00:00Bonjour Yael Brune-Pivet, vous rentrez de Nouvelle-Calédonie, nous allons en parler
00:04dans un instant.
00:05Mais d'abord une petite question, au moment là où on démarre cette interview, les agriculteurs
00:09se mettent en route pour manifester leur colère, il y a un sujet qui revient dans la bouche
00:13de tous les syndicats, c'est la loi d'orientation agricole, il leur faut attendre jusqu'en
00:18janvier.
00:19Ils estiment que c'est très tard, est-ce qu'il y avait moyen d'aller plus vite ?
00:22Évidemment, c'est une loi qui a été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale
00:28avant la dissolution, moi j'avais demandé dès septembre à ce qu'elle soit mise à
00:32l'agenda du Parlement le plus rapidement possible, ça a traîné, c'est dommage parce
00:38que c'est une loi qui est importante, qui a été réclamée, tous les parlementaires
00:42avaient été sur les barrages rencontrer les agriculteurs, nous étions tous très
00:46conscients de l'urgence et donc c'est dommage, mais maintenant avançons et examinons-la
00:52rapidement.
00:53Alors, 6 mois jour pour jour après le début des émeutes qui ont fait 13 morts, des milliards
00:57d'euros de dégâts, vous vous êtes rendu en Nouvelle-Calédonie avec Gérard Larcher
01:01le Président du Sénat, vous rentrez en parlant d'un risque d'effondrement, le mot est très
01:07très fort, que réclamez-vous face à cela ?
01:09Alors déjà, il faut une aide financière importante et rapide pour permettre à la
01:14Nouvelle-Calédonie de faire face, de faire face aux destructions massives d'emplois,
01:21aux problématiques sanitaires, sécuritaires, etc.
01:25Donc il faut qu'on les aide tout de suite.
01:26Importante comme quoi les Calédoniens, et c'est bon signe, portent eux-mêmes ensemble,
01:33tous partis confondus, des amendements qui seront examinés au Sénat, une aide d'urgence
01:37de l'ordre de 850 millions d'euros, c'est fondamental.
01:41Mais ils ont besoin, au-delà de cette aide d'urgence, ils ont besoin d'un retour de
01:46la confiance.
01:47Et pour cela, ils ont besoin de perspectives, de perspectives politiques, de stabilité
01:52politique.
01:53Et c'était principalement l'enjeu de notre mission, remettre tout le monde autour de
01:58la table pour que le dialogue se réouvre, pour qu'on puisse avoir une feuille de route
02:02pour dresser des perspectives politiques.
02:04Et en ça, vous n'avez pas l'impression de réparer les dégâts causés par la méthode
02:08d'Emmanuel Macron jusqu'à présent sur la Nouvelle-Calédonie ?
02:10Vous savez, ce sont des sujets extrêmement complexes, donc il faut les aborder avec beaucoup
02:16d'humilité, comme on dit en Nouvelle-Calédonie.
02:18Mais vous avez été un ministre des Outre-mer.
02:21J'ai été ministre des Outre-mer.
02:22Moi, ce que je trouve toujours dommage, c'est que je pense qu'on ne traite pas les Outre-mer
02:27à leur juste place.
02:28Il faut avoir une vraie vision pour les Outre-mer.
02:31Vous savez, c'est une chance inouïe pour notre République d'avoir des territoires
02:36comme ceux-là sur toutes les mers et tous les océans.
02:39Le soleil en France ne se couche jamais grâce à nos Outre-mer.
02:42Donc, ayons de l'ambition.
02:44Responsable des tensions qui ont fini par ravager et faire exploser l'archipel.
02:49Quand on fait de la politique, on est tous responsables et on sait qu'il y a des débats
02:54au Parlement qui ont fait partie des raisons pour lesquelles ça a explosé.
02:58Donc, évidemment, il ne faut pas nier la part de responsabilité qu'on a.
03:01Yael Broun-Pivet, au même moment, le débat sur la loi de finances a pris fin à l'Assemblée
03:07nationale que vous présidez.
03:08Je le rappelle.
03:09À quoi avons-nous assisté ? La séquence a été très agitée.
03:14Des centaines d'amendements parfois très baroques ont été votés au gré d'alliances
03:19parfois aussi très inattendues.
03:21Le texte réécrit a été rejeté en bloc, en tout cas ce volet-là.
03:25Il part au Sénat qui redémarre à zéro.
03:28Le travail des députés a été effacé d'un trait.
03:31Est-ce que l'Assemblée nationale sert encore à quelque chose, Yael Broun-Pivet ?
03:36Bien sûr, parce que l'Assemblée nationale, c'est le reflet de l'expression de la volonté populaire.
03:42Et c'est la dernière expression du peuple français, c'était en juillet dernier.
03:45Et ils ont élu cette Assemblée nationale qui est la leur, qui est la nôtre, jusque
03:50en juillet 2025.
03:51Donc moi maintenant, la mission qui est la mienne, c'est de la faire travailler.
03:55Je ne vous cache pas que j'ai été très déçue de la tenue des débats budgétaires.
04:01Parce que, en fait, pourquoi ça s'est passé comme ça ? C'est que chacun a agi en irresponsabilité.
04:06Personne n'avait la vision collective, globale de ce budget.
04:10Donc, on adopte tel amendement, on en adopte tel autre, etc.
04:13Sans regarder la photo d'ensemble, qui fait que ce budget était invotable, ni par les
04:20uns, ni par les autres.
04:21C'est dommage, moi j'ai voulu, j'ai essayé à un moment de dire aux parlementaires, mettons-nous
04:26ensemble, regardons ce sur quoi nous pouvons transiger.
04:29Mais vous pensez que ça peut alimenter une forme d'anti-parlementarisme, de défiance
04:34des électeurs, des françaises, des français, vis-à-vis des institutions ?
04:37Je ne garde pas le regard que les français ont sur leurs élus.
04:41En revanche, il ne faut pas s'arrêter aux questions budgétaires.
04:44Il faut regarder les autres textes, et moi j'ai beaucoup d'espoir sur le travail de
04:48l'Assemblée hors questions budgétaires.
04:50Nous allons avoir dans les semaines qui viennent le texte sur la fin de vie.
04:54Je suis convaincue que les débats seront de très haute tenue.
04:57Nous avons voté le texte sur le report des élections en Nouvelle-Calédonie, à l'unanimité
05:02des parlementaires, je crois 299 voix.
05:06Nous avons réussi à voter aussi des textes transpartisans.
05:10Nous avons recommencé ce travail-là, où nous portons des textes majorité et opposition
05:15depuis le début.
05:16C'est le texte Airbnb, et il y en aura d'autres, et c'était ma proposition de fonctionnement.
05:21Donc moi je suis confiante, il faut qu'on réussisse à avancer.
05:25Mais j'ai envie de vous dire, nous n'avons pas le choix, puisque cette Assemblée, c'est
05:28la nôtre jusqu'au moins en juillet 2025.
05:31Alors j'ai parlé d'alliances parfois baroques, il y a eu aussi des fractures inattendues,
05:38des oppositions que l'on ne voyait pas venir.
05:40Michel Barnier, Premier ministre, est supposé s'appuyer sur ceux qu'on appelait auparavant
05:45les macronistes, et sur la droite ce sont ses deux pieds, ses deux jambes.
05:50Or les deux présidents de groupe, Gabriel Attal et Laurent Wauquiez, se tirent dans
05:53les pattes.
05:54Vous êtes aux premières loges de cette guéguerre.
05:56Quelles vont en être les conséquences ? Ou quelles en sont déjà les conséquences ?
06:01Les conséquences pour moi sont graves.
06:03Parce que lorsqu'on fait de la politique, lorsqu'on est dans une situation politique
06:07dont on sait la complexité, il faut être capable de prendre de la hauteur, il faut
06:11être capable de se distancier.
06:12Et là on voit beaucoup qui ont des ambitions pour plus tard, mais moi je cherche aujourd'hui
06:18leurs ambitions pour le pays.
06:19C'est ça.
06:20Donc Gabriel Attal et Laurent Wauquiez, ils jouent chacun leur partition présidentielle
06:25pour 2027 ?
06:26En tout cas c'est ce que beaucoup constatent, oui.
06:28C'était à Laurent Wauquiez d'annoncer un compromis sur les petites retraites au JTT ?
06:32Peu importe, peu importe.
06:34Mais je crois que quand on fait de la politique, il ne faut pas chercher à vouloir être devant
06:41tout le temps.
06:42Vous savez, vous parliez de la Nouvelle-Calédonie, nous y sommes allés avec le président du
06:47Sénat.
06:48Ce qui fait la réussite de notre duo, c'est que ni l'un ni l'autre, nous cherchons à
06:52tirer la couverture à nous, nous sommes dans un esprit extrêmement républicain, complémentaire
06:58et on essaye de faire au mieux pour servir nos compatriotes.
07:00Et c'est ce à quoi il faut appeler chacun aujourd'hui.
07:04Nous sommes en 2024, Laurent Desplaizes.
07:06Et pas en 2027, en tout cas pas encore tout à fait en 2027.
07:11Yael Brunvilliers, vous êtes une ancienne avocate pénaliste.
07:13Que pensez-vous des réquisitions du parquet contre Marine Le Pen ?
07:18Je peux peut-être répéter.
07:20Cinq ans de prison ont été requis, trois avec sursis, 300 000 euros d'amende et cinq
07:26ans d'inéligibilité avec une exécution provisoire.
07:29Déjà en tant qu'avocate, mais surtout en tant que président de l'Assemblée Nationale,
07:34je suis garante de respect de nos institutions et de la séparation des pouvoirs.
07:38La justice est parfaitement indépendante et les magistrats du parquet sont indépendants
07:43dans les réquisitions qu'ils prennent et donc je ne les commenterai pas.
07:47Ce qui est certain, c'est que c'est la stricte application de lois que nous avons
07:51votées, que le Parlement a votées en 2016 et que nous avons confirmées et aggravées
07:58en 2017 à notre arrivée aux responsabilités dans un élan qui était commun à toutes
08:03les formations politiques, c'était les fameuses lois confiance.
08:07Et ces lois confiance, je crois qu'il n'y a que quatre parlementaires qui ont voté
08:10contre.
08:11Donc l'ensemble des parlementaires ont souhaité ces lois-là.
08:15Marine Le Pen parle d'une exécution politique, d'une mise à mort politique, mais plus près
08:22de votre famille politique, Gérard Darmanin, ancien ministre de l'Intérieur et actuel
08:27député, dit que ce serait choquant de voir Marine Le Pen déclarée immédiatement inéligible
08:32et qu'elle ne puisse pas se présenter devant le suffrage des Français.
08:35Jean-Luc Mélenchon s'est dit hier contre la peine d'inéligibilité obligatoire donc
08:40automatique.
08:41On a l'impression qu'en fait, ils la veulent tous comme adversaire politique.
08:46En fait, ils veulent tous les peines d'inéligibilité, mais pour les autres.
08:49C'est pour les autres, c'est pour Marine Le Pen, c'est pas pour eux.
08:53C'est quand même absolument ahurissant.
08:55Les Français nous disent quoi ? Ils veulent des élus exemplaires.
08:59Nous portions en 2017 le fait que le casier judiciaire d'un élu devait être vierge,
09:05rappelez-vous.
09:06Et aujourd'hui, on viendrait critiquer le fait qu'effectivement, la justice, en toute
09:12indépendance, peut se prononcer sur cette inéligibilité.
09:16Moi, je suis absolument effarée.
09:18Il faut laisser les magistrats travailler et il nous faut des élus exemplaires en tout point.
Commentaires