00:00Il est 6h13 sur RTL, vous en entendez parler depuis plusieurs jours maintenant, ces tensions diplomatiques à répétition entre la France et Israël.
00:13Aujourd'hui, et c'est pour ça qu'on en parle ce matin, l'ambassadeur d'Israël en France est convoqué au Quai d'Orsay pour s'expliquer sur cet incident diplomatique de la semaine dernière.
00:22Jeudi dernier, lors de la visite du ministre des Affaires étrangères à Jérusalem, des policiers israéliens sont entrés armés sur un site français.
00:30Ils ont arrêté des gendarmes français, la scène a été filmée.
00:34Bonjour Frédéric Ancel.
00:35Bonjour.
00:36Vous êtes géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient. Convoquer l'ambassadeur d'un pays allié, ce n'est pas banal, ça signifie quoi ?
00:44Ce n'est pas banal, c'est l'échelon le plus faible, le plus bas, le plus mesuré d'un vrai mécontentement.
00:53Quand on n'est vraiment pas content, d'abord on fait un communiqué, mais si ça ne suffit pas, effectivement on convoque l'ambassadeur.
00:58Après, ce que le ministre va lui dire, ça restera dans la pièce feutrée et à la porte fermée.
01:05Mais ce qui est sûr, c'est que ça traduit de manière beaucoup plus générale que l'incident qui a eu lieu, à une désaffection ces derniers mois.
01:12Il y a objectivement aujourd'hui une baisse qualitative des relations entre la France et Israël.
01:18Cette convocation à deux jours du match France-Israël au Stade de France, rencontre sous très haute tension, on l'a dit, ce n'est pas un signal d'apaisement ?
01:25Je pense que ce n'est ni un signal d'apaisement, ni de non-apaisement.
01:28Je n'ai absolument jamais cru à ce que certains appellent de manière extrêmement paresseuse la géopolitique du football.
01:34Il y a un match, il était prévu depuis très longtemps, le ministre n'a pas que ça à faire que de convoquer des ambassadeurs.
01:40Il le fait aujourd'hui, il le fait demain, il le fait après-demain. Je ne crois vraiment pas que ce soit lié à tel ou tel match.
01:45Vous l'avez dit, il y a eu des échanges houleux, Frédéric Ancel, ces derniers temps, de part et d'autre, entre Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahou.
01:52Ça nous dit quoi des relations aujourd'hui entre la France et Israël ?
01:56Ça traduit deux phénomènes. Le premier, c'est celui qui concerne Netanyahou, d'abord qui n'en fait qu'à sa tête,
02:02et qui ne considère pas, qui n'a jamais considéré la France comme un poste réellement très très important.
02:06C'est d'autant plus vrai que ces derniers mois et ces dernières années, de toute façon,
02:09les deux autres puissances considérables du continent européen, c'est-à-dire Royaume-Uni et Allemagne,
02:14se sont, elles, rapprochées d'Israël. Je ne vous parle même pas d'Italie, de Mme Mélanie.
02:18Et alors, cerise sur le gâteau, et quelle cerise !
02:20Depuis quelques jours, on sait que le 20 janvier prochain, le président américain sera Trump.
02:25Bon, alors là, je vais vous dire, dans ce contexte géopolitique et diplomatique général,
02:29la France ne pèse franchement pas grand-chose, aux yeux, en tout cas, de Netanyahou.
02:33L'opposition, ça serait différent, mais c'est Netanyahou qui est encore au pouvoir.
02:36Et puis, ça traduit un deuxième phénomène, c'est la très grande difficulté, la très grande complexité,
02:41à la fois pour l'Élysée et pour le Quai d'Orsay, de traiter la guerre qui se déroule au Proche-Orient
02:46depuis le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023.
02:49C'est-à-dire qu'on a vu, dans un premier temps, Emmanuel Macron être aux côtés d'Israël,
02:53de manière même très spectaculaire, je vous le rappelle, en appelant à une coalition contre le Hamas.
02:58Et puis, au fur et à mesure de la riposte très massive et très destructrice d'Israël à Gaza,
03:05on a vu un président qui, tout en reconnaissant le droit à Israël de se défendre,
03:10appelait Netanyahou à beaucoup plus de considérations vis-à-vis des civils.
03:13Alors, puisque ce n'est pas entendu, du côté français, on a fini par s'énerver.
03:17Et voilà comment on arrive aujourd'hui à une situation qui n'est pas conflictuelle,
03:20mais enfin, qui est plutôt de basse zone.
03:22De basse zone, parce qu'il y a déjà eu des conflits diplomatiques entre la France et Israël.
03:27On se souvient de Jacques Chirac dans les rues d'Jérusalem, il y a trente ans.
03:31Tout ça, au fond, vous dites, ce n'est pas bien grave.
03:34Non, exactement. Vous avez employé le terme de conflit, je ne le reprendrai pas à mon compte.
03:38On est sur une évolution qui est positive entre la France et Israël depuis maintenant,
03:44oui, ce sera, mais un petit peu moins de trente ans.
03:46On peut d'ailleurs remonter à 1981, 1982.
03:48En tout cas, les trois derniers présidents en date, y compris Emmanuel Macron,
03:52ont globalement plutôt tenu une position favorable,
03:57voire même de plus en plus favorable à Israël.
03:59Ça ne se retrouve pas seulement dans les termes ou dans les visites diplomatiques.
04:02Ça se retrouve à la fois dans la valeur et dans le volume des échanges entre deux pays.
04:06Et là, globalement, les relations de ce point de vue là sont plutôt au beau fixe.
04:11Au beau fixe, carrément.
04:13Oui, oui, oui, sur le plan diplomatique général,
04:16mais surtout sur le plan économique, technologique, dans une certaine mesure culturelle aussi.
04:21Aujourd'hui, objectivement, les relations sont au beau fixe,
04:24notamment par rapport à des époques qui avaient été,
04:27alors pour le coup, des époques beaucoup plus difficiles,
04:30avec des relations beaucoup plus froides entre les deux pays.
04:32Et je pense évidemment aux années 70.
04:34C'est étonnant ce que vous dites là quand même, Frédéric Ancel.
04:37On a l'ambassadeur d'Israël en France qui est convoqué aujourd'hui
04:40et vous dites on a des relations au beau fixe.
04:43C'est contre-intuitif.
04:44Oui, mais vous avez parlé de dit-dit, vous avez raison.
04:46Mais justement, moi, je pense qu'en géopolitologue,
04:49je ne dois absolument jamais confondre ce qui relève de l'accessoire
04:52ou des bisevies ou du provisoire de l'FMR ou du temporel,
04:54en tout cas pour l'instant, l'inverse n'est pas démontré,
04:57avec le fond des évolutions.
04:59Et moi, je regarde, j'insiste, la valeur et le volume des échanges entre les deux pays.
05:04Parce que ça, si vous voulez, c'est du très concret
05:06et on n'est plus seulement sur un ambassadeur convoqué ou pas.
05:08Et moi, ce que je vous dis, c'est qu'objectivement,
05:10depuis maintenant une grosse vingtaine d'années,
05:12on a affaire quelque soit les présidents et d'ailleurs les premiers ministres en Israël au pouvoir
05:16à une évolution qui est favorable.
05:18Merci beaucoup, Frédéric Ancel, géopolitologue et spécialiste du Moyen-Orient.
05:22Bonne journée.
05:23Merci à vous.
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