m'aient conféré une éducation
02:04sur laquelle ils m'ont toujours encouragé à être ouvert d'esprit
02:07et inculqué beaucoup de valeurs aussi, les valeurs de respect, de travail.
02:11En fait, ils m'ont donné la valeur des choses.
02:13Lorsque tu pratiques de l'escrime et que tu vis en Guadeloupe,
02:15tu as des frais assez conséquents, les billets d'avion
02:18pour faire les compétitions nationales, les hôtels, les taxis.
02:21Des choses comme ça, même quand j'ai quitté le domicile familial à l'âge de 16 ans,
02:24il fallait payer l'internat.
02:26Ce ne sont pas des sacrifices financiers, c'est plutôt des choix financiers.
02:31Et je ne remercierais jamais suffisamment de m'avoir donné les moyens de mes ambitions.
02:34J'ai lancé mon association pour aider les jeunes sportifs ultramarins à accéder au haut niveau.
02:38Quand tu habites en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à La Réunion,
02:42tous les territoires français qui ne sont pas situés sur le territoire hexagonal,
02:45tu as des problématiques de continuité territoriale.
02:47Le moindre billet d'avion pour aller faire une compétition, il est entre 1 000 et 1 200 euros.
02:51Puis tu as les taxis, l'hôtel.
02:52Ça peut être un frein à la scolarité aussi parce qu'on y est parti assez souvent.
02:57Et moi, j'ai vu des sportifs aussi talentueux, voire parfois plus talentueux que moi,
03:02ne pas pouvoir poursuivre parce que leurs parents n'arrivaient pas à suivre financièrement.
03:15J'ai décidé de commencer l'escrime en voyant Laura Flessel,
03:19qui est la plus grande championne d'escrime en France.
03:23J'ai vu remporter les Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996.
03:26Et j'avais 5 ans, j'ai vu ça à la télé, les Guadeloupéennes,
03:30ils en ont énormément parlé là-bas.
03:31Ça m'avait marqué de voir cette femme qui voulait toucher son adversaire avant qu'elle ne soit touchée.
03:36Et j'ai tout de suite dit à mon père que je voulais arrêter le tennis,
03:38que je pratiquais déjà pour faire de l'escrime.
03:40Honnêtement, quand j'ai commencé l'escrime,
03:41je n'ai jamais eu la prétention ne serait-ce que de participer aux Jeux Olympiques.
03:44Le sport, c'était vraiment quelque chose que j'aimais pour sa pratique, pour le jeu,
03:48pour être avec les copains, pour me défouler.
03:51Et en fait, mon ambition est venu au fur et à mesure.
03:52Je pense que j'ai vraiment ambitionné de participer aux Jeux Olympiques
03:56peut-être 6 mois avant de participer à mes premiers Jeux à Londres.
03:59Ce n'était pas quelque chose qui était fait pour moi, en fait.
04:01Et en fait, au fur et à mesure, avec les résultats, je me suis pris au jeu.
04:06Après, paradoxalement, je me suis toujours entraîné très, très fort
04:11parce que je voulais voir jusqu'où je pouvais arriver.
04:13Et je suis content d'être arrivé, d'avoir couché certaines cases
04:17que je n'aurais jamais pensé être envisageables.
04:19Dans l'escrime, je suis très stressé.
04:21Avant la compétition, je suis vraiment très stressé.
04:24Les nuits avant la compétition, je dors mal.
04:26Le matin de la compétition, je n'arrive pas à manger.
04:29Mais par contre, j'arrive à ne pas le montrer.
04:31Je pense que c'est pour ça qu'on dit que je suis une force tranquille,
04:34c'est-à-dire que je ne exprime pas mes émotions.
04:35Je pense que c'est quelque chose qui est important
04:39parce que je ne donne pas de prise à mon adversaire.
04:41Je ne montre pas que je stresse ou que je suis déstabilisé.
04:45Je n'ai pas spécialement de routine d'avant compète.
04:48J'écoute de la musique, quasiment que du rap, de la drill,
04:51des trucs qui me donnent du peps
04:53et qui me mettent dans un mood un peu d'agressivité
04:57parce que finalement, l'escrime, ça reste un sport de combat.
05:07Oui, pour moi, c'est hyper important d'avoir autre chose à côté de l'escrime.
05:10Le sport de haut niveau, c'est très stressant, c'est très prenant.
05:13On est souvent en situation d'échec.
05:15Ces échecs ne sont pas forcément très faciles à vivre.
05:17Et le fait d'avoir des passions annexes,
05:20ça m'aide vraiment à me sortir un peu de cette bulle
05:24que constitue le sport de haut niveau.
05:26Je m'entraîne très dur.
05:27Mais par contre, dès que j'ai quitté la salle d'entraînement,
05:29je ne pense plus à l'escrime.
05:30Ça me permet de switcher mentalement et de faire autre chose.
05:33J'aime bien que ma fille, elle ait ce modèle à la maison,
05:36qu'elle voit que son père, même si c'est cool,
05:39mais qu'il ne fait pas que de l'escrime, qu'il fait d'autres choses,
05:41qu'il s'intéresse à pas mal de choses, qu'il soit curieux.
05:44Et moi, j'essaie vraiment de lui inculquer ça,
05:46et par la parole, et par l'exemple.
05:48Est-ce que tu es fier de toi et de ce que tu as créé ?
05:50Oui, oui, je pense qu'aujourd'hui, je peux être fier de moi
05:54parce que je n'aurais jamais pensé
05:58accomplir 1% de ce que j'ai réussi à accomplir aujourd'hui.
06:02Donc, je pense que c'est assez simple de le reconnaître sans prétention,
06:06sans forcément s'enorgueillir de tous ses exploits.
06:09Je vais te donner un exemple bête.
06:10Autour de moi, tu ne vas pas avoir de médailles exposées
06:12parce que ces médailles sont gagnées, sont à moi.
06:15Mais je pense que j'aurai tout le loisir peut-être de les exposer après ma carrière.
06:19Mais moi, je suis toujours ambitieux
06:22et en fait, j'ai le regard toujours tourné vers ce que je peux accomplir.
Commentaires