00:00 Ces hommes se trouvent à plus de 4000 mètres d'altitude dans l'Himalaya pakistanais.
00:09 Ils ont en commun de partager la même profession.
00:14 Ils sont porteurs.
00:16 Leur mission, aider les randonneurs étrangers à atteindre le camp de base du K2, le deuxième
00:22 plus haut sommet du monde.
00:25 Parfois accompagnés de mules, ils transportent jusqu'à 35 kilos de bagages, de tentes
00:30 et de provisions sur leur dos.
00:31 En un aller-retour, les porteurs perdent généralement au moins 5 à 6 kilos, car
00:40 ils ont peu de choix en matière de nourriture et se contentent principalement de pain et
00:44 de thé.
00:45 Nous n'avons pas d'autre choix que de survivre avec ça jusqu'à ce que nous rentrions
00:50 chez nous.
00:51 Il faut compter une dizaine de jours pour atteindre le camp de base du K2 à 4850 mètres
00:57 d'altitude.
00:58 Selon les tours opérator, les randonneurs et alpinistes paient entre 2000 et 7000 dollars
01:05 pour y parvenir.
01:06 Pour cette mission à haut risque, les porteurs eux touchent moins de 140 dollars selon les
01:11 employeurs.
01:12 Une somme qui est inférieure au prix d'un pantalon de randonnée haut de gamme recommandé
01:16 pour le trek.
01:18 Durant leur odyssée vers le camp de base, les randonneurs prennent leur temps.
01:21 Les porteurs eux partent dès le lever du soleil, après avoir passé la nuit abritée
01:26 sous de simples bâches en plastique.
01:28 La partie la plus difficile du travail de porteur, c'est quand il fait plus froid.
01:35 Les installations disponibles ne sont pas bonnes.
01:39 Donc le plus difficile pour nous, c'est de faire face au froid.
01:42 Plusieurs porteurs ont perdu la vie pendant le trek.
01:49 Dans un camp d'étape, une plaque rend hommage aux trois hommes tués par des chutes de pierre.
01:53 Yassin Malik est porteur depuis trois générations.
01:58 Il aime profondément la montagne, mais veut mieux pour son fils.
02:01 Mon grand-père paternel, mon oncle maternel, mon père, ont tous exercé ce métier.
02:09 Ils sont tous décédés maintenant.
02:11 Maintenant, c'est mon tour.
02:13 J'ai des enfants à la maison, c'est donc ma responsabilité de subvenir à leurs besoins.
02:17 C'est pourquoi je viens ici.
02:20 Je continuerai à travailler comme porteur et à porter une grande partie de la charge.
02:25 J'espère que ça permettra à mon fils d'être un jour un employé de bureau de haut niveau.
02:30 J'espère que Dieu lui donnera du succès de mon vivant.
02:33 La montagne mythique attire de plus en plus de touristes amateurs de sensations fortes.
02:42 De nouveaux itinéraires sont tracés à travers les vallées et creusés dans la glace.
02:49 La promesse de rendre le travail des porteurs plus facile est plus sûre.
02:55 Mais l'inquiétude aussi pour eux de voir leur emploi menacé.
02:58 Mon lien avec les montagnes est comme le lien d'un petit enfant avec sa mère.
03:09 De quoi un enfant a besoin ? Il a besoin de sa mère.
03:13 C'est comme ça que je suis lié à elle.
03:14 Le Kambaz n'est pas la fin du voyage pour tous les porteurs.
03:23 Les plus spécialisés continuent jusqu'au sommet avec les alpinistes d'élite.
03:27 L'hiver, les rafales de vent peuvent y atteindre les 200 km/h et les températures chutent jusqu'à
03:40 -60°C.
03:41 Les ascensions hivernales sont plus rares mais certains alpinistes s'y risquent au péril
03:47 de leur vie.
03:49 Des dizaines d'entre eux ne sont jamais revenus du K2.
03:53 Pourtant, l'ascension continue de gagner en popularité.
03:56 A l'image de l'Everest, la route vers le sommet, autrefois immaculée, est aujourd'hui
04:03 jonchée de cordes, de tentes mutilées ou de bonbonnes à oxygène.
04:08 En 2022, nouveau record, quelques 150 alpinistes sont parvenus à atteindre le sommet.
04:17 En tant qu'alpiniste, je ne veux pas blâmer les autres alpinistes parce que parfois, physiquement,
04:24 mentalement, il y a beaucoup de choses qui se passent en montagne.
04:28 Je ne veux pas les blâmer mais ceux qui en sont capables et qui sont plus forts, ces
04:33 gens doivent être propres et doivent être responsables aussi.
04:36 Culminant à 8611 mètres, le K2 est l'un des environnements les plus impitoyables de
04:43 la planète.
04:44 Son ascension est réputée plus exigeante techniquement que l'Everest au Népal, le
04:50 plus haut sommet du monde.
04:51 Sajid Ali Sadpara est le fils du légendeur grimpeur pakistanais Ali Sadpara.
05:01 En 2021, Ali Sadpara a disparu lors d'une périlleuse ascension hivernale du K2.
05:08 Son corps est enterré près du camp 4, la dernière étape avant le sommet.
05:12 Depuis, Sajid Ali nettoie le K2 en hommage à son père disparu.
05:17 C'est notre montagne, nous en sommes les gardiens.
05:23 Nous pensons que c'est l'un des précieux cadeaux d'Allah Tout-Puissant pour nous,
05:27 le Pakistan.
05:28 Après la division avec l'Inde, nous avons également reçu cette montagne dans notre
05:32 partie, ce qui est également une chance.
05:35 Et puis c'est le cimetière de mon père, sa dernière demeure.
05:37 Le K2 est donc plus qu'une montagne pour moi, c'est l'une des plus belles montagnes
05:42 du monde.
05:43 Son équipe a récupéré des centaines de kilos de déchets dans la montagne, mais beaucoup
05:47 reste à faire.
05:48 En 2022, une autre campagne de nettoyage a permis de ramasser 1600 kilos de déchets.
05:54 La règle islamique veut que nous fassions le ménage chez nous.
06:00 Pour tout, il est de notre responsabilité de nettoyer.
06:03 Si je nettoie l'une des plus grandes montagnes du monde, je suis encore plus satisfait, et
06:08 j'ai l'impression de faire du très bon travail.
06:10 C'est la dernière demeure de mon père, et je me concentre donc volontairement.
06:17 Sur le plan émotionnel, je le fais du fond du cœur.
06:19 »
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