00:00Je ne peux pas m'en être sortie, avoir vu les failles du système
00:03et ne rien faire pour essayer de faire changer la donne.
00:13J'ai été une enfant victime de violences petites,
00:14placée à l'aide sociale à l'enfance et ensuite devenue médecin.
00:17Ça m'a permis de voir un petit peu les failles du système
00:19des deux côtés de la barrière, à la fois en tant qu'enfant,
00:22victime et difficilement, j'ai envie de dire tardivement repérée.
00:24Enfant passé à l'aide sociale à l'enfance,
00:26finalement jeune médecin et très peu formé
00:28au repérage des violences faites aux enfants.
00:30C'est une association qui prend en charge les enfants
00:33de la pouponnière jusqu'à 25 ans.
00:34Quand ils sont prêts en charge en protection de l'enfance
00:36et qu'ils les accompagnent sur le plan de la santé et de la scolarité.
00:38On est en train de monter le premier centre d'appui à l'enfance en France.
00:41Et sur la partie scolarité, l'idée est d'accompagner les enfants
00:43avec du parrainage, du mentora, des sorties culturelles,
00:47des séjours linguistiques et puis un accompagnement,
00:49soutien scolaire, expression artistique.
00:51Et puis pour les plus grands, pour les jeunes majeurs,
00:53de les accompagner en fait à l'autonomie.
00:55Donc on a mis en place des séminaires de préparation à l'autonomie.
00:57C'est des centres de santé qui sont intégralement dédiés aux enfants
01:00qui sont prêts en charge d'aides sociales à l'enfance.
01:02Capables de prendre les enfants en charge sur le plan de leur santé
01:04somatique et psychique.
01:05Pour ça, on va avoir besoin de médecins généralistes,
01:07de pédiatres, de pédopsychiatres, de psychologues,
01:10de psychomotriciens, d'orthophonistes.
01:12Et en fait, l'idée, c'est que ce soit un lieu où les enfants se sentent bien,
01:16où ils puissent bénéficier aussi d'argent,
01:17d'aide sociale, d'éducation, d'éducation sociale.
01:20Et puis, on va avoir besoin de médecins généralistes,
01:22de pédiatres, de pédopsychiatres, de psychologues,
01:24où les enfants se sentent bien,
01:26où ils puissent bénéficier aussi d'arthérapie, de médiation animale.
01:32Les enfants qui sont victimes de violences ou de négligences graves
01:35et qui ne sont pas prêts en charge précocement
01:36vont perdre 20 ans d'espérance de vie.
01:38Or, les enfants qui sont prêts en charge d'aides sociales à l'enfance
01:40ne sont que 10% à avoir un suivi de leur santé.
01:42On n'a que 13% des enfants de l'aide sociale à l'enfance
01:44qui passent le brevet des collèges.
01:461% qui va faire des études supérieures.
01:48Et surtout, on a les chiffres qui augmentent des jeunes sans-abri
01:51de 18 à 25 ans qui sont issus de la ZEU.
01:53C'est 45%.
01:58Vouloir être médecin, c'est ce qui a été mon étoile du berger.
02:00Dès la maternelle, en fait, je voulais être médecin.
02:02Probablement parce que j'avais un caractère un peu empathique.
02:05On peut pour le coup dire que c'était vraiment une vocation.
02:07Faire médecine, c'est vraiment ce qui m'a permis de tenir.
02:09Petite, quand je subissais des violences
02:11et que c'était un peu marche ou crève,
02:12j'ai vraiment choisi de marcher parce que j'avais ce rêve de faire médecine
02:16et je ne voulais pas lâcher.
02:16Et puis ensuite, quand j'ai été placée à l'étudiant à l'enfance,
02:18malgré pas mal de changements de lieu de placement,
02:20des trajets super longs pour aller au lycée,
02:23je n'ai pas lâché.
02:27À la base, moi, je voulais faire de la cancérologie.
02:29En fait, c'est dans un service de cancéro que j'ai rencontré des patients
02:32qui étaient douloureux et assez mal pris en charge de leur douleur.
02:34Je me suis rendu compte qu'en fait, on n'était pas assez bon,
02:37en tout cas en recherche sur la douleur.
02:38Et du coup, j'ai complètement bifurqué vers la douleur
02:40et encore plus vers la douleur de l'enfant.
02:46Je reste quand même persuadée qu'il y a un problème de formation,
02:48même si elle s'améliore, cette formation.
02:50Mais après, je me rends compte avec le temps
02:51que c'est quelque chose qui est très difficile à prendre en charge seule.
02:54Ce n'est pas facile quand tu es médecin traitant ou pédiatre libéral
02:57dans ton cabinet tout seul,
02:59de faire une information préoccupante, de faire un signalement.
03:01Et c'est aussi pour ça que du coup, en 2021,
03:04grâce à la Fondation des hôpitaux et Mme Macron,
03:07on a monté le projet PACT,
03:08qui permettait d'installer dans les hôpitaux pédiatriques
03:11des équipes mobiles hospitalières référentes en protection de l'enfance
03:13qui sont capables et formées pour faire le diagnostic
03:17d'une maltraitance ou d'une négligence grave,
03:19de faire cet IP, de faire le signalement, de rencontrer la famille,
03:23faire un peu le point en staff avec tous les professionnels autour de l'enfance
03:26et ensuite prendre les mesures nécessaires.
03:31Il y a 70% des enfants qui sont victimes de violences graves,
03:34de négligences graves, qui arrivent à l'ASE
03:35et qui ne sont pas prêts en charge au niveau de leur santé.
03:37Il n'y a même pas de bilan.
03:38C'est un mélange entre manque de moyens,
03:40manque de professionnels, délai d'attente très long
03:42et manque de structures qui sont adaptées à ce trauma complexe.
03:45Les enfants qui sont victimes de violences,
03:47ils vont sécréter de l'adrénaline, du cortisol,
03:49les hormones du stress en permanence.
03:51Et ce stress chronique va devenir toxique.
03:53Et donc ils vont développer trois fois plus de maladies cardiovasculaires,
03:56de l'hypertension artérielle,
03:57des risques d'AVC bien supérieurs à la population générale.
04:01Le système immunitaire qui a été mis au repos ne reprend pas,
04:03donc on a un taux très supérieur de maladies auto-immunes, de cancers,
04:07des troubles fonctionnels intestinaux parce que le tube digestif ne fonctionne pas bien.
04:11Le foie qui sécrète du glucose, qui est un système qui est très mal réglé,
04:14Le foie qui sécrète du glucose en permanence
04:16entraîne un risque de diabète supérieur aussi à la population générale.
04:20Il y a aussi l'architecture cérébrale qui est modifiée.
04:22L'amidale qui régit les émotions, elle est trop grosse,
04:25donc il y a une difficulté de réguler ses émotions.
04:27Il y a des troubles des apprentissages,
04:28il y a 32 fois plus de troubles des apprentissages chez les enfants victimes de violences.
04:32Il y a une dysrégulation des fonctions mésolimbiques.
04:34On a des enfants qui vont avoir plus de tendance à l'addiction, à la mise en danger.
04:42Ce n'est pas que ça me motive, en fait, c'est que c'est ma mission.
04:44C'est-à-dire que je n'ai pas le choix.
04:45En fait, je ne peux pas m'en être sortie,
04:46avoir vu les failles du système et ne rien faire pour essayer de faire changer la donne.
04:50Faire de la recherche, faire de la médecine de la douleur, pour moi, c'est une passion.
04:53Impact, c'est une mission.
04:54C'est-à-dire que je ne pourrais pas me coucher le soir si je ne faisais pas ça.
04:58Je me le dois.
05:02La phrase d'impact, c'est que nos enfants sont notre avenir
05:05et que donc, si on veut vivre dans une société plus sereine, plus tolérante, plus bienveillante,
05:10en fait, on doit prendre en charge les enfants,
05:12notamment ceux qui sont victimes de violences,
05:15ceux qui sont victimes de négligences,
05:16pour leur offrir un avenir professionnel.
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