00:00Nora Hamzaoui, très heureux de vous retrouver dans le 7, dit c'est à vous !
00:04Merci beaucoup, aujourd'hui je voulais parler de ce sentiment si fort dont Mona Cholet parle
00:08dans son dernier livre, il s'agit de la culpabilité, que mon amie Ali s'appelle aussi la Culpa,
00:12et dans les moments où elle est le plus irritante, putain je suis en Culpa 3000, j'avais dit
00:16que je buvais 15 Sprites ce soir, j'en suis à mon troisième pet'nâtre, et on s'est
00:19même pas occupé d'être voir de Ridis, est-ce que je culpabilise de l'avoir imité
00:21comme ça ? Evidemment que oui ! La culpabilité, ce sentiment qui fait qu'on dit pardon quand
00:27on nous bouscule, qui fait qu'on a l'impression d'avoir tout foiré, de ne pas avoir fait
00:30comme il faut, d'avoir parlé trop ou pas assez fort, d'être trop laxiste ou trop
00:32dure, bref d'être une merde, ce sentiment qui peut nous maintenir réveillés toute
00:36la nuit dans une dispute de couple par peur de l'abandon, et qui se traduit chez moi
00:39par me dis-moi ce que j'ai fait de mal, que je comprenne au moins ce qui ne va pas
00:41chez moi, je vois bien qu'il y a un truc qui cloche donc dis-moi s'il te plaît
00:43qu'au moins je puisse me remettre en question, échanger, et qui se traduit chez ton mec
00:46par écoute, il est 2h du matin, je suis fatigué, je bosse demain, il faut que je
00:50dorme.
00:51La culpabilité donc, ce sentiment que nous connaissons tous, pardon toutes, toutes évidemment
00:55parce qu'eux appellent ça « est-ce qu'on peut passer à autre chose maintenant ? » quand
00:58non, toi tu préférais pouvoir t'en vouloir toute la nuit, tout le mois, voire toute ta
01:01vie.
01:02Ce sentiment qui se trouve à la frontière de l'égocentrisme, il faut bien le dire,
01:05parce qu'à un moment quand tout est de ta faute dans la vie, même la grêle samedi
01:09dernier alors qu'on avait prévu d'aller à l'accrobranche, mais j'aurais dû anticiper
01:12c'était sûr qu'il allait pleuvoir, c'est sûr qu'on se donne une place un peu trop
01:15importante.
01:16Mais encore une fois, à l'échelle intime, ça se traduit très bien, le nombre de fois
01:18où je suis là « ça va, t'as pas l'air bien, tu fais la gueule, j'ai dit quelque
01:20chose qui t'a fait du mal, j'ai dit quelque chose qui t'a gêné » et que lui me répond
01:23très gentiment « ah non, pas du tout, j'ai une contrariété au taf, tout ne tourne pas
01:26autour de toi en fait ».
01:27« Oh la vieille crevure de merde, mais va bien me faire foutre avec tes remarques de
01:29vieille raclure là ! »
01:30Et ben oui, parce que la culpabilité peut aussi générer de la violence.
01:33Parce qu'à force de se remettre en question du matin au soir sans qu'on ne se soit rien
01:36demandé, le premier qui dérape, qui parle mal ou qui fait un truc de travers, il s'en
01:39prend une.
01:40Et alors si ça tombe sur ton enfant, là c'est plus de la culpabilité, c'est de la
01:43culpe à 3 000 comme dirait Alice.
01:45« Pour la 72ème fois, je te demande d'aller mettre ton pyjama en position debout, debout,
01:48tu n'y vas pas en rampant comme ça, je n'en peux plus te demander mille choses et j'touze
01:51pour que tu l'effaces.
01:52Alors maintenant, ça va me rendre dingue, tu files dans ta chambre, enfiler ce putain
01:54de pyjama, d'accord ? Tu n'es pas le roi à la maison, d'accord ? C'est pas toi qui décide.
01:57Debout, reviens, pardon, excuse-moi, reviens, reviens, pardon pour le gros mot, pardon,
02:01je mettrai un euro dans ta tuilerie, d'accord ? Je suis fatiguée.
02:03Tu crois que ça m'amuse de me fâcher ? Je préférerais largement avoir des bonnes
02:05relations.
02:06Et quand j'ai dit « t'es pas le roi », je ne le pense pas, évidemment que si, tu es
02:08le roi, évidemment que si, tu es mon petit roi chéri.
02:10Allez, va chercher ton pyjama, je vais t'aider à le mettre.
02:12D'accord, c'est moi qui vais le chercher.
02:13Allez, je vais le chercher.
02:14Et puis après, je te ferai un petit massage pour que tu t'endormes tranquillement.
02:17Maman t'aimera toute ta vie, maman t'aimera toute ta vie, mais je n'en peux plus d'être
02:20dans cette dynamique, je n'en peux plus.
02:22Alors, on m'a dit que c'était une histoire de pression sociale, qu'il fallait apprendre
02:25à avoir du temps pour soi, faut déléguer, pour pas toujours juger toutes les tâches
02:28qu'on accomplit.
02:29Par exemple, en prenant une nounou pour la sortie d'école ou en prenant mamie une femme
02:31de ménage.
02:32Alors, la nounou, je n'ai pas trouvé parce qu'elles sont toutes jolies, c'est conne.
02:34Est-ce que je m'en veux d'avoir ce sentiment-là ? Évidemment que je m'en veux.
02:38La vieille sorcière qui critique les petites jeunes qui viennent postuler, tout ça parce
02:40que j'ai trop maté les histoires de Sienna Miller et de Jude Law, mais franchement quel
02:43cliché aussi lui.
02:44Mais j'avoue, j'ai essayé de prendre une femme de ménage, qui est très mignonne aussi,
02:47mais elle a 53 ans, pas le genre de mon mec, bref, je m'en veux aussi d'avoir ces pensées
02:50misogynes.
02:51Et pour en revenir à elle, tout m'a fait culpabiliser dans la démarche.
02:55Même le mot « femme de ménage » m'a fait culpabiliser.
02:56Ma pote Alice était là « Ah ouais, vous avez pris une femme de ménage ? »
02:59J'étais là « Non, pas du tout, on a quelqu'un qui nous aide ».
03:00Elle était là « Bah, elle vous aide à quoi au juste ? »
03:01Je dis « Bah, elle passe un coup, elle passe l'aspirateur si elle veut ».
03:04Elle était là « Bah oui, ça s'appelle une femme de ménage quoi ».
03:06Non mais franchement, qu'est-ce qu'elle est simpliste cette meuf !
03:08Non, ça ne s'appelle pas une femme de ménage puisque je fais le ménage avant qu'elle
03:10arrive, pour pas qu'elle ait trop de taf et pour qu'elle soit heureuse.
03:13Les gens passent leur vie à te dire « Traite les autres comme t'aimerais qu'ils te traitent
03:16».
03:17Eh ben, c'est ce que je fais.
03:18Je lui serre son café, je lui mets une petite série, il fallait vraiment qu'elle découvre
03:19le culte, c'était important, et je fais le ménage.
03:21Après ça, je vais au sport, mais ça pareil, qu'elle t'a née, franchement, mais parce
03:24que même ça, mentalement, ça me fatigue, j'oscille entre « Je veux le corps de cette
03:28meuf sur mon feed Insta, vas-y, tiens bon ton ménage, tiens le bon ! » jusqu'à « Mais
03:32qu'est-ce que je fous dans cette salle qui pue à me faire hurler dessus par un gars en
03:34Marcel, mais libère-toi des injonctions, ma grande bouffe, évite ta vie ! ».
03:37Et enfin, pour mettre fin à cette chronique, parce qu'elle est un peu trop longue et que
03:40j'ai menti sur la durée, je m'excuse auprès de la rédaction, pardon, pardon, pardon, je
03:44culpabilise aussi, je suis obligée de parler de ça, de la légèreté de cette chronique.
03:47Culpabiliser d'essayer de vivre normalement et culpabiliser de notre quotidien quand tout
03:50est chaos juste à côté.
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