00:00L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:07Vincent, ce matin vous vous penchez sur, comme on nous parle, la politique à travers la sémantique.
00:11Vous avez relevé des mots qui, cette semaine, clairement, sont autant de postures selon vous.
00:16Premier d'entre eux, prononcé par Gérald Darmanin, le mot inacceptable.
00:20Oui, l'ancien ministre a dit que le budget de Michel Barnier était inacceptable.
00:25Et pour beaucoup, dans la bouche de Gérald Darmanin, ce mot est surprenant.
00:28Non pas sur le fond, parce qu'il est réellement inacceptable,
00:31que le pays champion du monde des prélèvements obligatoires accentue un peu plus encore la préfusion fiscale.
00:37Mais simplement parce que celui qui prononce ce mot d'inacceptable a accepté, pendant sept ans,
00:43de participer à un gouvernement qui nous a menés à cette situation économique et financière catastrophique.
00:49Et puis rappelons qu'il y a un an, le même Gérald Darmanin disait dans La Voix du Nord
00:53qu'il était favorable à ce que les entreprises fournissent un effort supplémentaire.
00:57Il voulait aussi accentuer la pression sur les propriétaires du capital.
01:01C'était quand il avouait partager certaines analyses de François Ruffin.
01:05Alors certes, l'équipe d'Emmanuel Macron n'a pas augmenté les impôts,
01:08mais elle a fait exploser les dépenses et laissé filer les déficits,
01:11à tel point que l'État ne sait plus où trouver l'argent, à part dans les poches des Français.
01:16Pendant sept ans, Gérald Darmanin a accepté une politique qui nous a menés à une situation inextricable.
01:21Ça le sont des bonnes gestions, et donc parfaitement inaudibles.
01:24Le deuxième mot, Vincent, c'est sacré.
01:27C'est notamment ce qu'a dit Elisabeth Borne.
01:29L'État de droit dans une démocratie, c'est quelque chose de sacré.
01:33Oui, elle répondait à Bruno Retailleau qui avait dit au JDD
01:36que l'État de droit n'était ni intangible ni sacré.
01:38On se souvient que lors de sa nomination, le nouveau ministre de l'Intérieur
01:42était qualifié sans complexe de ministre catholique par les commentateurs.
01:46Entre parenthèses, on n'imagine pas, et a raison, la même pratique
01:49avec un ministre qui serait de confession musulmane.
01:52Mais d'un coup, Retailleau le catholique est devenu Retailleau le blasphémateur,
01:56Retailleau l'hérétique.
01:58Si on fait pourtant l'effort de lire l'intégralité de ses propos sur l'État de droit,
02:02il se contente de revenir à la source et au sommet de la démocratie,
02:06la souveraineté populaire.
02:08Cette polémique aura eu finalement un mérite,
02:10souligner un peu plus encore le gouffre qui sépare la petite bulle du reste des Français.
02:15Dans la vague de sondages de cette fin de semaine,
02:17notamment dans le baromètre Vérian et Pocah du Figaro magazine,
02:20tout le monde baisse, sauf Bruno Retailleau dont la cote d'avenir progresse de 19 points.
02:26Alors un sondage n'est pas une élection,
02:28mais peut-être que les citoyens ne sont pas mécontents
02:30qu'on leur dise que ce qui est sacré dans la démocratie, c'est le peuple.
02:34La démocratie, c'est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.
02:38La célèbre formule a été prononcée par les dangereux illibéraux
02:41que furent Abraham Lincoln et Winston Churchill,
02:44et accessoirement, c'est l'article 2 de notre constitution.
02:47Troisième mot Vincent, la troisième formule, c'est celle de lignes rouges.
02:50Alors oui, tout le monde a sa ligne rouge.
02:52Le plus souvent, ce sont ceux qui se méfient le plus des frontières physiques,
02:55notamment pour maîtriser l'immigration,
02:57qui ont la passion de tracer des frontières morales,
03:00dont la plus courante consiste à te protéger de ceux
03:02qui justement voudraient renforcer nos frontières physiques.
03:05Puis il y a sinon des lignes rouges sur les impôts,
03:07des lignes rouges sur les sujets de société, des lignes rouges sur l'état de droit.
03:11Et puis il y a les vraies lignes rouges,
03:13celles qui nous hantent, celles qui nous tourmentent.
03:16Les lignes de sang de ceux qui meurent d'un refus d'obtempérer à Mougin,
03:19d'une agression sauvage dans le bois de Boulogne,
03:22d'un coup de couteau à la sortie d'une boîte de nuit.
03:24Ces lignes tragiques sont la conséquence d'une dislocation sociale
03:28où se répondent sur fond d'immigration anarchique
03:31l'effondrement de l'autorité et le triomphe de l'impunité.
03:34Et là on sera tous d'accord Dimitri,
03:36pour dire que le rôle sacré de l'état et du droit,
03:39c'est de protéger les honnêtes gens de cette violence meurtrière inacceptable.
03:44L'édito politique sur Europe 1. Merci Vincent Trémolet de Ville.
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