00:007h-9h, Europe 1 Matin
00:02L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Vincent Trémolet de Villers
00:07Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour Alex
00:09Depuis trois jours, la majorité se concentre sur les programmes de ses concurrents, notamment économiques,
00:14pour essayer d'apparaître comme le parti raisonnable entre deux forces aux propositions dangereuses.
00:18Vincent, est-ce que selon vous c'est une stratégie efficace ?
00:21En fait, c'est la seule stratégie. Face au RN, les arguments moraux ne fonctionnent plus.
00:26Le Front Républicain, fondé sur la lutte contre l'antisémitisme ou la dénonciation de la violence,
00:31se dresse aujourd'hui contre le Nouveau Front Populaire.
00:34Les Français ont changé d'ennemis prioritaires, dit l'historien Jean Garrigue,
00:40et il a raison. Pour les électeurs de la droite et du centre,
00:43la nouvelle hiérarchie qui se dessine est celle établie par François Fillon ce matin dans Le Figaro.
00:47L'ancien Premier ministre y en substance, le RN ne peut pas redresser le pays.
00:51Mais pire encore, le Nouveau Front Populaire menace l'unité du pays.
00:56Donc, face au RN, la majorité a raison de se concentrer sur les arguments économiques,
01:00d'autant que le programme du Rassemblement National a l'air d'inquiéter le RN lui-même,
01:04puisque Jordan Bardella ne cesse de le corriger.
01:07Le problème, c'est que deux contradictions internes rendent les arguments du président quasiment inaudibles.
01:13Alors, quelles sont ces contradictions ?
01:15La première, c'est évident, c'est le bilan.
01:16Après sept ans de pouvoir, toute critique vous expose à un retour de bâton immédiat.
01:21Si vous dites « le RN, c'est la dette », on vous rappelle la dette Himalayes contractée pendant le mandat d'Emmanuel Macron.
01:26Mais si vous dites « le RN, c'est le déclassement »,
01:28on vous renverra la dégringolade du commerce extérieur ou la récente dégradation de la note de la France.
01:33Renvoyer le pouvoir à son bilan, c'est un vieux classique de la politique.
01:37Ce qui l'est moins, c'est la seconde contradiction du macronisme.
01:41Incarner le cercle de la raison alors qu'on a perdu la raison.
01:46Je vous rappelle que le chef du camp des raisonnables a pris la décision la plus déraisonnable de la Ve République,
01:53la dissolution à fragmentation.
01:56Cette dissolution, c'est la faute originelle qui désarme tous les arguments de la majorité.
02:01Si l'on s'en tient à la sémantique, qu'est-ce que l'on entend, Dimitri, depuis dix jours ?
02:05La peur des extrêmes, d'abord.
02:06Mais y a-t-il une décision plus extrême que cette dissolution sous impulsion ?
02:11On entend aussi « attention, le RN, c'est un saut dans l'inconnu, ce n'est pas faux ».
02:15Mais qui a mis le peuple français dans la carlingue sans parachute le 9 juin à 21h ?
02:20François Bayrou, de son côté, proclame « nous sommes la force d'équilibre ».
02:24Mais qui a choisi de tout déséquilibrer dans un geste institutionnel
02:29que les grandes démocraties du monde ont regardé avec un mélange de sidération et d'inquiétude ?
02:34Au fait, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Le Maire doivent protéger le pays d'une double menace
02:39auquel le président a choisi sans y être obligé d'exposer les Français.
02:43Ils sont un peu comme les pirates d'Astérix qui doivent sauver leur navire
02:46alors que le chef a décidé de le saborder.
02:49Abyssum, Abyssum invocate, dirait le personnage de la BD, avant de couler.
02:53Ça veut dire « l'abîme appelle l'abîme ».
02:55Mais alors, je reprends ma question, Vincent.
02:57Quelle peut être la bonne solution, le bon axe de campagne pour la majorité ?
03:00Sur le papier, c'était la rupture.
03:01C'est-à-dire au lendemain, la dissolution, une prise de parole solennelle d'Édouard Philippe ou de Gabriel Attal
03:05désavouant la décision d'Emmanuel Macron pour entraîner le Bloc central dans une bataille pour sa survie.
03:10Sur le papier, ça marche.
03:12Mais dans la réalité, la première dissonance aurait été interprétée comme une division voire une trahison
03:17faisant le jeu des fameux extrêmes.
03:19En fait, tous les ponts de la majorité sont tenus par la décision du président.
03:24Ils doivent afficher leur loyauté tout en essayant de ne pas être emportés dans le naufrage.
03:29Emmanuel Macron veut croire qu'il a plongé son camp dans un drame.
03:32C'est-à-dire que dans un drame, il y a un bien, lui, et un mal, les extrêmes.
03:36Mais son camp ne vit pas un drame, il vit une tragédie.
03:39C'est-à-dire qu'il n'y a pas de bonne solution.
03:41Et comme dit la chanson, les histoires tragiques finissent mal en général.
03:45L'édito politique sur Europe 1. Merci Vincent Trémolet.
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