00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04Bonsoir Yannick Noah.
00:05Bonsoir.
00:06Merci beaucoup d'être avec nous ce soir.
00:08A vos côtés, ma camarade Isabelle Langer, notre spécialiste tennis depuis le Club France.
00:13Yannick, vous êtes capitaine de l'équipe de France masculine de tennis fauteuil.
00:17Nous parlons évidemment des Jeux Paralympiques qui démarrent donc demain, et ce jusqu'au
00:218 septembre.
00:22Je le rappelle, à suivre sur RTL, bien entendu, vos athlètes font leur entrée en lice vendredi
00:27dans un lieu que vous connaissez un tout petit peu.
00:29Roland-Garros, est-ce que c'est une émotion particulière ?
00:32Disons que l'émotion, je la vis beaucoup plus à travers eux.
00:37C'est eux qui vont être sur le terrain, c'est eux qui vont vibrer, et c'est le public qui
00:43vient les voir.
00:44C'est particulier parce qu'on s'entraîne, pour la plupart, ils s'entraînent souvent
00:50à Roland-Garros l'été, ils ont joué le tournoi de Roland-Garros, mais là c'est quand
00:57même différent dans la mesure où il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde.
01:01Ça c'est complètement nouveau.
01:04Donc on se prépare à ça, il y a un engouement, on sait très bien que forcément c'est une
01:11compétition unique, dans un moment unique, on vibre, on va essayer de canaliser toutes
01:18ces émotions et de performer.
01:20En fait, vous emmenez des camarades dans votre jardin, même s'il est enterre-battu, non ?
01:24Écoutez, c'est un peu ça, mais comme je vous l'ai dit juste avant, ils connaissent le terrain.
01:31Ce qu'on essaie de faire, c'est un petit peu anticiper le fait qu'on a l'habitude de jouer
01:37sur le 12, le 13, dans une ambiance un peu intimiste, se retrouver sur le Central ou
01:43sur le Langley avec 15 000 supporters qui envoient leur amour, c'est quelque chose qui
01:48peut être tellement puissant qu'il faut s'en servir comme bonne énergie.
01:53C'est un peu là-dessus qu'on travaille en ce moment.
01:57On est en stage depuis 15 jours, mais là, c'est vrai que là, c'est un petit peu les petits
02:01détails, plus gérer les émotions et gérer tout ça.
02:04C'est passionnant ce que vous nous dites parce qu'on comprend que vous êtes aussi par
02:07définition un coach mental.
02:10Je suis assis, je ne fais rien, je n'ai rien d'autre à faire.
02:14Je n'ai rien d'autre à faire, non, mais forcément, s'il s'agissait de juste dire
02:19allez, bouge-toi, ça serait plus simple.
02:22Mais c'est ce qui me passionne, c'est ce qui me passionne.
02:24Voilà, je suis responsable de ces quatre joueurs, donc quatre responsabilités
02:30différentes, quatre parcours différents, quatre niveaux différents.
02:35Et c'est surtout le coach.
02:38Il y en a qui gèrent la pression de manière différente.
02:43Il y en a qui la subissent, l'autre qui adore ça.
02:46Mais à moi de faire en sorte que chacun arrive le jour J dans les meilleures
02:51dispositions. C'est mon job et c'est ce qui me passionne.
02:54Alors, il faut qu'on les cite Stéphane Oudet, Frédéric Cataneo, Guilhem Laguet et Gaëtan
03:00Menghi. Ce sont tous des sportifs de haut niveau.
03:04Nous sommes d'accord.
03:06Quand on est en équipe de France des sportifs de haut niveau, alors il y en a qui
03:09jouent depuis moins longtemps que d'autres.
03:11Stéphane, il y en a qui jouaient au tennis avant leur accident.
03:16Il y en a qui ont découvert le tennis après leur accident, donc ils n'ont pas du tout
03:23le même rapport avec le jeu.
03:25Et alors, ça donne quoi ? Expliquez nous, c'est intéressant cette divergence, si je
03:29puis dire.
03:30Ça donne que forcément, l'œil est plus aiguisé lorsque ça fait 20 ans qu'on joue,
03:37parce qu'on arrive à anticiper les trajectoires beaucoup plus rapidement.
03:44On joue plus juste, je ne sais pas si ça vous parle, mais on joue le coup qu'il faut au bon
03:52moment, parce qu'il ne s'agit pas juste de taper, taper des balles.
03:55Des fois, on peut taper une balle de qualité, mais si elle vient de trop loin, l'adversaire
04:00a le temps de s'organiser.
04:00Il faut savoir que le tennis en fauteuil, tel que je le conçois, c'est un peu comme les
04:07échecs. C'est le placement, comment on se place sur le terrain.
04:12Il y a la frappe de balle, il y a le mouvement très important, il y a le matériel, parce
04:17que le fauteuil est essentiel, la qualité du fauteuil, d'accord.
04:21Et puis surtout, un fauteuil adapté précisément à son handicap, adapté à la surface, parce
04:27que ce sont des joueurs qui jouent sur toutes les surfaces.
04:30Donc, il y a plein de choses qui rentrent en ligne de compte.
04:35Mais en tout cas, pour rester au tennis, purement tennis, on voit très bien ceux qui
04:43ont joué avant, en tout cas ceux qui jouent depuis longtemps.
04:47Comment vous êtes-vous adapté vous-même ?
04:49C'est très particulier l'entraînement que vous leur proposez et le travail que vous
04:53faites avec ces athlètes.
04:56Disons qu'il n'y a pas de grande révolution.
04:59J'essaye de, moi, avec mon oeil neuf, je crois que c'est important de temps en temps
05:03d'arriver de l'extérieur et avoir un regard neuf.
05:07Et oui, j'essaye d'adapter la tactique aux spécificités des uns et des autres, parce
05:15qu'ils ont tous des techniques différentes.
05:17Ils ont tous... Notre joueur le plus léger fait 35 kilos et le plus lourd en fait 85.
05:25Donc forcément, au niveau du mouvement, ce n'est pas pareil.
05:28Au niveau des frappes de balle, ce n'est pas pareil.
05:31Et forcément, pour ceux qui connaissent le tennis, on n'entraîne pas Alcaraz comme
05:39on entraîne Fabrice Santoro, parce que Fabrice, lui, se servait par exemple de la vitesse
05:44de la balle de l'adversaire et prenait la balle tôt, avait un jeu varié, alors que
05:49d'autres vont peut-être jouer en force.
05:51Donc le tout, c'est pour moi de trouver et adapter, déjà comprendre le potentiel des
05:57uns et des autres et puis ensuite les conseiller pour qu'ils progressent.
06:00Dites-moi, si on met Raphaël Nadal, Novak Djokovic ou vous-même dans un fauteuil,
06:05qu'est-ce qui se passe ?
06:08Mais vous blaguez là-haut ?
06:09Non.
06:10Non, parce que si vous me mettez moi, je ne fais pas un jeu.
06:14Si vous mettez Nadal, il y a peut-être un match.
06:17Il y a peut-être un match, parce que moi, je l'explique, je suis un vieux papy, je n'avance
06:22plus du tout et moi, j'ai joué au tennis des années 80.
06:26Alors, le souci, à l'époque, j'ai joué en fauteuil.
06:32J'avais un ami, notamment Pierre Fusat, qui était numéro un français à l'époque,
06:39ça fait 40 ans.
06:40Donc, vous avez essayé ?
06:41Oui, beaucoup, souvent.
06:44Qu'est-ce qui est le plus difficile ?
06:46C'est de bouger.
06:49C'est logique.
06:50C'est de bouger, parce que d'un côté, aller sur la balle, c'est compliqué, se retrouver
07:01dans la bonne position pour pouvoir lancer un coup.
07:04Alors, moi, je peux me débrouiller, donc je remets la balle, mais par contre, lancer
07:08un coup, pour ça, il faut être vraiment bien placé.
07:10D'où les entraînements qu'ils font quasi quotidiennement, de mouvements, d'entraînements
07:16physiques, pour les placements, les freinages, reculer, avancer, c'est très compliqué.
07:22Vous, qui êtes par définition psychologue et sensible par ailleurs, j'imagine qu'il
07:27faut leur parler de leur performance plus que de leur handicap.
07:30Et d'ailleurs, ça vaut pour tout le monde, y compris nous, les médias.
07:33Non, on peut parler de tout.
07:35En fait, au départ, j'étais un petit peu, voilà, il y a une espèce de timidité.
07:39Oui, c'est normal, c'est normal, c'est un monde, c'est une pudeur à tout à fait.
07:47Mais tout de suite, la glace est brisée, ils n'arrêtent pas de déconner, ils n'arrêtent
07:51pas de déconner, donc on est vraiment très détendu par rapport à tout ça.
07:55Et puis, bon, il faut dire que notre relation ne s'arrête pas au cours, donc on a passé
08:00pas mal de temps, donc on voyage ensemble, on prend l'avion ensemble, je vois un petit
08:04peu comment ça se passe, la vie, lorsqu'on est en fauteuil.
08:07Et du coup, voilà, lorsqu'on se retrouve sur le terrain à bosser, bon, voilà, la
08:14communication est fluide.
08:15Yannick Noas, ce sont vos premiers Jeux Olympiques et je me dis qu'après une carrière aussi
08:19riche que la vôtre, voilà, il y a quand même, vous abordez quelque chose de nouveau ?
08:23C'est nouveau, j'aime le challenge, mais vous savez, on s'entraîne, j'ai entraîné
08:28l'équipe de Coupe Davis pendant des années, l'équipe de Fête Club pendant des années.
08:33Quand je me retrouve à entraîner l'équipe de tennis en fauteuil, c'est exactement
08:38la même chose, ce sont les émotions, une balle de break, une balle de set, une balle
08:42de match, c'est pareil, on vibre pareil, le public, la préparation, ce qu'on mange,
08:49se reposer, les soins après l'entraînement, enfin bref, les petits bobos ici et là, c'est
08:56vraiment pareil, quoi, et puis voilà, le tout, c'est de pouvoir oser et oser au moment
09:02où, voilà, on a l'opportunité, donc ouais, c'est un challenge qui me plaît, c'est nouveau
09:09pour moi, mais quelque part, je ne suis pas perdu, quoi.
09:122 millions de milliers, je le rappelle, vendus à la veille de la cérémonie d'ouverture,
09:15il reste des places, donc il faut qu'on vienne vous voir, vous encourager dans ce lieu magique.
09:20Avant de nous séparer, on me souffre que vous allez être papa ?
09:23Ah bon ? Oui, c'est officiel, c'est officiel, ouais, c'est officiel.
09:32Félicitations, et d'ailleurs, c'est le cas de votre fils aussi, alors là, je vous
09:36félicite sur deux générations.
09:37Oui, oui, je vais avoir une fille et mon fils va avoir un garçon, ils vont naître ensemble,
09:41ça va être merveilleux.
09:42On vous dit notre affection, on était très heureux de vous entendre et on pense à vous
09:45pour cette nouvelle compétition.
09:47Merci, allez les bleus, allez les bleus, ouais, merci.
09:50Merci, chère Yannick, bonne soirée, merci infiniment.
09:53Merci, vous aussi, bonne soirée.
09:54A tout bientôt, au revoir.
09:55Il est 18h25, dans un instant, à l'essentiel de l'actualité avec Agnès Bonfillon et une
10:00immersion exceptionnelle, nous serons au cœur d'un peloton de gendarmerie, en plein contrôle
10:04routier alors qu'un militaire, vous le savez, est décédé hier à Mougins après un refus
10:08d'obtempérer.
10:09A tout de suite sur RTL.
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