00:00Ils sont invisibles, mais on en trouve des traces partout.
00:05Dans notre alimentation, dans les sols, les plantes, les eaux souterraines,
00:09dans l'air que nous respirons et dans nos organismes.
00:12Ce sont les résidus de pesticides.
00:15L'Europe en est l'un des plus gros consommateurs mondiaux.
00:19Les risques qu'ils présentent pour l'environnement, la santé animale et humaine
00:22suscitent un vif débat, notamment quant à leur utilisation intensive dans l'agriculture.
00:28L'Union européenne prévoyait d'en réduire de moitié l'usage d'ici quelques années.
00:32Elle y a renoncé récemment sous la pression des agriculteurs et des lobbies de l'agrochimie.
00:37Voici « European Stories ».
00:43Les pesticides sont des substances utilisées pour prévenir, contrôler ou éliminer
00:47des organismes jugés nuisibles.
00:49Il existe plus d'un millier de pesticides dont les principales catégories
00:53sont les herbicides, les fongicides et les insecticides.
00:58Près d'un quart des ventes de pesticides dans le monde est réalisée dans l'Union européenne.
01:03Un montant estimé à 12 milliards d'euros sur 53 milliards d'euros en 2019.
01:09En valeur absolue, l'Espagne, l'Italie, la France et l'Allemagne
01:12sont les plus gros consommateurs européens de pesticides
01:15du fait de leur vaste surface agricole.
01:19L'Union européenne est aussi la première région exportatrice.
01:24Plus de 450 substances actives, les ingrédients chimiques des pesticides
01:28sont approuvés dans l'Union européenne.
01:31Beaucoup d'autres ont été retirées du marché en raison de leur toxicité.
01:35Mais on trouve des pesticides interdits dans les cultures européennes
01:39du fait de l'utilisation de pesticides illégaux et de contrefaçons
01:43et de dérogations provisoires.
01:46Ces substances toxiques se retrouvent aussi dans l'assiette des Européens
01:49via les importations de denrées venant de pays tiers.
01:53Beaucoup sont produites par les entreprises européennes
01:56autorisées à les exporter hors de l'Union.
02:05Je suis dans le département de Charente-Maritime, à l'ouest de la France.
02:09Il abrite une zone de culture céréalière importante et très consommatrice de pesticides.
02:14Les habitants de plusieurs communes de la région ont récemment tiré la sonnette d'alarme.
02:19Les cas de cancer d'enfants, dont certains sont morts, se sont multipliés.
02:23C'est dernier, c'est mieux.
02:33On est ici à Saint-Augassien.
02:35C'est la commune sur laquelle on a eu les premières interrogations
02:38quant à la présence de facteurs environnementaux
02:40pouvant aggraver ou déclencher des pathologies sur le territoire.
02:48On a eu de l'industrie avec la présence d'une usine enrobée.
02:50On a des problématiques de haute tension
02:52et surtout énormément de culture autour des habitations.
02:55Cette agriculture est utilisatrice de beaucoup de pesticides.
03:00Une situation qui a tout lieu d'inquiéter Franck Rinchet-Girolet.
03:04Son fils de 7 ans est en rémission d'un cancer des os, diagnostiqué il y a 5 ans.
03:09Cet ancien chauffeur de bus, aujourd'hui attaché parlementaire,
03:12milite au sein d'une association créée par des riverains
03:15qui, comme lui, se battent pour déterminer la cause des cancers de leurs enfants.
03:20On avait, entre 2008 et 2020, 7 cas de cancer sur le sein organisé,
03:24sur la tranche des 0 à 24 ans.
03:26Et donc on est à une surincidence 4 fois et demi supérieure au reste du département.
03:35Une des sources d'inquiétude pour nous, c'était ce capteur de la qualité de l'herbe
03:38qui a relevé en 2019 33 pesticides, en 2021 41 pesticides
03:43et le record de France d'herbicides.
03:44Là où c'est une source d'inquiétude, c'est que ce capteur se situe à 20 mètres,
03:4830 mètres de la porte de l'école.
03:50L'avenir santé environnement s'est constitué suite à l'apparition d'un excès de risque
03:54de cas de cancer pédiatrique sur pyrénées surrogatiens.
03:58Après avoir multiplié les manifestations et interpellé en vain les pouvoirs publics,
04:02Franck et les autres parents de son association ont jeté un pavé dans la mare en octobre dernier,
04:07en publiant les résultats d'analyses toxicologiques
04:10faites sur des enfants de 6 communes de l'agglomération.
04:13On a décidé de financer des tests urines et cheveux sur 72 enfants.
04:17On a 14 molécules de pesticides qui ont été retrouvées dans les urines des enfants
04:22et 45 dans les cheveux.
04:23On se rend compte qu'un certain nombre de molécules interdites,
04:25ça ne veut pas dire qu'elles sont encore utilisées par les agriculteurs,
04:28mais qu'on les retrouve encore dans les organismes de nos enfants.
04:30Comment se fait-il que des molécules interdites cancérigènes soient encore présentes
04:33et qu'on continue à donner des autorisations de mise sur le marché
04:36de produits encore potentiellement perturbateurs endocriniens ou cancérigènes,
04:39sans analyser l'effet cocktail entre molécules interdites et molécules autorisées ?
04:43Les autorisations de mise sur le marché des produits dépendent du niveau européen en premier lieu,
04:47et on se rend compte que des molécules qui sont autorisées parfois pendant 10, 20 ou 30 ans
04:52se révèlent être ou des cancérigènes probables ou des produits mutagènes, repotoxiques.
04:56Ce qu'on aimerait, c'est vraiment qu'au niveau européen,
04:59on se donne un objectif de sortie des pesticides de synthèse dans le monde agricole
05:03et qu'on accompagne massivement l'agriculture.
05:05On peut produire autrement, mais il faut revoir tout le système.
05:08Je pense que plus on va avancer dans le temps,
05:10plus on aura aussi d'augmentation de ces cas de cancer pédiatrique.
05:13Pour notre fils, il est toujours en rémission,
05:15mais on vivra toujours avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.
05:18J'ai envie de dire qu'on ne se bat pas pour lui, on se bat pour ceux qui arriveront après.
05:21On est passé par l'enfer, notre fils est passé par l'enfer.
05:23C'est vraiment l'enfer de voir son gamin branché sous chimio
05:28et de voir tout ce que ça implique derrière.
05:31Notre enjeu, c'est de sensibiliser l'ensemble des décideurs,
05:34puisqu'en fait on dépend quand même des décisions européennes et nationales.
05:37Je ne souhaite vraiment à personne de vivre ce que nous avons vécu avec notre fils,
05:41mais des fois je me dis que s'il l'avait vécu,
05:43je changerais peut-être les politiques qu'ils sont en train de mettre en place.
05:52Les règles européennes peuvent-elles mieux protéger les citoyens des effets toxiques des pesticides ?
05:57J'ai posé la question au réseau PanEurope, qui milite pour une Europe sans pesticides.
06:01La législation européenne sur les pesticides est en effet l'une des meilleures du monde.
06:06Mais elle n'est pas bien implémentée.
06:08Un exemple est la Directive sur l'utilisation sustainable des pesticides,
06:13qui met en priori de mettre en place toutes les mesures préventives
06:18pour éviter la nécessité d'utiliser les pesticides.
06:21Par exemple, des techniques très simples, comme la rotation de la croûte,
06:25ou l'utilisation de variétés résistantes de croûtes, pour être moins attirantes aux pesticides.
06:30Cette directive n'est pas bien implémentée par les Etats membres.
06:34La Commission européenne doit commencer à lancer des procédures d'infringement
06:38et à être plus stricte avec les Etats membres.
06:41Mais au-delà de ça, est-ce que les Européens pourraient faire sans les pesticides ?
06:46Oui, bien sûr. La majorité des utilisations des pesticides
06:49ne sont pas destinées à produire de l'alimentation que nous mangeons directement.
06:52Si nous arrêtions de subsidier toutes ces croûtes exportées à l'extérieur de l'UE
06:58et si nous nous concentrions sur la croûte à l'intérieur de l'UE,
07:03nous pourrions produire tout organiquement à la même coûte que maintenant.
07:07Mais le problème, c'est que notre agriculture est complètement ouverte aux marchés internationaux.
07:12Et toute cette croûte à l'intérieur de l'UE, qui est un tiers du budget de l'UE,
07:16va directement dans les poches de l'industrie des pesticides, des fertilisateurs,
07:21et aussi pour subsidier les exportations, ce qui n'est vraiment pas satisfaisant pour les citoyens.
07:26La médiatrice européenne vient de dénoncer le non-respect par la Commission
07:30du délai de trois mois fixé pour les décisions d'autorisation des substances chimiques dangereuses.
07:36Les retards prennent parfois plusieurs années, temps pendant lequel les entreprises
07:40peuvent continuer à diffuser des substances potentiellement toxiques ou cancérigènes.
07:46Bruxelles peut donc mieux faire.
07:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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