00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03Il est 18h18, bonsoir maître Béatrice Zavarro, vous êtes l'avocate de Dominique Pellicot.
00:08Merci de nous rejoindre sur RTL.
00:09Vous venez de quitter à l'instant le palais de justice, je le précise.
00:13La peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle a donc été requise contre votre client
00:17pour les viols à répétition de son épouse Gisèle. Comment a-t-il réagi ?
00:22Bonsoir monsieur, il a réagi avec lucidité depuis le début de cette information judiciaire.
00:29J'indiquais à Dominique Pellicot que très certainement les 20 années seraient requises et elles le sont.
00:36Donc c'est avec une certaine lucidité qu'il a réagi à cela, bien sûr.
00:39Pour parler de votre client, la vice-procureure évoque, je cite,
00:43« une personnalité structurée sur un mode pervers à la recherche de son propre plaisir
00:48via la soumission, l'humiliation, voire l'avilissement de son épouse ».
00:51Qu'en pensez-vous ?
00:53Je pense que c'est quand même l'illustration de deux choses.
00:57C'est d'abord les conclusions des experts qui sont venus rencontrer Dominique Pellicot au sein de la détention
01:02et qui ont conclu à une personnalité perverse, effectivement.
01:06Et puis c'est aussi le fruit, malheureusement, de la lecture des vidéos
01:11avec parfois en son sonore ces insultes et cette façon de rabaisser son épouse.
01:18Oui, ça rentre dans le processus de la perversité.
01:20Donc la perversité n'est pas un phénomène nouveau, n'est pas un élément nouveau que nous avons entendu ce matin.
01:25Mais c'est davantage le fruit des conclusions expertales qui avaient déjà été reprises à l'audience au tout début de ces débats,
01:32c'est-à-dire au mois de septembre 2024.
01:34La représentante du Parquet a ajouté « 20 ans, c'est à la fois beaucoup, mais c'est aussi trop peu au regard de la gravité des faits ».
01:40Que lui répondez-vous ?
01:42Je pense qu'effectivement les 20 années sont lourdes dans le sens où c'est 20 ans pour un homme qui va avoir 72 ans
01:55et sont aussi le maximum légal encouru par rapport au Code pénal.
02:00Il n'y a pas de surprise.
02:02Je peux supposer que si le maximum encouru avait été supérieur, le supérieur aurait été demandé.
02:08Là, nous sommes sur le maximum, donc voilà, ça a été demandé.
02:12Effectivement, dans l'esprit de chacun, ça peut paraître pas beaucoup ou peu par rapport à la gravité des faits.
02:18Et dans notre esprit à nous, c'est le maximum encouru.
02:21Je ne veux pas dire que c'est beaucoup, je dis simplement que ce n'est pas de surprise.
02:25Comment vous préparez-vous, maître, à défendre cet homme qui passe, je suis désolé du terme que je vais employer,
02:30mais pour un monstre dans beaucoup de foyers français aujourd'hui ?
02:34Je dirais que cet homme, on s'y est fait un peu à ce qualificatif.
02:44On passe pour un monstre, pour le diable.
02:48Là aussi, je le prends un petit peu avec fatalisme.
02:52Comment l'opinion peut le juger différemment au regard de ce qui s'est passé et au regard des faits commis ?
02:58Comment l'opinion peut le juger différemment, effectivement ?
03:01Tout le monde est contre vous, j'ai envie de vous dire, mais vous avez un rôle très particulier,
03:05vous essayez de l'accompagner sur le chemin de la vérité, c'est bien cela ?
03:08J'ai essayé, dans les débats, jusqu'à la dernière prise de parole,
03:12j'ai essayé de lui dire qu'il fallait absolument qu'on se retrouve lui et moi dans un box du parleur avocat
03:18sans prendre en considération ce qui pouvait nous entourer
03:21parce qu'on est tous les deux depuis 4 ans dans un rapport de confiance
03:24et je voulais qu'il parle au maximum de ce qu'il pouvait dans le cadre de cette affaire.
03:30Il a répondu aux questions, il a dit sa vérité, il a dit le mobile qu'il pensait,
03:37qui était à son esprit, les raisons pour lesquelles il est passé à l'acte.
03:40Comme je l'ai dit un peu à vos confrères quand on m'a interrogé,
03:44ça a eu le mérite d'être dit, si c'est cru c'est tant mieux,
03:47si ce n'est pas cru, on ne peut pas aller plus loin malheureusement.
03:50Jusqu'à 10 ans de prison ferme ont été requis contre les premiers co-accusés de Dominique Pellicot,
03:55on a visiblement rarement vu cela, un pareil procès et des peines aussi lourdes.
04:00Comment analysez-vous la situation ?
04:03Je l'analyse de la même façon, c'est-à-dire qu'on est quand même sur des faits qui sont graves.
04:08Après, dans le lot de ce qui a été réclamé, certains accusés reconnaissent les faits, d'autres pas.
04:15Chaque avocat prendra la parole pour chacun de ses clients.
04:21En revanche, n'oublions pas quand même qu'en droit français,
04:23nous avons un principe de la personnalisation de la peine,
04:25et je peux supposer que le parquet a répondu à ce principe
04:28en réclamant les peines qui ont été réclamées à l'audience.
04:35J'ai bien compris votre réponse il y a quelques instants sur sa capacité à aller sur le chemin de la vérité.
04:41Vous nous dites qu'il est allé au maximum de ce qu'il pouvait dire et de ce qu'il pouvait faire ?
04:47Oui, parce qu'au départ, rappelons-nous quand même qu'au départ de cette instruction,
04:52le mobile de Dominique Pellicot restait très flou,
04:55que les trois années d'instruction n'ont pas forcément permis une piste,
05:00je ne dirais pas sérieuse, mais une piste valable.
05:03Et puis, toutes les pistes ont été aigrénées lors de l'audience,
05:06et nous en sommes arrivés à ce que lui a déclaré,
05:09à savoir qu'il préférait plutôt soumettre une femme qui n'était pas soumise,
05:16et qu'il avait trouvé, Madame Pellicot dira à la barre le 18 novembre 1924,
05:21que manifestement il avait trouvé la parade.
05:24Maître Zavarro, la fille de Dominique Pellicot est convaincue d'avoir été droguée et violée comme sa mère.
05:31Ce n'était pas l'objet du procès, bien sûr, je le rappelle.
05:34Est-ce que vous pensez qu'il peut y avoir des suites à cette affaire ?
05:38Elles n'appartiennent qu'à Caroline Pellicot, elles n'appartiennent qu'à elle.
05:43Malheureusement, j'ai toujours dit à cette femme dans la salle d'audience,
05:48et au travers de ces débats, je lui ai toujours dit que je respectais sa souffrance,
05:52parce qu'elle ne savait pas que pour autant elle a une conviction,
05:55que le juge d'instruction a été avisé de sa réclamation, entre guillemets,
05:59en tout cas de ses convictions,
06:01et que le juge d'instruction n'a pas cru devoir envoyer Dominique Pellicot
06:04devant la juridiction de jugement de ce chef-là.
06:07Donc après, si Caroline Pellicot veut investiguer davantage, elle le fera, je suppose.
06:12Mais pour l'heure, on en est là.
06:14Et comment réagit Dominique Pellicot aux accusations de sa fille ?
06:18Dominique Pellicot, on est un peu tous les deux à se dire,
06:23mais on est face à des convictions,
06:25et comment aller lui faire comprendre que rien n'a été fait,
06:29qu'il n'a pas sédaté, qu'il n'a pas violé sa fille,
06:34qu'il assume pleinement la responsabilité sur des faits relativement à son épouse,
06:40et qu'il n'a rien commis sur sa fille.
06:43Ce sont ses mots, c'est sa sincérité.
06:46Je suis désolée, mais malheureusement je suis bien impuissante
06:50pour aller au-delà de ces mots à lui.
06:52Comment personnellement avez-vous vécu ce procès hors normes ?
06:57Je l'ai vécu avec beaucoup de tension,
07:00beaucoup d'intensité, beaucoup de pression.
07:03Et puis je le vis, je sais que c'est un procès qui restera dans l'histoire,
07:10que je pense qu'il fallait y être,
07:13donc il m'a demandé de lui accorder ma confiance,
07:16et j'ai répondu présente.
07:18Mais c'est un procès qui a beaucoup mobilisé d'intensité et de pression, oui.
07:25Pensez-vous que Dominique Pellicot a encore des choses à nous dire ?
07:29Ce sera ma dernière question.
07:31Je ne suis pas sûre.
07:32Je pense qu'on a eu deux mois et demi d'audience
07:34par lesquelles il a pu s'exprimer pleinement.
07:36Je ne suis pas sûre qu'il ait encore des choses à nous dire.
07:39En tout cas, je l'espère.
07:40Vous, vous avez hésité avant d'accepter la défense de cet homme ?
07:44Non, je n'ai pas hésité parce que je me suis dit
07:47que c'était déjà très intéressant sur la nature des faits
07:49qui était assez exceptionnelle en soi.
07:52Je n'ai pas hésité parce qu'un homme me demandait de le défendre
07:55et de l'assister et que je ne refuse pas, en règle générale.
07:59Je n'ai pas hésité.
08:02Mais au départ où il me demande de l'assister,
08:05je ne connais pas encore l'ampleur du sujet.
08:07Nous sommes en mars 2021 et nous n'avons pas encore
08:10tous les tenants et les aboutissants de ce dossier.
08:12Nous ne savons pas et nous ne nous suborderons même pas
08:15l'ampleur que ça a aujourd'hui
08:17et les conséquences médiatiques, politiques,
08:22peut-être législatives de ce sujet.
08:24Merci beaucoup, maître Béatrice Zavarro, avocate de Dominique Pellicot,
08:27d'avoir pris la parole ce soir et en direct
08:29à la sortie du Palais de Justice sur RTL.
08:32Le verdict est donc attendu au plus tard, le 20 décembre.
08:35Merci d'avoir pris la parole sur RTL.
08:40Dans un instant, le journal de 18h30 et à 18h40,
08:42alors que 150 pays se sont réunis en Corée du Sud
08:45pour réduire notre dépendance au plastique.
08:47Nous verrons si le recyclage fonctionne bien en France
08:50et où partent vraiment nos déchets.
08:52Nous serons avec la spécialiste Dorothée Moisan.
08:55Yves Calvi et Agnès Bonfillon
08:59RTL Soir
Commentaires