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00:02 Une lumière crue jetée sur la prise en charge du handicap en France. C'était
00:11 hier soir dans un documentaire choc diffusé dans Zone Interdite sur M6. On y découvre un
00:15 univers entaché de scandales où l'État ne joue pas son rôle ou pas assez. Et vous avez contribué
00:21 à lever une partie du lièvre si je puis dire. Bonjour Olivier Paolini. Bonjour à vous. Vous
00:27 êtes professeur spécialisé, vous êtes président de l'association l'inclusion ensemble et vous
00:31 travaillez, puisque vous en êtes parti, vous travaillez au sein d'un institut médico-éducatif.
00:36 Il y en a 1300 en France. C'était à Narbonne et on vous voit dans le reportage, vous avez décidé
00:44 d'alerter les parents sur la réalité de ce que vivaient leurs enfants. Alors d'abord pour nos
00:48 auditeurs, quelle réalité, qu'est ce que vous avez vu au sein de cet établissement ? Bonjour à vous.
00:54 Donc du coup, moi j'ai travaillé plusieurs années à cet établissement dans l'IME à Narbonne et j'ai
00:59 commencé à alerter les familles sur des problèmes d'abord de scolarisation et de discrimination des
01:05 enfants qui n'étaient pas scolarisés ou très peu scolarisés. Ça c'est pour la partie
01:10 scolarisation puisque je suis enseignant. Mais plus grave encore, de l'attente à la dignité
01:15 humaine au quotidien. On l'a vu dans le documentaire, des enfants étaient en danger à tout
01:21 moment des morceaux de l'établissement pouvaient leur tomber sur la tête. Et donc à ce moment là,
01:26 j'ai décidé d'alerter les parents immédiatement parce qu'il y avait un danger de risque immédiat
01:31 pour la vie de leurs enfants qui, chaque fois qu'ils venaient à l'IME, pouvaient prendre une
01:37 pierre sur la tête, que ce soit dans une salle d'accueil ou dans la cour de récréation. Voilà,
01:41 parce que c'est une vieille maison de 1905, je crois, assez décrépite. On voit une cheminée
01:47 qui est tombée au sol, le bâtiment est fragile. Et vous avez filmé tout ça ? Alors les images,
01:53 pas que moi, du coup, moi je suis lanceur d'alerte, donc il y a beaucoup de professionnels qui n'osent
01:59 pas parler. Moi je parle publiquement parce que j'ai le statut de lanceur d'alerte qui juridiquement
02:03 me protège. Mais il y a beaucoup de professionnels aussi à l'intérieur de l'IME et dans beaucoup
02:09 d'IME qui sont inquiets de la situation. Effectivement, j'ai récupéré des images et
02:15 j'ai décidé de les montrer aux familles parce qu'il est nécessaire et important qu'elles soient au
02:21 courant. Ce qui malheureusement n'était pas le cas parce que l'IME, la direction de l'association
02:27 et de l'IME ne voulait pas leur montrer la réalité de la situation. Parce que ce qui est fou, c'est
02:31 que les parents ne peuvent pas entrer dans ce bâtiment. C'est la norme, ils ne peuvent pas
02:36 entrer dans les IME, les parents d'enfants handicapés. Les parents sont mis à l'écart
02:39 totalement de ces institutions, à tel point que les professionnels et même la direction a peur
02:45 effectivement de les faire rentrer pour montrer ce qui se passe vraiment parce que c'est choquant
02:50 et grave. Les parents, s'ils savaient comment ça se passait dans l'établissement, ils ne
02:55 mettraient pas leur enfant. C'est triste mais malheureusement, un petit peu tout le monde le
03:00 sait, il y a une espèce d'omerta générale qui fait que malgré cette connaissance collective,
03:07 vous avez vu dans le reportage, il manque des places, les parents ont peur que leur enfant ne
03:12 soit plus accueilli dans l'établissement, donc préfèrent se taire aussi, acceptent l'impensable
03:16 jusqu'à la maltraitance de leur enfant. Les parents acceptent l'impensable, c'est ce que vous dites ?
03:20 Oui, parce qu'il y a du chantage à la place en fait, c'est-à-dire qu'ils préfèrent encore être
03:23 dans un établissement maltraitant, fermer les yeux, que ne plus être accueillis. Parce que la
03:29 situation des familles est extrêmement tendue et avoir son enfant à la maison toute la journée,
03:33 c'est extrêmement difficile. Parce que là, pour revenir à l'établissement de Narbonne,
03:38 dans lequel vous avez travaillé, vous avez montré ces images aux parents. Les parents,
03:42 quand ils découvrent ces images, on les voit, ils pleurent, ils sont sous le choc.
03:46 Oui, ils sont choqués. C'est pas passé, mais il y a une maman qui a dit, on dirait un
03:51 établissement du tiers monde. C'est vraiment extrêmement choquant en termes de dignité
03:55 humaine, en termes de sécurité. C'est gravissime. Et malgré tout ça, les enfants, ils sont toujours
04:02 aujourd'hui dans ce même établissement ? Depuis l'enquête, j'ai évidemment alerté,
04:09 grâce à mon alerte, l'ARS est descendu il y a quelques mois.
04:12 L'Agence régionale de santé ?
04:14 Exactement. Elle a demandé à ce que plus aucun enfant ne soit dans ce bâtiment-là. Mais
04:19 l'association gestionnaire médico-sociale les a brimbalés, les a mis dans un autre
04:23 établissement qui n'est pas mieux en termes de sécurité, d'accueil et de dignité des enfants.
04:28 Donc la situation perdure et la désorganisation, malheureusement, perdure encore. Et moi,
04:36 j'en appelle vraiment, alors là je parle aujourd'hui, et c'est extrêmement important,
04:39 de libérer cette parole des professionnels et des parents pour que chacun dénonce la
04:44 situation. Parce que moi, je l'ai fait. Mais vous savez, les professionnels, même en interne,
04:49 il ne faut pas leur jeter la pierre parce qu'ils finissent malheureusement de s'accommoder à la
04:54 situation parce qu'ils ont peur pour leur travail et ne branchent même plus. C'est terrible de dire
05:00 ça, mais tout le monde s'accommode de cette situation. Donc moi, je propose, vous savez,
05:06 il y a eu, lorsqu'il y a eu les problèmes de violences sexuelles et d'inceste sur les enfants
05:11 il y a quelques années, on a créé une commission qui s'appelle la CIVIZ sur le handicap. Je crois
05:17 qu'il est absolument urgent de créer une commission d'écoute et d'alerte handicap pour que s'expriment
05:23 les professionnels, les parents, les aidants, les enseignants. Parce que la situation, tout le monde
05:30 a son avis sur la situation subjective, sur les politiques publiques du handicap, sur l'inclusion,
05:34 mais on n'a pas de données, on n'a pas d'indicateurs. Il faut parler et mettre ça sur la place publique.
05:39 Et je crois que le documentaire diffusé hier soir, il a fortement contribué. On verra quelles
05:44 en sont les conséquences, en tout cas la ministre en charge du handicap.
05:47 handicap.
05:47 *rire*
05:48 Merci à tous !
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