00:00« A peine ai-je bandé qu'aussitôt je débande ». Cet idéal alexandrin, vous ne le trouverez
00:05pas dans les œuvres complètes de Racine ou de Corneille, même si vous cherchez longtemps,
00:09chez Molière non plus, chez Victor Hugo pas plus, on le trouve à la page 40 du dernier
00:14livre de Daniel Pénac, « Mon assassin », qui paraît si jour si aux éditions Gallimard.
00:19« A peine ai-je bandé qu'aussitôt je débande ». Si par hasard je détectais autour de
00:24cette table un regard concerné par cette constatation poétique, je ne la dénoncerai
00:28pas. L'auteur de ce verre quasiment indépassable s'appelle Robert Soula, éditeur, écrivain,
00:35il dirigeait la série Noire et avec ses copains, notamment Pénac, il aimait jouer au jeu de
00:39l'alexandrin. Forcément, il était imbattable. « Le jeu », explique Daniel, « consiste
00:46à mettre l'autre au défi de produire un alexandrin spontané, comme ça, de chic.
00:50Allez, tout de suite, vas-y, douze pieds en voie, on t'écoute », Robert murmurait
00:54aussitôt. « A peine ai-je bandé qu'aussitôt je débande ». Et l'on rêverait d'avoir
00:58l'inspiration aussi réfléchie, aussi fougueuse, du tac au tac, trouver le pendant majestueux.
01:03« A peine ai-je bandé qu'aussitôt je débande ». La vigueur érectile est-elle
01:09une légende ? On aimerait inventer les deux hémistiches parfaits s'articulant précisément
01:14à la césure, taquiner la muse jusqu'à ce qu'elle enfante des marmots délicieux.
01:19« A peine ai-je bandé qu'aussitôt je débande ». Prétendre le contraire est une
01:24propagande. Mais n'allez pas croire que le dernier livre de Pénac se résume à ce
01:30jeu d'esprit subtil et licencieux, décrivant à merveille les intermittences du désir.
01:36« Mon assassin » est une friandise inespérée pour ceux que Benjamin Mallossène et sa
01:41tribu joyeuse, foutraque, attachante, intrépide, sentimentale, accompagne depuis pas loin de
01:4740 ans. « Mon assassin » est une formidable mise en bouche pour ceux qui n'ont pas encore
01:51la chance de connaître notamment la fée Carabine, le bonheur des ogres, la petite
01:56marchande de prose et qui auraient la bonne idée de vouloir s'y plonger. Les uns et
02:00les autres vont avoir accès à la salle des machines de la littérature pénaquienne.
02:05Parce que le dernier Pénac est à la fois un roman et un essai, une fantaisie échevelée
02:11et un document émouvant, sensible, parfaitement singulier sur l'écriture, l'imagination,
02:16la création des personnages, l'importance de l'amitié. Une citation inspirante « Mes
02:22amis sont nombreux et chacun est le meilleur ». La saga Mallossène est arrivée à son
02:27terme, nous a prévenu son auteur. On espère bien cependant que le dernier Pénac ne sera
02:32pas le dernier Pénac. J'en essaie une dernière pour la route. « À peine ai-je bandé qu'aussitôt
02:37je débande, j'eus voulu qu'exista une télécommande. »
Commentaires