00:00La genèse du projet, elle est assez simple en fait, depuis 2020 on avait envie de partager
00:08un beau projet ensemble avec Zébulon, faire quelque chose d'un peu exceptionnel, un peu
00:14plus dur que ce qu'on avait l'habitude de faire ici dans les Alpes et Zeb avait déjà
00:19gravi l'Everest en décollant du sommet de l'Everest et lui il avait très envie de faire
00:23le K2.
00:24Moi j'étais un petit peu intimidée par un 8000, j'en avais jamais fait mais je me suis
00:27dit s'il y a un 8000 à faire, c'est le K2 parce que c'est une montagne qui est vraiment
00:32très très belle et c'est un des 8000 les plus durs par la voie normale.
00:36C'est un 8611 mètres, nous notre projet c'était d'y aller sans oxygène, ça rajoute quand
00:41même de la difficulté, c'est vraiment dur, au-dessus de 8000, 2000, 8300 sans oxygène,
00:47le corps est vraiment en hypoxie, au ralenti, le cerveau est au ralenti, on a des grosses
00:52distorsions temporelles, quand on s'arrête et qu'on pense s'arrêter 5 minutes, on s'est
00:55arrêté en réalité 40 minutes et on ne s'en rend pas toujours compte, donc sur des
00:59gros sommets comme ça, très haut en altitude, il faut rester très lucide, c'est une des
01:04difficultés, il faut arriver à garder un certain rythme de montée pour ne pas être
01:07trop tard au sommet et puis surtout le K2 c'est une montagne qui est raide et qui est
01:10un peu plus technique.
01:11Alors quand je dis raide, on va être tout le temps dans des pentes à 40-45 minimum,
01:18parfois il y a des passages verticaux qui sont équipés maintenant avec des échelles,
01:23des échelles souples et une petite corde sur les parties rocheuses, mais c'est une
01:27montagne qui est technique, qui est aussi dangereuse parce que très avalancheuse, qui
01:31est exposée sous un gros serac qu'on appelle le bottleneck, il y a une traversée à faire
01:35sous ce serac qui est très exposée et tout ça fait que ça fait une montagne qui est
01:42difficile à atteindre et qu'on appelle la montagne sauvage.
01:46Moi j'ai toujours fait du parapente depuis toujours et quand j'en ai parlé à Liv,
01:52bien sûr c'était une évidence, c'était une évidence d'une part parce que si jamais
01:57les conditions sont bonnes là-haut, la descente en parapente quelque part c'est beaucoup
02:00plus sécuritaire que de redescendre, on évite les chutes de serac, on évite les chutes
02:06de pierre, de tomber dans une crevasse, de s'emmêler les pinceaux et de tomber dans
02:11le vide, je veux dire il y a beaucoup d'éléments qui sont hormis le fait que ce soit juste
02:18dingue d'arriver là-haut et puis d'un coup s'envoler et se retrouver en 30 minutes
02:23au camp de base, ça c'est juste merveilleux et donc c'est vrai que l'option du parapente
02:28a été folle et on a réussi à mettre ça en place aussi grâce à la technologie parce
02:33que quand j'ai fait l'Everest en 2001, le parapente, le bi-place que j'avais, il pesait
02:406 kg alors que là on est sur une voile qui fait 2,4 kg donc ça nous permet d'envisager
02:47de monter sans oxygène alors qu'à l'époque ce n'était pas la peine, je veux dire porter
02:516 kg en plus de tout son matériel sur un sommet de plus de 8000 m, c'est juste impossible
02:57à imaginer.
02:58Et après l'idée aussi de faire ça en couple et en cordée, c'est cet esprit de cordée
03:04justement d'être tout le temps ensemble, tous les deux et de se caler l'un sur l'autre
03:09au niveau du rythme, le challenge était là aussi d'arriver à aligner toutes les planètes
03:13pour que la montagne soit en condition, que Liv soit bien, que moi je sois bien à ce
03:18moment là, ça fait beaucoup d'éléments qui étaient compliqués à mettre en place
03:23mais qu'on a su avoir, tous les deux on est très complémentaires, Liv elle est vraiment
03:28dans l'analyse alors que moi je suis vraiment dans le feeling donc effectivement ça va
03:40nous permettre d'être plus efficace en montagne parce que de temps en temps Liv elle
03:45va dire ah bah non là il faut vraiment faire gaffe, il y a tel et tel élément, il fait
03:50froid, il fait ci et c'est là et il y a certaines choses qui vont faire qu'on ne peut pas aller
03:54plus haut et moi d'un autre côté je vais sentir les choses et je vais dire ah bah
03:58non mais ça par exemple pour le parapente je sais que là ça va marcher donc fais moi
04:01confiance et puis comme ça ça marche super bien.
04:04Zeb et moi on est quand même tous les deux guides de haute montagne, on a l'habitude
04:08d'évaluer la dangerosité du terrain, de prendre les bonnes décisions, après on a
04:14vraiment senti de la part de notre famille une grosse inquiétude parce que le K2 c'est
04:18un nom qui fait peur, tout le monde sait que c'est une montagne qui est meurtrière mais
04:23on est partis vraiment avec l'esprit de, on y va pour entre guillemets pour faire quelque
04:29chose de beau, pour vivre une expérience incroyable mais on y va pas pour s'exposer
04:34plus que ça au danger, si ça devient trop dangereux on saura faire demi-tour.
04:37Sous-titres par Juanfrance
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