00:00Et l'homme au volant du groupe Renault est dans ce studio, c'est le directeur général
00:05du groupe.
00:06Luca Demeo, bonjour et bienvenue ! Alors ce coup de frein sur les ventes de voitures électriques
00:11dont on vient de parler, qui dépassent en réalité les frontières de la France, est-ce
00:14que ça vous inquiète ?
00:15Oui évidemment, parce que comme le disait quelqu'un des intervenants, l'industrie
00:22a quand même engagé 250 milliards d'investissements et donc il faut qu'on fasse tourner le business
00:31parce que sinon ça va être un problème.
00:33Et notamment pour Renault en France, vous savez très bien que la situation de Renault
00:38en France il y a quelques années a été compliquée avec pas de solution pour des
00:41usines comme Dieppe, Mobeuge, Douai, Sanduil, des installations comme Lardy et c'est justement
00:49en amenant la France sur la partie la plus haute, la plus moderne de la chaîne de la
00:52valeur qu'on a donné un futur à tous ces sites.
00:55Donc si ça ne marche pas, évidemment ça nous préoccupe.
00:59Et donc comment est-ce que ça peut marcher ? Dans le reportage on entend que c'est le prix,
01:03ce serait le prix l'obstacle numéro 1 avec des voitures qui pour l'instant ne sont pas
01:07achetables, neuves à moins de 25 000 euros, vous êtes un homme de marketing, ça serait
01:13quoi le prix pour relancer le marché ? D'abord est-ce que c'est ça le problème le prix
01:16et quel prix faudrait-il pour relancer ?
01:19Je pense qu'il y a beaucoup de facteurs qui font que la vitesse de montée en cadence
01:25de l'électrique est la moitié de celle qu'on aurait besoin pour atteindre les objectifs
01:30qui nous permettraient de ne pas payer des amendes à la communauté européenne.
01:34Donc on est à la moitié de la vitesse, un peu tous, je ne parle pas de Renault, mais
01:41là-dedans ça a été évoqué, il y a des thèmes de prix, il y a des thèmes d'infrastructures,
01:47il y a une incertitude sur les subventions, est-ce qu'un pays va lâcher, est-ce qu'on
01:53aura l'argent pour pouvoir soutenir une demande qui n'est pas naturelle, pour l'instant
01:59à ces niveaux.
02:00Donc je pense que l'histoire des prix est un peu exagérée, dans le sens que, je vais
02:05vous donner un exemple, nous on va finalement sortir une Renault 5 qui est, moi je pense,
02:12elle va être la plus belle petite voiture au monde.
02:16En tout cas elle sera au Mondial de l'Auto, ça sera la star, ça fait longtemps qu'on
02:20en parle, c'est la R5 électrique.
02:22Exactement, en fait la Renault 5 elle va partir en prix à peu près à 25.000 euros, au début
02:30peut-être on va vendre des voitures plus riches, avec des plus grosses batteries, mais on a
02:34fait quelque chose d'assez compétitif, aujourd'hui on vend une Clio hybride à 24.000 euros,
02:42donc on n'est pas très loin de tout ça.
02:44Si vous comparez un Scenic, qui est une voiture moyenne, à l'Austral qui est son correspondant
02:50en hybride, en coût d'utilisation de la voiture, on est déjà au même niveau.
02:56Donc si on se fixe que sur le prix catalogue, et on ne considère pas qu'une voiture électrique
03:01ça coûte moins cher à utiliser, un tiers pour faire 100 km, même avec les prix très
03:08hauts de l'électricité, si on considère que l'électrique ça a beaucoup moins d'entretien,
03:15si on ne considère pas qu'une voiture électrique ça dure plus longtemps qu'une voiture à
03:20combustion, je pense qu'il faut aussi expliquer aux consommateurs qu'il n'y a pas que le
03:24prix catalogue qui compte.
03:25Mais on l'a entendu quand même, il n'y a pas que le prix catalogue, mais il y a aussi
03:30une demande qui n'est pas naturelle, et qui a donc besoin d'être soutenue par les pouvoirs
03:33publics.
03:34Alors vous avez entendu sans doute le débat, vous étiez dans les couloirs, le débat
03:38sur le projet de budget en France 2025, le bonus à l'achat pour les voitures électriques
03:44il pourrait être réduit, c'était dans les tuyaux, ça c'était le projet de Gabriel
03:48Attal, maintenant il y a Michel Barnier, est-ce que vous, le patron de groupe Renault, vous
03:52avez un message sur le bonus à l'achat ?
03:55Mais écoutez, je l'ai déjà dit, je pense qu'on a besoin, quelqu'un des intervenants
04:00disait qu'on a besoin de stabilité, de visibilité, nous on travaille sur des cycles
04:04de 10 ans, les budgets d'Etat se font chaque année, donc on a besoin qu'il y ait une certaine
04:11cohérence parce que sinon ça ne va pas marcher, il y a 3 ans, 4 ans, dans des émissions de
04:16ce type là, on nous disait absolument il ne faut que vous ne fassiez que de l'électrique,
04:23il faut les marchés financiers nous pousser à faire ça, la politique, et maintenant
04:28le risque c'est le retour à la case numéro 1, et ça c'est très très dangereux, c'est
04:34très dangereux, je pense que l'idée de tout ce bashing de l'électrique que j'entends
04:42récemment, je pense que c'est une manière de refuser le progrès, est-ce que l'électrique
04:47va être 100% le 31 décembre 2034, est-ce que ça va être 70%, mais l'électrique ça
04:56va être certainement une partie du progrès, et il n'y a aucune société, aucune industrie
05:01qui a refusé le progrès, qui s'en est bien sorti à la fin.
05:04Mais vous avez entendu, en ce moment il y a des constructeurs, donc vous vous êtes
05:09en train de déployer toute votre offre électrique avec des modèles que vous espérez les plus
05:13compétitifs possibles, on va voir ça au Mondial de l'Auto, mais il y a d'autres constructeurs
05:16on en a parlé, qui sont en train de mettre le pied sur la pédale de frein pour l'électrique
05:21et qui disent ce qu'elle vend en poupe en ce moment c'est l'hybride et donc on va accélérer
05:24à fond là-dessus.
05:25Est-ce que ça vous fait réfléchir pour la stratégie du groupe ?
05:28Ça tombe bien parce qu'en fait nous dès le début on a deux pattes dans notre stratégie
05:32d'un côté, on a un des meilleurs hybrides au monde, qu'on vend très très bien, très
05:37très bien dans les modèles où on a l'hybride on fait 60-70% de mix, pensez à des Clio,
05:43pensez à des Captur, mais on a aussi pensé que l'électrique c'est le futur, surtout
05:48dans certains segments où ça a du sens pour le consommateur, quelqu'un le disait avant,
05:54moi je pense beaucoup dans les petites voitures parce que tu peux mettre des petites batteries
05:58et donc tu peux faire des voitures qui sont moins coûteuses, des voitures à combustion
06:02correspondantes et dans les véhicules utilitaires petits pour les livraisons last mile parce
06:09que ça fait pas de bruit, ça fait pas de fumée dans les villes etc. et c'est très
06:12très pratique.
06:13Donc en 2030 vous vous êtes engagé pour la marque Renault, pas le groupe, à ce qu'il
06:17y ait toute la production soit électrique, cet engagement là vous le tenez ?
06:21Moi, ce qu'on a dit, parce que les mots c'est important, vous le savez mieux que moi, nous
06:25on a dit on va mettre la marque Renault en Europe dans les conditions de pouvoir vendre
06:30100% électrique à partir de 2030 parce qu'il y a toujours des pépins, donc il vaut mieux
06:36que prendre une marge, comme la loi nous dit aujourd'hui qu'en 2035 toutes les voitures
06:42produites en Europe doivent être électriques, il faut qu'on se prenne une marge, c'est ça
06:47qu'on a dit.
06:48Mais ça ne veut pas dire qu'on a complètement abandonné la partie à combustion, d'ailleurs
06:52on a fait une grosse opération avec un constructeur chinois et Aramco etc. pour pousser le moteur
06:59à combustion dans le futur.
07:00Donc moi, dans mon job, moi je ne fais pas de politique, je ne suis pas le régulateur,
07:06mon job c'est de mettre mon organisation dans la condition de respecter la loi, aujourd'hui
07:11la loi elle dit ça.
07:12Mais vous êtes quand même le patron d'un grand constructeur français, vous êtes le
07:16président de l'association des constructeurs européens, vous dites j'écoute ce que décident
07:20les pouvoirs publics mais vous avez aussi des revendications, 2035 par exemple, l'objectif
07:25répété pour dire on va interdire les ventes de moteurs thermiques, est-ce que vous y croyez,
07:31est-ce que là-dessus vous avez un plaidoyer à porter ?
07:34Écoutez, nous, si vous regardez, faites un peu d'historique de ce que nous on a déclaré,
07:39notamment chez Renault et la France, c'était battu pour que la limite soit plutôt de
07:462040, puis ça a été décidé différemment, sans faire aucune analyse d'impact, maintenant
07:51on s'approche de la réalité et tout le monde se préoccupe.
07:54Il y a beaucoup de débats sur 2035 mais le débat, moi je voudrais l'amener plutôt
08:00sur une échéance qui est beaucoup plus courte, qui est celle du café 2025.
08:04Alors là vous avez commencé à en parler, j'explique pour les auditeurs, si vous ne
08:08respectez, en fait vous devez monter en puissance dans les ventes électriques et sinon vous
08:11n'allez pas y aider, très grosses amendes, et ça se passe dès l'année prochaine.
08:14Exactement, donc ça se passe depuis le 1er janvier 2025.
08:17Je dirais même qu'on est en train de préparer 2025 maintenant, parce qu'on prend les commandes
08:21pour les voitures qu'on va livrer, etc.
08:23Et là, selon nos calculs, si l'électrique simplement reste au niveau qu'il est aujourd'hui,
08:31l'industrie européenne va peut-être devoir payer 15 milliards d'euros d'amende ou renoncer
08:37à la production de plus de 2,5 millions de véhicules et de véhicules utilitaires.
08:44Parce qu'en fait, si tu renonces à une voiture électrique, si tu ne vends pas une voiture
08:50électrique, en fait tu ne peux pas produire 4 voitures à combustion.
08:53C'est ça l'histoire.
08:55Et donc tout le monde parle de 2035, on est dans 10 ans.
08:58Il vaudrait mieux parler en fait de 2025, parce que là on est déjà dans le dur.
09:03Et ça c'est mon plaidoyer.
09:05Et donc là où vous avez dit pour la France j'aimerais, et pour tout, j'aimerais que
09:09les bonus soient stables, là vous avez une demande à la nouvelle Commission européenne ?
09:13Oui, bien sûr.
09:14Vous dites quoi alors ?
09:15On dit qu'il faut qu'on nous donne un peu de flexibilité, parce que si la situation
09:21continue comme ça, et c'est lié à beaucoup de choses, c'est lié au fait que les infrastructures
09:26n'ont pas été installées à la vitesse qu'il fallait, il faudrait multiplier par
09:297 ou par 8 la vitesse, si le prix de l'électricité qui est dans beaucoup de pays indexé à
09:39celui du gaz, à la crise qu'on a eue dans l'Est de l'Europe, ça a monté, si les
09:44Allemands enlèvent les subventions parce qu'ils n'ont plus de budget, ils doivent
09:48faire tourner le budget de l'État, évidemment le marché de l'électrique il plonge, il
09:53y a toute une série...
09:54Et vous avez entendu avant, parce qu'on le voit évidemment, c'est que tous les projets
10:00par exemple de Gigafactory en Europe, ils ont quand même plutôt du retard.
10:05Est-ce qu'elles sont en danger ?
10:06Vous vous en avez...
10:07Il y a des Gigafactory en France.
10:08Ces Gigafactory de batterie, elles sont en danger aujourd'hui avec le changement de
10:11technologie ?
10:12Nous évidemment on a construit de la capacité de production, on est en train de préparer
10:16ça.
10:17Je pense que Renault a eu une approche un peu différente parce qu'on s'est appuyé
10:20sur des partenaires etc.
10:22Donc le problème il est plutôt de leur côté, mais on est ensemble dans cette aventure,
10:30dans ce projet.
10:31Et évidemment si les voitures électriques ne se vendent pas, ces projets-là auront
10:36des difficultés.
10:37La chose à comprendre, pour revenir à la question que vous m'avez posée au début,
10:43c'est que faire une Gigafactory c'est pas faire un four pour sortir des pains au chocolat.
10:47Nous on le sait très bien, on fait des voitures électriques depuis 15 ans, on a mis 10 ans
10:53avant d'avoir des écarts de production qui étaient à moins de 10% avec nos partenaires
10:59qui maintenant sont parmi les meilleurs au monde.
11:01Donc c'est quelque chose qui a besoin de temps.
11:05Ce que nous on dit, c'est comme, vous m'avez dit, on parle de stratégie.
11:08Quand on fait une stratégie dans une entreprise, on a des idées, on les met en place et puis
11:15on a toujours des mécanismes de correction.
11:17Parce que la moitié des choses qu'on a écrites sur PowerPoint au début, ça ne marche pas.
11:21Alors mettre simplement des échéances et des amendes sans avoir la possibilité de
11:29flexibiliser ça, c'est très dangereux.
11:32C'est le message à la commission ce matin.
11:34Une question quand même, parce que le temps tourne.
11:36Luca de Meo, vous avez été pendant des années chez Volkswagen et ça c'est quand même
11:39la grosse annonce du secteur cette semaine.
11:41Volkswagen qui serait prêt à fermer peut-être deux usines sur son sol.
11:45Est-ce que c'est un cas isolé ? Ou est-ce que lorsque le patron dit que toute l'industrie
11:49européenne est dans une situation très sérieuse, est-ce qu'on doit se préparer à avoir des
11:53sites rétrécis voire fermés ?
11:56Écoutez, ça fait je pense 25 ans que l'industrie de l'automobile européenne a 30% de surcapacité.
12:04Depuis que moi je travaille dans l'automobile et heureusement, ce n'est pas le cas de Renault,
12:12parce que malheureusement, il y a quelques années, on a dû faire vraiment un régime
12:16très réduit et donc on a réduit la capacité de production de plus d'un million de véhicules
12:22en baissant le point mort de Renault de 50%.
12:25Donc nous, on tourne aujourd'hui à 90% de capacité.
12:29On est plutôt dans une logique d'embaucher des gens, etc.
12:32Donc je pense qu'on pourrait être anticyclique, mais le contexte, il est très très compliqué.
12:37Luca Demeo, le patron du groupe Renault, merci d'avoir accepté l'invitation, n'en arrête pas l'écho.
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