00:00Liza Belmontier !
00:02Alors, vous Liza, vous n'avez pas fait un film comme ça sur l'accueil des migrants ?
00:08Mais non, moi je n'ai jamais vécu l'expérience de ne pas recevoir le réfugié que t'avais commandé.
00:13Cela dit, je passe du temps sur les apps de rencontres.
00:15Donc je sais ce que ça fait quand la personne qui arrive ne ressemble pas à la photo.
00:19On t'avait dit qu'il était ukrainien et en fait il est syrien.
00:22Please.
00:23Moi il m'avait dit qu'il cherchait une relation sérieuse.
00:24En fait c'est juste que son truc c'est de baiser devant la chaîne parlementaire.
00:28C'est sérieux.
00:29C'est pas ça que m'attendez.
00:31Parce que c'est de ça dont il s'agit dans le film Les Barbares que vous réalisez.
00:34Juillet Delpy, des villageois s'étaient portés volontaires pour accueillir une famille ukrainienne.
00:37Puis ils se retrouvent avec une famille syrienne.
00:39Et certains font la même tête que quand j'ai pas reçu la Barbie que je voulais à Noël.
00:42Faut dire, j'avais demandé Barbie institutrice.
00:44Et j'ai reçu une espèce de vieille poupée qui, parce que c'était en Belgique,
00:47quand tu poussais sur un bouton dans le dos, parlait néerlandais.
00:50Franchement, il n'y a pas méthode plus efficace pour ruiner la magie de Noël qu'une Barbie qui dit
00:54« Coucou, c'est moi ! »
00:56Et l'enfance est finie.
01:02Vraiment, les villageois dans le film, certains plus que d'autres, sont comme moi avec ma Barbie.
01:05Ouais, ouais, je voulais migrant ukrainien, pas migrant syrien.
01:07Mais c'est raciste.
01:08Et le racisme, c'est horrible.
01:19Enfin, je crois.
01:21Quand je vous parle de l'horreur du racisme, c'est comme quand Daniel nous parle de la souffrance
01:25d'avoir des nœuds dans les cheveux.
01:27On a boucuné sur le sujet, mais enfin, tu sens que ça manque de vécu.
01:30J'étais radical.
01:31C'est fou comme des gens relativement généreux, vu qu'ils accueillent des étrangers,
01:34peuvent avoir ce réflexe raciste de classer les nationalités avec l'Ukrainien,
01:37qui serait meilleur que le Syrien.
01:39C'est jamais ok de classer les nationalités.
01:41Enfin, sauf au JO.
01:43Tu peux dire que le Chinois est meilleur plongiste, mais pas que l'Ukrainien est meilleur migrant.
01:46C'est une petite règle comme ça.
01:47Et c'est une réalité qu'on observe tout le temps.
01:49On a plus de facilité à compatir avec la souffrance des Blancs que celle des Syriens,
01:52ou des Palestiniens, ou des Congolais.
01:55Cela dit, nous les Blancs, on souffre aussi de notre couleur de peau.
01:58Depuis qu'on a appris que les cabines de bronzage sont cancérigènes,
02:01on fait comment pour avoir bonne mine toute l'année ?
02:04Vous ne pensez pas à ça, vous ?
02:07Et le film pose la question, jusqu'où va ta générosité ?
02:10Accueillir un Ukrainien, oui. Un Syrien, non.
02:12C'est marrant de voir aussi que les habitants ne peuvent plus vraiment reculer.
02:15C'est comme la fois où je suis allée en refuge pour adopter un chaton.
02:18J'ai dit « alors il est pris, mais il nous reste un chat obèse de 14 ans ».
02:21Quand je dis que je voulais recueillir, c'était une façon de parler.
02:24Bien sûr, ma comparaison « Syrien, chat obèse, assez limite »
02:27c'est une blague.
02:30Et peut-être que ma blague est raciste.
02:33C'est une vraie question que je me pose souvent.
02:36Il faut s'en mettre en question, parce que c'est ça qui est intéressant dans le film,
02:39c'est qu'on voit toute la palette de la xénophobie.
02:41Il n'y a pas que Daniel, il n'y a pas que des monstres, des problématiques.
02:44Votre film, c'est 50 nuances de racisme.
02:47« Shades of Grey », mais sans le fouet.
02:49Qui est pourtant une autre nuance de racisme.
02:52Le film interroge sur les différentes formes de racisme, sur comment cohabiter avec les racistes,
02:55parce qu'on se demande toujours comment on va cohabiter avec des Arabes.
02:58Statistiquement, en France, t'as plus de chances de voir débarquer un raciste dans ton quartier.
03:01Ils sont vraiment partout.
03:03Vraiment, ils sont jusque dans notre lit.
03:05Réveillez-vous, les racistes sont à nos portes.
03:07Ils prennent notre boulot et couchent avec nos femmes.
03:10Votre personnage, son mari, il est raciste.
03:12Et le racisme, c'est mal.
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