00:00Ça va faire 30 ans, mais je m'en souviens comme c'était hier.
00:04Je me suis fait kiffer, mais j'ai fait kiffer plein de gens et je me suis dit, c'est ouf.
00:09On a juste envie d'extérioriser ça, d'en parler.
00:30C'est une période géniale, une des plus belles en tant que sportive.
00:39J'allais dire, dès qu'on démarre un sport de compétition, l'objectif, on rentre dans
00:47la filière et on se dit, les Jeux, un jour, je veux participer aux Jeux et surtout, à
00:54chaque fois qu'on demande aux gamins, je veux être championne olympique, championne
00:56olympique.
00:57Pour moi, c'est m'être réalisée sur une première phase de ma vie.
01:02Ça a été à la fois mes premiers et mes derniers, mais c'était grandiose.
01:09Mais en fait, par rapport à la pression de l'événement, je n'en avais pas.
01:14Les souvenirs que j'ai, c'était une compète, je prends les mêmes filles, j'ai fait abstraction
01:20un peu de ce côté J.O., je sais qu'en montant sur le tapis à chaque combat, je me remémorais
01:28tout ce que j'avais fait, par où j'étais passée, je me disais aujourd'hui, t'es prête.
01:31J'ai fait la prépa à un moment sur un stage, pratiquement qu'avec des garçons.
01:37C'était un choix parce que je savais que c'est ça qu'il me fallait à ce moment-là.
01:43Sur un autre stage, je ne prenais pas les filles de ma caté, je prenais les filles
01:47de la caté du dessus.
01:48L'année 2000, je reviens de blessure, c'était déjà dans un premier temps de retrouver
01:53mon meilleur niveau.
01:55Comme j'avais foiré les mondes, je n'avais pas le côté olympique, il fallait en plus
02:01que j'aille chercher le côté olympique.
02:02On avait fait des stages vélo dans les Alpes, on disait sur l'école, on faisait l'Alpe
02:08du Nord, non, si tu poses le pied, tu ne seras pas championne olympique.
02:12C'est vraiment à ce moment-là où les Jeux, c'est devenu l'objectif et ce qui me faisait
02:18avancer.
02:20Les retours que j'avais, ce n'est pas moi, j'avais plutôt ce qu'on appelle un judo
02:26de garçon.
02:27Je trouve ça très péjoratif, enfin péjoratif, ce n'est pas… parce que pour moi, le judo,
02:34c'est le judo, que ce soit garçon ou fille.
02:36J'étais plutôt catégorisé judo garçon parce que j'avais des mouvements de contre,
02:41un judo explosif et plutôt instinctif.
02:45Ça m'est arrivé sur des compétitions de faire une technique que je n'avais jamais
02:48faite.
02:49On va dire que je ne savais pas défendre.
02:50Dès que je me mettais à défendre, ce n'était pas mon registre, plutôt un judo d'attaque.
02:57Je savais que ça allait être un match dur, peut-être long.
03:13J'étais partie, ça aurait pu durer des heures, je n'aurais pas lâché.
03:19J'avais une certaine sérénité tout en étant méfiante.
03:25Le match démarre, on sait que ça peut aller très vite.
03:27Et il y a une séquence où c'est une attaque en reprise, j'enclenche une action et ma
03:36main gauche ne tient pas, je ne l'emmène pas.
03:38Je me dis à ce moment-là, merde, tu as peut-être raté ta chance.
03:43Le match continue, il y a une première pénalité, j'en prends une, on était à 1-1.
03:50Il y a un moment où j'ai dit qu'il fallait essayer de faire la différence.
03:54Je prenais un petit peu le dessus, j'allais gagner du temps au sol.
03:58En gros, c'était le jeu du chat et de la souris.
04:02Je vais l'avoir, ce n'est pas possible sur le truc.
04:05Je mets une accélération à la saisie, même si on ne se marque pas, il y a des actions
04:09qui partent un peu dans tous les sens.
04:10À un moment, elle est un peu plus passive que moi, elle est sanctionnée une deuxième
04:14fois.
04:15Et là, il ne reste pas grand-chose.
04:16Elle va faire des attaques, elle m'attaque, je fais une fausse chute.
04:20Il ne se passe rien.
04:21Et là, je vois le chrono.
04:22Il doit rester 10 secondes ou un truc comme ça et j'ai senti ma tête changer.
04:30C'est fou.
04:31Je me dis, là, ça y est, elle est morte.
04:34En gros, le titre, il est pour moi, je me relève, ma tête change et je sais qu'elle
04:38n'a plus me toucher et que le match est fini.
04:41J'étais sereine et confiante sur le truc.
04:48Je ne pense pas avoir ressenti ça sur beaucoup de matchs.
05:06Même physiquement, j'étais brûlée sur tout un côté du visage.
05:17Je sais que quand j'étais rentrée, j'attendais qu'un truc, c'était partager ça dans la
05:21maison avec les filles, sauf que tout le monde dormait, il y avait une compète le lendemain
05:26et j'ai pris mon téléphone, je suis allée m'asseoir dans le jardin et j'ai écouté
05:30les messages.
05:31Et là, c'est vraiment là où je me suis dit, tu as quand même fait un truc énorme.
05:37Et là, tous les gens qui n'avaient pas pu venir m'ont témoigné leur affection sur
05:42un message, un texto ou un message vocal.
05:45J'ai prié, je suis restée une demi-heure, voire une heure à répondre aux gens.
05:52C'était vraiment mon moment à moi où je regardais les étoiles et je me disais, t'es bien là.
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