00:00Je m'appelle Sarah Lécosset, je suis maîtresse de conférence en sciences de l'information
00:16et de la communication à l'Université Sorbonne Paris-Nord et je suis membre d'un
00:20laboratoire qui s'appelle le LAPSIC.
00:24Quand j'étais enfant, je souhaitais être acrobate à cheval dans un cirque, puis je
00:30suis devenue un peu plus raisonnable quant à mes capacités en me disant que je pourrais
00:34devenir architecte, mais je ne rêvais pas du tout de faire le métier que je fais aujourd'hui
00:38parce que je ne le connaissais pas vraiment en fait.
00:43Pour moi, être chercheuse, c'est se poser des questions, c'est essayer de regarder
00:48le monde qui nous entoure en questionnant ce qui est censé aller de soi.
00:52Je travaille beaucoup sur les questions de genre, sur les inégalités de genre notamment,
00:55et c'est de se dire, de ne pas accepter le monde tel qu'il est, mais interroger son
01:01fonctionnement, les mécanismes, les relations de pouvoir pour comprendre pourquoi la société
01:07est telle qu'elle est.
01:08Et puis le métier d'enseignant-chercheur aussi, c'est beaucoup de partage, c'est
01:13le partage avec nos étudiants et étudiantes puisqu'on leur raconte nos recherches en
01:18cours, on discute avec elles et eux, et puis c'est le partage aussi avec le public
01:22puisque je pense que ça fait partie des missions de service public de partager les résultats
01:27de nos travaux.
01:28Cet après-midi avec des enfants, ça m'est arrivé de discuter avec des étudiantes
01:33sages-femmes, avec des scénaristes, donc c'est vraiment essayer de diffuser au maximum
01:38ce qu'on fait pour que tout ce qu'on trouve, d'autres puissent en profiter en
01:44quelque sorte.
01:45Mon travail au quotidien est très varié, quand je fais de la recherche, je me pose
01:54une question et je vais essayer de trouver des outils, des méthodes pour y répondre.
01:58Pour ce faire, je peux aussi bien passer des journées entières à la bibliothèque,
02:03à regarder des séries que je vais analyser, notamment grâce aux archives de l'INA,
02:08l'Institut National de l'Audiovisuel, mais je peux aussi faire ce qu'on appelle
02:12du terrain, des enquêtes de terrain.
02:14Par exemple, quand j'interroge des scénaristes et que je les rencontre dans des cafés et
02:19qu'ils me racontent leur vie professionnelle et leur trajectoire, et puis je fais aussi
02:24de l'observation de plus en plus, donc je vais dans des événements du milieu du secteur
02:29audiovisuel et j'observe parfois, j'interviens aussi par exemple dans des festivals, sur
02:34les séries télévisées.
02:38Je dirais que le premier, c'est la première fois où j'ai fait cours à l'université,
02:42où j'étais doctorante, c'était au tout début de ma thèse, et je pense que je me
02:45souviendrai toujours de ce cours, parce que j'étais très stressée, et je me souviens
02:49du sujet, des étudiants et étudiantes, alors que ce n'était pas forcément un métier
02:54dans lequel je me projetais, je me suis dit que ça me plaisait et que sans doute je saurais
02:58m'y épanouir.
02:59Et puis l'autre souvenir, c'est l'année dernière, j'ai rencontré une scénariste
03:05débutante, et je discutais avec elle, je lui présentais mes travaux, notamment je
03:10lui ai dit que j'avais co-dirigé l'enquête Cinegalité avec le collectif 50-50, et tout
03:14de suite son regard s'est illuminé, elle m'a dit « ah mais les 6% c'est toi, les
03:186% c'est le pourcentage des personnages principaux qui sont des femmes perçues comme
03:25non-blanches dans le cinéma français », et elle m'a dit que ce chiffre était très
03:28fort pour elle, que ça lui donnait la motivation aussi pour écrire, pour raconter d'autres
03:33histoires, et elle m'a dit « est-ce que je peux te prendre dans les bras ? », donc
03:35on s'est fait comme ça, une espèce de hug qui était très sympathique, et je me
03:39suis dit « là mon métier, il a un sens, je suis utile », et donc c'est un bon souvenir.
03:45Mon objet, c'est une tasse, c'est une tasse qui représente un TARDIS, le TARDIS
03:54c'est le vaisseau spatial de Docteur Who, c'est le héros d'une série télévisée
03:57britannique.
03:58Cette tasse elle a plusieurs sens pour moi, le premier c'est qu'elle représente les
04:03séries télévisées, donc mon objet de recherche, le deuxième c'est plus sa fonction symbolique
04:08ou émotionnelle, parce qu'elle m'a été offerte par mes camarades de thèse avec lesquels
04:14j'ai beaucoup travaillé, réfléchi, discuté de mes recherches, beaucoup appris, donc c'est
04:19aussi un rappel que la recherche c'est vraiment quelque chose de collectif, qui a beaucoup
04:23de sociabilité, de réseau, et que c'est stimulant, et puis le dernier point c'est
04:29que quand on est ancien chercheur aussi on passe beaucoup de temps chez soi, devant son
04:32ordinateur à écrire, et que moi je bois beaucoup de thé, donc j'ai ma tasse avec
04:36moi, je bois du thé pendant que j'écris des articles.
04:38Quand on a parlé de ça, les rôles des filles dans les séries télé, et les rôles des
04:49garçons, les filles elles ont un plus grand rôle à la maison que les garçons, c'est
04:53pas normal.
04:54Les enfants ils faisaient tout le désordre, et que le papa il faisait n'importe quoi,
04:58faut que les enfants ils rangent après, parce que sinon après la maman elle fait d'autres
05:01choses, elle travaille, et que la maison sera jamais rangée.
05:04Une sorte de scène de ménage, c'est toujours la femme qui fait tout, qui essaie de faire
05:07plusieurs choses en même temps, alors que l'homme il regarde la télé, et elle doit
05:15aussi s'occuper d'un adolescent qui est toujours dans le côté anthropophant et fantaisiste.
05:20J'ai inventé que les hommes ils étaient en train de faire le ménage, la cuisine,
05:25ils étaient ailleurs, et que les femmes elles se relaxaient.
05:28Ici on essaie de représenter les spectateurs.
05:30Là la télé est l'image qui est produite à la télé, d'une femme qui travaille et
05:36qui doit en même temps répondre aux appels, qui doit ramasser tout ce que ses enfants
05:40laissent traîner.
05:41Et leur père il les laisse faire ce qu'ils veulent, vu que lui il fait pas le ménage.
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