00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h42, bonsoir Alexis Frémaux, merci de nous rejoindre.
00:07Vous êtes coprésident de la Fédération française des usagers de la bicyclette, la FUB.
00:11Vous venez d'être reçu il y a quelques minutes par le ministre des Transports, François Durand-Wrey,
00:16à un entretien en urgence qui fait suite au décès de Paul Vary dont nous avons beaucoup parlé sur RTL.
00:21Ce cycliste de 27 ans a donc été persécuté puis écrasé par un automobiliste à Paris il y a près d'une semaine.
00:27Qu'avez-vous demandé au ministre ?
00:30Bonsoir. Ce qu'on a demandé d'avoir au ministre c'est de reconnaître l'émotion et de comprendre ce qui s'est passé à Paris,
00:41cette violence, cette violence qui s'est abattue, cette haine qui s'est abattue sur Paul Vary.
00:48Et sa première demande c'est de dire que le gouvernement, dans son ensemble, doit reconnaître cette violence
00:55et de dire qu'on refuse cette violence sur les routes.
00:58Et ça c'est vraiment le message qu'on a passé en premier au ministre, c'est de dire qu'il faut refuser cette violence sur les routes.
01:04C'est pas une question d'être automobiliste, cycliste, piéton, là c'est pas la question.
01:08La question c'est refuser la violence et dire que ceux aujourd'hui qui sont violents sur les routes doivent être exclus.
01:16Et ça c'est le message qu'on a passé très très clairement au ministre lors de cette réunion.
01:21Et il vous a entendu le ministre sur ce point ?
01:24Je pense que le ministre il a compris notre émotion.
01:27Après on savait que c'est pas en trois jours qu'on construit des réponses politiques.
01:34Nous ce qu'on attend c'est une mise en action et je pense que le ministre s'est engagé à se saisir du sujet
01:41et pas en tant que ministre des Transports au nom de l'ensemble du gouvernement
01:44parce que les sujets concernent le ministre des Transports mais il concerne aussi et peut-être avant tout
01:48le ministre de l'Intérieur, M. Roteiro, qu'on n'a pas entendu sur le sujet.
01:52Il concerne aussi le ministre de la Justice, M. Migaud,
01:54parce qu'aujourd'hui quand on va dans les commissariats pour déposer des plaintes,
01:57la plupart du temps on nous explique que tout va bien, vous n'avez pas été blessé,
02:01vous êtes vivant, de quoi vous vous bléniez.
02:03Quand ces plaintes sont acceptées, ça se finit la plupart du temps sur des classements sans suite.
02:10Donc il n'y a pas de poursuite, il y a une impunité.
02:13Il faut que la société dans son ensemble ouvre les yeux sur ces violences et qu'elles soient considérées.
02:18Et c'est ça vraiment le message qu'on a passé au ministre.
02:21Il s'est engagé au nom du gouvernement à lancer une mission contre les violences sur les routes
02:27pour protéger tous les usagers et en particulier les plus vulnérables,
02:31ceux qui n'ont pas de carrosserie, les cyclistes et les piétons,
02:34et que cette mission fasse des recommandations qui pourront être confiées au Premier ministre
02:40pour que l'ensemble des acteurs ministériels concernés,
02:43et en particulier le ministre de l'Intérieur, le ministre de la Justice, le ministre des Transports,
02:48puissent s'en saisir ensuite pour que ça change,
02:50pour que les comportements violents, qui sont les comportements d'une minorité,
02:53et ça il faut le dire, aujourd'hui près de 80% des automobiles sont tout leur point,
02:58et parmi les 20% qui n'ont plus de point, la plupart ne sont pas des violents.
03:02Donc cette petite minorité violente sur les routes,
03:06on doit aller sur des routes et c'est ça pour lequel on attend le gouvernement,
03:11et je pense que le ministre s'est engagé ce soir à traiter le sujet au nom de l'ensemble du gouvernement.
03:16– Alexis Frémaux, dans votre communiqué de presse du jour,
03:19vous affirmez que Paul Vary a été victime d'un meurtre, j'ai envie de vous l'expliquer.
03:23– C'est pas nous qui l'affirmons, il a été mis en examen pour ça.
03:27– J'entends bien, mais ça ne fait aucun doute pour vous,
03:29la mort de Paul est le fruit d'un meurtre, à titre personnel ?
03:33Vous le ressentez, vous le vivez comme tel ?
03:35– Moi je fais confiance à la justice, ça a été qualifié dès le soir,
03:38quand j'ai lu la première dépêche qui est sortie.
03:40– Vous avez raison.
03:41– Nous avons réagi et nous avons parlé de meurtre,
03:45et je pense qu'on a eu raison parce que vous voyez,
03:47qu'est-ce qui s'est passé à l'issue de l'enquête policière ?
03:50Le juge d'instruction, qui est un juge indépendant,
03:52a mis en examen l'auteur des faits, pas pour homicide involontaire,
03:57pas pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner,
04:00il a bien mis en examen pour meurtre,
04:02parce que quand vous roulez avec un véhicule de 2 tonnes,
04:05quand vous roulez sur quelqu'un,
04:07quand vous accélérez pour faire passer le corps de la personne
04:11sous les roues de votre voiture,
04:12que la voiture monte sur le corps de la personne,
04:15c'est ce qui s'est passé, il faut qualifier l'horreur des faits.
04:18Il faut qualifier l'horreur des faits, ça ne peut être qualifié que de meurtre.
04:22C'est pas parce que vous n'utilisez pas un couteau ou une arme à feu,
04:25c'est pas parce que vous utilisez une voiture
04:27que ça devient brusquement involontaire,
04:29que ça devient brusquement quelque chose qui ne serait pas volontaire.
04:33Quand vous utilisez une voiture au même titre qu'un couteau ou une arme à feu,
04:36quand vous roulez sur quelqu'un avec un engin de 2 tonnes,
04:39effectivement, vous vous mettez en situation de le tuer.
04:42Et donc là, c'est ce qui s'est passé pour Paul Barry,
04:45et le juge d'instruction a retenu cette qualification,
04:47elle est très claire.
04:48Nous on fait confiance en la justice,
04:50et on fait confiance dans la réponse pénale qui sera donnée
04:53à cette affaire qui est extrêmement grave,
04:55et je pense que c'est pour ça qu'elle a choqué bien au-delà des cyclistes,
04:57elle a choqué tous ceux aujourd'hui qui sont victimes de cette violence,
05:00y compris des automobilistes,
05:01parce qu'aujourd'hui quand on circule sur autoroute,
05:03le nombre de fois où quand vous roulez à 130 kmh
05:05et que vous vous faites doubler par un camion,
05:07vous prenez les appels de phare, vous prenez les voitures qui vous collent,
05:09à un mètre derrière vous, quand vous êtes avec vos enfants,
05:11dans votre voiture, ça, ça s'appelle de la violence,
05:13ça, ça s'appelle de la mise en danger,
05:15et c'est ce type de comportement aujourd'hui qu'on doit exclure des routes.
05:18Et c'est pas une question d'être automobiliste ou cycliste.
05:21Et c'est ce que vous voulez dire aussi dans votre communiqué
05:23lorsque vous dites que des millions de Françaises et de Français
05:25sont confrontés à une violence motorisée, banalisée,
05:28c'est ce que vous venez de nous expliquer en fait ?
05:31Exactement, c'est que cette violence aujourd'hui,
05:33elle est acceptée alors qu'elle n'est pas acceptable.
05:35Et on n'accepte pas des violences dans la rue,
05:38on n'accepte pas des violences dans les transports en commun,
05:40et on accepte sur les routes, sur les routes pour le coup,
05:44c'est là où il y a une sorte d'acceptation de cette violence.
05:48Et ça, on dit, aujourd'hui, il faut réagir,
05:51c'est l'ensemble de la société,
05:52il faut que les gens qui sont la très grande majorité des gens,
05:55qui sont les personnes non violentes,
05:57qui refusent cette violence,
05:58que cette majorité écrasante,
06:01elle s'exprime et elle dise, ça suffit,
06:04on ne veut plus de violence sur nos routes.
06:05C'est ça l'appel qu'on a donné au ministre,
06:07je pense qu'il a été entendu ce soir,
06:09qu'il a été entendu à la hauteur du sujet de société
06:12auquel on est confronté.
06:14Pour dire les choses simplement,
06:15est-ce qu'il y a aussi une prise de pouvoir ?
06:17Ce terme n'est pas polémique quand je l'utilise,
06:19des deux roues, avec aussi leurs excès.
06:22J'ai envie de vous dire, le problème demain,
06:24c'est que cyclistes, automobilistes et piétons
06:26arrivent enfin à vivre dans une communauté
06:29qui se perçoit comme étant la même.
06:32Il y a de plus en plus de cyclistes, c'est une réalité,
06:35tous les automobilistes l'acceptent,
06:37on voit bien que certains automobilistes ne l'acceptent pas,
06:40il y a aussi de plus en plus de cyclistes, c'est une réalité,
06:42il faut que les cyclistes aussi s'adaptent,
06:45respectent mieux les règles,
06:46parce que ce qui était possible,
06:47quand il y avait très peu de cyclistes,
06:48n'est plus quand c'est une masse de cyclistes,
06:50et ça c'est une réalité,
06:51on n'a pas peur de le dire en tant qu'association cycliste,
06:55et après la violence, rien ne justifie la violence,
06:57vous pouvez penser que les cyclistes font n'importe quoi,
06:59c'est votre opinion,
07:00par contre, ça ne justifie en rien
07:02de mettre sous pression un cycliste,
07:04de le mettre en danger,
07:05de le renverser volontairement,
07:07et ça c'est deux choses de nature très différentes,
07:09et c'est ce qu'on a redit au ministre,
07:11et ce n'est pas une question d'automobilisme,
07:13de cycliste, de guerre entre les usagers,
07:15on a besoin de respect,
07:16et surtout on a besoin d'un principe clair,
07:18simple,
07:19on n'est pas violent quand on est sur les routes.
07:21– Vous avez parfaitement raison,
07:22merci beaucoup,
07:23juste pour nous faire sourire,
07:24vous êtes venu à vélo au ministère ?
07:26– Oui, je suis venu à vélo,
07:27et je peux vous dire que je n'ai pas fait du vélo
07:29le cœur léger ces derniers jours.
07:31– Et vous avez pu garer votre vélo
07:33à l'intérieur du ministère ?
07:35– Non, je l'ai garé devant,
07:36mais tout va bien, il est toujours là.
07:37– Bon, très bien,
07:38merci beaucoup Alexis Frémaux,
07:39co-président de la Fédération française des usagers de la bicyclette,
07:42la FUB dans un instant,
07:44on va se détendre,
07:46on part au galop avec Marc-Antoine Lebray.
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