00:00 *Générique*
00:04 Le projet de loi sur la fin de vie arrive aujourd'hui en débat dans l'hémicycle à l'Assemblée.
00:08 Les débats promettent d'être animés.
00:10 Bonjour Olivier Falorni.
00:11 Bonjour.
00:12 Député Modem de Charente-Maritime et rapporteur général de la commission spéciale sur la fin de vie, merci d'être avec nous en direct.
00:18 Le texte qui arrive aujourd'hui en débat est très loin du projet initial.
00:22 Il a été remanié en commission, contre l'avis du gouvernement bien souvent,
00:27 mais aussi d'une bonne partie des médecins.
00:30 Olivier Falorni, vous dites en gros "on aura échoué si on fait une loi ouvrant un droit presque inaccessible".
00:37 Mais est-ce qu'avec ce texte qui arrive aujourd'hui, ce n'est pas l'opposé inverse ?
00:42 Puisque ses opposants dénoncent un projet qui est beaucoup trop permissif,
00:46 en élargissant notamment le critère d'éligibilité.
00:50 Alors d'abord, je crois qu'il faut éviter de relayer les éléments de langage des opposants
00:56 qui, même si le texte n'avait pas changé d'une virgule,
00:59 ne l'auraient pas voté et auraient agité d'autres épouvantails.
01:03 Non, le texte de la commission, certes, a amené des évolutions,
01:08 mais pas de révolution du projet de loi.
01:10 Sa philosophie n'a pas changé, il suffit de regarder la procédure d'accès à l'aide à mourir,
01:16 elle n'a quasiment pas changé.
01:18 Donc effectivement...
01:19 Alors avant, il fallait un pronostic vital engagé à court ou moyen terme.
01:24 On est passé aujourd'hui à "affection en phase avancée ou terminale".
01:28 Est-ce que ce n'est pas beaucoup plus flou, comme le dit le gouvernement,
01:31 et une partie du corps médical ?
01:33 Pas du tout.
01:34 Vous savez, durant les auditions, tous les professionnels de santé,
01:38 je dis bien tous les professionnels de santé, qui soient pour ou contre cette loi,
01:42 ont dit que la notion du moyen terme, c'est-à-dire de définir la durée de vie qui le reste,
01:48 comment voulez-vous qu'un médecin dise à un malade
01:51 "il vous reste 6 mois, 12 mois, 18 mois" de façon certaine.
01:54 Donc cette notion indéfinie ou inapplicable, nous l'avons modifiée,
01:59 nous avons repris la définition exacte faite par le ministère de la Santé de l'aide à mourir,
02:05 c'est-à-dire une maladie grave et incurable en phase avancée ou terminale.
02:09 Pourtant le ministre de la Santé va revenir au texte initial,
02:12 il dit que les médecins comprennent mieux la première expression.
02:17 Il suffit de lire les comptes rendus des auditions pour s'apercevoir du contraire,
02:22 et dans l'exposé des motifs du gouvernement qui accompagne la loi,
02:26 la maladie grave, qui a été conservée dans le texte,
02:30 est définie ainsi "maladie qui engage le pronostic vital du patient".
02:35 Donc maladie grave et incurable engage le pronostic vital en phase avancée ou terminale.
02:41 Ce n'est pas un critère qui élargit, ce n'est pas un critère qui restreint,
02:45 c'est un critère qui rend applicable la loi.
02:50 Rien ne serait pire que de voter un droit qui demain ne serait pas effectif.
02:54 Et c'est ce à quoi se sont employés les députés en conviction, en conscience et en liberté.
03:00 L'autre modification apportée c'est le geste de la mort.
03:03 Le patient aura le choix de faire lui-même l'injection ou de demander à un tiers.
03:09 Est-ce que ce n'est pas ouvrir la porte à des dérives comme le craignent certains ?
03:13 Je ne fais pas que relayer la parole d'autres, je dis qu'il y a des craintes.
03:19 Alors qu'il y ait des craintes sur ce texte, qu'il y ait une controverse,
03:22 c'est tout à fait légitime et c'est même sain.
03:25 Mais regardons le texte tel qu'il est, regardons la procédure qui n'a pas changé,
03:29 c'est-à-dire que l'auto-administration reste la règle
03:33 et qu'il sera possible pour le malade, s'il n'est pas en mesure de le faire,
03:37 d'avoir recours à un médecin, un infirmier ou une personne proche.
03:40 J'ai entendu dire que nous avions rajouté la personne proche,
03:43 mais c'est le gouvernement qui l'a inscrit dans son texte.
03:46 Donc cette règle n'a pas changé.
03:49 Il y a eu un amendement d'une collègue qui a souhaité que la question du libre-choix soit posée.
03:56 Mais dans le texte tel qu'il est aujourd'hui, c'est l'auto-administration le principe premier
04:01 et c'est l'intervention d'un tiers lorsque ce geste n'est pas possible pour le malade.
04:07 Olivier Falorni, est-ce qu'il ne fallait pas mettre d'abord le paquet sur les soins palliatifs
04:11 qui manquent cruellement dans notre pays ?
04:13 Il y a 21 départements qui sont toujours dépourvus d'unités de soins palliatifs.
04:18 Il y a un vrai besoin là.
04:20 Mais c'est justement la force de ce texte, c'est qu'il renforce la réponse primordiale
04:26 que sont les soins palliatifs, les soins d'accompagnement,
04:29 avec un plan ambitieux sur 10 ans de développement des soins palliatifs.
04:33 Qui prévoit des soins partout, des soins palliatifs partout ?
04:36 Oui, partout et pour tous.
04:38 Avec l'ambition d'ici la fin 2025 d'avoir dans tous les départements
04:44 au moins une unité de soins palliatifs.
04:46 Mais cette réponse primordiale, on le sait, ne suffit pas dans certains cas.
04:50 Et comme l'a dit la ministre, il y a des souffrances que rien ne peut apaiser.
04:54 C'est pour cela qu'il faut un ultime recours.
04:56 Et cet ultime recours, c'est l'aide à mourir qui, dans l'immense majorité des cas,
05:01 ne sera pas utilisée.
05:03 Et cette aide à mourir, finalement, sera une aide à vivre
05:06 pour des malades qui n'en peuvent plus et qui pourront savoir en permanence
05:12 qu'il y a éventuellement cette possibilité pour faire en sorte
05:17 que ces souffrances ne soient plus une lente agonie.
05:20 Et les débats vont durer deux semaines à l'Assemblée.
05:22 Merci beaucoup Olivier Falorni, député modem de Charente-Maritime
05:25 et rapporteur général de la Commission spéciale sur la fin de vie.
05:28 Bonne journée à vous.
05:30 Retrouvez cette interview sur RTL.fr.
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