00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:03Il est 18h42, bonsoir Dorothée Moisan.
00:06Bonsoir.
00:07Vous êtes journaliste spécialiste des questions environnementales et je renvoie à votre livre intitulé
00:11Les plastiqueurs, une enquête, je cite, sur ces industriels qui nous empoisonnent.
00:15C'est aux éditions Cairo.
00:16Les négociations finales sur un traité mondial contre la pollution plastique
00:20s'ouvrent aujourd'hui en Corée du Sud.
00:22Cette pollution est à ce point répandue ?
00:25Effectivement, c'est peut-être la chose la mieux partagée.
00:27En ces temps où chacun réclame d'avoir plus et plus d'argent, etc.
00:31Le plastique, il n'y a pas besoin de demander, tout le monde l'a dans son organisme.
00:34On l'a tous dans notre organisme, c'est avéré.
00:37Oui, Yves, je suis désolée, mais effectivement, si je vous l'apprends ce soir,
00:41et vous et moi, nous en avons tous dans l'organisme
00:44et on a appris récemment qu'on en avait tous aussi dans le cerveau.
00:46Mais on en parle finalement assez peu, pourquoi ?
00:51Alors, peut-être que la raison, c'est qu'on n'en meurt pas assez vite.
00:55Parce que finalement, si on ingérait du plastique,
00:58on côtoyait le plastique d'un peu trop près et qu'on mourait dès le lendemain,
01:02on réagirait assez vite, vous avez vu le Covid, comment ça s'est passé.
01:04Le plastique, c'est un processus très long,
01:07c'est des perturbateurs endocriniens, des additifs qui sont présents dans le plastique.
01:10Ça va prendre des années, voire des dizaines d'années, voire des générations.
01:14Comme pour le distilbène, vous vous souvenez.
01:16Et donc, ça veut dire que vu qu'on ne meurt pas,
01:18on n'a pas d'impact sur notre santé précisément automatique,
01:22on ne va pas si vite que ça à résoudre le problème.
01:25Mais c'est vrai qu'on ne le réalise pas toujours, Dorothée Moisan.
01:27Cette pollution plastique est même détectée dans les nuages,
01:30les fosses océaniques, dans toutes les parties du corps humain,
01:33y compris le cerveau et le lait maternel.
01:36Comment est-ce possible ?
01:38C'est possible parce que le plastique ne reste pas inerte,
01:41comme on nous l'a longtemps dit.
01:45Les particules de plastique qui vont s'envoler de par les courants,
01:50l'air, l'eau, etc., ne serait-ce que par exemple pour un vêtement,
01:53si vous donnez un petit coup sur votre vêtement synthétique,
01:56des microparticules, des microfibres textiles vont s'envoler dans l'air
01:59et vont ensuite faire leur chemin et se déposer ici et là,
02:01et parfois dans notre organisme.
02:04Quels sont les principaux risques pour la santé ?
02:07C'est mortel ou pas ?
02:09C'est ce que je disais, mortel, pas du jour au lendemain.
02:12Mais par contre, s'il y a un large éventail de pathologies
02:15qui sont aujourd'hui recensées,
02:18c'est très difficile d'attribuer directement une maladie au plastique
02:22parce que ce sont notamment les additifs qui sont portés par le plastique,
02:25comme les phtalates, les bisphénones, les piphaces,
02:28les perfluorés dont on parle beaucoup ces temps-ci,
02:31qui vont être portés par le plastique.
02:33Cela peut entraîner des cancers, des malformations congénitales,
02:37par exemple.
02:38Cela favoriserait, on l'a appris récemment,
02:40des maladies cardiovasculaires, des maladies pulmonaires.
02:43Nos hormones peuvent être perturbées,
02:45que ce soit nos hormones de croissance, de reproduction,
02:47notre sexualité, notre sommeil, notre métabolisme.
02:50C'est une longue liste sans fin.
02:53C'est donc finalement la pollution à laquelle nous sommes tous confrontés
02:56sur tous les continents, si je vous comprends bien.
02:58Plus de 150 pays sont donc réunis en Corée du Sud
03:01pour tenter de trouver une solution.
03:03Cela veut dire que la prise de conscience commence à être objective et réelle ?
03:07Oui, je dirais que cela fait 3 à 5 ans
03:09que vraiment on sent une prise de conscience
03:11au niveau des instances internationales.
03:14La bonne nouvelle, c'est qu'en parlant avec des négociateurs
03:17qui travaillent sur toutes ces questions-là,
03:19le multilatéralisme, excusez-moi,
03:22ils voient qu'avec le plastique,
03:24cela va beaucoup plus vite qu'avec beaucoup d'autres choses,
03:26même que pour le climat.
03:27Parce que le plastique, tout le monde connaît,
03:29tout le monde en a autour de soi.
03:30Et donc, il y a vraiment une prise de conscience
03:32qui est peut-être plus efficace.
03:33Malheureusement, comme pour la COP etc.,
03:37autour de la table, il y a aussi les pétrochimistes
03:39et les pays qui produisent du plastique
03:41et qui n'ont pas vraiment envie de réduire cette production.
03:43Parce qu'effectivement, une société sans plastique aujourd'hui,
03:46cela paraît impossible.
03:48Moi, j'ouvre mon réfrigérateur,
03:50je vois que ce soit le beurre,
03:53les yaourts, les boissons.
03:55Est-ce que finalement, demain,
03:57je peux espérer avoir un frigo sans plastique à l'intérieur ?
04:00Je pense que peut-être pas totalement sans plastique,
04:03mais déjà de l'avoir remarqué,
04:05c'est déjà le premier effort,
04:06c'est le premier électrochoc,
04:07c'est quand on constate tout ce qui comprend du plastique,
04:10dans la mesure où le plastique va migrer du contenant
04:12vers le contenu.
04:14Ce qui est le plus connu souvent,
04:16c'est quand on vous dit qu'on peut mettre des plats au micro-ondes,
04:18des plats en plastique.
04:19Non, effectivement, on peut le faire,
04:21il ne va pas fondre totalement dans le plat,
04:23sauf qu'on sait aujourd'hui
04:25qu'il y aura autant de plastique dans votre moussaka,
04:27dans votre contenant en plastique,
04:29qu'il y a une étude qui s'appelle l'étude moussaka,
04:32qui a été faite par l'ADN.
04:33Et donc, on sait qu'il y aura énormément de plastique
04:35dans cette moussaka.
04:36Donc vraiment, il y a des choses qui sont possibles de faire,
04:38notamment de ne pas réchauffer,
04:40de ne pas associer plastique et chaleur,
04:42parce que ça va augmenter la migration.
04:44L'acidité et le gras augmentent aussi la migration.
04:46Par exemple, du ketchup,
04:48dans un contenant en plastique,
04:50le plastique va plus facilement migrer.
04:52Une des choses les plus simples,
04:54finalement, c'est de réduire
04:56tout ce qui est contenant en plastique,
04:58donc bien sûr favoriser le vrac,
05:00mais essayer tout simplement,
05:02alors tout simplement, ce n'est pas pour tout le monde,
05:04mais de moins consommer de produits
05:06ultra transformés et de faire la cuisine, finalement.
05:08Alors, nous sommes un pays où il y a de grandes industries alimentaires
05:10et elles sont puissantes.
05:12Est-ce qu'il y a une sorte de lobby,
05:14j'ai envie de vous dire, de la civilisation du plastique ?
05:16Et y a-t-il par ailleurs des pays
05:18qui ont fait des vrais efforts positifs
05:20et qui peuvent être des exemples ?
05:22Alors, on est effectivement
05:24en civilisation du plastique.
05:26Quand on veut se désintoxiquer du plastique,
05:28effectivement, il faut comprendre, il faut voir,
05:30comme moi j'ai fait mon enquête, j'ai constaté
05:32que plastique était synonyme de surconsommation.
05:34Essayer tout simplement,
05:36pendant une semaine,
05:38alors non pas de ne pas toucher du plastique,
05:40parce que vous n'irez plus aux toilettes, par exemple,
05:42en revanche, au moins le défi de ne pas acheter
05:44de plastique, même de manière indirecte,
05:46sans vouloir acheter du plastique.
05:48Et vous allez voir que votre façon de consommer
05:50et de voir le monde autour de vous
05:52va radicalement changer.
05:54Donc ça, c'est vraiment une expérience extrêmement intéressante
05:56et qui répond à ces questions
05:58de comment fonctionner
06:00sans plastique.
06:02Après, bien sûr, il y a des pays plus ou moins en pointe,
06:04pour l'instant, on n'a pas beaucoup de pays
06:06qui arrivent vraiment à s'en passer.
06:08Rassurez-nous quand même,
06:10on est nombreux à jeter nos déchets
06:12dans les fameuses poubelles jaunes,
06:14c'est vraiment utile ?
06:16Alors, je ne sais pas si je suis là pour vous rassurer ce soir,
06:18malheureusement.
06:20Si vous arrivez dans votre poubelle jaune,
06:22bien sûr, vous jetez dans votre poubelle jaune
06:24parce qu'il y a une chance peut-être que ce soit recyclé.
06:26Ce qu'il faut avoir aujourd'hui,
06:28ce n'est pas parce que c'est trié
06:30que c'est recyclé.
06:32Aujourd'hui, on estime que
06:34le plastique,
06:36en tout cas, est recyclé.
06:38Ce qui veut dire que ça fait
06:40quasiment 75% qui ne l'est pas.
06:42Excusez-moi, on n'a pas entendu le chiffre que vous avez donné,
06:44il y avait une petite coupure d'antenne à ce moment-là.
06:46Excusez-moi,
06:4827% recyclés,
06:50donc ça veut dire qu'il reste un peu moins de 75%,
06:52un tiers, même pas, un quart.
06:54On est à quasiment 3 quarts
06:56qui ne le sont pas aujourd'hui
06:58et on sait qu'on a 25% de cette poubelle
07:00et ça, c'est les industriels eux-mêmes,
07:02Citeo qui le reconnaît,
07:04il y a 25% qui ne seront
07:06jamais recyclables parce que ce sont
07:08des produits plastiques dont on n'a pas les moyens
07:10de les recycler.
07:12Je prends par exemple, pour ne prendre qu'un exemple,
07:14les produits multicouches, par exemple,
07:16votre sac de chips,
07:18vu qu'on a plusieurs couches
07:20d'aluminium, de plastique, etc.,
07:22on ne peut pas aujourd'hui les dissocier.
07:24Ce paquet, vous allez le mettre dans votre poubelle de tri,
07:26mais il ne sera jamais recyclé,
07:28il va être revalorisé en énergie,
07:30en chauffage, etc., mais il ne sera pas recyclé.
07:32Je sens que je vais regarder mon réfrigérateur
07:34et mes paquets de chips.
07:36Merci infiniment Dorothée Moisan,
07:38journaliste spécialiste des questions environnementales.
07:40Votre livre intitulé « Les plastiqueurs »
07:42est donc paru aux éditions Cairo.
07:44Dans un instant, un homme tout à fait recyclé
07:46qui nous emballe tous les soirs, Marc-Antoine Lemoyne.
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