00:00 Concernant le futur de l'Union Européenne, vous êtes plutôt comment optimiste ou pessimiste ?
00:05 La question a été posée lors d'une grande enquête d'opinion dans les 27 pays membres de l'UE
00:09 et les résultats ont été publiés en avril.
00:11 À voter.
00:12 Et la France est encore une fois distinguée par sa vision, disons, très sombre de l'avenir.
00:17 Le résultat de cette Eurobaromètre, c'est que 52% des Français ont une vision pessimiste
00:23 de l'avenir de l'Union Européenne.
00:25 C'est simple, c'est le pire score des 27 pays membres.
00:28 Dans certains pays comme l'Irlande, ce pessimisme concernant l'UE ne concerne que 13% de la population.
00:34 Au Danemark, c'est 15%, 31% en Espagne, 32% en Italie, 36% en Allemagne.
00:40 En fait, on est le seul pays de l'UE où les pessimistes sont majoritaires.
00:44 Alors, c'est quoi notre problème avec l'Europe ?
00:47 On peut dire qu'il y a toujours une relation un peu tendue des citoyens français à l'intégration européenne.
00:53 C'est quelque chose en fait qui est de l'ordre de cette ambivalence
00:56 qu'on pourrait qualifier d'un "je t'aime moins non plus" en ce temps.
00:59 Alors déjà, depuis quand ça dure ce pessimisme à la française ?
01:03 Depuis que l'Eurobaromètre existe.
01:05 Vous avez ici en rouge le taux d'optimisme moyen en Europe, si l'on peut appeler ça comme ça,
01:11 et en bleu le score pour la France.
01:14 Et ça peut s'expliquer déjà par certains événements historiques.
01:16 Commençons déjà avec le non au référendum de 2005,
01:19 qui avait été vécu comme un séisme politique à l'époque.
01:22 Les français ont traduit à travers ce vote, que je regrette, mais qui est là, leur insatisfaction.
01:30 Et puis la crise des subprimes, la crise de la dette en Europe,
01:33 la guerre en Syrie et la crise des réfugiés qui s'en suit.
01:36 En France, le discours politique, c'est quand même souvent cristallisé contre l'Europe,
01:40 qui ne contrôle pas assez ou qui contraint trop,
01:43 ou qui n'est pas à la hauteur ou qui est même co-responsable de certaines crises.
01:46 C'est un discours qu'on retrouve beaucoup à l'extrême droite et gauche du spectre politique
01:50 et qui accroît la méfiance envers Bruxelles.
01:52 Nous ne pouvons pas perdre de vue que la première menace à la démocratie qui s'oppose à nous,
01:58 ce n'est pas l'extrême droite, c'est l'Union européenne.
02:01 Mais le maître bruxellois a déjà corrigé l'esclave français.
02:06 Il va falloir sortir des traités européens.
02:08 Il faut revoir nos règles.
02:12 Mais on a aussi parlé à un politologue, Olivier Costa, qui y voit deux autres raisons.
02:18 La France a été une grande puissance et être dans l'intégration européenne,
02:22 c'est faire un peu le deuil de ça.
02:23 Et je pense qu'il y a une certaine nostalgie chez les citoyens de la petite Europe.
02:28 Une Europe qui serait un club à 10, 12, éventuellement 15.
02:31 Et finalement, c'est assez logique parce que plus le groupe est grand
02:34 et moins on se sent en capacité de contrôler ce qui se passe dans l'Union européenne.
02:39 Il y a un deuxième problème qui est très spécifique,
02:41 c'est que l'intégration européenne a toujours été très centrée sur l'économie.
02:45 Au début, on disait le marché commun, c'était la communauté économique européenne.
02:49 C'est par l'économie qu'on s'est intégré.
02:51 Et en France, on a toujours eu un rapport un peu problématique à l'économie,
02:55 en tout cas assez différent des autres États.
02:58 Alors, comme on pouvait s'y attendre depuis 1979,
03:01 le taux de participation aux européennes est en être cul.
03:04 On est passé d'un plus haut avec 60,7% de participation en 1979
03:09 à un plus bas avec 40,6% en 2009.
03:14 Mais regardez ce qui se passe en 2019.
03:18 Un bond de 8 points de la participation.
03:21 Mais le phénomène quand même majeur de cette élection,
03:23 c'est qu'on a eu plutôt une bonne participation, je crois qu'il faut le redire.
03:27 L'élection européenne est devenue en France le deuxième scrutin le plus important,
03:31 après la présidentielle, mais devant les législatives.
03:35 Alors, qu'est-ce que ça veut dire ce regain d'intérêt pour l'Europe ?
03:38 Et attention, ça n'a rien à voir avec un regain d'optimisme.
03:41 Pour Olivier Costat, ça s'explique déjà par le fait
03:44 que l'on comprend mieux les enjeux du scrutin européen.
03:47 Maintenant, il est clair que l'élection européenne ne consiste pas simplement
03:50 en allant aller désigner 20 ou 22 députés de telle partie
03:55 et 17 d'un autre et 5 d'un autre dans un Parlement
03:58 qui est toujours composé à peu près de la même manière,
04:01 mais qui a des conséquences directes parce qu'en fonction des résultats de l'élection,
04:05 on va avoir telle ou telle personne comme président de la Commission,
04:08 on va avoir telle majorité au Parlement européen,
04:11 on va avoir une réorientation du programme politique de l'Union européenne pour 5 ans.
04:15 Donc forcément, c'est plus intéressant si on va voter pour une élection
04:19 qui est quelque part à un enjeu plus clair.
04:21 Le deuxième point, c'est peut-être le plus important,
04:23 les partis populistes ont complètement changé de stratégie par rapport aux européennes.
04:28 Il faut quand même se rappeler qu'au moins jusqu'en 2016,
04:31 le discours de Marine Le Pen, c'était ça.
04:33 Ce référendum sur notre appartenance à l'Union européenne,
04:36 je le ferai en France parce que vous avez le droit à la parole.
04:43 Et qu'aujourd'hui, le ton a quand même bien changé.
04:45 Je dis d'autant plus volontiers que le Frexit n'est nullement notre projet.
04:49 Nous, nous voulons réformer l'Union européenne de l'intérieur.
04:52 Il y a eu un changement de fusil d'épaule.
04:56 Thierry Chopin est également politologue et spécialiste des questions européennes.
05:00 Dans beaucoup de partis d'extrême droite qui défendait,
05:05 disons jusqu'au Brexit, une stratégie de rupture.
05:11 Après l'élection présidentielle de 2017,
05:13 il y a effectivement cette prise de conscience par l'extrême droite en France
05:17 que le discours de l'Exit ne fonctionnait plus
05:21 et qu'il fallait recentrer le narratif politique sur des thèmes beaucoup plus traditionnels
05:25 pour l'extrême droite comme celui de l'immigration,
05:28 comme celui de la sécurité ou comme celui encore de l'identité.
05:32 Avec un tel revirement, les électeurs ont en fait le sentiment
05:35 de pouvoir voter pour un programme de réforme
05:37 plutôt que pour un programme simplement anti-Europe.
05:40 Ça, c'est beaucoup plus mobilisateur.
05:41 C'est un peu comme si les Français avaient digéré leur appartenance à l'Union européenne.
05:45 Aujourd'hui, il n'est plus vraiment question de rester ou de quitter l'Union européenne.
05:49 Et donc, ça contribue à normaliser cette élection et à normaliser les campagnes politiques.
05:53 Et je dirais que c'est peut-être aussi une bonne nouvelle d'un point de vue démocratique
05:56 parce qu'on voit que c'est une élection qui prend son sens
05:59 et qu'on n'est plus dans une espèce de lutte très très simplificatrice
06:03 entre ceux qui aiment l'Europe et ceux qui ne l'aiment pas.
06:05 Donc, si l'on résume, le pessimisme et la méfiance des Français
06:08 envers l'Union européenne est bien réel,
06:10 mais ça ne se traduit plus par un désintérêt pour l'élection, bien au contraire.
06:14 Et il y a une dernière chose qui devrait nous faire relativiser
06:17 ce pessimisme des Français à l'égard de l'Union européenne,
06:19 c'est le pessimisme des Français pour leur propre pays.
06:22 Regardez ce graphique, notre taux de confiance envers notre propre gouvernement
06:27 est largement inférieur à notre taux de confiance dans les institutions européennes.
06:31 De quoi attester l'idée un peu caricaturale que c'est vrai en France,
06:36 on est tout simplement pessimiste de nature.
06:38 On en avait d'ailleurs déjà fait un explainer à l'Express.
06:41 N'hésitez pas à aller le voir et à vous abonner à notre chaîne.
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