00:00Les premiers jours quand on arrive au pied du K2 c'est une grosse montagne, elle est super belle,
00:09ça va pas être impossible mais ça va être ça va être dur.
00:13Ouais pour moi c'est pareil, il y a cette impression de cette pyramide qui est toute
00:20seule qui sort vraiment du massif, elle est vraiment imposante quoi.
00:24On arrive au camp de base, on est au pied de cette face et en fait on ne se rend même pas
00:28compte de la hauteur tellement on est proche mais au fur et à mesure qu'on monte en fait on se rend
00:33compte que ça s'arrête jamais quoi.
00:39On a passé 42 jours au camp de base avant d'avoir le créneau météo pour pouvoir tenter le sommet
00:47mais quand on part sur un 8000 mètres il y a forcément une période de trois semaines
00:52d'acclimatation donc on a eu une bonne semaine pour arriver au camp de base de marche de trekking
00:58ensuite on est rentré dans la phase d'acclimatation où on fait des allers-retours, des rotations,
01:02on monte notre matériel au camp 1, on fait une nuit, on redescend, on remonte notre matériel au
01:07camp 2, on fait une autre nuit, on redescend et ainsi de suite et cette période d'acclimatation
01:11peut durer trois à quatre semaines et nous à l'intérieur de cette période d'acclimatation
01:16on a eu énormément de mauvais temps donc ça nous a ralenti dans notre acclimatation et finalement
01:22on est parti pour le sommet en n'étant pas si bien acclimaté que ça parce qu'on n'a jamais
01:26pu monter très haut à cause de la météo et des chutes de neige et quand on est parti du camp de
01:31base pour le sommet de Pouche comme on dit dans nos jargons, on est parti en se disant bon on monte
01:36le plus haut possible et il faut que ça reste fun. Alors, elle n'est pas belle la vie ? Parfaite. Les pieds gelés.
01:48On est au camp 2, 6 minutes, dans notre magnifique tente.
01:54Donc on part pour le sommet de Pouche, c'est à dire que c'est un peu l'essai où on va essayer d'aller vraiment le plus haut possible
02:03et là on est plutôt bien parce qu'on a attendu tellement de temps que c'est un peu une libération aussi
02:09donc on se dit c'est le moment, on va tout donner et il va falloir faire ça bien, c'est à dire pas se cramer
02:15ça va être long, ça va être dur. Donc on a commencé l'ascension en étant à un rythme vraiment cool,
02:21on est arrivé au camp 2, on était super bien, on a bien dormi. Le lendemain il fallait qu'on monte tout notre matos
02:27jusqu'au bout, notre matériel donc tente, duvet, de quoi faire construire le camp 3 puisqu'on n'a jamais réussi à monter
02:35avant au camp 3 vu qu'il y avait tout le temps du mauvais temps et donc là on était beaucoup plus chargé
02:41mais on se sentait bien, on doublait les gars qui montaient avec de l'oxygène quoi, donc on était vraiment bien,
02:47on était en canne et arrivé au camp 3 on a pris le temps de bien préparer le camp parce que c'est pareil, on est tout seul
02:55on doit faire la plateforme pour installer la tente, on doit se faire à manger, donc tout ça c'est nous qui le portons,
03:03qui le faisons par rapport aux expéditions commerciales qui elles arrivent, les gens ils ont juste à se mettre dans la tente
03:08et à manger, c'est toute une autre organisation et du coup la nuit on a paqué tout notre matériel et on est parti pour la dernière journée d'ascension
03:20et là c'est parti, il faisait froid, on est en pleine nuit, on monte vers l'espace.
03:28Qu'est-ce qu'il se passe ?
03:31Petite pause, c'est dur l'altitude, nos corps ils sont destruits, alors de temps en temps on fait des petites pauses.
03:44Au-dessus du 8300m ça devient vraiment très très dur, très dur physiquement, on avance extrêmement doucement,
03:50les 150 derniers mètres pour donner un ordre d'idée on a mis 3 heures pour les faire, ça veut dire qu'on fait du 50 mètres heure de dénivelé positive.
03:59Et ça c'est vraiment un rythme très très lent, chaque pas il faut lever la jambe, la neige est sans fond dur,
04:07donc on se ré-enfonce dessous, on redescend, mentalement c'est un combat mental parce qu'on a la notion qu'on est très lent,
04:15on voit le sommet qui n'est pas si loin que ça, on est desséché, on est à 8300m, ça fait 12h, 13h qu'on est dans les forts,
04:23qu'on n'a pas vraiment mangé parce qu'on n'a plus d'appétit, alors on prend des gels, c'est la seule chose qu'on puisse avaler,
04:29on n'a plus d'eau, et ce jour-là il fait extrêmement chaud, il n'y a pas de vent, on est sur un sommet de plus de 8000m,
04:37avec des tout petits gants, une combinaison 8000 qui est ouverte parce qu'on a trop chaud, et on est en état de déshydratation.
04:44Et on progresse très doucement, avec Zébulon on se vérifie, on se check tout le temps, comment tu te sens,
04:51on vérifie que la lucidité est là, que le physique est là, que la motivation est là aussi.
04:55Zeb avait quand même la responsabilité de nous faire décoller au sommet, c'était lui le pilote du bi-place,
05:00et c'était vraiment important pour moi que je sois sûre qu'il était concentré, qu'il était lucide, qu'il arrivait au sommet dans les meilleures dispositions possibles.
05:10C'est un combat mental, on a l'habitude dans le massif du Mont Blanc, ici, de faire des courses parfois de 26h, de faire des choses longues,
05:19on a l'habitude du dépassement de soi, mais là c'est encore une autre forme de dépassement de soi que moi je ne connaissais pas,
05:24que Zeb connaissait un peu plus parce qu'il était déjà allé plusieurs fois à 8000m,
05:28et on a aussi toute cette beauté parce qu'on est au-dessus de toutes les autres montagnes,
05:33on voit que c'est presque stratosphérique en fait, on est au-dessus de tout, il y a toutes les autres montagnes qui paraissent toutes petites,
05:41et les paysages et les émotions et ce qu'on ressent c'est assez incroyable, c'est fort, c'est incroyable,
05:47on est dans cet état d'épuisement complet, mais en même temps on a toutes ces émotions,
05:53je pense que quand il y en a qui parlent d'addiction à la haute altitude, je peux comprendre ça,
05:58parce que c'est tellement fort qu'on se dit, mais moi je veux revivre ça.
06:03On est là, au sommet du cas de 8611m, sans ox.
06:11Bravo !
06:16Waouh, dur !
06:19Tellement beau, et tellement...
06:22On arrive au sommet, donc on a déjà la satisfaction d'être arrivé au sommet sans oxygène,
06:29qui était déjà un premier gros challenge, et on arrive au sommet, et moi je regarde Zeb,
06:34et je vois que tout de suite il a basculé dans le terrain, le vent, l'horaire,
06:41tout de suite ça y est il a repris un peu du peps, et là il est sur l'analyse,
06:46où est-ce qu'on va se placer, et il me dit assez rapidement,
06:50on va étaler la voile là, je vais la gonfler, et on se jette dans le trou.
06:54On arrive là-haut, j'étais vraiment hyper fatigué,
06:58à tel point qu'à 8300m c'est Liv qui a pris le sac avec le biplas,
07:05donc quand on est arrivé là-haut, moi j'étais vraiment bien fatigué, mais encore lucide,
07:11donc je me suis tout de suite dit, là-haut, on se focus sur le décollage,
07:16et par rapport à ça j'avais vraiment que ça en tête,
07:20c'est à dire que moi le projet, l'ascension, j'ai pas explosé de joie en haut,
07:25parce que pour moi c'était pas fini en fait, il fallait vraiment qu'on fasse tout ce qu'il faut
07:30pour effectuer un décollage qui soit safe, parce qu'on est deux,
07:34et que là-dessus on n'ait pas le droit à l'erreur.
07:38J'ai analysé le vent, j'ai vu qu'on pouvait faire comme ci, comme ça,
07:41et que ça allait être impeccable.
07:45Le temps de se mettre, d'enfiler les sellettes, de bien tout vérifier,
07:49parce qu'on sait que notre mental fonctionne à 30%,
07:53donc faut pas faire d'erreur quand on met le harnais,
07:57faut pas faire d'erreur quand on s'arnache au biplas,
08:00donc étaler le biplas, on a quand même fait un premier essai
08:06où on n'a pas pu décoller, donc il a fallu remonter la pente en portant le biplas.
08:10Tout ça, ça a pris du temps, et ça fait qu'on est resté un peu plus d'une heure au sommet.
08:15Malgré tout, on observe ce qu'il y a autour de nous,
08:18et on est fasciné par ça, parce que c'est vrai qu'on est au sommet du K2,
08:23la vue elle est incroyable, et ça on le vit en permanence,
08:27mais on n'est pas là à se poser, à s'extasier,
08:31parce qu'on a ce décollage à préparer.
08:35Quand on est sur un sommet comme ça, si on doit commencer à réfléchir à quelque chose,
08:39ça ne marche pas.
08:41Il y a juste l'analyse du décollage pour dire,
08:44OK, le vent il vient là, on va faire comme ça,
08:46et la pente qui est comme ça, comme ça,
08:48donc si je me mets là, ça marche, si je me mets là, ça ne marche pas.
08:52Il y a un minimum de réflexion.
08:55Mais pour le reste, les mouvements, tout ça, ça va se faire automatiquement,
08:59donc je n'ai aucun stress par rapport à ça.
09:01Une fois que les pieds quittent le sol, là pour moi, ça y est.
09:04Il n'y a plus d'éléments techniques.
09:07Là, les conditions étaient telles que je savais que le vol allait être vraiment tout en douceur,
09:14et ça a été le cas.
09:18On a fait un vol magique.
09:20C'est vrai qu'en l'air, on ne s'est pas dit, on n'a pas crié de joie,
09:23peut-être aussi parce qu'on était fatigué,
09:25mais on s'est dit, on y est, c'est bon.
09:27Mais moi, personnellement, j'ai vraiment lâché le mental
09:31en bas, une fois qu'on a eu posé.
09:33Tant qu'on n'avait pas posé, pour moi, la mission n'était pas accomplie.
09:37Et moi, j'ai vraiment pu se lâcher le mental une fois qu'on a posé.
09:40Et là, je me suis dit, mais on vient de le faire.
09:43On vient vraiment de monter cette montagne là, juste derrière nous,
09:47et de décoller de cette montagne, ce qui n'avait jamais été fait auparavant.
09:52Et là, vraiment, moi, j'ai vraiment réalisé qu'on l'avait fait
09:58une fois qu'on a eu les pieds sur la terre ferme.
10:01On l'a fait, on l'a fait ensemble.
10:07Dingue !
10:08Mais par contre, le vol en lui-même, on en a pris plein les yeux.
10:11On était très haut dans le ciel, ça portait, il y avait des thermiques.
10:14On descendait vraiment doucement.
10:16On s'attendait à faire, à cette altitude-là,
10:19la densité de l'air est beaucoup plus faible,
10:21et on s'attendait un peu à tomber,
10:23à mettre peut-être 17, 20 minutes pour descendre.
10:26Et en fait, on est resté un peu plus d'une demi-heure.
10:29Le vol a duré longtemps.
10:30On était incroyablement haut dans le ciel.
10:33Il faut imaginer le glacier du Baltoro.
10:35C'est un glacier de plus de 100 kilomètres.
10:37On voit toutes ces lents glacières qui partent,
10:39toutes les montagnes, le Brodpik, la Chine.
10:42On aurait presque pu tourner autour du K2 tellement,
10:46et passer côté chinois, tellement on était haut et porté par l'air.
10:51Là, le temps s'arrête complètement.
10:52Là, on est complètement à ce qu'on fait.
10:55Et puis, c'était juste phénoménal.
10:58La vue de ce sommet, elle est tellement esthétique.
11:02Et puis, c'est ça, cette pyramide qui sort au milieu d'une mer de nuages.
11:07C'était extraordinaire.
11:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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