00:00Il ne s'agit certainement pas d'imposer un point de vue à nos lecteurs.
00:04Ils sont grands, ils s'informent à diverses sources.
00:08Et donc si on veut les convaincre, on a intérêt à être bons.
00:10C'est pour ça que pour faire ce genre de dossier,
00:13on va vraiment enquêter sur les conséquences réelles du projet du Rassemblement national
00:20et faire un travail de journaliste.
00:22Alors c'est vrai que la diabolisation, ça ne sert pas forcément à grand-chose.
00:26Ce qu'il faut, c'est montrer la réalité du projet.
00:29Et finalement, ce qui assure la continuité entre cette organisation, le FN,
00:34son dirigeant de l'époque, Jean-Marie Le Pen,
00:36et le RN d'aujourd'hui avec sa fille, Marine Le Pen,
00:39qui a beaucoup changé dans la doctrine, qui a beaucoup changé dans l'organisation,
00:44dans l'apparence, dans la communication et dans le programme de son parti
00:47pour essayer de capter un électorat de plus en plus large.
00:49Mais il y a une chose qui est restée et qui était là dès l'origine
00:52et qui a été dénoncée depuis l'origine par nos nouveaux observateurs,
00:55c'est évidemment la stratégie du bouc émissaire,
00:58c'est-à-dire désigner l'étranger, désigner l'immigration,
01:02les descendants de l'immigration comme étant la cause de tous les problèmes du pays.
01:08On comprend bien que ça, c'est un mensonge
01:10et que c'est très dangereux pour la cohésion d'un pays comme la France.
01:16Et c'est pour ça que, depuis 40 ans, et vraiment, on peut le retracer dans nos archives,
01:22le Nouvel Obs combat cette idée-là du Front national et du Rassemblement national.
01:28C'est cette idée-là qui fait notre opposition à ce parti.
01:33Alors c'est vrai qu'il faut aussi s'intéresser à ce que vivent les Français
01:37dans les différents quartiers, dans les différents environnements,
01:40urbains, ruraux, citadins, pour comprendre.
01:43Parce que derrière le vote, il y a forcément des motivations
01:47qui doivent être recherchées, expliquées.
01:52Et donc c'est pour ça qu'on fait beaucoup de reportages.
01:55À l'Obs, on a une règle, c'est qu'on ne donne pas la parole directement au Rassemblement national.
02:00En revanche, on s'est toujours intéressé à son électorat,
02:03aux gens qui lui apportent des suffrages pour essayer d'expliquer
02:07comment ils en viennent à concevoir cette solution à des problèmes qui sont différents.
02:14Je veux dire, il peut y avoir un problème social,
02:16il peut y avoir des problèmes de revenus,
02:17il peut y avoir des problèmes d'éloignement des services publics,
02:19il peut y avoir des problèmes générationnels.
02:21Bref, il y a toutes sortes de sujets qui doivent être pris en compte
02:24par les journaux, par la sphère médiatique et par les politiques.
02:27Mais tout ramener à cette question de l'immigration,
02:29c'est ça le raisonnement faux du Rassemblement national.
02:36Et celui-là, on le combattra toujours,
02:38même si on ira toujours à la rencontre de ceux qui votent pour lui
02:42et on essaiera toujours d'expliquer pourquoi ils le font.
02:44On a toujours eu une tradition aussi d'indépendance vis-à-vis de la gauche,
02:48vis-à-vis des partis de la gauche.
02:49On a souvent été critique sur les programmes économiques,
02:52même en 1981 par exemple,
02:55le Nouveau Observateur soutenait évidemment la candidature de François Mitterrand
03:00mais critiquait son programme économique.
03:02Donc on va faire ce débat dans nos colonnes la semaine prochaine
03:06et s'il y a des choses et des critiques à faire sur le programme,
03:10notamment économique et social,
03:12mais aussi sur certains dérapages du Nouveau Front populaire, on le fera.
03:17Non, heureusement on est dans une république et dans une démocratie,
03:23on s'en fait ici tous les jours et on est parfaitement indépendants,
03:26c'est aussi ça qui fait le prix de notre travail.
03:29S'informer aujourd'hui, c'est très important de savoir
03:33d'où parlent les porteurs de messages, les journalistes, les gens qui expliquent.
03:37Au Nouvel Observateur, on n'a pas de pression.
03:42Je sais qu'on nous parle souvent de notre actionnaire,
03:43mais depuis quelques semaines,
03:46nous appartenons à un fonds d'indépendance pour la presse,
03:49qui est une fondation qui met notre capital à l'abri
03:52de toutes les pressions économiques.
03:55Donc on travaille sur ce sujet de l'indépendance
03:58et on sait que c'est notre bien le plus précieux.
04:00Parce que c'est des liens qu'il faut étudier,
04:04c'est-à-dire qu'effectivement, par exemple,
04:08si on parle de l'insécurité et de la violence,
04:10on sait, tous les sociologues et tous les criminologues le savent depuis toujours,
04:14que c'est quand même lié au problème de précarité économique,
04:20de pauvreté, pour dire les choses plus simplement.
04:23Et donc il y a sûrement un lien entre la criminalité et la pauvreté,
04:29mais c'est beaucoup moins évident qu'il y ait un lien
04:31entre la criminalité et l'immigration,
04:34sinon que l'immigration est associée à la pauvreté.
04:37Donc en fait, le problème de l'interprétation statistique,
04:39c'est qu'il faut mettre de l'ordre dans les critères et dans les causes.
04:43Et que quand on commence à faire ce travail-là,
04:45on s'aperçoit qu'il n'y a pas de lien direct
04:47entre le fait d'être immigré quelque part, et ça on comprend très bien,
04:51et le fait de représenter une menace pour la sécurité.
04:56L'objectivité est un objectif qu'on n'atteint pas quand on est journaliste,
05:00il faut le savoir, mais il faut garder toujours cet objectif en tête.
05:03Effectivement, on doit absolument essayer d'établir les faits,
05:08et pour ça, il y a une question de méthode,
05:10c'est-à-dire qu'il faut évidemment s'informer à plusieurs sources,
05:13les recouper, sourcer les choses, chiffrer, être le plus précis possible.
05:20Ensuite, il y a la part d'interprétation,
05:23là aussi, on peut, dans la présentation des arguments idéologiques,
05:29il faut être rigoureux, ce n'est pas parce qu'on donne son avis
05:33qu'il n'y a pas des règles de logique à respecter.
05:37Et puis après, il y a la part subjective, tout le monde en a une.
05:40Elle est corrigée de plusieurs façons, dans un journal comme le nôtre,
05:42et tu le sais, c'est que d'abord, on discute entre nous,
05:45c'est-à-dire qu'entre nous, même à l'intérieur de cette rédaction,
05:47il y a plusieurs points de vue, autant de points de vue que de journalistes,
05:51et c'est ça qui fait l'intérêt et la richesse de notre métier,
05:53c'est que, avant de prendre des positions,
05:55et tu me faisais référence à l'éditorial par exemple,
05:57c'est une chose qui est discutée à l'intérieur de la direction de la rédaction,
06:01pour que, finalement, ce qu'on exprime dans le journal dépasse notre subjectivité.
06:07Notre subjectivité est présente dans le résultat final,
06:10mais un journal, ça dépasse le point de vue subjectif des gens qui l'écrivent.
06:14Ensuite, un journal a une ligne.
06:15C'est vrai que le Nouvel Observateur a toujours été un journal progressiste, de gauche,
06:20démocrate, c'est très important, qui a beaucoup critiqué la gauche totalitaire dans les années 70,
06:25qui a beaucoup critiqué l'intolérance sous toutes ses formes,
06:29et donc, il est fidèle à ses valeurs humanistes.
06:32Il n'y a aucune raison qu'il en change,
06:33puisque ce sont plutôt des valeurs utiles à la collectivité.
06:37Donc oui, ça, on l'assume, et les gens qui nous lisent le savent,
06:41mais ça ne veut pas dire qu'ils sont obligés d'adhérer à tout ce qu'on dit.
06:43Ils peuvent aussi prendre d'autres points de vue, nous critiquer, nous engueuler,
06:47ou discuter avec nous à travers TikTok, ça nous aide aussi.
06:51– Merci beaucoup Sylvain d'être venu répondre à nos questions.
06:54Merci beaucoup aux tchats pour toutes ces questions, vous avez été nombreux.
06:58J'espère qu'on a pu répondre à vos interrogations.
Commentaires