00:00L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Vincent Trémolet de Villers, bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:06Vincent, Michel Barnier a enfin présenté son budget, il parle d'un effort juste et équilibré.
00:11Tandis que Manuel Bompard de la France Insoumise lui parle d'une cure d'austérité, qui a raison ?
00:16Eh bien c'est Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France,
00:20parle à juste titre d'un budget de colmatage d'un bateau qui est en train de couler.
00:26Le premier ministre a colmaté, il a ajusté ses ambitions économiques à son ambition politique, c'est-à-dire tenir un an.
00:34Il veut reporter à une date ultérieure la crise financière et la crise de régime, ce qui est légitime,
00:38mais ces quelques mois de sursis coûtent encore des milliards aux Français qui vont payer plus qu'on ne le dit.
00:45Bercy nous dit 30% d'impôts et 70% d'économie, mais le Haut Conseil des finances publiques nous dit que c'est exactement le contraire, et il a raison.
00:54Pourquoi ? Parce que quand le gouvernement explique qu'il va faire 40 milliards d'économies,
00:58il n'économise pas en réalité cette somme sur une valeur absolue, c'est-à-dire les 1700 milliards de dépenses,
01:03il l'économise sur ce que serait la hausse des dépenses si l'État ne prenait aucune décision pour les freiner.
01:08C'est donc une économie virtuelle sur une hausse virtuelle.
01:12L'économie tangible, elle, selon la même haute autorité, serait de 13,5 milliards à mettre en regard avec les 30 milliards d'impôts,
01:21qui, eux, n'ont rien de virtuel et qui ne vont pas toucher, loin de là, que les plus aisés.
01:25Pour filer l'image bâtolière de Madame Pécresse, ce budget 2025, c'est augmenter les impôts à tous les étages du Titanic.
01:33Mais Vincent, Michel Barnier pouvait-il faire autrement ?
01:35Si ce n'est pas le cas, s'il n'y a pas d'alternative, alors inutile de nommer un Premier ministre, une intelligence artificielle générative fera l'affaire.
01:43Alors oui, Michel Barnier a eu très peu de temps, c'est vrai qu'il n'est pas élu, ses contraintes sont épouvantables,
01:48Emmanuel Macron a cramé la caisse, on sait tout ça.
01:51Mais on peut quand même dire que le Premier ministre a tout fait à l'envers.
01:55Franchement, était-il obligé de commencer par annoncer de nouveaux impôts ?
01:59Il aurait été plus judicieux d'invoquer d'abord la gravité de la situation,
02:02de présenter un plan d'économie douloureux mais nécessaire, avant de se résigner à y ajouter quelques impôts.
02:08Mais non, c'est la justice fiscale qu'il a invoqué le premier, et les économies sont venues après.
02:14Dans ce domaine, le Premier ministre est resté flou jusqu'au bout, flou ou dérisoire.
02:19On apprend par exemple que le nombre de fonctionnaires devrait baisser de 2000, 2000 sur plus de 5 millions,
02:25ça fait une baisse de 0,04% qui n'aura évidemment pas lieu.
02:30Autre exemple, Dimitri, on trouve dans ce budget une ligne du tableau de baisse des dépenses qui annonce 6 milliards d'économies.
02:38On se jette dessus pour voir où seront faites ces économies et on lit « Tenez-vous bien, effort d'optimisation,
02:45gain de productivité, lissage des dépenses ».
02:48Mais dans le privé, le directeur financier d'une TPE n'oserait pas présenter cette copie de cancre à son patron.
02:53Mais dans le public, c'est fantastique, la dépense baisse même quand elle monte,
02:58et l'on croit que décréter le lissage des dépenses suffit à lisser les dépenses.
03:03Je vous rappelle que ce sont les mêmes petits génies qui, depuis le mois de janvier, tous les trimestres,
03:07nous révèlent qu'ils se sont trompés dans les chiffres.
03:09Le consentement à l'impôt n'est pas une chose facile, mais il devient héroïque
03:13quand il s'accompagne d'un consentement à l'approximation, à la dissimulation, pour ne pas dire à l'enfumage.
03:18Reconnaissez Vincent que dès qu'il demande un effort, Michel Barnier suit une colère, un refus.
03:23Et donc, plutôt que d'exiger des économies, il prélève des impôts.
03:28C'est le choix de la facilité et du renoncement.
03:30Michel Barnier n'est pas le premier, et ce n'est malheureusement pas le dernier.
03:34C'est une vieille histoire, vous savez Dimitri.
03:36En faisant un peu de tri hier, je suis tombé sur un vieux dessin de Dejacques Feuzan,
03:40le dessinateur historique du Figaro, dessin que conservait le regretté père de mon épouse.
03:45Sur ce dessin, on voit un brave contribuable qui tient son bébé dans les bras
03:49et qui lui dit, à la manière de Kipling,
03:51« Si tu peux te laisser dépouiller par Bercy, du fruit de ton labeur et puis dire merci,
03:57et si jusqu'à la lit tu peux boire le calice, tu seras de droite, mon fils. »
04:01Magnifique, merci beaucoup Vincent Trémolet de Villers, l'édito politique sur...
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