00:00Mais on est encore quelques minutes avec le commentateur sportif Alexandre Boyon et le champion de tennis photoémical Jérémy Asquilien
00:08qui vient de nous parler de ses Jeux Paralympiques qui commencent demain.
00:11Et je le disais, la question qu'on peut se poser maintenant, c'est est-ce que ça va durer tout ça ?
00:14Parce que si on regarde le dernier baromètre publié par l'ARCOM, en dehors des Jeux Paralympiques sur un an,
00:20il y a eu 0,8% de sports qui traitent de personnes qui sont en situation de handicap.
00:28Autrement dit, en dehors des Jeux Paralympiques, on ne parle jamais de ces sports-là.
00:33Et ça, c'est votre responsabilité.
00:35Pour le coup, les médias publient, diffusent ce qu'ils ont envie de publier, diffuser.
00:40Alors oui, il y a des actionnaires, il y a des rédac' chefs, il y a des patrons de chaînes et de groupes médias,
00:43mais en réalité, il n'y a rien qui vous empêche de le faire.
00:46Et les Jeux Paralympiques, ils servent à ça.
00:47Et notamment ces Jeux Paralympiques de Paris 2024, quand vous allez vous rendre compte, enfin pas vous,
00:51spécifiquement vous, et notamment ceux qu'ils traitent depuis de nombreuses années, je pense.
00:54Évidemment, Alex et pas mal de gens qui travaillent à France Télévisions.
00:57Mais la réalité, c'est qu'il n'y a rien qui justifie aujourd'hui qu'on diffuse autant de sports dits valides
01:02et aussi peu de sports pratiqués par des personnes handicapées.
01:05Ce n'est pas plus con de faire du tennis en fauteuil que de sauter le plus loin possible dans un bac à sable.
01:09Et je peux vous donner mille exemples comme ça.
01:10Je le sois à la perche, le mec qui a monté sur la perche...
01:14Vous voyez ce que je veux dire ?
01:15C'est vrai qu'à la base, oui.
01:17La réalité, c'est que ce n'est pas moins intéressant.
01:19Aujourd'hui, vous êtes capables de donner envie aux gens en regardant n'importe quoi.
01:23On a été capables de se prendre de passion pour le loft il y a 20 ans ou 30 ans, je ne sais plus.
01:27On est un peu vieux, mais on regardait des jeux.
01:2924 ans.
01:31Vous voyez ce que je veux dire ?
01:32On est capables de faire des records d'audience en regardant des gens s'emmerder et raconter n'importe quoi dans un environnement clos.
01:37On est capables aujourd'hui de faire ce travail-là.
01:40Donc en fait, il n'en tient qu'à vous.
01:41De quelle manière vous allez traiter le sport paralympique et plus globalement le handicap dans les médias ?
01:45Parce que là, vous parlez du baromètre sur le sport.
01:47Mais le baromètre sur le handicap de manière générale,
01:50la manière de traiter le handicap, de le rendre visible,
01:53d'en parler, et la manière d'en parler, pas uniquement quantitativement, mais qualitativement,
01:56il y a un travail considérable à faire.
01:57Qu'est-ce qui bloque selon vous, Alexandre Boyon ?
01:59Pourquoi est-ce qu'on n'en parle pas plus ?
02:01Je pense qu'il y a aussi les audiences, qu'on le veuille ou non.
02:03Parce qu'il y a beaucoup de télévisions qui regardent le chiffre le lendemain.
02:09On a testé déjà ?
02:10Oui, bien sûr qu'on a testé.
02:11Des diffusions ?
02:12Oui, notamment les championnats du monde d'athlétisme,
02:14qui étaient sur France Télévisions à une époque,
02:17qui étaient l'an dernier sur l'équipe.
02:19Et il y a les paroles et les actes.
02:20Donc à chaque fois que vous demandez aux gens,
02:22oui on voudrait plus de ceci, de cela, de magazine,
02:24et puis à l'arrivée, les gens regardent toujours la même chose.
02:26Donc c'est difficile.
02:27C'est pour ça que je compte beaucoup sur les jeux,
02:29pour faire évoluer les mentalités,
02:30pas seulement sur le sport de niveau,
02:32parce que c'est important de suivre les para-athlètes,
02:35mais aussi le regard qu'on va porter plus globalement sur le handicap,
02:39et sur les personnes en situation de handicap,
02:41parce que c'est vous, c'est nous demain.
02:42C'est-à-dire que demain, si on bouge moins bien,
02:45comment on va faire pour bouger dans une société ?
02:47On est quand même en France, un pays où on vit bien.
02:49Donc il faut penser à tout cela.
02:50Et je pense que ça va être un accélérateur de particules.
02:52Plus on connaîtra, plus on verra la différence,
02:54et plus on la banalisera, et plus on l'accepterait,
02:57et on s'y intéressera.
02:58Ça peut permettre aussi, ces Jeux Paralympiques,
03:00de créer une nouvelle star, de créer un nouveau visage.
03:02C'est aussi de ça dont vous avez besoin.
03:04Il y en a déjà.
03:05Pour en parler davantage, il faut des stars.
03:08En même temps, c'était qui les stars aux Jeux Olympiques ?
03:10On connaissait qui ?
03:11Justement, Léon Marchand, c'est devenu une star.
03:14Les gens ne connaissaient pas Léon Marchand avant.
03:17On connaissait Teddy Heiriner.
03:19Tout le monde ne connaissait pas Clarisse Agbeniou,
03:21qui pourtant était porte-drapeau, une grande championne.
03:23En fait, on en connaissait un ou deux.
03:24Personne n'est capable de citer les médailles d'or qu'on a eues
03:26aux Jeux Olympiques.
03:27Je croyais qu'on connaissait les noms des trois athlètes français
03:29qui ont gagné en BMX, qui ont fait argent.
03:30Alexandre Boyon, on les connaît par cœur.
03:34La réalité, c'est que la starisation peut y contribuer,
03:36mais ce n'est pas ça le sujet.
03:37La raison pour laquelle on consomme du sport,
03:39c'est pour les émotions que ça procure.
03:40Et le sport Paralympique n'y fait pas exception,
03:42il est découvert à partir de jeudi matin.
03:44Donc voilà, c'est un des enjeux.
03:46Et pour revenir sur la question de l'audience,
03:48tout ça, ça se travaille.
03:49Moi, depuis quelques années, je vis à Londres.
03:50Ma femme est anglaise, on vit avec nos enfants à Londres.
03:52Il n'y a pas une semaine où je ne vois pas du sport Paralympique
03:55à la télé, des compétitions internationales.
03:56Et je peux vous dire, c'est une chaîne privée,
03:58qui le diffuse la plupart du temps, c'est Channel 4,
04:00ça fonctionne.
04:01Ils ont beaucoup d'avance.
04:04Les pays anglo-saxons ont beaucoup d'avance sur nous,
04:06donc il faut qu'on récupère ce retard.
04:07Donc manifestement, c'est possible.
04:08La question de l'audience, la question de l'enjeu économique,
04:10à mon sens, n'est pas entendable si on fait bien le travail.
04:12Ils n'ont pas que de l'avance sur les médias
04:14et la diffusion du sport handicap.
04:16Ils ont aussi de l'avance sur l'accessibilité
04:18à la mobilité dans les transports en commun.
04:20Ils ont de l'avance à tous les niveaux autour de ce sujet-là.
04:22On y vit plus confortablement quand on est handicapé,
04:24ça c'est sûr.
04:25Ce n'est pas pour ça que je suis allé,
04:26ni pour l'évasion fiscale.
04:28Apparemment.
04:29Je ne veux pas dire grand-chose, je vis en Belgique.
04:30Je sais bien, c'est pour ça que je te le dis.
04:32Mais c'est vrai ce que dit Ami,
04:33ça aussi, c'est la première fois que ces Jeux Paralympiques
04:35auront lieu à Paris.
04:36On va voir défiler tous ces athlètes
04:38au cœur de la capitale demain.
04:41Il y a peu de chances, par exemple,
04:42que ces athlètes arrivent en métro.
04:44C'est quand même un vrai sujet à Paris,
04:47aujourd'hui, l'accessibilité dans les transports.
04:50Sur les 4400 athlètes,
04:51la plupart ne sont pas en fauteuil roulant,
04:52mais effectivement, on aura la chance d'y aller
04:54avec des transports privés,
04:55donc on n'ira pas en métro.
04:56Le métro n'est pas accessible.
04:57Il y a plus de 300 stations
04:58qui doivent être mises en accessibilité.
05:00On a vu hier un tweet de Valérie Pécresse
05:02qui disait qu'elle voulait,
05:03enfin, rendre accessible le métro
05:05et les 13 lignes de métro qui ne sont pas accessibles.
05:08Ça a été valu à un coût de 20 milliards d'euros.
05:11En moyenne, on le disait,
05:12ça ferait 15 millions d'euros
05:13une transformation de mise en accessibilité totale.
05:15Mais il faut que les gens comprennent
05:16que ce n'est pas juste de l'argent
05:17qui est dépensé pour les centaines de milliers
05:18de personnes en fauteuil roulant,
05:19c'est pour vous tous.
05:20Ce sont pour les personnes
05:22qui transportent du matériel, des valises,
05:25ce sont des parents, des parents...
05:26Des poussettes.
05:27C'est le copain ou la copine
05:29qui s'est fait une cheville le week-end
05:30et qui a des béquilles pendant quelques semaines.
05:31Des touristes.
05:32C'est les touristes,
05:33c'est les gens qui, simplement, sont fatigués,
05:34c'est les personnes âgées.
05:35En fait, la question de l'accessibilité, pour nous,
05:37on est les premiers à renfoncer les portes,
05:38mais l'accessibilité, elle doit être universelle,
05:40elle doit être perçue comme telle.
05:41Notre combat, c'est le combat de tous.
05:43Et une fois qu'on l'aura compris,
05:44on ne sera pas en train de se dire
05:45« Ouais, mais attendez, parce que moi,
05:46je voudrais qu'on fasse ça ».
05:47Ça n'est pas un sujet.
05:48Il faut arriver à le comprendre.
05:49Juste une parenthèse.
05:50Ça fait six mois seulement
05:52que maintenant, quand on arrive à un feu rouge,
05:53on entend « bip bip bip ».
05:54C'est quand même un truc de dingue.
05:55Vous allez dans les pays nordiques,
05:57vous allez dans plein de pays,
05:58vous allez au Japon, vous l'entendez.
05:59En France, on ne l'a pas.
06:00Donc, on a du retard.
06:01Donc, il faut combler ce retard.
06:02Le chiffre, il est effarant.
06:03Il y a 303...
06:04Juste pour Paris,
06:05il y a 303 stations de métro à Paris.
06:07Il y en a 29 qui sont accessibles.
06:09C'est ça.
06:10Ça montre à quel point on est en retard.
06:11Le problème, c'est qu'on est toujours
06:12dans le même quartier,
06:13on a un fauteuil roulant,
06:14on est dans ces 29 stations.
06:15Donc, si vous ne voulez pas avoir
06:16de personnes handicapées,
06:17vous évitez, évidemment.
06:18C'est la solution.
06:19C'est la solution, bien sûr.
06:20Allez tous habiter dans le train de Vienne.
06:23Là, vous êtes fénards.
06:24On termine avec un petit mot, quand même,
06:26sur la cérémonie d'ouverture
06:27que vous allez commenter demain soir.
06:29Alexandre Boyon,
06:30j'imagine que vous avez des infos
06:31un petit peu tous les deux
06:32sur ce qu'on va voir.
06:33Est-ce que vous pouvez nous raconter
06:34un petit peu,
06:35nous mettre l'eau à la bouche,
06:37à quoi va ressembler ce spectacle ?
06:38Je pense que ça sera grandiose.
06:40Parce que l'une des craintes,
06:42quand on avait présenté
06:43cette cérémonie d'ouverture
06:44sur la Seine,
06:45c'était, pour les Paralympiques,
06:46on n'a pas présenté,
06:47ça va être au Rabais.
06:48Je peux vous dire que le lieu,
06:49c'est tout, sauf au Rabais.
06:50Quand vous êtes au pied
06:52des Champs-Élysées,
06:53en face de l'Assemblée Nationale,
06:55la Concorde, les Tuileries,
06:56la Madeleine à côté,
06:57c'est un lieu, mais iconique.
06:59C'est un mot à la mode,
07:00mais vraiment,
07:01on peut difficilement faire mieux.
07:02Non, mais la cérémonie
07:03va être grandiose.
07:04Moi, j'ai eu la chance
07:05de travailler avec les équipes
07:06de Thomas Joly,
07:07avec les auteurs,
07:08avec Fanny Hérault,
07:09et puis aussi avec
07:10Alexander Harkman,
07:11le chorégraphe.
07:12C'est une cérémonie
07:13qui va être très très belle,
07:14qui va être militante,
07:15parce que c'est aussi ça,
07:16le mouvement Paralympique,
07:17il veut militer pour le droit
07:18des personnes handicapées
07:19dans la société.
07:20Donc, c'est une cérémonie engagée
07:22et, effectivement,
07:23à l'époque au Rabais,
07:24on a travaillé avec
07:25la Commission des athlètes
07:26depuis cinq ans
07:27pour s'assurer, évidemment,
07:28que ce soit
07:29une cérémonie extraordinaire.
07:30Deux choses, simplement,
07:31c'est que les athlètes
07:32seront au cœur,
07:33vraiment, de cette cérémonie
07:34et puis, on aura la chance
07:35d'être avec
07:36Daphne Burki,
07:37qui était déjà là,
07:38qui a fait tous les costumes,
07:39et puis Mathieu Larteau aussi.
07:40Voilà, ça sera un grand plaisir
07:41et un grand bonheur.
07:42On essaiera de vous faire partager
07:44notre émotion
07:45et on ne va pas tout vous dévoiler
07:46tout de suite.
07:47On va attendre 20h
07:48et puis, ça sera bien demain.
07:49On va pouvoir voir ça demain,
07:50effectivement, à 20h
07:51et toute la journée
07:52sur France Télévisions.
07:53Merci, Alexandre Boyon
07:54et Mickaël Giray.
07:55Et puis, les calembours
07:56d'Alexandre Boyon,
07:57rien que pour ça !
07:58La musique, c'est pas vraiment...
07:59Je ne connaissais pas
08:00ce morceau de David Guetta,
08:01quand même.
08:02Les Jeux Paralympiques,