00:00— Vous attendiez à l'annonce de la fermeture de ces deux sites, franchement ?
00:03— Oui, bien sûr. On s'y attendait. Et on a provoqué le fait que Michelin sorte du bois, quoi, et annonce.
00:12La seule différence... Je partage pas du tout la vision qui est emmenée sur le fait qu'on soit hyper rentable en France.
00:17Connaissant bien l'entreprise Michelin, on a quand même, dans les années 83-84, été près de 50 000 salariés.
00:24Et aujourd'hui, on est rendus à 15 000 salariés. Et avec ce qui est annoncé aujourd'hui, on va se retrouver à 13 000.
00:31Et malheureusement, l'hécatombe pourrait continuer. Là où je partage pas du tout, c'est...
00:36— Comment expliquer ces difficultés, alors ? — Les difficultés, ce sont des choix d'entreprise qui ont mis en priorité
00:44le profit avant tout, avant de parler de responsabilité sociétale de l'entreprise. Quand on connaît l'entreprise Michelin,
00:51qui est quand même sur le podium, sur la première place du podium du pseudo « dialogue social » et d'une justice sociale
01:00qui est totalement bafouée, quand on regarde ce qui se passe... Là, j'apporte déjà mon total soutien à tous les camarades
01:06qui sont en lutte sur les... — La grève a chelé.
01:08— Ah oui, que ça soit la grève a chelé. — C'est-à-dire que l'argument des coûts de l'énergie, des coûts de production,
01:13de la concurrence des pneus asiatiques, ça n'existe pas, alors ? — Non. Je dis pas que ça n'existe pas.
01:18Je dis que Michelin, depuis les années 95-99, a organisé son évasion industrielle. C'est ça. Non, non, non.
01:26La concurrence déloyale, comme c'était abordé, elle n'existe pas. Elle n'existe pas sur le principe que Michelin a délocalisé,
01:34a fait des doublons, des triplons d'entreprises françaises en Asie, en Amérique du Nord, à l'Europe de l'Est pour abonder
01:44et augmenter les profits. Aujourd'hui, si Cholet... Non, non, non. — Vous pensez pas que c'est pour vendre aux constructeurs locaux
01:50pour la première monte ? — Si Cholet aujourd'hui est en difficulté, c'est que le marché qu'ils avaient à Cholet du pneu et camionnette
01:57qui alimentait l'Afrique du Nord aujourd'hui a été accaparé par l'usine Michelin de Thaïlande. Et c'est la Thaïlande qui livre aujourd'hui...
02:05— Donc vous êtes en train de dire que Michelin a délocalisé ses sites de production au détriment des sites français.
02:09— Exactement. Et malheureusement, aujourd'hui, on va prendre l'exemple sans mettre d'inquiétude dans la tête des camarades qui travaillent
02:15dans mon usine, dans l'usine dans laquelle je travaille, à Michelin-Blanzy. On est en concurrence directe avec Campo Grande qui est au Brésil
02:21sur la même gamme de pneus. — Mais parce que pour Michelin, ça coûte moins cher de produire ces pneus au Brésil ou ailleurs, c'est ça ?
02:29— Oui, oui, oui. Ça coûte peut-être moins cher. Mais c'est toujours autorentable de le faire en France. Et la seule différence aujourd'hui
02:34de la recherche de l'entreprise Michelin, c'est d'augmenter ses profits, c'est d'augmenter ses marges pour satisfaire une seule catégorie,
02:41ce sont les actionnaires. C'est pas pour les salariés. — Mais monsieur, je comprends pas parce que Michelin a l'image en France d'une entreprise
02:47très sociale, très proche de ses salariés. Ça a toujours été un modèle. Et d'ailleurs, la famille Michelin a tenu à poursuivre ce modèle.
02:54D'ailleurs, Michel Barnier en a parlé à l'Assemblée nationale. D'ailleurs, il s'interroge aussi. Il dit qu'on donne de l'argent public.
02:58Cet argent public, à quoi sert-il ? Vous avez cette même interrogation ? — Oui, exactement. Exactement, mais sur un chapitre beaucoup plus large,
03:05c'est-à-dire que ça dépasse aussi le cadre de l'entreprise Michelin. Je reviendrai simplement sur les chiffres qui sont connus de tout le monde,
03:10avec les 175 milliards d'euros d'aides publiques distribués généreusement aux entreprises sans contrepartie. La seule contrepartie aujourd'hui,
03:18ça serait quand même au moins que les entreprises maintiennent l'emploi. Et aujourd'hui, la seule chose qui est faite, c'est une désorganisation totale
03:25de l'industrie. On parle de chez Michelin. Mais aujourd'hui, on est à plus de 100 000 suppressions d'emploi de l'industrie. Et je remercie d'être aujourd'hui sur ce plateau
03:33parce qu'enfin, un média qui va mettre à l'abus de tout le monde que notre pays, toute l'industrie du pays est en train de foutre le camp.
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