00:00Il y a quelque chose de cet ordre-là, oui.
00:02Alors tout de suite, pour dire d'emblée, il y a la réaction des cultes.
00:05Mais moi, je me rends compte que ça déborde largement les cultes.
00:07Ça traverse en fait notre pays et un certain nombre de domaines.
00:12Je pense, par exemple, que tous les soignants,
00:13qui sont quand même vent debout pour une bonne partie d'entre eux.
00:17Alors, parfois, ils le disent. Parfois, ils ne le disent pas.
00:19Il y a aussi des juristes qui ont réagi et des philosophes qui réagissent
00:22face à ce qui est en train de se passer.
00:24Parce qu'effectivement, d'abord, on arrive avec un projet de loi
00:27qui nous parle d'aide à mourir.
00:29C'est-à-dire qu'en fait, il ne dit pas directement ce qu'il veut dire.
00:32C'est-à-dire euthanasie ?
00:34Euthanasie et suicide assisté.
00:36Pourquoi, selon vous, le refus de ce mot ?
00:39Parce que les mots font un peu peur.
00:40Ce n'est pas un sujet qu'on aime aborder, quand même, la fin de vie.
00:43Mais pour répondre à votre question plus directement, oui.
00:46Qu'est-ce qui nous fait réagir ?
00:48Effectivement, il y a la question de donner la mort,
00:52qui, à la fois, est quelque chose, évidemment,
00:54qui appartient à la tradition spirituelle des grandes religions,
00:57mais qui est aussi une sagesse profane.
00:59Il ne faut pas l'oublier.
01:00Vous avez des philosophes tout au long du 20e siècle.
01:03Je pense encore à Paul Ricoeur.
01:04Je pense à, je ne sais pas, à Martin Buber, à Lévinas,
01:08ont écrit sur cette question du rapport à l'autre, du soin à l'égard de l'autre,
01:12de l'importance de l'autre pour exister soi-même, le rapport interpersonnel.
01:16Et donc, il y a véritablement autour de cette question
01:20de, comment dire, quelque chose qui se joue, le fondamental, un basculement,
01:23comme vous l'avez dit.
01:24Et alors, c'est la chance que nous avons.
01:25Si vous me permettez, il y a une deuxième chose qui nous paraît vraiment importante.
01:29La chance que nous avons, c'est que des pays nous précèdent.
01:32Et donc, nous sommes capables de voir et de dire aujourd'hui,
01:35si on est un peu sérieux, si on se documente, d'avoir du recul.
01:39La Hollande a commencé en 1985.
01:43Elle est allée progressivement.
01:44Donc, on sait aujourd'hui ce qui se passe là-bas.
01:46Et qu'est-ce qui se passe ?
01:46Et bien, qu'est-ce qui se passe ?
01:47Nous avions, nous, à l'Institut de France, il y a 15 jours, un colloque
01:52au cours duquel nous avons entendu des experts, des philosophes,
01:55des spécialistes de soins palliatifs.
01:56Et nous étions en visioconférence avec des personnes du Canada,
02:00avec des personnes en Belgique et en Hollande.
02:03En Hollande, nous avions un expert qui est un universitaire,
02:05qui était à la commission, qui était chargé du contrôle de la mise en oeuvre
02:09de cette loi et qui nous disait, mais il y a des effets sur toute la société.
02:14Ce n'est pas simplement le fait de dire, tiens, des gens
02:18vont demander de mourir par l'euthanasie
02:22et il y a un effet autour d'eux, autour de leur famille.
02:24Non, c'est l'ensemble de la société qui, progressivement, est affectée.
02:28C'est le rapport entre les soignants et les malades
02:30qui est en train de changer progressivement.
02:33Et puis, c'est même, il nous l'a dit, c'est une formule, moi, qui m'a beaucoup marqué.
02:36Lui qui, je précise d'ailleurs, quand la loi a été mise en oeuvre,
02:39il n'était pas contre la loi.
02:40Et aujourd'hui encore, il dit, voilà, je ne sais pas trop quoi dire,
02:43mais j'observe ce qui se passe.
02:45C'est ce qui nous a paru d'autant plus intéressant,
02:47c'est qu'il avait une forme d'objectivité.
02:49Il nous a dit, écoutez, il y a une forme de spirale de la dépression dans le pays,
02:54une spirale de la dépression.
02:56Il y a une manière de regarder au niveau...
02:57Une spirale mortifère, voilà.
02:58Une spirale mortifère.
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