01:00La Marseillaise
02:00La Marseillaise
02:30...
02:42Mesdames et messieurs les élus,
02:44mesdames et messieurs les sénateurs,
02:46vous êtes pratiquement tous là,
02:48les différents représentants de l'Etat,
02:50les présidents de la région,
02:53le président du département,
02:55les autres instances civiles et militaires,
02:58mesdames et messieurs les responsables
02:59d'associations patriotiques et les portes-drapeaux,
03:03mesdames et messieurs les maires des communes
03:05compagnons de la Libération,
03:06vous avons la chance d'en avoir deux parmi nous,
03:10monsieur le délégué national de l'Ordre de la Libération,
03:14j'ai aussi une pensée pour les 17 autres communes
03:17et maires médaillés de la Résistance française,
03:21j'ai vu une partie ce matin,
03:22et donc j'ai une pensée aussi pour eux aujourd'hui.
03:25Mesdames et messieurs, chers amis,
03:28chers sénants, chers invités,
03:32lors des journées qui ont suivi l'appel du général de Gaulle
03:35le 18 juin 1940 depuis Londres,
03:39une grande effervescence s'est rapidement manifestée à Sein.
03:43Si cet appel n'a pas été entendu le jour même,
03:46ici comme en beaucoup d'autres lieux,
03:49le deuxième appel du 22 a été une révélation
03:52pour toute la population de l'île.
03:55Peu importe que le général ne soit pas connu,
03:59peu importe l'endroit où il demandait de le rejoindre,
04:03il lançait un appel au secours et il fallait y répondre.
04:08Les marins ont ce sens du devoir, du secours en mer,
04:11de l'aide aux naufragés, des SOS, ils en ont l'habitude,
04:16surtout dans des parages aussi dangereux que les nôtres.
04:19Mais là, c'est toute la population française qu'il faut sauver,
04:23la France qui fait naufrage.
04:27Oui, il leur en a fallu du courage pour partir,
04:29laisser ainsi, femmes et enfants, leurs familles, leurs proches.
04:33Ils ne savaient pas encore qu'ils ne reviendraient pas
04:36avant 5 ans pour la plupart,
04:38voire qu'ils ne reviendraient pas du tout,
04:40comme ce fut le cas pour 28 des premiers 128 engagés
04:43pour les Forces françaises libres
04:46et dont les noms, pour la plupart, sont gravés
04:48dans le marbre de ce monument.
04:51Il a aussi fallu du courage à ceux qui sont restés,
04:55surtout les femmes et les enfants, leurs familles, leurs proches.
05:00Les mères, les sœurs, les invalides et les anciens
05:04ont aussi eu leur part de mérite en reprenant la mer pour certains
05:09et en aidant les jeunes à pêcher pour subvenir aux besoins de tous.
05:13Les pommes de terre et les berniques faisaient partie
05:15de la plupart des repas.
05:18Tous ces gens ne pouvaient imaginer que par leur engagement,
05:21leur désir de rejoindre celui et tous ceux qui refusaient la défaite,
05:25ils allaient faire entrer l'île-de-Sein dans l'histoire
05:28par la grande porte.
05:30Être la ville la plus médaillée de France
05:33au titre de la 2e guerre mondiale, avec 3 médailles,
05:36quel honneur !
05:38Mais aussi quelle responsabilité pour les générations futures,
05:41la nôtre et celle des enfants,
05:45dont nous en avons quelques-uns ici avec nous.
05:50M. le Président, en venant aujourd'hui à Sein,
05:52en ce jour si particulier et si important pour nous,
05:56vous rendez hommage à cet appel et à tous ceux qui l'ont entendu,
06:00à ceux qui ont souffert en cette période difficile et douloureuse.
06:04Votre présence nous rappelle l'attachement de la République
06:07à ses valeurs qu'on défendons tous et aux devoirs de mémoire.
06:12Merci pour votre participation à cette cérémonie.
06:15Je connais votre implication dans ce devoir de mémoire.
06:18Vos 2 précédents souhaits de déplacement chez nous,
06:23le 10 février 2022 et le 23 mars 2023,
06:27n'ont malheureusement pas pu se faire
06:29pour des raisons de politique internationale ou sociale.
06:32Alors le temps nous manquera aussi, peut-être aujourd'hui,
06:35nous aurions souhaité vous faire revoir
06:38quelques endroits symboliques.
06:40Je pense notamment à l'endroit où l'appel a été entendu
06:43sur le quai, désormais appelé le quai des Français libres,
06:47l'endroit où sont partis les 5 bateaux,
06:49la place du général de Gaulle, l'embarcadère
06:51des 5 communes compagnons de la Libération,
06:53le lutrin, la visite du musée.
06:55Cela vous donnera peut-être l'envie de revenir nous voir.
07:00Je vous remercie aussi, M. le président,
07:03ainsi que M. Philippe Etienne,
07:05le président de la mission pour le 80e anniversaire,
07:09d'avoir pris les dispositions afin de permettre notamment
07:12aux maires compagnons de la Libération,
07:14ainsi qu'au général Baptiste et lui-même,
07:18de venir pouvoir à la fois participer ce matin
07:22à la cérémonie au Mont Valérien
07:24et d'être là aujourd'hui à 600 km de Paris
07:27et 24 km du continent.
07:29J'en garderai un excellent souvenir.
07:34Alors près de la Croix de Lorraine, où nous nous trouvons,
07:37nous avons placé 5 blocs de granit.
07:39Ils proviennent de l'ancien phare
07:41qui était situé à l'emplacement de celui
07:43qui a été construit en 1951
07:46et que les Allemands ont dynamité
07:48avant de partir en août 44.
07:50Il en reste d'ailleurs encore,
07:52vous pouvez les apercevoir derrière moi,
07:54au pied du foire, il en reste plusieurs.
07:57Sachez aussi qu'en mémoire de cet épisode,
07:59chaque ville compagnon s'est vue offrir un bloc.
08:02Alors j'ai personnellement vu celui de Vassieux-en-Vercors
08:06les prochaines fois que j'irai à Paris, Nantes ou Grenoble,
08:08je ne manquerai pas de chercher les autres.
08:18Je sais, M. le Président,
08:19que vous étiez très proche de M. Hubert Germain,
08:22dernier compagnon de la Libération
08:25et décédé en novembre 2021.
08:28Les dernières années de sa vie,
08:29il occupait un logement aux Invalides,
08:32et le général Baptiste, ici présent,
08:34lui rendait régulièrement visite
08:36des bureaux de l'ordre de la Libération
08:39étant proche de sa chambre.
08:41A plusieurs reprises, M. Germain lui a parlé
08:44des marins de l'Île-de-Saint,
08:45et cela m'a profondément touché que le général m'en parle.
08:51A leur arrivée en ombre en cornouaille anglaise,
08:54leur arrivée n'est pas passée inaperçue,
08:56et avait marqué les volontaires déjà sur place.
09:00Le navire Le Courbet, qui servait de dépôt
09:02et était au mouillage en face de Portsmouth,
09:04était un passage obligé
09:05pour tous ces nouveaux marins arrivant en Angleterre.
09:09M. Germain était lui-même sur ce navire.
09:12Il racontait combien l'arrivée des Sénans
09:14avait remonté le moral des troupes
09:17et leur avait redonné espoir.
09:19Si tant d'hommes venant d'une si petite île
09:22avaient répondu à l'appel du général,
09:25c'était certain qu'il en arriverait d'autres de toutes parts,
09:29et la guerre allait certainement se terminer rapidement.
09:33Il parlait également des messes sur le pont du navire
09:36et de la chorale des Sénans, qui chantaient avec ferveur.
09:41Nous allons tout à l'heure penser à eux
09:43en chantant un chant traditionnel breton.
09:46D'affaires ont à doux cause pour la foi de nos grands-pères.
09:50Vieux chant en mémoire de nos anciens
09:52qu'il ne faut pas oublier.
09:54Il est probable qu'il ait été chanté
09:56par les Sénans sur Le Courbet.
09:58Dans la fin du refrain, il est dit notamment
10:01de ne pas les oublier, nos anciens, plutôt mourir.
10:05C'est aussi la phrase qui est gravée
10:07dans le granit de ce monument, Kentorf-Mervel.
10:12Alors nous pensons à tous ceux qui sont allés
10:13jusqu'au bout de leur engagement et que nous honorons aujourd'hui.
10:17Merci à vous tous d'être là pour nous entourer
10:20dans ce rappel de cette histoire
10:23qui nous marque autant sur l'île de Sein.
10:26Nous avons tous un membre de nos familles
10:28qui a rejoint le Général.
10:31Merci pour eux.
10:33Et je vous souhaite une excellente cérémonie.
10:36Merci, M. le Président.
10:39Applaudissements
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11:26Amis, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
11:34Amis, entends-tu ces cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
11:41Oh oui, partisans, ouvriers, paysans, c'est l'alarme.
11:48Ce soir, l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.
11:55Montez de la mine, descendez des collines, camarades.
12:02Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
12:10Oh oui, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite.
12:17Oh oui, les saboteurs, attention à ton fardeau, dynamite.
12:25C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
12:33La haine à nos trous, c'est la faim qui nous pousse la misère.
12:40Il y a des pays où les gens collés les font des rêves.
12:47Ici, nous boitues, nous on marche et nous on tue, nous on crève.
12:54Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe.
13:02Amis, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place.
13:09Demain, du sang noir séchera au grand soleil sur les routes.
13:16Sifflez, compagnons, dans la nuit, la liberté nous écoute.
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16:27Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé.
16:34Contre nous de la tyrannie, l'étendard sanglant est levé.
16:42L'étendard sanglant est levé.
16:47Entendez-vous dans les campagnes, gilets féroces soldats ?
16:55Ils viennent jusque dans nos bras, régorger nos fils, nos compagnes.
17:03Aux armes, citoyens, formez vos bataillons.
17:10Marchons, marchons, marchons.
17:15Que le sang impur abreuve les océans.
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22:00des travailleurs de la mer,
22:02fils d'un peuple
22:05qui toujours refuse l'épargure et les trahisons.
22:10Et dans leur voix, répondant à la question du général de Gaulle,
22:14passaient les échos de la Marseillaise
22:17et ceux du libéral latin,
22:19délivrez-moi pour invoquer le salut au milieu des tempêtes.
22:24Ils étaient 128.
22:27D'où venaient-ils ?
22:30De l'île de Sein, de plus loin,
22:34de l'âme de la France.
22:37Durs pays de leur enfance,
22:39terres de l'esprit de résistance.
22:42Qui voit Molenne, voit sa peine.
22:44Qui voit Ouessant, voit son sang.
22:47Qui voit Sein, voit sa faim,
22:49dit la sagesse des marins en mer d'Iroise.
22:52En juin 40, depuis leur île,
22:56les Sénans voyaient une France blessée.
23:00Fumée noire du port de Brest, bombardée par les Allemands,
23:03hommes de l'île mobilisés sur leur champ de bataille familier,
23:07l'océan.
23:08Rumeurs colportées de la déroute et de la défaite
23:12et qui parvenaient en retard aux habitants.
23:14Et pourtant...
23:17Pourtant,
23:19à la fin du mois de juin,
23:21à la fin du mois de juin 40,
23:24le proverbe disait faux.
23:27Surmonter la peine et la honte,
23:30verser son sang,
23:31refuser la fin du combat.
23:34Qui voyait Sein ne voyait pas la faim ni la mort,
23:38mais la promesse de l'aube,
23:40la lutte naissante,
23:43la résistance.
23:45Résister, oui.
23:48Résister à la défaite comme on résiste aux tempêtes,
23:51aussi solide qu'un roc.
23:54Aussi solide qu'un roc tel Jean-Marie Menoud,
23:56l'ancien poilu de 14, patron de l'Arsénit,
24:00ce Dundee qui ravitaille l'île 2 fois par semaine
24:03et qui, ce 19 juin, repart avec un autre navire,
24:06le Véleda, vers l'Angleterre, pour continuer le combat,
24:09emportant de jeunes Iliens,
24:11Joseph Guilcher, Michel et Gabriel Guéguen.
24:15Aussi solide qu'un roc,
24:17qu'un phare au milieu de la tempête,
24:19la figure du général de Gaulle,
24:21dont les habitants entendent pour la 1re fois l'appel,
24:24ce 22 juin,
24:25regroupés autour du poste sur le quai Sud,
24:28devant l'hôtel de l'Océan.
24:30Aussi solide qu'un roc,
24:32la volonté inébranlable, aussitôt dénotable de l'île,
24:36le maire, l'instituteur, le recteur,
24:40le président des anciens combattants,
24:42de répondre à l'appel du général
24:45et ses femmes laissant partir un fils,
24:49un mari ou un frère.
24:52Aussi solide qu'un roc,
24:54cette île de granit,
24:56un Finistère, un Pen-Arbède.
25:00Oui, l'île est debout,
25:05comme un seul homme à l'avant-garde.
25:09Et pendant 2 jours, l'île de Sein reprend la mer
25:11à mesure que les navires sont affrétés
25:13et que presque tous les hommes embarquent,
25:15les plus âgés, les plus jeunes,
25:17anciens combattants ou séminaristes,
25:20marins ou boulangers.
25:23Ils étaient 128
25:26et allaient mener pendant 4 ans une vie de combat et de devoir.
25:32De l'île de Sein, ces 26 hommes,
25:36les plus âgés des pêcheurs,
25:38en poste sur le pont du Courbet
25:39où ils avaient embarqué au sein des Forces navales françaises libres.
25:44De l'île de Sein, Gabriel Guéguin,
25:46marin sur l'Arzénite et devenu torpilleur.
25:49Louis Fouquet, l'enfant de 14 ans
25:53qui termina la guerre quartiermaître canonnier.
25:57Et les fusillés marins combattant des sables de l'Afrique,
26:00des vallées d'Italie, des plages de Normandie
26:03sur lesquelles l'un d'entre eux, Joseph Guilcher,
26:05débarqua avec Kieffer à Ouestreham.
26:09De l'île de Sein, les marins, comme Clède Chervet,
26:13servant sur les avisots des Forces françaises libres.
26:18Marin de la Marine marchande, agent du BCRA,
26:21membre de l'équipage de la Marie-Louise
26:23amenant Honoré d'Etienne d'Orve en France,
26:26arrêté et déporté.
26:29De l'île de Sein, ces 22 morts,
26:34tombés pendant la guerre,
26:36dont la moitié n'avait pas 20 ans en 1940.
26:43Ils étaient 128.
26:47D'où venaient-ils ?
26:49De l'île de Sein, de plus loin,
26:53de l'âme de la France.
26:56De cette Bretagne humaniste qui s'est dressée face à la barbarie,
27:00de ces paysages où les silhouettes de roches
27:02affrontent les tempêtes,
27:05comme les affronte le monument
27:07aux Bretons de la France libre sur l'île,
27:10croix de Lorraine gigantesque et fixe face aux vagues.
27:15Oui, du pays de ceux qui préfèrent la liberté à la peur
27:22et qui refusent l'esprit de défaite.
27:29Le soldat qui ne se reconnaît pas vaincu a toujours raison.
27:35Oui, comme Péguy, nous, Français,
27:39il nous revient d'être les héritiers de l'île de Sein,
27:42de cet esprit de résistance
27:44et d'une longue histoire de liberté conquise par nos héros.
27:48Alors oui, à Ouessant, on voit leur sang.
27:53Alors oui, à Sein, on voit leur faim,
27:58celle de ces hommes tombés, larmes à la main,
28:01pour notre liberté,
28:03de ces hommes qui, en renonçant à tout,
28:06dès juin 1940, ont sauvé, sans le savoir,
28:12ce qui était l'essentiel,
28:15leur honneur et celui de la nation.
28:21Vive la République, vive la France.
28:25Applaudissements
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29:04Applaudissements
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Commentaires