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  • il y a 1 an
Dans ses interviews, Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal Ethic, se met dans la peau des patrons...

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00:00Nathalie Obadia, bienvenue dans Pas trop en question.
00:03Alors justement, Pas trop en question, vous êtes une galeriste célèbre,
00:06internationale, avec des artistes intéressants, etc.
00:10Mais est-ce qu'on n'est pas avant tout chef d'entreprise ?
00:13Bien sûr, on est galeriste, on est promoteur des artistes
00:18que l'on choisit d'intégrer dans la galerie.
00:21Mais effectivement, je suis à la tête d'une entreprise
00:24avec plus de 20 salariés entre Paris et Bruxelles.
00:28Et donc, j'ai la responsabilité de toute cette équipe,
00:32ainsi que celle des artistes,
00:35puisque effectivement, je suis chargée de les vendre,
00:38de les promouvoir auprès des institutions et des collectionneurs privés.
00:41Donc entre les salariés et les artistes, ça fait beaucoup de responsabilités.
00:45Et les artistes, c'est aussi des clients finalement ?
00:48Faut qu'ils restent chez vous, faut les satisfaire, il faut les suivre ?
00:51Il faut grandir avec eux, il faut savoir effectivement les placer
00:55dans les grandes fondations privées, les musées publics,
00:58leur trouver des projets comme leur Provo que j'ai amené
01:02à la Biennale de Venise en 2019.
01:05Il faut effectivement savoir les attirer, les garder
01:08en montrant que ce sont les meilleurs.
01:11Et donc, la meilleure façon de le prouver, c'est effectivement de les montrer.
01:15Et qu'est-ce qui est le mieux ?
01:16Est-ce que c'est, alors vous me direz que tout est bien,
01:18mais on n'est plus fier de découvrir un artiste qui grandit,
01:23c'est qu'il devienne salope chez vous ?
01:24Ou est-ce qu'il faut au contraire attirer des gens connus déjà, etc. ?
01:28C'est un équilibre entre les deux.
01:29Une galerie d'art contemporain est là et à la fois pour d'être toujours en alerte.
01:33Donc je suis toujours curieuse de regarder ce qui se fait.
01:37Si un artiste m'attire, j'ai envie effectivement de le défendre
01:41et de le promouvoir au sein de la galerie.
01:43Et qui vous avez découvert par exemple ?
01:45Antoine Renard, un jeune sculpteur français
01:49qui va exploser à la galerie près du Centre Pompidou dans quelques jours.
01:53Laure Prouveau, qui aujourd'hui est très célèbre,
01:57qui était déjà identifiée évidemment sur la scène anglaise,
02:01qui d'ailleurs aura eu le Turner Prize en 2014.
02:05Et depuis qu'elle est accompagnée par la galerie en France,
02:08nous sommes arrivés jusqu'au pavillon de la France à Venise en 2019.
02:11Et ensuite, là, elle va avoir un projet d'exposition dans trois musées à Marseille.
02:16Et nous l'avons fait entrer au Centre Pompidou, par exemple,
02:19ou dans des grandes fondations privées.
02:21Et là, on sort d'Art Basel,
02:24qui c'était la première fois qu'Art Basel revenait en France ?
02:27Alors, c'était Lafiac et Art Basel.
02:33C'est le nouveau nom de Lafiac ?
02:34Voilà, c'est-à-dire que Lafiac a perdu son créneau de l'automne
02:39et la foire qui a pris la place, c'est la foire Art Basel Paris aujourd'hui,
02:42qui appartient au groupe MCH, qui a quatre foires,
02:45Basel, Miami, Hong Kong et maintenant Paris.
02:48Et pourquoi Lafiac a perdu ?
02:50Parce qu'il y a eu un concours,
02:54il y a eu un cahier de charge qui a fait que le Grand Palais,
02:58la Réunion des musées nationaux, a préféré donner ce créneau
03:01à cette entité internationale,
03:04qui est un label connu dans le monde entier.
03:09Et c'est vrai que cette année, avec le retour au Grand Palais,
03:11nous avons vu de nombreux collectionneurs et musées du monde entier
03:15venir à Paris la semaine dernière.
03:18C'est extraordinaire, vous avez même bloqué le quartier.
03:20Alors, c'est-à-dire que bloquer le quartier,
03:22c'est piéton maintenant entre le Petit Palais et le Grand Palais.
03:25Et puis, cette foire fait qu'il y a un rejaillissement,
03:28enfin, il y a un ruissellement sur toute la ville,
03:30à travers les hôtels, à travers les musées qui ont une hausse de la fréquentation,
03:34les restaurants, les magasins de luxe.
03:35Donc, si vous voulez, c'est extrêmement positif pour la place de Paris.
03:39Justement, la place de Paris, elle est formidable.
03:42Alors, il y a des gens qui se plaignent.
03:43En ce moment, on est en pleine négociation, entre guillemets, financière.
03:49Et on dit, ah oui, il n'y a qu'une chose à laquelle on n'a pas touché,
03:53c'est les oeuvres d'art. Je parle des propriétaires.
03:56Si j'ai des oeuvres d'art chez moi,
03:57a priori, je ne suis pas taxée sur mes oeuvres d'art.
04:00Alors, ça dépend ce qu'on appelle taxer.
04:01D'abord, une oeuvre d'art, quand on l'achète, on paye une TVA.
04:04Si on veut la vendre avant un certain nombre d'années,
04:07il y a des droits de mutation à payer.
04:09Il y a des droits de suite à régler aussi aux artistes.
04:12Donc, les oeuvres sont aussi taxées.
04:15Si vous avez...
04:16Des droits de suite aux artistes ?
04:17Oui, c'est un droit de suite.
04:18C'est-à-dire qu'à partir du moment où il y a une revente...
04:20Ah, s'il y a une revente, d'accord.
04:21Voilà, s'il y a une revente, à partir du moment où il y a une revente,
04:24donc les artistes touchent, évidemment, un pourcentage sur le prix de vente,
04:30d'ailleurs, et non pas sur le profit.
04:31Et puis, ensuite, les oeuvres d'art sont incluses aussi dans les successions.
04:37Donc, les oeuvres d'art ne sont pas du tout exemptes d'exonération.
04:42On a l'impression quand même...
04:44Il faut être vigilant qu'elles ne le soient pas, en tout cas.
04:46Qu'elles ne le soient pas.
04:47Absolument.
04:48On est quand même assez attentif à ça.
04:51Il semble quand même que ce soit un peu...
04:53Pas une valeur refuge, mais on achète une oeuvre d'art, on est tranquille.
04:55On n'est plus tranquille que lorsqu'on a des actions
04:58ou lorsqu'on possède autre chose.
05:00Oui, non, parce que vous savez, les oeuvres d'art, il n'y a pas de garantie.
05:04Il faut savoir que quand on achète une oeuvre d'art, c'est un plaisir intellectuel.
05:08C'est effectivement un investissement financier,
05:10mais il n'y a pas un 100 % de plus-value si il y a une revente.
05:15Donc, il faut savoir que c'est une prise de risque.
05:17Mais par contre, c'est un grand bonheur intellectuel
05:20de satisfaction de vivre avec des oeuvres d'art chez soi.
05:23Donc, cela va au-delà de la taxation ou des plus-values possibles.
05:27Oui, parce qu'on a eu peur de menaces à certains temps.
05:30Donc, vous avez tout à fait raison.
05:32Ce qui m'intéresse beaucoup aussi dans votre parcours,
05:35qui n'est pas éclectique d'ailleurs, qui est bien ciblé,
05:38c'est que vous avez écrit
05:42« La géopolitique de l'art contemporain », que je conseille vraiment,
05:45parce qu'en ce moment, on voit ce que c'est que le soft power,
05:49on voit ce que c'est que la géopolitique.
05:52Et donc, qu'est-ce que vous avez voulu exprimer et qu'est-ce que vous avez voulu dire ?
05:57Alors, je suis partie après la Seconde Guerre mondiale,
06:01où les États-Unis, vainqueurs à deux reprises en Europe, en tout cas,
06:05et puis à travers les deux guerres mondiales dans le monde,
06:08effectivement, s'étaient servis de ce soft power, de cet outil,
06:11qui est la culture, les arts plastiques, pour exporter leurs artistes,
06:15qui étaient à l'époque des grands artistes comme Roscoe, comme Jackson Pollock,
06:18en Europe, en Allemagne, en Italie,
06:21pour montrer justement la création américaine
06:24qui prenait le relais par rapport à la création européenne du début du XXe siècle.
06:30Il se trouve qu'aujourd'hui, les choses évoluent
06:32et que l'on voit justement avec Arbazel, avec la Place de Paris,
06:35ainsi qu'avec des pays comme justement l'Allemagne,
06:38qui ont lutté contre cette mainmise du soft power américain,
06:41et aussi la Grande-Bretagne, qu'aujourd'hui, il y a des scènes artistiques
06:45très importantes, avec des prix pour les artistes aussi,
06:48qui se mesurent par rapport au prix des artistes américains contemporains,
06:53qui font que ce que les États-Unis pensaient être une espèce de monopole
06:58sur le soft power artistique est beaucoup plus nuancé aujourd'hui.
07:03Et ça peut être un vrai pouvoir ?
07:08C'est les pays émergents, qu'en est-il ?
07:11La Chine est ressortie, enfin...
07:13Mais c'est renfermé.
07:14Donc la Chine, aujourd'hui, pour des raisons politiques,
07:16préfère aujourd'hui une espèce de désoccidentalisation
07:20de la culture et des esprits.
07:22Il est demandé très clairement aux artistes chinois
07:27de ne pas travailler dans la veine occidentale,
07:31plutôt dans la veine pop-art, on va dire,
07:35et de plutôt se rapprocher de la calligraphie plus classique.
07:38Il est demandé aux collectionneurs et aux musées chinois
07:41de ne pas trop valoriser les artistes occidentaux.
07:44Donc la Chine est en train, alors qu'on attendait beaucoup plus,
07:48de se refermer.
07:49Mais par contre, d'autres pays, par exemple l'Inde,
07:52aujourd'hui, c'est peut-être assez compliqué dans son pays,
07:55mais la diaspora indienne, notamment très présente
07:57au Royaume-Uni et aux Etats-Unis,
07:59est aujourd'hui très présente pour promouvoir les artistes indiens
08:02et les placer dans les musées, justement, asiatiques
08:05ou dans les grands musées américains.
08:07Eh bien, c'est passionnant.
08:08Merci beaucoup, Nathalie Obadia.
08:09Merci, Sophie.
08:10Et à bientôt, j'espère.
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