00:00Et nous sommes ensemble pour cette deuxième heure avec Georges Fenech, bonsoir mon cher Georges,
00:10bonsoir à Louis Oselter, journaliste politique au Figaro, et bonsoir à vous Général Jacques-Charles Fonbonne.
00:17Vous êtes ex-commandant du Centre National de Formation à la Police Judiciaire de la Gendarmerie,
00:22expert en procédures criminelles. Nous allons parler, comme nous l'avions prévu au début de cette journée de l'affaire Grégory,
00:31qui est ce cold case de 40 ans aujourd'hui, dont l'enquête se poursuit, c'est assez rare pour être mentionné,
00:37mais d'abord, cette information principale de la soirée, la disparition de Lina, c'était il y a plus d'un an,
00:46le corps de Lina a été retrouvé, cette adolescente de 15 ans, non pas dans le barin mais dans la Nièvre,
00:52parce que justement, la voiture du principal suspect dans cette affaire, qui par ailleurs s'est suicidée l'été dernier,
00:59avait été localisée dans cette zone. Le fait d'avoir retrouvé ce corps de Lina, c'est très important,
01:08c'est l'information principale de cette soirée, mon Général, comment est-ce qu'on procède pour retrouver un corps comme ça,
01:14un an plus tard, c'est une des disparitions les plus inquiétantes de ces dernières années.
01:18Oui, c'est vrai. Alors, ce qu'il faut dire, je pense, c'est que l'intérêt majeur de cette disparition,
01:24je crois que ce sera vis-à-vis des parents, et des réponses que cette découverte va pouvoir apporter à leur questionnement,
01:33qu'est-ce qui est arrivé à notre fille, comment est-elle morte, dans quelles circonstances ?
01:36Alors, je ne connais pas les circonstances de la découverte, est-ce que le corps a été découvert par hasard,
01:40est-ce qu'il est remonté du fait de la putréfaction des tissus, ou est-ce que ce sont les gendarmes avec des investigations qui l'ont retrouvé ?
01:52On va dire que tout est possible, compte tenu, comme vous le soulignez, que le bornage du principal suspect,
02:00qui était donc son petit ami, avec le véhicule qu'il avait volé, déclenchait alors sur énormément de sites
02:07dans lesquels il aurait pu déposer le corps, parce qu'il y avait des arrêts prolongés dans des zones qui étaient très peu habitées,
02:12donc il aurait pu s'en débarrasser, et ça en faisait partie.
02:17La difficulté dans un cours d'eau, c'est qu'on a quasiment aucune possibilité de mettre des chaînes pistes,
02:25parce qu'il n'y a aucune odeur dans un cours d'eau.
02:29Un an après, on peut imaginer que la malheureuse est dans ce cours d'eau depuis une date très proche à celle de sa disparition.
02:38Ce que ça va permettre maintenant, certainement, mais après ça va évidemment dépendre de l'état du corps,
02:45ça va permettre de déterminer les causes de la mort, bon l'identification a été faite très vite avec l'ADN,
02:50maintenant l'élément principal, la lumière de ce que je disais en commençant,
02:53c'est que ça va permettre de déterminer les causes de la mort, et savoir ce que la malheureuse a subi avant que son corps soit jeté à cet endroit.
03:00Georges Fenech, vous vouliez interroger peut-être le général sur cette affaire ?
03:05Non, je peux peut-être remettre mon propre avis, en tant qu'ancien juge d'instruction, si vous permettez Pierre.
03:11Oui, parce que des affaires criminelles comme ça, j'en ai instruite malheureusement.
03:15Cette issue fatale, si vous voulez, elle était évidemment redoutée,
03:20et vous avez raison de dire que ça apportera des réponses à la famille.
03:24Il y a deux choses qui vont être importantes pour la découverte de ce corps,
03:27c'est d'une part, effectivement déterminer les circonstances réelles des causes de la mort,
03:32mais peut-être, avec un peu de chance, on va peut-être pouvoir retrouver sur le corps une trace, quelque chose, qui pourrait être exploité.
03:39Je pense évidemment à l'ADN, il y a très peu de chance à mon avis parce qu'il s'est séjourné dans l'eau,
03:44mais on ne peut pas exclure que sur un vêtement ou sur le corps lui-même, même putréfié,
03:49il puisse y avoir encore une possibilité de relever une empreinte.
03:53J'ai dit qu'on pourra comparer à ce moment-là, si tel est le cas, au suspect qui s'est donné la mort,
03:59et qui est probablement, je ne vais pas dire de pourcentage, l'auteur de ce crime abominable,
04:04puisqu'on a retrouvé des cordelettes, du sang de cette pauvre fille dans sa voiture.
04:08Voilà, ils sont suicides, même s'il n'a pas mis je suis l'auteur, j'ai fait des choses inhumaines, a-t-il dit, un peu dans ce genre,
04:14et donc je préfère partir.
04:17Louis Azalterre ?
04:18Est-ce que, mon général, justement dans le cadre d'une affaire dans laquelle le principal suspect, Samuel Gaumont, est mort,
04:26s'est donné la mort, et le parquet de Strasbourg avait l'air à peu près certain,
04:31en tout cas avait de fortes présomptions de culpabilité contre cet homme,
04:34comment est-ce que le traitement judiciaire peut être satisfaisant à partir du moment où les poursuites s'éteignent à cause de la mort d'une personne ?
04:40Comment est-ce que malgré tout, la justice peut, un, établir la vérité,
04:44et deuxièmement, faire en sorte que la justice soit quand même faite.
04:47Pour les parents de cette pauvre fille, ils ne s'en remettront jamais.
04:50La difficulté, effectivement, c'est ça.
04:52C'est-à-dire, extinction de l'action publique, on va dire, par la disparition du suspect.
04:58Alors on est dans cette ambiguïté de la présomption d'innocence qui est plus forte que toutes les convictions,
05:05qui est plus forte que toutes les preuves.
05:06Donc on peut dire que ce suspect, il est innocent pour l'éternité,
05:12mais les éléments que soulignait Georges Fedex, c'est-à-dire qu'effectivement, il y a des cordelettes dans la voiture
05:16qui ont été retrouvées avec l'ADN de la petite et avec le sien.
05:20Le sac à main de la petite est dans la voiture qu'il avait volée.
05:23Donc on va dire que, pénalement, on va, avec un dossier comme ça,
05:27devoir la cour d'assises sans aucune surprise.
05:29Mais donc, à un moment donné, évidemment, il va falloir clôturer.
05:33On imagine qu'il va y avoir une clôture de l'instruction,
05:36à moins qu'il y ait un élément nouveau qui pourrait, par exemple, être celui de la présence d'un complice.
05:41Bon, pour avoir fait plusieurs affaires comme ça, comme vous vous en doutez,
05:45bon, c'est un élément qui serait quand même assez extraordinaire,
05:49compte tenu de la relation vraiment intuitue-personnée qui existait entre ces deux personnes
05:54et l'expérience en scène que, dans ce genre de choses, l'auteur est tout seul.
05:58Il ne fait pas appel à un complice.
05:59Ce n'est pas un crime crapuleux.
06:00Ce n'est pas un viol avec une équipe de jeunes désœuvrés
06:06qui ont bu un coup de trop avec une provocation quelconque contre eux.
06:09C'est vraiment un rapport de deux personnes qui se connaissent.
06:13On imagine assez mal la présence d'un complice,
06:15mais ça sera forcément la dernière piste qui sera poussée par les enquêteurs.
06:19Georges Fedek, vous vouliez rajouter ?
06:21Non, l'accession à l'action publique, ça va concerner évidemment le suspect,
06:25mais le jeu d'instruction qu'il va enquêter,
06:28évidemment, aller jusqu'au bout des investigations,
06:31faire tout l'entourage du suspect,
06:33pour savoir s'il n'y a pas eu la moindre décomplicité,
06:36voire de recel, de cadavre, peut-être, de protection.
06:39Il y aura des mois et des mois de travail pour le jeu d'instruction.
06:42Ça ne va pas se clôturer comme ça.
06:44En tout cas, voilà cette information principale de la soirée,
06:47le corps de Lina qui a été retrouvée dans la Nièvre.
06:50Il y a une autre information qui est intéressante,
06:54et quand je dis intéressante, c'est un doux euphémisme,
06:56parce qu'elle nous interpelle.
06:59C'est le fait que le principal suspect dans le meurtre de Philippine,
07:02cette étudiante qui a donc été retrouvée morte
07:05à proximité de son université de Paris-Dauphine,
07:08dans le bois de Bologne, alors qu'elle allait prendre un peu l'air
07:11après le déjeuner, qui a donc été violée et tuée
07:15par un individu marocain sous OQTF,
07:18et bien cet individu qui est en ce moment
07:21entre les mains des autorités suisses,
07:24refuse son extradition.
07:28Et c'est le ministère fédéral de la Justice
07:31qui devra maintenant statuer.
07:33Georges Fenech, pardonnez-moi,
07:36ce n'est pas qu'on ne comprend pas, c'est que c'est très interpellant
07:39le fait qu'on pensait que l'extradition allait venir là, tout de suite.
07:42Non, ça ne m'étonne pas, parce que je connais.
07:44Vous vous connaissez, donc il faut que vous nous expliquiez.
07:46Cette procédure, il faut savoir qu'on a adopté, je ne sais plus en quelle année,
07:49peut-être en 2005-2006,
07:52on a adopté le mandat d'arrêt européen.
07:55C'est-à-dire que tous les pays qui font partie de l'Union Européenne,
07:58dès lors qu'il y a une interpellation, un mandat d'arrêt européen,
08:01il n'y a plus besoin de passer par la voie diplomatique,
08:04ça se fait de juge à juge, c'est très rapide.
08:06Sauf que la Suisse, comme vous le savez, ne fait pas partie de l'Union.
08:09Par contre, il y a des règles.
08:12Les règles, c'est que le ministère fédéral, effectivement,
08:15va examiner l'égalité et la régularité de la procédure.
08:18Il va examiner, ça peut vous paraître superfétatoire,
08:22mais est-ce qu'il n'y a pas des traitements inhumains en France ?
08:25Est-ce que la France pratique ou non la peine de mort ?
08:27Ce sont ces critères-là qui vont faire
08:30que l'autorité diplomatique suisse, et justice également,
08:34décidera de prononcer l'extradition,
08:38c'est-à-dire d'extradition envers la France.
08:41Voir s'il n'est pas peut-être suisse,
08:43parce qu'on n'expulse pas des nationaux, même la Suisse, évidemment.
08:46Donc ce sont des examens purement formels de droit.
08:50Je ne doute absolument pas une seconde
08:52qu'il y ait un refus des autorités fédérales suisses de l'extrader.
08:57C'est ce que j'allais vous dire,
08:58parce que sur le papier, c'est ce que vous avez dit,
09:00mais dans les faits, la collaboration entre la France et la Suisse,
09:02ça se passe comment ?
09:03Très bien, ça se passe très bien.
09:04On est signataire de plusieurs conventions d'entraide judiciaire,
09:07notamment Schengen et d'autres.
09:10Il y a au moins trois conventions qui nous lient avec la Suisse,
09:14et donc les extraditions se passent très bien.
09:16Je voudrais qu'on entende Philippe Ballard,
09:18qui était notre invité tout à l'heure à 19h15,
09:21et qui est le député RN porte-parole du RN, député douloise,
09:25qui réagissait à ce refus d'extradition.
09:29C'est déjà absolument scandaleux.
09:32Celui qui a la main, c'est celui qui a assassiné une enfant de 19 ans.
09:40Je pense que tout le monde a le même sentiment.
09:43Après, il faut se rapprocher des autorités helvétiques,
09:46engager peut-être, si nécessaire, un bras de fer.
09:50Mais il est hors de question que cet individu décide
09:53de son propre sort, alors qu'il doit rendre des comptes,
09:57et chèrement des comptes.
09:58La procédure, on en a parlé, Jean-Georges Fedec,
10:00mais imaginez les parents de Philippine qui écoutent Europe 1 ce soir,
10:05et qui entendent que cet homme-là refuse, je refuse, d'être extradé.
10:11On comprend que Philippe Ballard, et je pense beaucoup d'autres personnes,
10:15et peut-être dans ce studio, soient scandalisés.
10:17C'est un droit, il a le droit de dire je refuse,
10:20mais ce n'est pas lui qui prendra, il n'est pas maître de son destin.
10:23Il n'est pas maître de son sort.
10:24Comme Salah Abdeslam en Belgique, il avait aussi refusé,
10:27si je me souviens bien, d'être extradé.
10:29Mais pourquoi on leur pose la question dans ce cas-là ?
10:31Est-ce que vous refusez ou vous refusez pas ?
10:33C'est un droit, il y a quand même des droits,
10:35et le fait est qu'on vérifie un certain nombre de règles formelles.
10:39Général Fontbonne ?
10:41Oui, je suis du même avis que M. Fedec,
10:43ce n'est pas étonnant, il se défend.
10:45Ce n'est pas étonnant ?
10:46Non, il exerce ses droits de la même façon.
10:48Alors c'est une comparaison qui n'est qu'une comparaison,
10:50mais quand vous avez quelqu'un en garde à vue,
10:52vous lui posez une question, et il vous répond,
10:54j'exerce mon droit au silence, et il ne dit rien d'autre.
10:57Alors évidemment, j'allais dire que c'est irritant
10:59dans une affaire de missile, dans une affaire de viol,
11:01le terme est complètement décoré,
11:04mais de la part de quelqu'un qui est poursuivi,
11:07c'est une démarche de défense logique.
11:10Il y a un avocat qui lui a dit...
11:12Le zelter, un commentaire là-dessus.
11:15L'affaire c'est que ça prend du temps,
11:17la justice prend du temps, elle n'est pas le temps médiatique,
11:20et la présentation médiatique qui en est faite
11:22peut laisser penser que son sort est entre ses mains,
11:25or vous avez bien dit dans votre journal permanent
11:27que désormais c'était à l'office suisse d'en décider,
11:30et de toute évidence, j'ai non plus aucun doute
11:32sur le fait que ce Marocain qui était sous ce QTF...
11:36En tout cas quand on entend l'ARN,
11:38chez Philippe Ballard, on a l'impression que
11:41peut-être que, en tout cas M. Ballard,
11:43voudrait qu'il n'y ait même plus ce droit
11:45de se dire qu'on a le choix de dire qu'on n'est pas...
11:48Donc ils se mettent à la place d'une mise en cause
11:50pas du tout dans une affaire de ce genre,
11:52mais d'une toute autre affaire.
11:54Il faut aussi que la fraction commise dans le pays
11:56soit répréhensible.
11:58Si par exemple, on demandait, la France demandait,
12:00l'extradition de quelqu'un condamné
12:02pour abus de bien social en France,
12:04ou instruit, la Suisse dirait non
12:06puisqu'il n'y a pas d'abus de bien social.
12:08Il faut donc vérifier effectivement
12:10toutes ces choses-là.
12:12C'est très technique et ça le mérite d'être précisé,
12:14vous êtes là ce soir, Georges Fenech,
12:16le général Fontbonne et, accessoirement,
12:18mon ami Bouillaz Alter.
12:20Pour les commentaires politiques,
12:22on va parler de l'affaire Grégory dans un instant.
12:24Restez avec nous sur Europe.