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  • il y a 2 ans
Transcription
00:00J'ai pas fait un film d'animation, j'ai fait un film qui se trouve qu'il est d'animation.
00:03L'idée n'était pas du tout de traumatiser, l'idée était de faire un film, au contraire, plutôt lumineux,
00:08qui va vers la lumière, qui fait le choix de la vie.
00:10Vous le connaissez pour OSS 117, The Artist et plus encore,
00:13Michel Azanavicius revient avec son premier film d'animation, La plus précieuse des marchandises,
00:17un conte sublime et déchirant sur fond de Seconde Guerre Mondiale,
00:20présenté en compétition au Festival de Cannes.
00:23Il nous raconte l'origine de ce long métrage, intime et difficile, et ce qu'il représente pour lui.
00:27De ma part, il n'y a pas de volonté de faire un film d'animation, pas du tout.
00:30Je dessine depuis longtemps, mais c'est une activité très personnelle, très intime en fait.
00:34Je fais mes storyboards moi-même, donc j'ai régulièrement,
00:37« Waouh, tu dessines super bien ! » et je suis là, « Merci, c'est trop gentil. »
00:41Ça s'arrête là, ça me va très bien, et je griffonne, et je fais mes trucs et tout ça.
00:44Mais là, on m'a proposé un film avec une histoire fabuleuse,
00:47l'histoire, elle est hyper belle, l'histoire écrite par Jean-Claude Grimbert,
00:50et on me le propose en animation, l'animation est le seul moyen de raconter cette histoire-là.
00:54Donc, tout d'un coup, tout se renverse, et à ce moment-là, oui, il faut dessiner,
00:57il faut sortir de ma zone de confort sur le dessin, c'est assez violent.
01:01Il faut aller sortir de ma zone de confort sur mon rapport au camp, à la Shoah,
01:06ce qui est aussi assez violent, parce que je viens de là, c'est mon histoire familiale,
01:09mais je l'ai fait soit par la vanne au SS-117, soit par d'autres conflits,
01:13le Rwanda, la Tchétchénie, etc., mais jamais de manière aussi simple, à nu, quoi.
01:18Donc tout ça, un peu violent, mais l'histoire était tellement belle,
01:22et puis Bérenice m'a dit, tu peux pas ne pas faire ce film,
01:25par rapport à nos enfants, par rapport à leurs copains, tu peux pas ne pas le faire.
01:29Pour moi, un film, c'est un rapport avec le public, c'est à quel endroit je crée une émotion chez le spectateur.
01:34Après, de la manière dont tu fabriques ce truc-là, c'est très très différent,
01:37mais vu cette histoire-là, ça ne pouvait être que de l'animation,
01:39donc je suis passé par les endroits que j'avais envie que l'animation me permettait, le dessin me permettait.
01:44Ce que je veux dire, c'est que des gens qui font de l'animation, ils ont des réflexes d'animation,
01:47ils réfléchissent en termes d'animation, ils ont des usages.
01:50Moi, j'avais aucun usage, alors des fois, pour le meilleur,
01:53parce que ça fait des choses qui étaient étonnantes, ou en tout cas originales,
01:55et des fois, ça pouvait être aussi de la confusion, parce que je leur demandais des trucs,
01:59je revenais en arrière, je me trompais, je revenais et tout ça,
02:02mais je les ai toujours pensés comme un film, quoi, voilà.
02:04Il y a toujours ce côté un peu...
02:06Enfin, on dit toujours film d'animation, mais on dit pas film de prise de vue réelle,
02:10une manière de mettre les trucs à part, comme si c'était un clan à part.
02:14Au final, c'est des images et du son, et on raconte un truc, et on essaye de créer des émotions.
02:18Justement, je suis hyper content qu'on soit à Cannes, parce qu'on est traités comme les autres.
02:22On va après à Annecy, c'est super, je suis hyper content d'aller à Annecy,
02:25mais on est entre nous, on est entre films d'animation.
02:28Moi, j'aime bien, parce que je viens pas de là, je suis pas du CERA et de l'animation.
02:31Donc effectivement, là, on est comme les autres.
02:33J'aime bien cette idée-là, de se mélanger.
02:35Après, qu'ils soient traités différemment, que le jury le regarde différemment,
02:38peut-être, je sais pas.
02:39Après, il y a un autre truc aussi, il faut être honnête,
02:41c'est que l'animation pour adultes, c'est souvent un peu de la niche,
02:45donc il y a une tendance à faire de l'animation plutôt pour enfants,
02:47et que les choses sont en train de bouger.
02:49Mais dans les films pour enfants, c'est compliqué de faire des films
02:52qui sont compatibles avec les grands festivals, c'est évident.
02:56Les derniers films qui étaient là, c'était Balsamique Bachir, Persepolis,
02:58qui sont des films politiques, inscrits dans une réalité, dans une actualité contemporaine.
03:03Il y a une réalité de l'économie de l'animation qui fait ça, c'est sûr.
03:06Ce qui a été difficile, c'est de prendre la décision, en fait,
03:09parce que tous mes grands-parents sont des Juifs d'Europe de l'Est,
03:12qui est une population qui a été en grande partie décimée pendant le génocide.
03:16Mes grands-parents qui étaient en France ont survécu,
03:18mes parents qui étaient enfants ont survécu.
03:20C'est un univers dans lequel j'ai baigné depuis que je suis gamin.
03:23Là encore, c'est la parole de Grimberg, il dit qu'on s'adresse aux enfants.
03:26Et en fait, comment on leur raconte cette histoire ?
03:29On ne veut pas les traumatiser, il faut les protéger.
03:31Donc il faut leur raconter de manière délicate.
03:33D'abord, le sens de cette histoire, c'est là où il y a la plus grande délicatesse,
03:37c'est de dire que même dans cette histoire horrible qui a existé,
03:39le meilleur de l'homme et de la femme est possible.
03:42C'est un choix.
03:43Le vrai sujet des films, c'est les Justes.
03:45Ce n'est pas les victimes, ce n'est pas les bourreaux, c'est les Justes.
03:47C'est les gens qui ont sauvé des gens, prêts à sacrifier tout,
03:50leur vie, leurs proches, ils ont sauvé des vies.
03:53Donc ça, c'est le choix de la vie.
03:54Et il y a une forme de délicatesse, je crois, à raconter cette histoire sur cet angle-là.
04:01Alors celui-là, j'ai commencé il y a cinq ans et demi.
04:03Et puis le Covid est arrivé et le financement a été bloqué.
04:08On ne savait pas ce qui se passait dans les salles.
04:09Les distributeurs étrangers, ils avaient acheté des films,
04:12mais ils ne pouvaient pas les distribuer, les mettre dans les salles
04:14donc ils n'avaient plus d'argent, etc.
04:15Donc on a bloqué.
04:16Et le producteur et le distributeur m'ont dit,
04:18« Bon, je crois qu'on était en novembre, un truc comme ça.
04:21Écoute, on ne pourra pas repartir avant le mois de juin. »
04:24Et donc j'ai réfléchi.
04:25Puis on m'a fait une autre proposition qui était coupée.
04:27Et donc je me suis engagé à faire le film en 11 mois.
04:29Et j'ai dit à Sobelman et à Sue Canack,
04:32« Voilà, ce ne sera pas juin, ce sera septembre,
04:34mais je fais cet autre film entre. »
04:36Donc j'ai fait coupé, tout compris,
04:38écriture, tournage, montage et tout ça,
04:4111 mois.
04:42Et en septembre, j'ai repris ce film-là.
04:43Donc j'ai commencé il y a cinq ans et demi,
04:45avec une pause d'un petit peu moins d'un an.
04:47Et ça m'a fait beaucoup de bien de faire une comédie
04:50un peu débridée, un peu débilosse et tout.
04:53Elle est maligne, mais bon, ça m'a permis de respirer.
04:56Ça m'a permis, je dirais d'une certaine manière,
04:58de rester moi-même aussi.
05:00Tu vois, quand tu me disais ce que ça a été douloureux,
05:02ben coupé a aidé beaucoup à respirer, ouais.
05:06Sous-titrage Société Radio-Canada

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