- il y a 2 ans
Pour une très large partie du monde politique occidental, Vladimir Poutine est un président «infréquentable», mais pas pour Marine Le Pen. Depuis qu'elle a pris la présidence du FN, celle-ci ne cesse en effet de faire des appels du pied au président de la Fédération de Russie.
Son opération de séduction a marché. Depuis près de quatre ans, le FN de Marine Le Pen et la Russie de Vladimir Poutine dansent front contre front. La présidente du FN a été reçue pluisieurs fois officiellement à Moscou, tandis que des émissaires du Kremlin sont envoyés dans les grands rendez-vous politiques du Front national. Par ailleurs, plusieurs millions d'euros sont arrivés directement de Russie dans les poches du FN. Raphaël Tresanini a mené l'enquête sur les raisons de ce rapprochement.
Son opération de séduction a marché. Depuis près de quatre ans, le FN de Marine Le Pen et la Russie de Vladimir Poutine dansent front contre front. La présidente du FN a été reçue pluisieurs fois officiellement à Moscou, tandis que des émissaires du Kremlin sont envoyés dans les grands rendez-vous politiques du Front national. Par ailleurs, plusieurs millions d'euros sont arrivés directement de Russie dans les poches du FN. Raphaël Tresanini a mené l'enquête sur les raisons de ce rapprochement.
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00:00...
00:02C'était il y a un an, quasiment jour pour jour.
00:07Ce week-end-là, à Lyon,
00:08se tient le 15e congrès du Front national.
00:13Les militants des 4 coins de la France
00:15ont fait le déplacement pour élire les cadres de leur parti.
00:19Pour Marine Le Pen, c'est un plébiscite.
00:21Elle est élue avec 100 % des voix.
00:23...
00:31Dans les tribunes, sa garde rapprochée
00:34et son père encore en odeur de sainteté, à l'époque.
00:37...
00:39Quelques rangs derrière, un invité discret.
00:42...
00:45Andrei Klimov, un vieux routard de la diplomatie russe,
00:49proche du président Vladimir Poutine.
00:53Et il n'est pas seul.
00:54Un autre poids lourd de la politique russe
00:57a aussi fait le déplacement.
00:59Andrei Isaev, vice-président de la Douma,
01:03le Parlement russe.
01:04Mesdames et messieurs, chers camarades.
01:06Applaudissements
01:09Vive la France !
01:10Applaudissements
01:12Vive la Russie !
01:14Applaudissements
01:16Vive l'amitié franco-russe !
01:18Applaudissements
01:19Ce jour-là,
01:20il représente la ligne dure de Russie unie,
01:23le parti de Vladimir Poutine.
01:25...
01:26La venue de cette valeur montante dans la galaxie du Kremlin,
01:30celle d'une nouvelle Union.
01:32...
01:35Pourquoi soutenez-vous aujourd'hui le Front national ?
01:39Nous nous intéressons beaucoup aux idées du Front national.
01:42Vladimir Poutine est ouvert au dialogue
01:44avec toutes les forces européennes qui aspirent au dialogue avec la Russie.
01:48Le Front national français occupe sans aucun doute
01:51une place primordiale parmi ces forces européennes.
01:54...
01:55Le Front national.
01:56...
01:58Nouvel allié du Kremlin.
01:59...
02:01Quels sont les dessous de cette alliance ?
02:03Nous avons sollicité tous les cadres du parti...
02:06Monsieur Alliot ? Monsieur Alliot ?
02:08...sans succès.
02:09C'est très difficile de parler de la diplomatie
02:12au Front national.
02:13...
02:14Parlez de la ligne diplomatique avec vous,
02:16de faire une vraie interview de fond.
02:19Pourquoi on ne peut pas avoir de réponse ?
02:21Pourquoi on ne peut pas parler de fond ?
02:23On parle de fond sur les chaînes qui parlent de fond.
02:25Bonne après-midi.
02:27On n'est vraiment pas en odeur de sainteté.
02:29...
02:30Pourquoi ce mutisme ?
02:31...
02:34On a appelé plusieurs fois le service d'OPS.
02:37Je vous l'ai dit 100 fois, vous êtes bêtes !
02:39...
02:40Pourquoi le FN a-t-il tant besoin de la Russie ?
02:43...
02:44En français, on appelle ça l'argent, non ?
02:47...
02:48Money, money.
02:50Que cherche Vladimir Poutine en misant sur la patronne du Front ?
02:54Ils pensent avoir une mission.
02:56Leur mission, c'est reconstruire l'Europe.
02:58Pas seulement la Russie, toute l'Europe.
03:00Marine Le Pen est-elle manipulée par le Kremlin ?
03:04...
03:05Comme elle ne sait pas qui est qui,
03:07c'est facile de faire l'inciter.
03:09C'est vrai.
03:10...
03:11Enquête sur ce nouvel axe Paris-Moscou
03:14...
03:15Enquête sur cette alliance
03:17entre le FN de Marine Le Pen
03:19et la Russie de Vladimir Poutine.
03:21...
03:44...
03:45C'est l'histoire d'un flirt
03:48qui commence par une interview.
03:50Le 13 octobre 2011,
03:52Marine Le Pen, la toute nouvelle patronne du Front national,
03:56accorde un entretien aux commerçantes,
03:58un influent quotidien russe.
04:00...
04:01-"Je ne cache pas que, dans une certaine mesure,
04:04j'admire Vladimir Poutine."
04:06Dans les mois qui suivent,
04:07le programme politique du parti évolue.
04:10...
04:11Dans son chapitre de politique étrangère,
04:13la Russie devient l'allié numéro un.
04:16...
04:17-"Nous proposons ici 11 axes de politique étrangère
04:20qui modifieront en profondeur le destin de notre pays.
04:24...
04:25L'offre faite à la Russie d'une alliance stratégique poussée,
04:28...
04:30former une alliance trilatérale Paris-Berlin-Moscou,
04:33la formation d'une union pan-européenne
04:36incluant la Russie."
04:38...
04:39...
04:40Pourquoi ce rapprochement avec Moscou ?
04:43Nous avons sollicité Marine Le Pen à plusieurs reprises,
04:47mais elle ne parle pas à Canal+.
04:49Alors, nous avons pris rendez-vous
04:51avec le seul frontiste qui a accepté une entrevue.
04:54...
04:57Sonnerie.
04:58-"Bonjour."
04:59-"Bonjour, on vient pour l'interview de M. Le Pen."
05:02-"Voyez-le, je vous ouvre." -"Merci."
05:04Sonnerie.
05:05-"La porte est ouverte."
05:07...
05:08Il nous reçoit dans sa demeure, sur les hauteurs de Saint-Cloud.
05:12Au moment de notre tournage,
05:14Jean-Marie Le Pen est président d'honneur du FN.
05:18Nous installons notre matériel.
05:20Son directeur de cabinet nous annonce
05:22qu'il n'a que 30 minutes à nous consacrer.
05:24Le président part en voyage.
05:26-"Normalement, il est rarement là.
05:28Euh... S'il parle l'étranger de soi, il revient mardi."
05:32...
05:33-"Il va où, à l'étranger ?"
05:34-"Je sais pas, vous avez eu la question.
05:37Il va à l'étranger."
05:38...
05:40-"M. Le Pen, bonjour. Merci de nous recevoir.
05:42Très bien, et vous ?"
05:44-"Ah bah, merci." -"C'est moi."
05:46Ce rapprochement avec Vladimir Poutine,
05:48Jean-Marie Le Pen n'en pense que du bien.
05:50-"Alors..."
05:52-"C'est Vladimir Vladimirovitch Poutine."
05:56-"Le président Poutine, j'ai de l'admiration pour cet homme.
05:59Je pense que c'est une chance pour la paix du monde
06:02que ce soit un homme équilibré, compétent,
06:07d'expérience,
06:09et patriote,
06:11qui soit à la tête de ce pays.
06:14Je le pense.
06:15Nous avons un grand bout de chemin à faire ensemble."
06:18...
06:19Après quelques questions, nous abordons son voyage du jour.
06:23Il coupe court.
06:24...
06:27-"Vous partiez à l'étranger." -"Oui, c'est ça."
06:30-"Où allez-vous ?" -"Je m'en vais."
06:32Bon, bah, écoutez...
06:34-"C'est un voyage où vous voulez pas trop en parler."
06:37-"Non, je veux pas en parler.
06:39C'est pas le motif de votre interview,
06:41qui comporte beaucoup plus de matière
06:44que vous n'en retiendrez."
06:46Rires
06:48Et si sa destination était la Russie ?
06:51...
06:53Nous décidons de le suivre.
06:55...
07:00Il se dirige vers l'aéroport de Paris.
07:02...
07:09Mais quelle est sa destination ?
07:11...
07:13Pour la connaître, nous dégainons notre botte secrète.
07:17Deux collègues journalistes en mode groupie.
07:20...
07:24-"Monsieur, les gens." -"Bonjour, messieurs."
07:26-"Vous allez bien ?" -"Pas mal."
07:28-"Vous partez en vacances ?" -"Oui, mais je vais loin."
07:30-"Vous allez où ?" -"Je vais à Moscou."
07:33-"D'accord."
07:34-"À Moscou."
07:35Jean-Marie Le Pen va donc bien en Russie.
07:38...
07:40Serait-ce un voyage politique ?
07:42...
07:45Musique de suspens
07:47...
07:50Le premier soir, difficile de le savoir.
07:54...
07:56Le séjour moscovite de Jean-Marie Le Pen
07:58commence par une séance détente
08:00dans les tribunes VIP d'un combat de boxe.
08:03A ses côtés, son épouse, Jeannie,
08:05et son assistant parlementaire,
08:07un ancien militaire, fan de la Russie de Poutine.
08:10...
08:17Sur le ring, deux poids lourds.
08:20Un Russe contre un Franco-Cameronais.
08:22...
08:26Le combat se conclut par un chaos.
08:29...
08:31La grande Russie peut dormir tranquille.
08:33...
08:4024 heures plus tard,
08:42le voyage de Jean-Marie Le Pen va prendre une tournure politique.
08:45...
08:46Nous sommes devant son hôtel.
08:48...
08:50L'assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen
08:53est en pleine discussion.
08:55L'homme avec lequel il parle nous intrigue.
08:57...
08:58Nous nous rapprochons.
09:00...
09:02...
09:06Il s'agit d'Alexandre Douguin,
09:08un proche de Vladimir Poutine.
09:10...
09:12Ce nostalgique de l'Union soviétique
09:14est l'un des architectes du virage ultranationaliste
09:17pris par le président russe.
09:19Depuis fin 2014,
09:21il est interdit d'entrer aux Etats-Unis
09:23pour son rôle joué dans la crise ukrainienne.
09:26...
09:28Nous sommes différents aujourd'hui.
09:30Nous sommes la grande Russie.
09:32Oui, la grande Russie.
09:34Notre pays redevient puissant.
09:36Souvenez-vous de la puissance
09:37qu'était notre pays à l'époque soviétique,
09:39mais aussi à l'époque des Tsars.
09:41...
09:45Son entretien avec Jean-Marie Le Pen
09:47se fera dans un petit salon discret,
09:50à l'abri des regards.
09:52Pourquoi Jean-Marie Le Pen
09:54rencontre-t-il l'idéologue du Kremlin ?
09:57...
09:59Pour le savoir,
10:00nous attendons Alexandre Douguin à la sortie de son QG.
10:03...
10:06Monsieur Douguin ?
10:07...
10:10Mais pour parler avec ce Ras Poutine du XXIe siècle,
10:13il faut mettre la main au portefeuille.
10:15...
10:16Je suis à la condition que je ne donne pas les entretiens
10:20sans payer, jamais.
10:23Pour une demi-heure d'interview, c'est 200 euros.
10:26Pour une heure, 400.
10:28Pas question de monnayer un témoignage.
10:31Nous insistons.
10:33Monsieur Douguin ?
10:35Monsieur Douguin ?
10:37...
10:39Pourquoi vous voyez les Le Pen, monsieur Douguin ?
10:42Vous avez vu monsieur Le Pen, monsieur Douguin ?
10:44...
10:47...
10:56Le lendemain,
10:57nous retrouvons Jean-Marie Le Pen devant son hôtel.
11:01Ce jour-là,
11:02son équipe a sorti le costume des grands jours
11:05et la manette qui va avec.
11:07...
11:14Nous les suivons à travers Moscou.
11:17Mais ils vont où, là ?
11:19Ils prennent la voie de bus.
11:21...
11:25Ils s'arrêtent devant cet immeuble.
11:27Le siège de Marshall Group,
11:31un puissant fonds d'investissement.
11:33Son propriétaire
11:35est l'un des oligarques les plus riches de Russie,
11:38un certain Constantin Malofeyev.
11:40Lui aussi est un proche de Vladimir Poutine.
11:44Ultra-religieux,
11:45il est à la tête de la Fondation Saint-Basile-le-Grand,
11:49la plus grande structure orthodoxe du monde.
11:52Son rêve, reconstruire la Grande-Russie.
11:55...
11:57Je pense qu'une personne qui est patriote
12:00et qui croit en Dieu,
12:01et c'est ça que nous voulons faire avec ses enfants,
12:04peut faire beaucoup pour la Grande-Russie
12:07et pour sa splendeur.
12:08Constantin Malofeyev, un homme d'affaires,
12:11lui aussi dans la ligne de mire
12:13des services de renseignement occidentaux.
12:17Dans ce document du Conseil de l'Union européenne
12:20que nous nous sommes procurés, voici sa fiche descriptive.
12:23...
12:25Monsieur Malofeyev est connecté
12:27aux séparatistes prorusses
12:29dans l'est de l'Ukraine et en Crimée.
12:31Le gouvernement ukrainien a ouvert une enquête criminelle
12:35sur son apport matériel
12:37et son soutien financier aux séparatistes.
12:40Monsieur Malofeyev pratique des actions de déstabilisation
12:43dans l'est de l'Ukraine.
12:45Depuis septembre 2014,
12:47il est interdit de sol en Europe.
12:51...
12:53Constantin Malofeyev,
12:55Alexandre Douguin,
12:57deux hommes mandatés par Vladimir Poutine
13:00avec un objectif,
13:01organiser un putsch géopolitique en Europe.
13:05...
13:10Pour comprendre les dessous de cette révolution,
13:13direction Vienne, en Autriche.
13:15...
13:21Nous avons rendez-vous dans le centre de la ville,
13:24devant ce somptueux palais viennois.
13:26...
13:31Bernard Odenhall est un journaliste spécialiste
13:34de l'extrême droite.
13:36Fin mai 2014, une source le contacte.
13:39-"C'était ici.
13:42C'était le 31 mai.
13:44Le soir, on m'a informé qu'une étrange réunion avait lieu.
13:47Je suis monté sur mon vélo
13:49et je suis venu voir ce qui se passait."
13:52Dans le plus grand des secrets,
13:54Alexandre Douguin et Constantin Malofeyev
13:57ont invité à Vienne les principaux partis européens
14:00d'extrême droite.
14:03-"Pourquoi autant de mystères autour de cet événement ?"
14:06-"Parce que c'était le début d'un tout nouveau mouvement.
14:09Oui, c'était un nouveau mouvement
14:11et ils ne voulaient surtout pas que ça s'ébrouille à ce moment-là."
14:16Ce jour-là,
14:18les émissaires du Kremlin vont passer un pacte
14:21avec l'extrême droite européenne.
14:23L'objectif des Russes est de pouvoir s'adosser
14:26sur des partis sur lesquels ils peuvent compter
14:29en Europe de l'Ouest.
14:32-"Parce qu'ils pensent avoir une mission.
14:36Leur mission, c'est reconstruire l'Europe,
14:39pas seulement la Russie, mais toute l'Europe."
14:42Cette idéologie découle des orthodoxes russes.
14:45Pour eux, la vision est la suivante.
14:47La 1re Rome a été détruite,
14:49la 2de Rome, c'était Constantinople,
14:52et elle a aussi été détruite.
14:54La Renaissance viendrait d'une 3e Rome et ce serait Moscou.
14:57Pour eux, Moscou, c'est le centre de la Renaissance européenne.
15:00-"Ils y croient vraiment ?"
15:02-"Bien sûr qu'ils y croient."
15:04...
15:06-"Le 31 mai 2014,
15:09dans l'un des salons de ce palais,
15:11une trentaine de représentants
15:13de l'extrême droite européenne,
15:15des hommes du Vatican,
15:17du clergé orthodoxe
15:19et des leaders politiques,
15:22comme Heinz Christian Strahle, du FPO,
15:25un parti fondé par d'anciens SS autrichiens,
15:28mais aussi
15:30Volhen Siderov, président d'ATACA,
15:32une formation bulgare, antisémite,
15:34et xénophobe.
15:36Pour représenter le FN,
15:39l'étoile montante du parti,
15:41Marion Maréchal-Le Pen.
15:43...
15:45Pourquoi la Benjamine des Le Pen
15:47était-elle présente à cette étrange réunion ?
15:50Nous sommes allés à sa rencontre.
15:53Mais Marion Maréchal-Le Pen
15:55prétend ne pas y avoir participé.
15:57...
15:59Qu'est-ce qui s'est décidé à cette réunion ?
16:02On dit que c'est une réunion secrète.
16:04Des sources nous disent que vous y étiez.
16:07C'est des très bonnes sources.
16:10Qu'est-ce qui s'est décidé lors de cette réunion ?
16:13Vous n'y étiez absolument pas ?
16:15...
16:17Marion Maréchal-Le Pen réfute.
16:19...
16:21A Vienne, nous avons réussi à rencontrer
16:24l'un des invités de cette réunion.
16:26Après plusieurs semaines de négociations,
16:28il a accepté de nous parler.
16:30Seule condition, préserver son anonymat.
16:33Alors, Marion Maréchal-Le Pen était-elle présente à cette réunion ?
16:37...
16:39Est-ce que cette personne, vous l'avez vue ?
16:43Oui, oui, c'est Marion Maréchal-Le Pen.
16:46Elle était là.
16:48Elle n'est pas venue comme ça par hasard.
16:50Elle était invitée.
16:52Il y avait même un carton de papier.
16:54Il y avait même un carton sur la table
16:56avec écrit Maréchal-Le Pen.
16:59Elle est arrivée en retard
17:01et tout le monde était très content qu'elle soit là.
17:04...
17:06Notre témoin nous décrit l'ambiance,
17:08un brin parano qui régnait ce jour-là.
17:10...
17:12C'était une très belle salle
17:15avec de très belles et très grandes fenêtres.
17:17Mais les volets étaient fermés.
17:19La lumière du jour n'entrait pas.
17:21On ne pouvait même pas nous voir de l'extérieur.
17:24Personne n'avait le droit
17:26de prendre des photos.
17:29Il y avait des gens de la sécurité partout.
17:31C'était ultra protégé.
17:33Ils faisaient attention à nos moindres faits et gestes.
17:36Par exemple, on n'avait pas le droit
17:38d'aller dans les autres salles.
17:40...
17:43Un autre exemple.
17:45Je ne pouvais pas prendre de notes.
17:47Dès que j'ai essayé,
17:49un homme de la sécurité est venu pour me dire
17:51que c'était interdit.
17:53Il était habillé en noir
17:55et m'a dit très fermement stop.
17:58Est-ce que toutes les personnes
18:00qui étaient là ce jour-là
18:02ont parlé de Vladimir Poutine ?
18:04Il a été évoqué à plusieurs reprises.
18:06On a comparé Poutine au tsar Alexandre Ier.
18:08En disant que c'était l'homme fort de son époque,
18:11il était perçu comme le sauveur.
18:13Je peux dire que l'esprit de Poutine était là.
18:15...
18:17...
18:19Marion Maréchal-Le Pen
18:21n'était pas la seule frontiste présente.
18:23Avec elle,
18:25le parlementaire européen
18:28Emmerich Oprahd.
18:30Oui, c'était Emmerich Oprahd.
18:32Oui, il était là.
18:34Qu'est-ce qu'a dit Emmerich Oprahd ?
18:36Il a pris la parole à un moment ?
18:38Oui, lui aussi, il a pris la parole.
18:41Il a dit qu'il voulait s'investir
18:43au sein du Parlement européen
18:45pour former un bloc, un bloc fort,
18:47un bloc fondé sur leurs valeurs.
18:49C'est ce qu'il a dit,
18:51on doit faire bloc au sein de l'Union européenne ?
18:53Oui, oui.
18:56Emmerich Oprahd est l'éminence grise
18:58de Marion Maréchal-Le Pen
19:00sur les questions internationales.
19:02Sa présence à Vienne est un message fort.
19:04...
19:06...
19:09Emmerich Oprahd,
19:11nous l'avions rencontré
19:13au congrès du Front national à Lyon.
19:15Il était alors en pleine séance
19:17de dédicaces.
19:19...
19:21Alors, votre prénom ?
19:24Je le lis.
19:26Son livre,
19:28Chroniques du choc des civilisations,
19:30un ouvrage référence
19:32pour toute une génération de frontistes.
19:34J'espère.
19:36On en a vendu pas mal, hier.
19:39On en a vendu pas mal, plus que j'ai pensé.
19:41Vous en avez vendu combien d'exemplaires ?
19:43J'ai pas les chiffres en tête,
19:45mais je crois que la 3e édition doit être à 35 000.
19:47Et l'éditeur m'a demandé
19:49une réactualisation pour 2015.
19:51Donc c'est que ça marche.
19:54Ça marche pas aussi bien que Zemmour,
19:56faut pas exagérer.
19:58Un livre pour le moins orienté.
20:00Les musulmans y sont presque toujours dépeints
20:02comme des islamistes radicaux.
20:04Cinq chapitres sur dix
20:07pointent l'islam comme une menace.
20:09...
20:11...
20:13...
20:15...
20:17...
20:19Selon Emmerich Choprade,
20:22l'Europe blanche et chrétienne est en danger.
20:24Seul rempart
20:26à cette islamisation supposée du continent,
20:28une alliance avec la Russie
20:30de Vladimir Poutine.
20:32...
20:35Non.
20:37...
20:39Je t'ai vu, toi, tout à l'heure, déjà.
20:41...
20:43...
20:45Si Marine Le Pen est élue présidente en 2017,
20:47il est pressenti pour être
20:50son ministre des Affaires étrangères.
20:52Il est l'homme
20:54le plus russo-compatible du parti.
20:56...
20:58...
21:00...
21:03Depuis 2011,
21:05Emmerich Choprade joue l'agent de liaison
21:07entre Paris et Moscou.
21:09Il s'y rend une à deux fois par mois
21:11avec un objectif,
21:13démontrer que les valeurs du FN
21:15sont raccordes avec celles de Vladimir Poutine.
21:17Je viens dire que nous sommes avec la Russie,
21:20qui a une politique d'Etat
21:22pour défendre ses valeurs.
21:24Une bonne parole,
21:26prêchée comme ici dans les allées du Kremlin
21:28et à la Douma,
21:30le Parlement russe.
21:3313 juin 2013,
21:35Emmerich Choprade y est l'invité d'honneur.
21:37Il n'a pas de caméra,
21:39mais voici ses propos.
21:41Les patriotes du monde entier
21:43tournent en ce moment leur regard vers Moscou.
21:45La Russie est devenue l'espoir du monde
21:48contre le nouveau totalitarisme.
21:50Aujourd'hui,
21:52Emmerich Choprade est devenue
21:54indispensable à Marine Le Pen.
21:56Elle ne peut pas s'en séparer,
21:58ce, malgré quelques écarts.
22:01Janvier 2015,
22:03quelques heures après les attentats
22:05de Charlie Hebdo
22:07et de l'hypercacher de Vincennes,
22:09sur son site Internet,
22:11Emmerich Choprade crée la polémique.
22:21La France est en guerre avec des musulmans.
22:24Elle n'est pas en guerre
22:26avec les musulmans,
22:28mais avec des musulmans.
22:30On nous dit qu'une majorité de musulmans est pacifique.
22:32Certes, mais une majorité d'Allemands
22:34n'étaient pas pacifiques à l'été,
22:36avant 1933 et le national-socialisme allemand.
22:39Des propos qui valent d'ordinaire
22:41une exclusion
22:43dans le FN dédiabolisé de Marine Le Pen.
22:47Deux jours après les attentats,
22:50elle tient une conférence de presse.
22:52Nous en profitons pour nous y inviter.
22:56Est-ce qu'Emmerich Choprade a été trop loin
22:58que la vidéo qu'il a postée il y a deux jours ?
23:00Emmerich Choprade fait ce qu'il veut,
23:02c'est la liberté d'expression.
23:04C'est un politicien en son nom.
23:06Il a le droit de faire des analyses,
23:09comme n'importe qui d'autre,
23:11mais je ne me sens pas tenu par ses analyses.
23:13Il vous conseille toujours ?
23:15Oui, il arrive de me conseiller, comme d'autres.
23:17Pourquoi le FN cherche-t-il à ce point,
23:19un rapprochement avec la Russie ?
23:24Retour au congrès de Lyon.
23:26Ce week-end-là,
23:28la plupart des nationalistes présents
23:30à la réunion de Vienne
23:32ont été les invités de Marine Le Pen.
23:39Vive la France, vive l'incarnation,
23:41vive le grand national,
23:44j'aime la France !
23:47Parmi eux,
23:50Heinz-Christian Strache, patron du FPO,
23:52le parti d'extrême-droite autrichien.
23:56Bonjour.
23:58J'aimerais éclaircir un point avec vous.
24:00Pas maintenant.
24:02Nous l'attendons toujours,
24:05notre interview.
24:07Heureusement, certains nationalistes
24:09sont plus bavards que d'autres.
24:11Selon nos infos,
24:13un représentant de la Ligue du Nord,
24:15un parti populiste italien,
24:17était aussi présent à Vienne.
24:20Nous nous mettons dans la roue
24:22de son patron, Matteo Salvini.
24:28Mon T-shirt stoppe à l'euro,
24:30Le Pen veut que je lui offre.
24:32Non, j'ai que celui-là.
24:34Je lui donnerai celui que j'ai sur moi.
24:36C'est super d'être ici.
24:38Il y a une envergure internationale.
24:40Pour certains, ici, aujourd'hui,
24:43il y a le pire du pire.
24:45Des russophiles, des populistes,
24:47des xénophobes, des racistes, des affreux.
24:49Mais pour moi, c'est le socle
24:51d'une Europe positive.
24:53Oui, positive.
24:57Il y a eu cette réunion à Vienne
25:00où était présente la Ligue du Nord,
25:02le FPO et l'EFN. Vous étiez vous aussi ?
25:04Non, c'était pas moi.
25:06C'était l'un de nos parlementaires,
25:08Lorenzo Fontana.
25:10Lorenzo Fontana, le numéro 2
25:13de la Ligue du Nord.
25:15Et coup de chance, le voilà.
25:17Tiens, c'est lui qui était à Vienne.
25:19L'honorable Fontana.
25:21Ah, c'est vous.
25:23Comment ça fonctionne avec les Russes ?
25:26Il y a toujours des contacts ?
25:28Oui, il y a un contact continu.
25:31Ils nous ont dit
25:33qu'ils voulaient poser les bases
25:35d'une nouvelle société
25:37et forcément, ils aident les forces
25:39qui combattent dans ce sens.
25:41Lorenzo, merci.
25:43Quelle est la nature de cette aide ?
25:46C'est une information
25:48tombée en marge du Congrès
25:50qui va nous mettre sur la piste.
25:55Gros sous encore à la une de Mediapart.
25:57Le prérusse du Front national,
25:59ça donne plus d'ampleur à l'affaire.
26:02Les millions avancés ne seraient
26:04que la première tranche
26:06d'un prêt plus vaste.
26:08Plus de 10 millions d'euros de crédit
26:10ont été accordés au Front national.
26:12Plus de 10 millions en provenance de Russie.
26:15La polémique enfle.
26:17Très vite, Marine Le Pen organise
26:19une opération désamorçage.
26:21Son parti a besoin d'argent
26:23et elle est prête à aller le chercher
26:25là où il faut.
26:27Vous savez quoi ?
26:29Si une banque française,
26:32européenne,
26:34et même après tout,
26:36pourquoi pas américaine,
26:38veut prêter au Front national
26:40et reprendre notre crédit,
26:42nous signerons demain matin.
26:45Ça ne changera pas, entendez-moi bien,
26:47un iota de la vision
26:49que le Front national a
26:51en matière géopolitique.
26:53Mais si vous avez un petit nom
26:55à me donner de quelqu'un
26:57qui veut prêter, encore une fois,
27:00je suis preneur.
27:02...
27:04Marine Le Pen assume.
27:06Son père aussi.
27:08M. Le Pen, quand on prend des crédits,
27:10on donne des garanties.
27:13Qu'est-ce que vous avez donné comme garantie ?
27:15Moi.
27:17C'est vous, la garantie ?
27:19La garantie, c'est moi.
27:21Au total, 2 crédits ont été accordés
27:23au Front national.
27:252 crédits sur lesquels planerait
27:28l'ombre du Kremlin.
27:30...
27:32Le 1er crédit,
27:34de 2 millions d'euros,
27:36a été accordé à la Cotelec,
27:38la structure financière du FN.
27:41Un crédit octroyé
27:43par la Vernancy Holding,
27:45une structure tenue par Yuri Koudimov,
27:47un ancien du KGB
27:49reconverti dans la finance.
27:52C'est un proche de Constantin Malofeyev.
27:54L'homme de Poutine
27:56est co-organisateur de la Réunion de Vienne.
27:58Alors,
28:00Constantin Malofeyev est-il l'homme
28:02qui a donné l'ordre de prêter au FN ?
28:05...
28:07...
28:09Nous reprenons rendez-vous
28:11avec Jean-Marie Le Pen.
28:13...
28:15...
28:18...
28:21La dernière fois que nous sommes venus ici,
28:23que nous avons fait une interview avec vous,
28:25vous partiez en voyage.
28:27Vous avez rencontré Constantin Malofeyev.
28:29Oui, je crois, oui.
28:31Un garçon. Très, très gentil.
28:33C'est vrai.
28:36De quoi avez-vous parlé avec Constantin Malofeyev ?
28:38Ca nous intéresse.
28:40Ca peut vous intéresser. Vous resterez sur votre besoin.
28:42Est-ce que Constantin Malofeyev
28:44a quelque chose à voir avec le crédit qui vous a été accordé ?
28:46Je n'en sais rien. Peut-être.
28:48C'est possible.
28:51Peut-être qu'il connaît du monde, il m'a peut-être recommandé.
28:53C'est possible, oui. Pourquoi pas ?
28:55A quoi vont vous servir ces millions ?
28:57Vous pensez que c'est à m'acheter des cigares
28:59ou des escorte-gorges ? Non.
29:01Ils vont servir
29:04à ce pour quoi ils étaient empruntés,
29:06c'est-à-dire à faire des prêts
29:08aux candidats du FN.
29:10Alors ?
29:12Jean-Marie Le Pen ne nous en dira pas plus
29:14sur le rôle de Constantin Malofeyev
29:16dans l'octroi de ces 2 millions d'euros.
29:19Alors,
29:21nous repartons pour la Russie.
29:35À notre arrivée,
29:37ambiance tendue dans les rues de Moscou.
29:39Quelques heures plus tôt,
29:41Boris Nemzov,
29:44l'opposant numéro 1 à Vladimir Putin,
29:46a été abattu en pleine rue,
29:48sous les fenêtres du Kremlin.
29:56Le lendemain,
29:58la Russie anti-Poutine
30:00s'est donné rendez-vous sur les lieux du meurtre.
30:12Des opposants qui crient leur colère
30:14devant le Kremlin,
30:17rarissime dans la Russie actuelle.
30:25Derrière le mégaphone,
30:28Mikhail Kasianov,
30:30l'ancien Premier ministre de Vladimir Poutine,
30:32aujourd'hui dans l'opposition.
30:36Ces criminels détestaient Boris Nemzov
30:38parce qu'ils les dénonçaient ouvertement
30:40et ils ont décidé de l'assassiner.
30:42Qui sont ces gens ?
30:45On sait bien qui ils sont.
30:49Dans la manif,
30:51des opposants nous repèrent.
30:53Ils nous alertent sur les dangers
30:55du rapprochement entre Vladimir Poutine et le FN.
30:57S'allier au patron du Kremlin,
30:59un jeu risqué, selon eux.
31:03J'ai entendu parler du crédit
31:05qui a été accordé à votre parti d'extrême droite en France.
31:10Sans vouloir vous vexer,
31:12je pense que ceux qui ont touché l'argent de Poutine en France
31:14vont devoir travailler très dur
31:16pour rembourser ce crédit.
31:18Et je peux vous le dire, ça finira mal.
31:24Le lendemain,
31:26nous reprenons notre enquête.
31:30Et tentons de rencontrer
31:32Konstantin Malofeyev.
31:34Nous entrons en contact
31:36avec son homme de confiance.
31:39Le prince Zourab Shafshan.
31:42Allô ?
31:45Bonjour, prince. C'est Raphaïl Krzalénia.
31:47Oui, bonjour.
31:49Lors du dernier voyage
31:51de Jean-Marie Le Pen à Moscou,
31:53c'est lui qu'il accueillait
31:55avant sa rencontre avec Konstantin Malofeyev.
31:59Un personnage central.
32:01Il est le directeur financier du milliardaire.
32:07Je viens de lui parler.
32:09Il repart demain matin, demain dans l'après-midi.
32:11En Égypte, mais cette fois-ci,
32:14pour deux semaines.
32:16Impossible de rencontrer Konstantin Malofeyev.
32:18Non, mais du coup,
32:20je suis en train de me poser une question, prince.
32:22C'est que nous, on peut peut-être se rencontrer, nous,
32:24en tout cas, demain.
32:27Mais après-demain.
32:35Le rendez-vous nous est donné
32:37au monastère où Vladimir Poutine
32:39vient se confesser.
32:41Un haut lieu de l'orthodoxie,
32:43financé par Konstantin Malofeyev
32:45à hauteur de plusieurs millions d'euros par an.
32:48Ce jour-là,
32:50celui qui signe les chèques pour l'oligarque
32:52va jouer son porte-parole.
32:54Je crois que c'est lui, devant, là.
32:56C'est lui qui nous attend, devant.
33:02Il arrive, il arrive, tout de suite.
33:04Il faut qu'il se réveille.
33:07Voici les Français dont je vous parlais.
33:09Ils parlent pas un mot de russe.
33:11Qu'est-ce qu'on pourrait leur montrer ?
33:13Vous allez rester avec eux ?
33:16Oui, oui, bien sûr.
33:18Allons-y, allons-y.
33:20Spasibak, spasibak.
33:27Visite guidée
33:29dans la fabrique des petits soldats de l'orthodoxie.
33:31Cour théologique ringardienne.
33:34Cour théologique rigoriste
33:36et écran tactile sur les murs,
33:39la recette gagnante
33:41d'une Russie en pleine renaissance religieuse.
33:43Il y a le monde de la création des hommes
33:45à ne pas confondre avec la création animale.
33:55Ça peut vous paraître un peu déplacé,
33:57mais ce qui est de russe, c'est de l'or.
33:59Ah, c'est de l'or.
34:01Nous abordons le cas des Le Pen.
34:08Je voulais savoir si Maloufef finance la famille Le Pen.
34:12Écoutez, on est très proches.
34:17On se connaît.
34:19Moi aussi, je connais très bien Marine.
34:21Et je connais Jean-Marie Le Pen depuis 20 ans.
34:26Marine Le Pen et Maloufef, ils se connaissent depuis 20 ans.
34:30Oui.
34:33Ils se sont rencontrés où, ici, à Moscou ?
34:35À Paris. On a déjà été là.
34:37De quoi parle-t-il ? Il parle un peu de la situation politique.
34:41Pas spécialement politique.
34:43Plutôt de ce qu'il se passe avec les mariages gays, etc.
34:47Parce qu'on est révoltés, ici.
34:49Ceux qui sont des gens de tradition,
34:52les Français, ils sont devenus fous.
34:55Il a financé les campagnes des Le Pen. C'est vrai, ça, ou non ?
34:59Non, mais... C'est-à-dire que...
35:03Ce sont des accusations.
35:05Il n'y a pas de financement, vous me le garantissez ?
35:07Mais... Personne...
35:09Mais c'est-à-dire que vous ne pourrez jamais le démontrer.
35:13Impossible à démontrer.
35:18Mais pour ceux qui connaissent le dossier, pas de doute.
35:22C'est bien Constantin Maloufeyev qui est derrière ces 2 millions d'euros.
35:27Il aurait agi en service commandé.
35:31Nous avons rendez-vous dans le centre de Moscou, à Novaya Gazeta.
35:35Le seul journal indépendant de la ville.
35:42Allô ?
35:45France Télévisions ?
35:52Le journaliste Andrei Lipski...
35:54Oh, la caméra !
35:56Enquête depuis des années sur Constantin Maloufeyev
35:59et ses liens avec le Kremlin.
36:01On peut s'installer là, si vous voulez.
36:08Disons qu'en Russie, le pouvoir et les services secrets
36:11utilisent assez activement à leur avantage
36:13des businessmen, des hommes d'affaires, des politiques
36:16qui ont des soucis avec la loi ou qui en ont eu par le passé.
36:20Constantin Maloufeyev, lui, a eu des problèmes avec la loi.
36:23Alors, Poutine ne téléphone pas directement, il ne téléphone pas lui-même.
36:26Mais il y a un grand nombre de personnes qui travaillent pour lui,
36:29qui participent au pouvoir de la Russie d'aujourd'hui.
36:31Ici, on appelle ça la sphère de service du Kremlin.
36:36Une sphère de service qui serait aussi derrière le 2e prêt accordé au FN,
36:42celui de 9 millions d'euros.
36:46Un prêt débloqué par la First Czech-Russian Bank.
36:51Quels sont les liens entre cette banque et le Kremlin ?
36:54La First Czech-Russian Bank est détenue à 94 % par Stroïd Transgaz,
37:00une filiale de Gazprom.
37:03Gazprom, c'est l'une des plus importantes machines à cash du Kremlin.
37:08L'Etat russe en est l'actionnaire principal.
37:11Et surprise, l'ancien directeur financier de la filiale Stroïd Transgaz
37:17est aujourd'hui le patron de la First Czech-Russian Bank.
37:21Il s'appelle Roman Popov.
37:24Nous allons tenter de le rencontrer.
37:30Dans la capitale russe, le siège des grandes banques se situe ici,
37:34dans le quartier des affaires.
37:37Mais étrangement, pour trouver celle qui a prêté au FN,
37:41nous devons nous éloigner du centre-ville et rouler pendant une heure.
37:46Avant d'arriver dans un quartier populaire, où se trouve le siège de la banque.
37:52Nous avons fait une demande d'interview à son directeur, Roman Popov.
37:56Pas de réponse.
37:58Alors, nous avons créé un faux site Internet,
38:01Paris-Moscou Convergence,
38:04un blog qui ferait la promotion du FN et de Vladimir Poutine
38:08et qui serait à la recherche de financements.
38:11Curieusement, cette fois-ci, nous obtenons un rendez-vous dans la foulée.
38:17Nous entrons avec une caméra discrète.
38:23Roman Popov est absent.
38:25C'est son bras droit qui va nous recevoir.
38:31Merci de nous recevoir aussi rapidement.
38:33Donc, vous êtes venu pour un financement.
38:36Mais nous, on n'est pas une organisation politique.
38:39Si vos idées sont politiques, vous n'êtes pas au bon endroit.
38:43Ce que je ne comprends pas, c'est que le FN n'est pas un business commercial.
38:47Pourtant, vous leur avez prêté de l'argent.
38:52Ça vous dérange d'en parler ?
38:56On est une banque commerciale.
38:58Si vous avez des questions politiques, ce n'est pas à nous qu'il faut s'adresser.
39:01Je n'ai aucun rapport avec le FN et je ne veux pas en parler.
39:09Une banque qui prétend ne pas avoir de lien avec le FN,
39:12mais qui lui a pourtant prêté 9 millions d'euros.
39:16La First Czech-Russian Bank est placée 717e dans le classement des banques russes.
39:22Une toute petite banque, donc.
39:24Ce qui n'empêche pas son patron de se retrouver en photo
39:27aux côtés du Premier ministre russe Dmitri Medvedev
39:31et même du président de la Fédération de Russie,
39:35Vladimir Poutine.
39:39Travailler avec des petites banques discrètes,
39:43une technique habituelle au Kremlin.
39:49Pour le pouvoir, ce serait vraiment trop risqué d'impliquer une grande banque,
39:54une banque reconnue, une banque qui fait partie du système.
40:00Par contre, utiliser les services d'une petite banque,
40:04une banque moins réputée,
40:06où se croisent des intérêts financiers et politiques,
40:08évidemment sans lien direct avec Poutine,
40:12ça, franchement, pour eux, c'est facile à trouver,
40:14ce genre d'opérateur.
40:20À ce jour, 11 millions d'euros venus de Russie
40:24sont tombés dans l'escarcelle du FN.
40:27De tels prêts accordés par une puissance étrangère
40:30du jamais vu sous la Ve République.
40:33Y a-t-il eu des contreparties demandées à Marine Le Pen ?
40:37Malgré nos relances,
40:38le Front national n'a jamais voulu répondre à cette question.
40:42Ce qui est sûr, c'est que pour obtenir cet argent,
40:45la patronne du Front n'a pas chômé.
40:55Depuis qu'elle a déclaré sa flamme à Vladimir Poutine fin 2011,
40:59Marine Le Pen squatte les télévisions russes.
41:02Là-bas, elle est la politique française la plus présente à l'antenne.
41:06La Russie est présentée sous des traits qui sont diabolisés.
41:11En 2014, le journal Novaya Gazeta
41:15l'a élue meilleure propagandiste de Russie.
41:19Je pense que les Russes qui aiment regarder la télévision
41:23ont une bonne opinion à son sujet.
41:27C'est de la propagande clairement orchestrée par le Kremlin.
41:32Progressivement, Marine Le Pen devient un partenaire fiable
41:36aux yeux du Kremlin.
41:40Le point d'orgue dans cet échange de bons procédés, l'Ukraine.
41:45Fin février 2014, des séparatistes pro-russes
41:49quadrillent la Crimée dans le sud-est de l'Ukraine.
41:52Une guerre qui ne dit pas son nom.
41:55Quelques semaines plus tard, un référendum va être organisé
41:58pour établir l'annexion de la Crimée à la Russie.
42:02Acclamations
42:07La totalité des organisations internationales
42:10condamnent cette ingérence.
42:12Isolée, Vladimir Poutine va leur demander son soutien à Marine Le Pen.
42:18C'est une discussion SMS qui nous permet de l'affirmer.
42:25Au cours de notre enquête,
42:27nous sommes entrés en contact avec le Chaltaï-Boltaï,
42:31un groupe de hackeurs russes.
42:33Leur maîtrise des réseaux,
42:35ils l'utilisent pour surveiller ce qui se passe au Kremlin.
42:3911 mars 2014,
42:40soit cinq jours avant le référendum sur la Crimée,
42:43ils réussissent à extraire une conversation
42:46entre deux collaborateurs de Vladimir Poutine.
42:49L'un d'eux est son directeur de cabinet.
42:52Voici leurs échanges.
42:54À propos de Marine,
42:55c'est la campagne électorale pour les municipales.
42:59Aujourd'hui ou demain,
43:00le Front national prendra position sur la Crimée.
43:03OK, super, on peut les convaincre.
43:06Quelqu'un du fond t'a contacté pour les financements ?
43:09Oui, le vice-ministre des Affaires étrangères lui téléphonera.
43:1316 mars 2014,
43:15près de 97 % des votants se prononcent
43:18pour le rattachement de la Crimée à la Russie.
43:21Un score digne de l'Union soviétique.
43:26Le même jour,
43:27Marine Le Pen tient une conférence de presse dans le Gard.
43:31Le FN va être le seul parti politique français
43:34à reconnaître cette annexion déguisée.
43:38À mon sens,
43:40les résultats du référendum sont sans contestation possible.
43:46Le même jour,
43:47nouvel échange entre les assistants de Vladimir Poutine.
43:52Marine Le Pen a reconnu les résultats du référendum en Crimée.
43:56Elle n'a pas trahi nos attentes.
43:58Il faudra d'une manière ou d'une autre remercier les Français.
44:02C'est important.
44:05Quelques semaines plus tard,
44:07la First Czech-Russian Bank
44:09accorde officiellement son crédit de 9 millions d'euros
44:13au Front national.
44:15Le FN est-il manipulé par le Kremlin ?
44:22Pour le savoir,
44:23direction le Parlement européen à Bruxelles.
44:29L'Union européenne,
44:31c'est l'organisation la plus critique à l'égard de la Russie.
44:35C'est ici qu'ont été votées les sanctions les plus dures
44:38contre Moscou.
44:41Mais pour les contrer, la Russie a mis en place une stratégie.
44:45Une stratégie imaginée par le terroristien du Kremlin,
44:49Alexandre Douglin.
44:54Nous devons envahir l'Europe, la conquérir et l'annexer.
44:59Notre parti communiste faisait de très bons résultats
45:02d'infiltration chez les parlementaires européens.
45:05C'était d'ailleurs un très bon instrument
45:08de notre politique extérieure.
45:12Vous vous rendez compte ?
45:14Annexer l'Europe, ça, c'est russe.
45:16En clair, le pouvoir russe
45:18compte utiliser certains européens frontistes
45:21comme cheval de droit.
45:23Un plan d'attaque dont nous nous sommes procurés une copie.
45:27Les lois que Russes ont fait encore plus fort.
45:30Ils nous ont envoyé des centaines de mails capturés
45:33dans la boîte mail d'Alexandre Douglin.
45:35Parmi ces documents,
45:37une classification des relais d'influence
45:39à utiliser pays par pays.
45:43Pour la France,
45:45celui qui est tout en haut de la liste,
45:47c'est Emeric Choprade,
45:49le conseiller international de Marine Le Pen.
45:52Après plusieurs demandes d'interviews
45:54restées sans réponse,
45:56nous l'attendons avant une séance plénière.
46:02Bonjour.
46:04M. Choprade.
46:05Comment allez-vous ?
46:06On est venu jusqu'à Bruxelles pour parler avec vous.
46:09Avec moi ?
46:10Absolument.
46:12A-t-il conscience d'être considéré
46:14comme un agent d'influence du Kremlin ?
46:16Nous lui montrons la liste établie par Alexandre Douglin.
46:20Côté français, le premier nom qui sort, c'est le vôtre.
46:23Emeric Choprade, il y a toutes vos qualités.
46:26Vous êtes géopolitologue, etc.
46:27Donc, voilà.
46:29C'est en syrillique.
46:30Douglin publie des listes, maintenant ?
46:32Absolument.
46:33Un politique français qui va souvent en Russie.
46:36Vous êtes quasiment l'un des seuls en France
46:39qui a cette position-là.
46:41Vous êtes reçu par la Duma,
46:43par la garde rapprochée de Vladimir Poutine.
46:45C'est pas rien, quand même.
46:49And so what ?
46:50Comme il y a un tropisme américain
46:52dans un certain nombre de partis,
46:54il y a un tropisme russe chez nous.
46:56C'est pas qu'on soit dans le lobbying
46:59ou qu'on soit dans la confusion des intérêts.
47:02Nous sommes profondément français, patriotes.
47:04Mais nous pensons qu'il faut travailler
47:07dans le sens d'un partenariat stratégique avec la Russie.
47:10Aimer la Russie, vouloir pratiquer sa langue,
47:12voyager, la découvrir, aimer sa civilisation,
47:15moi, je trouve que c'est très bien.
47:17Emmerich Choprade réfute toute manipulation avec les Russes.
47:20Mais ici, au Parlement européen,
47:23cette liaison dangereuse entre le FN et le Kremlin,
47:26ça inquiète.
47:27Ce parti est l'otage des banques russes
47:30et de la maison Poutine.
47:31Leurs finances viennent d'un endroit
47:33qui, le jour où il y aurait un conflit,
47:36leur rappellera qu'il les paye.
47:37C'est quand même très important
47:39que d'être prisonnier de ces créanciers étrangers
47:42lesquels sont en conflit avec l'Union.
47:46Une inquiétude partagée
47:48jusque dans les rangs des parlementaires frontistes.
47:52Nous retrouvons Emmerich Choprade
47:54dans l'un des hémicycles du Parlement.
47:57...
47:58Je te laisse ta place.
48:00Ah oui, c'est parce que tu... Non, mais reste.
48:02...
48:05Ils viennent de répondre à quelqu'un de plus,
48:07c'était insupportable.
48:08...
48:10Celui qui lui parle est un autre parlementaire FN,
48:14lui aussi russophile.
48:16Il revient justement de Moscou
48:18et il a de mauvaises nouvelles.
48:19...
48:21Hein ?
48:22...
48:24L'histoire de la maloffesse,
48:27l'imperquisition...
48:29Mais bon, tu sais, ils sont tous un peu comme ça.
48:33Oui, je suis d'accord.
48:34Mais je te dis quand même, Choprade,
48:36il a foutu un de mes amis
48:39dans la merde complète.
48:41Il profite de l'illustre
48:44parce qu'il lui a fait confiance.
48:46...
48:48Un Français ?
48:49Qu'est-ce qu'il a voulu faire avec ?
48:51Il a hérité d'un certain nombre de ses affaires
48:54qui étaient complètement machinistes.
48:56...
48:58Il risque sa vie de...
48:59C'est pas bon, ça.
49:00...
49:02C'est un coup immédiat.
49:03...
49:06De toute façon, je suis prudent, t'inquiète pas.
49:08...
49:09Constantin Malofeyev,
49:11un pourri, un mafieux,
49:14selon ce collègue d'Emeric Choprade.
49:17Et à l'entendre,
49:18les émissaires de Vladimir Poutine n'ont qu'une idée,
49:21manipuler la patronne du front.
49:23...
49:24Il faut punir tout le monde parce qu'il y a d'autres possibles
49:27qui sont très proches.
49:29Ils veulent la phagocité.
49:31...
49:32Alors qu'on ne sait pas qui est qui,
49:34c'est facile de phagociter.
49:36Ça, c'est vrai.
49:37...
49:39Phagociter, d'après le dictionnaire,
49:42c'est détruire progressivement quelqu'un
49:44en le privant de toute autonomie,
49:46en s'en rendant maître de l'intérieur.
49:48...
49:50Pas très rassurant.
49:51...
49:53Qu'en pense la principale intéressée ?
49:55...
49:57Nous avons tenté une énième fois d'obtenir une réponse.
50:00...
50:03Allez, c'est maintenant.
50:04Mais comme d'habitude, avec nous, c'est nos comments.
50:08Bonjour, Marine Le Pen.
50:09Certains de vos collaborateurs craignent
50:11que les Russes nous phagocitent.
50:13Qu'avez-vous à répondre à ça ?
50:15...
50:16Mme Le Pen ?
50:17Vous n'aurez des réponses sur rien. Je ne parle pas à Canadlus.
50:21A chaque fois qu'on vous pose des questions sur la Russie,
50:24vous ne nous répondez jamais.
50:25...
50:30En juillet dernier,
50:32Marine Le Pen réussissait à monter un groupe au Parlement européen.
50:36Parmi ses alliés, des partis amis
50:38comme la Ligue du Nord italienne ou le FPO autrichien,
50:42mais aussi des expurgés de UKIP,
50:44une formation britannique ultra-europhobe.
50:48Tous regardent à l'est
50:50et tous rêvent de faire imploser l'Union européenne,
50:53pour la reconstruire autour d'un nouveau pilier,
50:56Vladimir Poutine.
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