00:00C'est quoi votre mot préféré en fait ?
00:02Kouakoubé en ce moment, je le trouve très intéressant.
00:04Très intéressant, Kouakoubé.
00:15Nous sommes un collectif de 18 personnes qui se sont réunies pour écrire ce tract.
00:20Quand on dit le français va très bien merci, c'est une manière de répondre à d'autres discours
00:24qui forment un véritable marché de la peur en nous disant que le français va mal,
00:28qu'il y a des fautes partout, que les jeunes parlent mal, que tout va très mal.
00:32Donc oui, on répond bien entendu à ces discours-là.
00:34Selon les estimations, en 2050, il y aurait entre 700 millions
00:37ou jusqu'à 1 milliard de locutrices de locuteurs francophones.
00:41Donc le français va bien dans ce sens qu'il ne va pas disparaître.
00:45Au contraire, il y aura de plus en plus de personnes qui vont parler français.
00:48On ne veut pas dire que tout va très bien par exemple dans la formation d'un enseignement du français.
00:53On pense aux profs de français qui rencontrent des difficultés sur le terrain,
00:56on pense aux difficultés qu'ont des fois les gens pour s'exprimer, pour se comprendre.
01:01Mais simplement, on voudrait différencier justement ces problèmes-là qui peuvent être réels,
01:08des discours, des cliniques catastrophistes qui vont confondre justement la langue et les pratiques,
01:14les institutions, l'enseignement de la langue.
01:16Il faut essayer de différencier tout ça. C'est notre travail.
01:18Et puis les langues, elles ne sont pas exclusives.
01:20Ce qu'on dit dans le tract aussi, les langues ne sont pas exclusives les unes des autres.
01:22En fait, parler plusieurs langues, c'est bien aussi.
01:25Mais il n'y a aujourd'hui, je pense, aucune langue vraiment qui n'est une menace pour le français.
01:29L'anglais n'est pas une menace pour le français en tant que langue.
01:32Par contre, la position de l'anglais en France pose des questions politiques,
01:36des questions de politique linguistique.
01:37Pour moi, c'est deux choses quand même qui sont différentes.
01:39Encore une fois, il faut différencier.
01:40Je pense qu'il y a des mots qui relèvent plus d'un langage marketing.
01:45Justement, quand on a des « ing » qui sont mis à toutes les sauces,
01:48on va faire du showering, enfin je ne sais pas quoi, du branching.
01:52Du running.
01:53On l'a bien entendu, c'est un aspect ridicule et énervant.
01:55Mais est-ce que ce qui énerve, c'est l'anglais
01:57ou est-ce que c'est le langage marketing justement qui vient derrière ?
02:02On a eu d'autres phases.
02:03On en parle dans le tract.
02:04L'italien, ça a été la grande lubie de la Renaissance.
02:08On en a conservé une partie.
02:09Une partie a disparu depuis.
02:11L'anglais, ça risque peut-être…
02:12Enfin, on ne peut pas vraiment faire de prédiction,
02:14mais il est probable que ça suive une trajectoire similaire
02:18où une bonne partie des anglicismes qu'on utilise aujourd'hui
02:19sont en fait symptomatiques de notre époque.
02:22Et pas forcément en vocation à rester.
02:24On verra.
02:25Le français oral n'est pas moins valable que le français écrit ?
02:28Il correspond à d'autres règles en fait ?
02:30C'est une autre manière de penser la langue ?
02:32Souvent, on voit le français oral comme une version dégradée du français écrit.
02:37Il y aurait le français écrit qui serait le bon français,
02:39puis la manière dont on parle qui serait juste une version un peu moche,
02:43un peu restreinte, alors que tout simplement…
02:46Alors déjà, c'est très intéressant d'étudier le français oral
02:50et puis il répond effectivement à d'autres règles.
02:53Moi, le français oral, c'est celui que je parle depuis toujours
02:55et moi, comme je le disais tout à l'heure,
02:57j'ai galéré à apprendre à écrire, alors si c'était le seul français valable,
03:00j'aurais bien été dans la merde.
03:02Prendre en compte les spécificités du français oral,
03:04c'est très intéressant, ça nous fait comprendre
03:06plein de petites choses dans nos interactions.
03:08Par exemple, pourquoi est-ce qu'on se répète plus à l'oral ?
03:10Eh bien parce que contrairement à l'écrit,
03:12la personne ne peut pas aller relire le début de la phrase
03:14et voir ce dont on parlait,
03:16donc on le répète aussi pour que notre interlocuteur suive
03:20ce dont on parlait.
03:22Puis on peut avoir un style très littéraire à l'oral
03:25et on peut avoir un style beaucoup plus relâché à l'écrit en fait.
03:29Ça se superpose.
03:31Quand moi j'écris sur Messenger ou sur Twitter,
03:35c'est pas du style littéraire,
03:37c'est plutôt du style oral en réalité.
03:39C'est vraiment une espèce de transcription,
03:41une espèce d'entre-deux quelque part.
03:43Oui, il y a un écrit oralisé, ça,
03:45de tout ce qui est des fois sur les réseaux sociaux,
03:47les messages éphémères et les SMS
03:49qui va brouiller un peu les frontières entre les deux.
03:51Mais pour le français oral, souvent c'est intéressant aussi,
03:53ça c'est quelque chose qu'en linguistique
03:55vraiment tout le monde étudie.
03:57On ne se rend pas compte de nos propres pratiques linguistiques.
04:00On ne parle pas comme on pense qu'on parle.
04:02Il y a des gens qui vont vous dire,
04:04moi j'oublie jamais le no de négation.
04:06On l'oublie en le disant très souvent.
04:08Il faut juste faire un petit peu attention à ça.
04:10Si vous vous dites à ça, moi non je le dis jamais,
04:12faites attention, enregistrez-vous,
04:14il y a de bonnes chances pour que vous le disiez quand même.
04:16On a plein d'idées, plein d'idées préconçues,
04:18mais il y a quelque chose qui est une assurance en France,
04:20c'est que les règles, si on a un doute,
04:22on peut se référer à l'académie française.
04:24L'académie française, non, je ne suis pas sûr que le rôle
04:26de l'académie française aujourd'hui soit un rôle
04:28vraiment de contrôle ou en tout cas de normalisation de la langue.
04:33C'est plutôt un rôle politique aujourd'hui l'académie française.
04:35Ils sont juste là pour dire que ça va le mal et pour râler.
04:37Encore une fois, la cohérence,
04:39ils nous ont quand même été contre la féminisation
04:41des noms de métier pendant 35 ans,
04:43à nous prédire la fin du monde,
04:45si on allait dire autrice ou ce genre de mots.
04:47Et puis finalement, au bout de 35 ans, ils nous disent
04:49que non, finalement, rien ne se pose dans la langue à faire ça.
04:51Donc, ce n'est pas cohérent.
04:53Il y a une pression sociale autour de l'orthographe en particulier.
04:55C'est un peu comme si c'était la seule manière
04:57de faire respecter la règle aujourd'hui,
04:59puisqu'il n'y a pas de grande institution.
05:01Finalement, c'est la pression sociale,
05:03c'est un peu ça que vous remettez en question,
05:05cette pression sociale permanente autour du bon orthographe.
05:07Il y a des particularités de l'orthographe
05:09qui peuvent être importantes, nécessaires
05:11pour la compréhension, les phénomènes d'accords,
05:13de comprendre quels mots portent sur quels mots,
05:15avec quels mots, l'accord sujet-verbe,
05:17l'accord adjectif avec le nom.
05:19Ça, c'est une orthographe qui fait sens.
05:21Et je pense que c'est important de la maîtriser.
05:23Par contre, à des moments,
05:25des histoires de double consonne,
05:27honoré 1n, honneur 2n.
05:29Pourquoi ?
05:31Charlot, charrette, etc.
05:33Je refuse de croire que l'intérêt de la langue
05:35est juste dans la bizarrerie
05:37qui serait élégante, justement,
05:39parce qu'elle est arbitraire, justement, parce qu'elle est unique.
05:41La langue, c'est bien plus intéressant que ça.
05:43Lorsqu'on a été en CM1, en CM2,
05:45et qu'encore aujourd'hui, on arrive à accorder le COD,
05:47c'est un peu difficile de se dire
05:49que les générations suivantes
05:51n'auront pas à faire cet effort-là.
05:53Parce que c'est bien du côté de l'effort, finalement,
05:55que l'on se place lorsqu'on demande aux gens
05:57d'apprendre le français, de bien le parler, de bien l'écrire.
05:59Il y a complètement cette réaction en mode
06:01« Moi, j'ai galéré, vous allez galérer aussi,
06:03c'est pas possible que j'aie autant galéré
06:05et que vous ne vous passiez pas par là. »
06:07Là, on voit bien que l'enjeu, ce n'est pas tellement
06:09la langue française, mais c'est autre chose.
06:11C'est quelque chose que je comprends.
06:13Les gens ont l'impression, des fois, d'avoir acquis
06:15avec difficulté un capital,
06:17un capital, pour le coup, culturel,
06:19orthographique, et qu'on va leur enlever
06:21en rationalisant
06:23l'orthographe, qu'on va leur enlever
06:25ce capital-là. Moi, j'ai envie de leur dire
06:27que leur capital linguistique, ce n'est pas
06:29l'accord du participe passé. D'ailleurs, si vous pensez
06:31que vous ne faites jamais d'erreur sur l'accord du participe passé,
06:33c'est faux. Il y a trop d'exceptions.
06:35Ce ne sont pas que les autres qui font des erreurs d'orthographe.
06:37Vous en faites aussi. Et je pense qu'on ne peut avoir
06:39un capital linguistique plus intéressant,
06:41plus riche, que
06:43juste de savoir
06:45de trois exceptions orthographiques.
06:47On sera moins dans la forme, on sera peut-être plus en fond.
06:49C'est ça.
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