00:00Excusez-moi, ça vous plaît quoi d'être en train de faire des scrums sur Pégaillère ?
00:04Excusez-nous, allez-y M. Pégaillère, allez-y.
00:07Sfam, sellside, upside, ces noms ne vous disent rien,
00:12ils sont pourtant le cauchemar de milliers de Français.
00:14Le 23 septembre, un procès hors normes s'est ouvert à Paris,
00:18celui des sociétés du groupe Indexia, spécialisé dans l'assurance pour téléphone,
00:22et de son propriétaire, le milliardaire Sadri Pégaillère,
00:25accusé de prélèvements abusifs sur les comptes bancaires de ses clients.
00:29Plongeant certains dans un gouffre financier. On vous explique.
00:32D'abord, la success story.
00:34En 1999, un jeune commercial, Sadri Pégaillère,
00:38fonde la Sfam, la Société française d'assurance mobile,
00:42qui devient vite un fleuron du secteur.
00:44Les contrats contre la casse ou le vol de téléphone,
00:46débutant à quelques euros par mois, se vendent comme des petits pains,
00:50notamment auprès de commerçants prestigieux comme la FNAC.
00:53En 2018, l'entreprise revendique 5 millions de clients
00:56et 3 000 salariés en Europe, en plus d'une valorisation à 1,7 milliard d'euros.
01:01La société lancera même son réseau de magasins Upside Store.
01:05Un succès vanté par une partie de la presse,
01:07qui consacre des articles flatteurs et des publis reportages à Sadri Pégaillère.
01:11Mais derrière cette façade, la colère gronde
01:13et à partir de 2017, les litiges débutent.
01:16L'association UFC Que choisir
01:18alerte sur des souscriptions forcées
01:20au moment de l'achat d'appareils électroniques en magasin.
01:22Surtout, au fil des ans,
01:24des clients voient leurs comptes prélevés de montants de plus en plus incongrus,
01:27affolants et récurrents.
01:28On était allés chez FNAC, on a acheté un ordinateur, un téléphone,
01:33il y avait encore un truc, donc on avait trois petits contrats avec SFAM.
01:37A peu près la première année, c'était à peu près bien respecté,
01:41mais la deuxième année, ça commençait à augmenter, augmenter, augmenter.
01:45Pour un total de...
01:4643 000.
01:47Ça avait commencé par une petite somme de 6 euros, puis après 8 euros,
01:50puis après, c'est allé en crescendo jusqu'à 29, 39, 90,
01:56mais plusieurs fois dans le mois, parfois.
01:58Aujourd'hui, ça représente quel montant ?
02:00Une somme de 4 000, je ne sais plus trop combien d'euros.
02:04Ça a commencé un jour à la FNAC, quand j'ai acheté un téléphone portable.
02:07J'ai signé une assurance,
02:10et tout s'est bien passé les deux premières années,
02:12et après, ça a commencé à déraper.
02:14En août 2003, j'avais environ...
02:1830 prélèvements par jour.
02:20De mon temps complètement abscond, j'ai perdu beaucoup d'argent.
02:24En 2019, les pratiques de vente de l'entreprise
02:27lui valent une amende de 10 millions d'euros
02:29auprès de la DGCCRF,
02:30la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
02:34Mais rien n'y fait, les prélèvements continuent,
02:37et plus insidieusement encore.
02:39Sur leur relevé de compte, les clients voient apparaître d'autres noms de sociétés,
02:43toujours liés à la Sfam, qui change d'ailleurs de nom en 2021 pour Indexia.
02:47Pendant ce temps, et c'est une spécialité de l'entreprise,
02:50les demandes de résiliation ne sont pas honorées,
02:52malgré les relances de clients à bout de nerfs.
02:55Il faut attendre 2023 pour que les autorités mettent un vrai coup d'arrêt.
02:58Alors que les plaintes continuent de s'empiler,
03:01la Sfam ou Indexia est interdite de vendre de nouveaux contrats par l'ACPR,
03:05l'autorité de contrôle prudentiel et de résolution,
03:07le gendarme des assurances.
03:09Mais trop tard, l'affaire est déjà devenue hors norme.
03:11Pour la seule période 2014-2021,
03:14la DGCCRF a comptabilisé 743 000 demandes de remboursement ignorées,
03:19permettant de retenir 23 millions d'euros.
03:21Quant au non-résiliation,
03:23elles ont permis à la Sfam de gagner indûment 5,8 millions d'euros.
03:26Aujourd'hui, un procès met donc des visages sur ces chiffres.
03:29Au premier jour, des dizaines d'ex-clients de la Sfam
03:31sont arrivés au tribunal de Paris,
03:33arborant les montants astronomiques réclamés.
03:35Pour le moment, il y a plus de 1 600 parties civiles.
03:38Vraiment, j'espère que le tribunal prendra la mesure de l'ampleur
03:42de ce dossier qui est titanesque.
03:44À mon cabinet, j'ai quelqu'un qui m'a dit
03:45« moi j'ai fait une tentative de suicide il y a quelques semaines,
03:48et je viens aujourd'hui vous apporter mes derniers papiers ».
03:50J'ai vraiment des gens qui ont été impactés dans leur quotidien.
03:53Puis vous savez, le stress de découvrir que vous êtes victime
03:55de prélèvements que vous ne comprenez pas,
03:57et que vous remontez le fil de tout vos relevés
03:59et que vous vous dites « mais attention, mais qu'est-ce que c'était que ça ? »
04:01Vous savez, c'est choquant.
04:03C'est une charge mentale à gérer.
04:05Je n'ai pas accès à faire que de devoir bloquer des jours,
04:10bloquer du temps, réplucher tous mes comptes depuis des années.
04:12C'est un stress, c'est une énergie qu'on ne met pas dans autre chose.
04:17– Quelles conséquences aujourd'hui ça a sur votre vie ?
04:19– Un peu difficile pour moi, très difficile, mais bon.
04:26– Qu'est-ce que vous attendez de ce procès ?
04:30– Quelque chose de bien, pour moi.
04:33Et pour tous les autres aussi, parce que je ne suis pas seule.
04:35– Tout le monde du procès ?
04:43– Il y a beaucoup de victimes, il y a beaucoup de victimes qui attendent.
04:46– Un mot pour vos clients, qu'est-ce qui se pousse ?
04:48– Allez-y, je vous en prie, s'il vous plaît.
04:51– Excusez-moi, ça vous fait quoi d'être traité d'escroc, M. Fégaillère ?
04:55Les personnes disent que vous les avez.
04:56Est-ce que vous comprenez ou pas la colère des clients, M. Fégaillère, ou pas ?
04:59– Désolé, excusez-nous.
05:01– Vous ne devez rien dire.
05:02– Excusez-nous, allez-y, M. Fégaillère.
05:05– Allez-y, allez-y.
05:07Jusqu'au 2 octobre, Sadrif Fégaillère et ses sociétés
05:10sont donc jugés pour pratiques commerciales trompeuses.
05:12Ces dernières risquent une sanction jusqu'à 10% de leur chiffre d'affaires
05:16et le milliardaire, 2 ans de prison et 300 000 euros d'amende.
05:19Mais cette affaire soulève aussi une question,
05:21comment ces pratiques ont-elles pu durer si longtemps et à une si grande échelle ?
05:25– En fait, ce procès, il pointe du doigt toutes les failles de notre loi, de notre législation.
05:30Il faut que les banques renforcent les contrôles,
05:32il faut qu'il y ait des actions de groupe qui soient plus efficaces.
05:35Ce procès, il est historique, ce procès, c'est un procès, c'est l'exemple.
05:38Il ne faut plus que les choses se reproduisent comme ça.
05:40– Quand je vois qu'il a payé une amende en 2019 de 10 millions d'euros
05:45et que ce monsieur-là travaille encore,
05:47c'est quoi, c'est le mécanisme de justice à deux vitesses ?
05:52Pour les riches et pour la classe moyenne ?
05:54Pour moi, c'est une injustice totale.
05:55– Ah oui, reste encore une question, les clients reverront-ils leur argent ?
05:59Eh bien, il y a un hic.
06:01Ces derniers mois, le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire de la SPAM
06:05et d'autres sociétés de Sadrif Fégaillère.
06:07Selon Le Monde, les caisses sont vides
06:10et le groupe, par ailleurs endetté auprès de l'URSAF,
06:12aurait un passif de 800 millions d'euros.
06:14Les clients floués pourront donc se tourner
06:16vers ce qu'on appelle le fonds de garantie des victimes
06:18pour un plafond d'indemnité de 3 000 euros, soit de l'argent public.
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