Des rodéos urbains exaspèrent les riverains de Callelongue

  • le mois dernier
Samedi dernier, j’ai encore pas dormi ! raconte, à bout de nerf, une habitante de la calanque de Callelongue. Ils ont fait des runs dans la descente de 2 heures à 4 heures du matin. Depuis ma chambre, j’entendais les moteurs de voiture qui vrombissaient, des cris, la musique à fond… Je n’en peux plus, je redoute la saison estivale".
Depuis quelques années, tous les week-ends, mais aussi parfois en semaine, la petite route sinueuse qui mène à ce port paradisiaque est transformée en piste de course par des amateurs de "runs", ces « courses sauvages » qui réunissent des dizaines d’automobilistes ou motards, amateurs de sensation fortes.
"Ils sont une trentaine avec des voitures tunées ou non, explique un de ses voisins. Ils partent d’en haut, au niveau du rond-point Sonia-Livanos, ils descendent à tour de rôle à toute allure jusqu’au rond-point à l’entrée du village qu’ils prennent en dérapant, ils remontent à toute vitesse et ils se chronomètrent". Alors que la vitesse est limitée à 30 km/h, ces pilotes inexpérimentés, pour la plupart âgés d’une vingtaine d’années, n’hésitent pas à faire des pointes au-delà de 100 km/h.
Depuis mars, cinq accidents ont déjà eu lieu sur cette étroite route en cul-de-sac. "Ce n’était que du matériel. Mais il y a deux mois, une voiture s’est encastrée dans le mur d’un cabanon, on a eu très peur", poursuit un des villageois. Ce mois-ci, un adolescent, "âgé de 14 ans et originaire de Gardanne", selon les habitants qui ont pu échanger avec lui, a foncé droit dans une des barrières de sécurité qui longe la mer : "Il a eu de la chance de ne pas finir à l’eau, sa voiture a rebondi sur la barrière et s’est écrasée de l’autre côté, contre la falaise".
Chaque samedi et dimanche, au petit matin, les villageois, épuisés par une nuit sans sommeil, retrouvent, abandonnées par terre, des bonbonnes de protoxyde d’azote, des bouteilles d’alcool à bas prix, des cigarettes électroniques vides. "Ils sont drogués, ils tiennent à peine debout", commente un habitant, qui précise : "Il y a aussi des dealers qui parfois viennent vendre leurs produits. Il y en a qui ont déjà sonné chez des habitants car ils cherchaient un fusil pour menacer un client. On a peur. La nuit, on reste cloitrés chez nous".
Si ces conducteurs en herbe sont loin d’être des as du volant, le système n’en est pas moins bien rodé. Il existe ainsi de nombreux sites sur les réseaux sociaux sur lesquels ces automobilistes et conducteurs de deux-roues peuvent se donner rendez-vous. "Ici, ils se retrouvent au niveau du parking Napoléon, explique Guy Barotto, président du Comité d'intérêt de quartier (CIQ) de Callelongue et Marseilleveyre. Pendant que les uns font la course, les autres se postent en haut du parking qui domine la route pour pouvoir prévenir de l’arrivée éventuelle de policiers. En cas d’accident, un camion remorqueur vient récupérer la voiture en urgence, quand elle n’est pas brûlée pour ne pas laisser de traces".

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