- 23/05/2024
Jean Marc Deperrois, l'affaire empoisonnée
L'affaire Deperrois, dite 'affaire de la Josacine empoisonnée' est celle d'un crime passionnel raté. Le samedi 11 juin 1994, la petite Emilie Tanay, 9 ans, meurt d'un empoisonnement au cyanure. Le poison a été mélangé à son antibiotique, la Josacine. Les parents éplorés sont soupçonnés du meurtre de leur enfant, avant que les enquêteurs ne se tournent vers Jean-Marc Deperrois. L'homme est l'amant de Sylvie Tocqueville, la femme chez qui la petite fille était hébergée. Jean-Marc Deperrois aurait voulu empoisonner Jean-Michel, le mari de sa maîtresse, à qui il pensait que le sirop était destiné.
L'affaire Deperrois, dite 'affaire de la Josacine empoisonnée' est celle d'un crime passionnel raté. Le samedi 11 juin 1994, la petite Emilie Tanay, 9 ans, meurt d'un empoisonnement au cyanure. Le poison a été mélangé à son antibiotique, la Josacine. Les parents éplorés sont soupçonnés du meurtre de leur enfant, avant que les enquêteurs ne se tournent vers Jean-Marc Deperrois. L'homme est l'amant de Sylvie Tocqueville, la femme chez qui la petite fille était hébergée. Jean-Marc Deperrois aurait voulu empoisonner Jean-Michel, le mari de sa maîtresse, à qui il pensait que le sirop était destiné.
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00:00 Une contre-expertise qui va dire que les scientifiques du CNRS n'ont pas travaillé exactement avec les produits qui avaient été utilisés à l'époque dans les années 90.
00:10 Et que seules les conclusions des experts rendues au cours de l'instruction sont les bonnes.
00:16 Et que le cyanure contenu dans le flacon de josacin est bien le cyanure que Jean-Marc Desperrois avait en sa possession.
00:24 [Générique]
00:48 Tout le monde a tout de suite compris qu'on était face à une affaire hors norme.
00:53 On avait franchement l'impression au moment du procès qu'on voulait absolument réunir un tas d'éléments pour en faire un coupable idéal.
00:59 La seule erreur qu'il y a, il y en a une, c'est l'erreur sur la personne.
01:03 A chaque fois qu'il y a une nouvelle hypothèse, il y a un nouveau doute. Et le doute doit profiter à l'accusé.
01:08 Les gens qui ne comprennent pas, qui disent qu'il est innocent, ils n'ont rien dans la tête quand même, c'est pas possible.
01:14 Le lot de cyanure de monsieur Desperrois est le même que le lot de cyanure retrouvé dans le flacon de josacin.
01:21 La justice a dit que j'avais fait correctement mon travail.
01:23 Ça veut dire très concrètement que Jean-Marc Desperrois est plausiblement innocent.
01:27 Je n'ai aucune raison, mais aucune raison de douter de la culpabilité de Jean-Marc Desperrois.
01:34 [Générique]
01:43 La josacin empoisonnée, ou plutôt l'affaire Desperrois.
01:48 L'histoire dramatique d'une petite fille de 9 ans, Émilie Tannay, victime d'une terrible méprise dans une affaire d'adultère.
01:56 Un crime passionnel raté.
02:00 L'affaire Desperrois, c'est l'histoire d'un soulèvement médiatique sans précédent autour d'un homme que certains journalistes ont voulu innocenter à tout prix.
02:09 Quant à la famille d'Émilie, elle a vécu l'enfer.
02:12 Suspectée du meurtre de leur enfant unique, soumise à l'opprobre, puis à la vindicte populaire, rien n'a été épargné à ses parents.
02:21 Un coupable présenté comme une victime, des victimes traitées comme des coupables.
02:27 Si pour la justice, l'affaire est classée, elle agite encore deux clans qui fouillent et refouillent les milliers de pages du dossier et se battent à coup de contre-expertise.
02:39 20 ans après, que sont devenus les acteurs de cette affaire empoisonnée ?
02:44 Qu'a-t-elle changé au niveau des lois, des investigations scientifiques, des méthodes d'enquête et de l'approche judiciaire ?
02:52 Avec Imen Gouali, nous avons décidé de retrouver les protagonistes de l'affaire Desperrois et d'analyser avec eux les conséquences et les répercussions de ce dossier hors normes.
03:08 L'accusation avait demandé 25 ans, la défense avait plaidé l'acquittement, mais au bout du compte, Jean-Marc Desperrois en a pris pour 20 ans, reconnu coupable d'avoir provoqué la mort de la petite Émilie par empoisonnement au cyanure.
03:19 Tout commence le samedi 11 juin 1994 en Normandie. Vers 15h, Émilie Tannay, une petite fille de 9 ans, quitte son domicile de Saint-Jean-de-la-Neuville avec sa maman, Corinne Tannay.
03:35 Émilie doit passer le week-end chez son copain Jérôme, dans le village voisin Gruchet-le-Valas. La municipalité de Gruchet organise une grande fête médiévale avec animation de rue et défilé costumé.
03:49 - Émilie a été très emballée parce que c'était séduisant pour elle de se déguiser et puis surtout c'était séduisant pour elle de passer le samedi avec Jérôme, qu'elle considérait comme un frère. Et voilà, donc j'ai préparé son sac pour le week-end avec son traitement, ses effets personnels.
04:06 Avant de partir, la maman d'Émilie informe les parents de Jérôme, les Tocqueville, que sa fille a une petite bronchite. Émilie doit prendre un sachet d'expectorant et de la josacine, un sirop antibiotique que sa maman a déjà dilué.
04:21 Aujourd'hui, plus de 20 ans après, Jean-Michel Tocqueville se souvient encore de ce jour-là.
04:28 - Ça se passait très bien, la petite fille était en pleine forme, elle jouait avec mes enfants, il y avait des clowns, tout ça, c'était sympa. J'aurais donné un goûter, ils jouaient sur la place, il faisait beau, il y avait du soleil.
04:38 Et puis à 7h, on est partis, on devait manger à l'abbaye du Valas. Je lui ai donné sa josacine, elle est partie en courant vers le garage et elle s'est effondrée dans le garage.
04:48 J'ai dit à Émilie, arrête de faire la folle. Et je la regarde, elle était complètement... Elle avait les yeux renversés, elle avait les lèvres qui bleuissaient. Alors je la prends dans mes bras, je la lance sur le canapé, j'appelle le SAMU.
05:01 Les Tocqueville appellent les secours et un ami proche des parents d'Émilie, Denis Lecointre. Car à l'époque, il n'y a pas de téléphone portable et ils ne savent pas comment joindre les parents, sortis dîner ce soir-là.
05:15 Et c'est ma sœur, en fait, quand on arrive chez son compagnon, qui nous dit vite, vite, il est arrivé quelque chose à Émilie. Elle est à l'hôpital du Havre, il faut y aller tout de suite.
05:25 Et ben là, on dit mais qu'est-ce qui s'est passé ? Et Véronique nous répond, justement, on sait pas, vite, vite, allez-y.
05:31 Lorsque les parents d'Émilie arrivent à l'hôpital, leur fille est morte. Les médecins ne comprennent pas.
05:42 - Alors, point d'interrogation, je me demandais ce qui s'était passé. On croyait une rupture d'anévris. Ça arrive chez les enfants. Et vers 9h à peu près, l'hôpital du Havre me demande comment ça s'est passé.
05:54 Alors je lui dis, je leur explique que je lui avais donné son sirop de Josacin. Elle m'avait dit quand elle l'avait pris, ça a un mauvais goût, c'est pas comme d'habitude. Alors là, déjà, ça travaillait dans ma tête, là.
06:08 La mort d'Émilie est une énigme. Jusqu'à ce qu'un détail intrigue le médecin de garde qui décide d'alerter les autorités.
06:16 - Il est désolé de nous dire cela, mais il va être obligé, donc, d'avertir le substitut du procureur du Havre parce qu'on vient de découvrir, donc, de la soude caustique dans le flacon.
06:28 - Il pense de la soude caustique dans le flacon de Josacin d'Émilie. Le prélèvement gastrique d'Émilie a révélé aussi, je sais plus, quelque chose d'anormal, un taux de pH, je crois, très élevé.
06:40 - À partir de cet instant, nous n'avons plus disposé du corps de notre enfant. Ça n'était plus possible de l'avoir.
06:47 Émilie est autopsiée 5 jours plus tard. Le flacon de Josacin contenait du cyanure. C'est ce poison très violent qui est responsable de la mort de la fillette.
06:59 Le lendemain, la France apprend au journal de 20 heures que la Josacin est impliquée dans un décès suspect.
07:11 - Puis nous venons de recevoir, et je vais vous le communiquer, l'appel d'un laboratoire pharmaceutique, le laboratoire Belon, à propos de l'antibiotique Josacin en suspension buvable.
07:21 - Une personne qui utilisait cet antibiotique est décédée et le laboratoire demande aux personnes qui éventuellement utiliseraient l'antibiotique de suspendre tout de suite leur traitement et de ramener les flacons chez les pharmaciens, puisque apparemment la personne est décédée à la suite de l'absorption de cet antibiotique.
07:40 Désormais, toutes les personnes qui ont approché de près ou de loin le flacon de Josacin sont suspectées.
07:47 - On va aller faire des perquisitions chez les Tannay, chez les Tocqueville, chez les Lecointre. On va rechercher tout ce qui pourrait nous amener du courrier, des lettres, tout élément qui pourrait donner une orientation à l'enquête.
08:04 Accident médical ou domestique, malveillance ou pire, empoisonnement volontaire et par conséquent un crime.
08:11 Les gendarmes chargés de l'enquête n'écartent aucune piste.
08:14 - Alors là, j'étais inquiété. Les gendarmes m'accusaient d'avoir eu des attouchements sur la petite fille puis de l'avoir empoisonnée pour la faire taire. Alors j'étais complètement terrorisé. Je savais pas comment m'en sortir.
08:28 Après vérification, les parents des milices sont mis hors de cause. Tout comme Jean-Michel Tocqueville, Blanchy lui aussi.
08:35 En revanche, l'enquête se resserre autour de sa femme, Sylvie, car une rumeur circule dans le village.
08:43 Sylvie Tocqueville avait un amant, Jean-Marc Deperrois. Un homme de 43 ans, marié, père de famille, chef d'entreprise et adjoint au maire de la commune.
08:57 - On sait pas sur sa personnalité, sur ce qui se passait vraiment dans son couple, sur ses relations avec Sylvie Tocqueville, sur ses relations avec sa famille. On sait pas grand chose, en fait.
09:11 Les gendarmes veulent savoir et se posent la question. Et si l'amant avait voulu tuer le mari ? Et si Jean-Marc Deperrois, en voulant empoisonner son rival, avait provoqué la mort d'Emilie par erreur ?
09:27 Jean-Marc Deperrois est placé sur écoute. Et là, l'enquête bascule. Au téléphone, un de ses amis lui demande s'il n'a pas été inquiété au sujet du produit. Mais alors, quel produit ?
09:41 Les gendarmes identifient rapidement ce mystérieux ami, un certain Alain Bodson, qu'ils contactent aussitôt.
09:51 - Et il me dit "Oui, écoutez, voilà, on a livré à monsieur Deperrois 1 kg de cyanure de sodium". Voilà ce que me déclare monsieur Bodson au téléphone.
10:03 - Alors je lui dis "Mais vous en êtes sûr ?" parce que bon, je m'attendais quand même pas à cette réponse-là aussi abrupte.
10:10 - Je lui dis "La facture est à son nom". "Non, non", il me dit, "C'est moi qui me le suis fait livrer, il est venu le chercher".
10:18 Du cyanure de sodium, autrement dit le même poison que celui retrouvé dans la josassine d'Emily.
10:24 Deux mois après la mort de la fillette, Jean-Marc Deperrois est interpellé et placé en garde à vue.
10:31 Mais l'homme n'y a voir jamais détenu du cyanure. Il traite même de menteur son ami qui affirme le lui avoir fourni.
10:40 Mais après une longue nuit d'interrogatoire et plusieurs confrontations, Jean-Marc Deperrois craque.
10:47 - Sur le coup de 7h du matin, il m'a dit "Bien écoutez, j'ai réfléchi, effectivement, j'ai bien eu un kilo de cyanure de sodium".
10:56 Jean-Marc Deperrois a donc menti et il avoue. Le cyanure, il l'a acheté pour faire des expériences sur les métaux dans son entreprise.
11:07 Il s'en est débarrassé quelques jours après le drame en le jetant dans la Seine parce qu'il a eu peur du scandale, peur de la révélation de son adultère et peur d'être injustement accusé du meurtre d'Emily.
11:19 Le problème, c'est qu'en vérifiant son emploi du temps ce jour-là, les gendarmes s'aperçoivent que Jean-Marc Deperrois avait la possibilité de s'introduire chez les Tocqueville en leur absence.
11:32 D'ailleurs, un couple de voisins dit l'avoir déjà vu entrer en catimini chez sa maîtresse.
11:37 Une fois, l'élu portait même des gants en latex, des gants retrouvés chez lui lors d'une perquisition.
11:44 Tout semble donc collé. Alors, malgré ces dénégations, Jean-Marc Deperrois est incarcéré.
11:55 Quand on apprend que ce monsieur Deperrois est mis en examen, on aurait pu avoir la réaction de rencontrer un journaliste et de dire "ben voilà, un homme dénommé monsieur Jean-Marc Deperrois, habitant à Gauchelvalas, a été mis en examen" et on pense que, ben non, on n'avait pas à dire ça.
12:13 Dans la mesure où on ne le connaît pas, c'est un inconnu pour notre famille, pour notre enfant et qu'on ne sait pas ce qu'il y a de retenu contre lui.
12:22 Les parents d'Emilie refusent toute interview. Dès lors, les journalistes frustrés prennent pour du mépris ce qui est en réalité de la dignité.
12:32 De leur côté, les proches de Jean-Marc Deperrois, eux, s'expriment. Ils ne refusent jamais un micro tendu pour crier son innocence.
12:43 Tous les gens de l'Amérique le défendaient parce qu'il était le premier adjoint. Il était très estimé dans la commune. Il s'occupait des personnes âgées, de la maison des jeunes, tout ça, donc il avait une bonne image dans la commune.
12:55 Et les gens encore à Gauchelvalas ne veulent pas croire que c'est lui qui a tué la petite Emilie.
13:01 Même Anne-Marie, sa femme trompée, le défend bec et ongle. Au côté de Sylvie, sa maîtresse, deux femmes que tout oppose et qui soutiennent le même homme, du sensationnel.
13:13 Alors, la presse offre une large tribune aux défenseurs de Jean-Marc Deperrois. Et la thèse de son innocence gagne du terrain pendant que les parents d'Emilie continuent de subir en silence.
13:26 La presse, à ce moment là, était à fond pour Deperrois, à fond et contre les Tannay. Parce que tout le monde était contre les Tannay en Normandie. Parce qu'ils étaient un peu distants, peut-être.
13:45 Le 2 mai 1997, le procès s'ouvre à Rouen, dans une atmosphère enfiévrée face à une opinion publique divisée et des journalistes engagés.
13:56 Il y a tous les ingrédients, il y a le drame passionnel, il y a une enfant qui est décédée, on subodore un affrontement entre les gens de la ville et les gens du pays de cô. On cite mot passant, on sait que tous les éléments de la tragédie sont bien présents.
14:17 Tous les éléments de la tragédie et tous les personnages du drame. Il y a l'amant, sa femme Anne-Marie, sa maîtresse Sylvie et son mari, l'époux trompé.
14:27 On sent que ce procès va être interprété comme étant un spectacle. Ça je l'ai ressenti tout de suite.
14:37 Tout l'enjeu du procès repose sur les expertises scientifiques. La question que tout le monde se pose est simple. Le lot de cyanures acheté par Jean-Marc Deperrois est-il le même que celui qui a tué Émilie ? La réponse des experts est unanime.
14:55 - On a retrouvé un cyanure qui est celui qui a été introduit dans le flacon. C'est-à-dire qui présente les mêmes identités que celui retrouvé dans le flacon par rapport à la centaine de cyanures commerciaux différents analysés.
15:09 - Donc on a pu cerner un lot de cyanures identiques à celui qui a été introduit dans le flacon.
15:17 Mais qu'importe. La plupart des journalistes refusent d'entendre cette version. Dans les journaux, ils évoquent de simples hypothèses.
15:26 Mais après trois semaines de débat, les jurés tranchent. Jean-Marc Deperrois est coupable. Il voulait se débarrasser de son rival. Il savait que Jean-Michel Tocqueville prenait des antibiotiques ce jour-là. Il a tenté de l'empoisonner. Mais c'est la pauvre Émilie qui en est morte.
15:46 Deperrois est donc condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour empoisonnement avec préméditation.
15:56 - J'ai pas vu grand-chose. Moi, j'ai regardé Deperrois quand il est arrivé, qu'on l'a fait lever, qu'on lui a dit "Monsieur Deperrois, à la question, machin, les jurés ont répondu coupable". Et il s'est effondré. Enfin, il est tombé, quoi. Il a poussé un cri. Tout le monde a hurlé sur le banc de la famille et des amis. Enfin, il y a certains qui ont balancé des insultes.
16:18 - Des gens se sont adressés directement aux tannés en leur disant "C'est de votre faute. Voilà ce que vous avez fait. Vous êtes content maintenant et vous voulez de l'argent, bien sûr". Chose atroce.
16:38 Depuis la condamnation de Jean-Marc Deperrois, ses proches continuent, avec une énergie inépuisable, à relayer son combat et à dénoncer une erreur judiciaire.
16:48 - Le comité de soutien continue. Sa femme... Je vais faire une grande interview de sa femme ou avec une photo formidable où elle a la main sur le coeur et elle dit "Je crois à l'innocence absolue de mon mari", etc. Enfin, donc tout le monde continue à se mobiliser.
17:05 Le jeune élu compte bien utiliser tous les moyens juridiques pour démontrer son innocence. A l'époque, les décisions d'assises ne sont pas susceptibles d'appel. Alors Jean-Marc Deperrois dépose un pourvoi en cassation.
17:19 - Il y a un certain nombre d'arguments pour obtenir la cassation, qui, vous le savez, ne juge pas le fond de l'affaire, mais la forme. Et pour avoir assisté aux conclusions de la cour de cassation à Paris, ça sera très rapide. En quelques minutes, les juges disent "Il n'y a pas d'élément suffisant qui pourrait aboutir à une cassation du jugement".
17:46 Son pourvoi rejeté, Jean-Marc Deperrois doit donc effectuer sa peine. Mais son comité de soutien reste toujours aussi actif.
17:54 - La famille Deperrois a toute la bonne société du coin avec elle. Et donc ces gens-là, ils ont des réseaux, ils ont des journalistes avec eux, ils ont tout le monde. Donc bien évidemment, c'est comme ça que tout ça se monte.
18:10 Parmi eux, un journaliste national reconnu et estimé qui, à l'époque du procès, travaille pour le quotidien Le Monde, Jean-Michel Dumais.
18:21 Il était si convaincu de l'innocence de Jean-Marc Deperrois, aussi convaincu que le doute devait profiter à l'accusé, qu'il n'imaginait pas autre chose qu'un acquittement. Et alors que la clameur montait dans la salle pour critiquer le jugement,
18:43 du mec qui était juste sur le banc de la presse devant moi, je peux témoigner que je l'ai vu prendre sa tête à deux mains et s'effondrer en larmes.
18:53 C'est un élément rarissime dans une cour d'assises que sur le banc de la presse, il y ait des pleurs. Moi, j'avais jamais vu ça. Je crois que c'était peut-être sans précédent.
19:06 Depuis, Jean-Michel Dumais a écrit un livre. Le journaliste a mené sa propre contre-enquête. Il s'est procuré le dossier d'instruction. Il a étudié les milliers de pages de la procédure avant de livrer ses conclusions.
19:22 Je ne comprends pas pourquoi il s'obstine à ce point, Jean-Michel Dumais. Pourquoi cette affaire lui tient tant à cœur ? Pourquoi il y va pratiquement de son intégrité intellectuelle, de démontrer coûte que coûte que De Peyrois est innocent ? Pourquoi ?
19:40 [Musique]
19:52 Jean-Michel Dumais, pour vous, la condamnation de Jean-Marc De Peyrois, c'est une erreur judiciaire. Quels sont vos arguments ?
19:59 D'abord, je n'ai pas été convaincu par la thèse de l'accusation qui était celle d'un crime passionnel raté. Il fallait imaginer un stratagème assez compliqué. Le fait d'empoisonner un médicament dont la plupart des Français savent qu'il est un médicament à usage pédiatrique.
20:14 Ça paraissait vraiment très compliqué. On avait franchement l'impression au moment du procès, ou en tout cas, c'était mon impression, qu'on voulait absolument réunir un tas d'éléments pour en faire un coupable idéal.
20:25 Vous pensez qu'il est innocent ou vous pensez qu'il y a des doutes ? Ce n'est pas la même chose ?
20:29 Bien sûr, oui. Je vous parle au moment du procès. Après, il se trouve que j'ai été amené à chemin faisant, à réaliser une contre-enquête pendant quelques années, tout au moins dans un premier temps, à rencontrer des protagonistes.
20:42 Et à l'issue de mon travail, j'ai acquis progressivement la conviction qu'il était innocent.
20:49 Vous avez pleuré au moment du verdict et de la condamnation de Jean-Marc Decaroix ? C'est rare ?
20:55 Oui, moi, j'ai été scotché, frappé, très touché de cette condamnation qui me semblait complètement disproportionnée, en tout cas, complètement malvenue, compte tenu des éléments qu'on avait pu voir au moment du procès.
21:09 Ça me paraissait insensé qu'on puisse, sur la base des éléments que j'avais pu voir, condamner quelqu'un. Voilà. Donc ça a créé une émotion forte.
21:17 Je précise toujours que ce ne sont pas ces larmes-là qui m'ont brouillé ma vision du procès. Elles sont venues à l'issue du procès.
21:23 Et c'est aussi pour les raisons pour lesquelles j'ai voulu faire, après coup, un travail, si possible, irréprochable au niveau de l'enquête pour montrer que mon émotion était liée à des choses qui valaient la peine.
21:35 Dans sa contre-enquête, Jean-Michel Dumais porte de sérieuses accusations.
21:41 Pour lui, l'affaire de la Josacyne n'est pas un crime, mais un accident. Un accident domestique, dissimulé ensuite par Jean-Michel Tocqueville, chez qui le drame s'est noué, et Denis Lecointre, l'ami de la famille appelé à la rescousse ce soir-là.
21:57 Jean-Michel Dumais, aujourd'hui, en tout cas dans votre livre, vous accusez Jean-Michel Tocqueville et Denis Lecointre. Sur quoi basez-vous ces allégations ?
22:08 Je trouve qu'assez rapidement, dans le volumineux dossier de la Josacyne, je suis tombé sur des écoutes qui n'avaient fait l'objet d'aucun traitement policier, en tous les cas dans la procédure écrite.
22:19 Un ami de la famille Tocqueville, qui s'appelle Denis Lecointre, au moment où la télévision annonce à la France entière qu'un produit toxique est impliqué dans la Josacyne, Denis Lecointre va dire à Jean-Michel Tocqueville « Mais tu vas passer à la télé, toi, avec ton produit que t'as mis dans la Josacyne ».
22:35 Cette phrase qui est quand même assez lourde, en tous les cas potentiellement lourde...
22:39 Denis Lecointre dit bien à Jean-Michel Tocqueville « Tu as mis du produit dans la Josacyne ».
22:43 Il dit clairement « Tu vas passer à la télévision, toi, avec ton produit que t'as mis dans la Josacyne ».
22:48 Donc j'ai été amené, compte tenu des éléments que j'avais pu recueillir, à formuler une hypothèse, qui est l'hypothèse d'un accident domestique camouflé, non assumé par les personnes qui gardaient cet enfant le soir du drame.
23:04 Et c'est le cas de Tocqueville et plus précisément Jean-Michel.
23:06 J'ai été amené à imaginer que cet enfant avait certes dit comme d'habitude qu'elle n'avait pas aimé la Josacyne, qu'elle est allée chercher quelque chose pour faire passer le goût de la Josacyne,
23:20 mais qu'elle a pris à ce moment-là un produit cyanuré qui se trouvait dans une bouteille pour faire passer le goût de la Josacyne, et c'était un poison.
23:27 Et c'est ça qui l'a tué. Voilà.
23:30 Vous avez dit qu'il y avait du cyanure chez les Tocqueville, peut-être dans une bouteille qui pouvait ressembler à une bouteille d'eau j'imagine,
23:36 et qu'ensuite Jean-Michel Tocqueville, paniqué d'être tenu responsable de la mort de cet enfant qu'il avait en garde, aurait mis du cyanure dans le flacon de Josacyne pour incriminer le laboratoire pharmaceutique.
23:47 Vous avez parfaitement résumé mon hypothèse.
23:50 Pour cette théorie, pour cette thèse, pour ce livre que vous avez écrit, vous avez fait l'objet de poursuites.
23:55 Les différentes juridictions qui ont eu à se prononcer, notamment au niveau du cours d'appel, m'ont relaxé, estimant que mon travail était très sérieux.
24:03 Et je dois préciser qu'un des tribunaux qui a dû se connaître de cette affaire-là a même considéré que, compte tenu des éléments que j'apportais, l'hypothèse que je formulais était plausible.
24:14 Pour vous, ça veut dire que la justice a validé votre thèse ?
24:17 La justice a dit que j'avais fait correctement mon travail.
24:21 Et concrètement que Jean-Marc Depeau-Roy est plausiblement innocent, puisque l'hypothèse est plausible.
24:26 Directement visé, Jean-Michel Tocqueville répond pour la première fois à ses accusations.
24:33 Ça m'a terriblement blessé. Ce livre est devenu livre de chevet du comité de soutien, la Bible.
24:42 Mais est-ce que vous, vous avez introduit du cyanure dans la Josacyne ?
24:45 Oh pfff, du cyanure, j'en ai jamais vu.
24:49 Qu'est-ce que ça voulait dire ces écoutes téléphoniques lorsque Denis Lecointre parle d'un produit que vous avez mis dans la Josacyne ? Qu'est-ce que ça voulait dire ?
24:57 Je ne sais rien. Denis Lecointre a paniqué complètement.
25:01 On sent quand même à l'interface une certaine inquiétude entre vous et Denis Lecointre aussi.
25:06 Pourquoi être inquiet si vous n'avez rien à vous reprocher ?
25:09 J'ai rien à me reprocher. Une petite fille meurt chez vous, c'est traumatisant quand même.
25:16 Imaginez une petite fille de 9 ans qui décède dans vos bras. C'est un choc terrible quand même.
25:21 Il y a de quoi être inquiet, il y a de quoi être mal quand même.
25:24 Les gens se demandent comment ça se fait qu'on était mal, qu'on se posait des questions.
25:28 Depuis ce 11 juin 1994, depuis le jour de la mort d'Emilie, Jean-Michel Tocqueville est un homme brisé.
25:37 Et les accusations de Jean-Michel Dumais sont venues l'achever.
25:43 Jean-Michel Tocqueville, 20 ans après la mort d'Emilie, vous allez mieux, vous êtes remis ?
25:48 Oui, je me suis remis. Maintenant, je ne vois personne. Je vois que mes enfants, les copains de mes fils, c'est tout.
25:54 Il n'y a plus personne qui vient chez moi. J'ai perdu tous mes amis.
25:57 Les gens roussés me disent bonjour, sans plus, et puis c'est tout. Il n'y a plus personne qui s'intéresse à moi.
26:02 On me regarde un peu comme une bête de cirque, on ne sait rien, comme quelqu'un qui a des problèmes dans sa vie.
26:10 J'ai déménagé de la mairie, j'ai acheté une maison à Saint-Antoine et je suis parti.
26:13 Et aujourd'hui, quand vous vous dites que c'est vous qui étiez visé, c'est vous que Jean-Marc Toperrois voulait tuer ?
26:18 J'ai complètement dégringolé. J'ai fait une névrose post-traumatique.
26:23 Ça s'appelle le syndrome du survivant. On culpabilise de ne pas être mort et que la petite soit morte à votre place.
26:30 On a des angoisses, j'avais des douleurs terribles dans le ventre. Je souffrais, je ne pouvais pas bouger.
26:37 Je me plongais dans mon canapé, je prenais des calmants, il n'y avait rien qui pouvait me calmer.
26:40 J'appelais le médecin, il changeait mes médicaments, je me faisais hospitaliser.
26:45 J'allais en clinique psychiatrique, je souffrais, ça allait mal.
26:49 Et puis après, je me suis mis à boire du whisky et ça allait bien.
26:52 Le whisky, c'est vous qui l'avez mis ?
26:54 Ça me calmait.
26:56 Et combien de temps ça a duré comme ça, boire du whisky ?
26:58 J'ai bu du whisky pendant une dizaine d'années.
27:00 Tous les jours ?
27:02 Tous les jours. J'ai fait des tentatives de suicide.
27:06 Au bout d'une dizaine d'années, je me suis hospitalisé à Lillebonne et j'ai arrêté de prendre des médicaments.
27:11 Et là, tout a changé ma vie.
27:13 Ça allait mieux.
27:15 De leur côté, les proches de Jean-Marc Deperroy comptent bien utiliser ces écoutes téléphoniques incriminant Jean-Michel Tocqueville pour innocentier Deperroy.
27:25 Cette écoute est pour eux la preuve que l'enquête n'a été menée qu'à charge.
27:29 Les enquêteurs et le juge d'instruction n'ont pas fait les vérifications qui s'imposaient.
27:36 Pire, les gendarmes n'auraient jamais posé une seule question, ni à Tocqueville, ni à Lecointre, sur le sens de ces propos enregistrés à leur insu.
27:46 Jean-Louis Martinez, ces écoutes téléphoniques, exhumées par la Défense, elles vous avaient échappé ?
27:57 Absolument pas, puisque si la Défense a déjà ça retrouvé, c'est qu'elle figurait dans le dossier.
28:03 Le problème c'est qu'on a pris une partie de ces écoutes téléphoniques, on s'est servi de cette partie, cette conversation est enregistrée 3-4 jours après leur garde à vue.
28:13 Ils sont sur les écoutes téléphoniques, ils ne le savent pas, c'est une discussion du café et du commerce.
28:18 C'est troublant ça quand même ?
28:20 Ça peut paraître troublant pour quelqu'un qui est extérieur à l'enquête, pour quelqu'un qui est immergé dans l'enquête, qui a les écoutes téléphoniques des uns et des autres tous les jours,
28:29 qui a eu les personnes en garde à vue, qui sait comment ils réagissent, qui sont dans le flou, qui cherchent tous à comprendre ce qui a pu se passer, comme nous.
28:36 Et c'est pour ça que vous n'allez pas leur poser de questions ?
28:38 Mais non, on essaye d'avoir des éléments complémentaires.
28:41 Tous les éléments qu'on recueillera après ne nous feront pas remonter ni sur Tocqueville ni sur Le Cointre, on remontera sur M. De Peyrois.
28:49 L'enquête avait 12 pistes, donc on a fermé toutes les portes.
28:53 Quelles sont les autres pistes que vous avez... ?
28:57 On a quand même allé jusqu'au suicide d'Emilie, on est allé sur l'empoisonnement au laboratoire, sur un produit qui aurait pu être rajouté, je ne les ai plus toutes en tête,
29:09 sur quelqu'un qui aurait pu avoir un acte pervers avec la petite fille et qui aurait voulu la faire disparaître parce qu'elle pouvait parler.
29:17 Je veux dire, on a exploité quand même 12 pistes.
29:21 Les éléments qui nous ont permis de remonter sur une piste, ce sont des éléments qui sont raccrochés à M. De Peyrois.
29:27 On nous a dit "vous avez taillé un costume M. De Peyrois". Non, on n'a pas taillé de costume M. De Peyrois.
29:32 On a trouvé un costume et la seule personne à qui le costume allait bien, c'était M. De Peyrois. Ce n'est pas de notre faute.
29:37 Quoi qu'il en soit, De Peyrois et ses proches ne s'en tiennent pas à ses seules écoutes téléphoniques et font feu de tout bois.
29:50 Ils ont toujours considéré que les expertises scientifiques selon lesquelles le cyanure de De Peyrois était le même que celui qui avait tué Émilie, étaient biaisés.
29:58 Et pour le démontrer, ils saisissent un nouvel expert, le professeur de chimie Robert Rosset.
30:04 Le professeur Rosset, qui est un expert près de la cour de caussation, a revu les expertises et a considéré, pour faire bref, qu'elles avaient été mal faites.
30:17 Voilà, bon, donc lui considérait qu'uniquement les éléments à charge avaient été réunis et qu'il y avait des éléments à décharge qu'il convenait de prendre en considération.
30:26 Ce travail, évidemment, pour moi, je le trouvais intéressant. Il avait le mérite de poser clairement la question du recueil à charge des premiers éléments.
30:36 C'est-à-dire qu'il y avait des éléments, enfin, il était important de pouvoir entendre que des éléments à décharge n'avaient pas été pris en compte dans le cadre de ces expertises.
30:46 Le professeur Rosset critique notamment le travail de l'expert Gérard Verger qui, d'après lui, aurait commis de nombreuses erreurs et pris des positions discutables.
30:56 Irrégularité qui retirerait toute crédibilité à l'expertise de Gérard Verger.
31:01 Gérard Verger, c'est vous qui avez mené les expertises en toxicologie sur le flacon de Josacyn.
31:13 Votre travail d'expert a été remis en cause totalement par un autre expert, le professeur Rosset. Comment est-ce que vous avez vécu ça ?
31:20 Le professeur Rosset, à ma connaissance, a fait une étude documentaire. Il ne s'est pas livré à d'expériences.
31:26 Je ne pense qu'il n'a jamais eu les scellés entre les mains. C'est une étude qui a été faite de l'extérieur à titre de consultant pour les avocats de M. Leperrois.
31:36 Alors comment a-t-il fait pour procéder à une expertise de professeur Rosset ?
31:41 Je ne sais pas comment il a procédé à son expertise. Il a fait un dossier sur lequel il a fait un rapport.
31:48 Il n'a pas fait un travail d'expert ?
31:50 Pour moi, il n'a pas fait un travail d'expert. Il a fait canaliser des documents.
31:53 Qu'est-ce que vous pourriez nous dire aujourd'hui de votre travail, avec le recul, du travail que vous aviez effectué sur ce flacon de Josacyn ?
32:00 Il a été travaillé sur un très grand nombre d'échantillons. Il y a eu plus de 84 échantillons de cyanure qui ont été récoltés partout en France.
32:09 Nos conclusions à l'issue, c'était que deux lots de cyanure qui étaient fournis par la société ProLabo correspondaient à celui qui était introduit dans le flacon de Josacyn.
32:18 Après le travail des enquêteurs, ce n'était plus le nôtre. Il a été déterminé effectivement que ces deux lots de cyanure, un lot correspondait au lot de cyanure que M. Leperrois s'était procuré.
32:30 Le deuxième lot de cyanure qui portait un lot différent, mais qui était du 5 kg, était en réalité, après enquête, issu du même lot-mère, la société fabriquant le cyanure à l'époque, mettant des numéros de lots différents en fonction des types de conditionnement.
32:43 Il s'est avéré que ces deux lots, à l'origine, étaient identiques.
32:46 Le cyanure de M. Leperrois, c'est le même cyanure que celui retrouvé dans le flacon de Josacyn ?
32:51 Le lot de cyanure de M. Leperrois est le même que le lot de cyanure retrouvé dans le flacon de Josacyn.
32:57 Sans aucun doute ?
32:59 Sans aucun doute.
33:00 Mais la défense persiste. Il y a, selon elle, dans le rapport Rosset, un autre élément qui démontre que le cyanure qui est empoisonné et militané ne peut pas être celui que Leperrois a acheté.
33:13 La preuve, la Josacyn a été empoisonnée par du cyanure dégradé. Tous les experts ont toujours été d'accord sur ce point.
33:22 Or, le cyanure de Leperrois n'était pas du cyanure dégradé, mais du cyanure frais. Donc, Leperrois ne peut pas être le coupable.
33:30 Gérard Vergé, est-ce que c'est plausible cette affaire de cyanure frais et de cyanure dégradé ?
33:35 Tout est plausible dans la mesure où on n'a pas vérifié une hypothèse. Mais que le cyanure soit frais ou dégradé, le cyanure était présent. Cette notion de frais et dégradé est très subjective.
33:51 Ce que l'on sait, c'est que Leperrois a acquis ce cyanure un certain nombre de semaines ou de mois à l'avance.
33:57 Et que, vraisemblablement, ce cyanure, dont personne ne savait dans son entreprise qu'il le possédait, il l'a vraisemblablement caché. On ne sait pas très bien où.
34:07 Est-ce qu'il l'avait mis dans sa boîte à gants ? Est-ce que c'est le soleil ?
34:12 C'est-à-dire qu'on a pensé qu'entre le moment où il l'a acquis et le moment où il l'a utilisé, on ne sait pas très bien dans quelles conditions il l'a conservé. Toujours est-il qu'il a dû, en effet, petit à petit, se dégrader. C'est ça qu'on a pensé et qu'on a supposé.
34:32 Un point de vue que ne partage évidemment pas la Défense, qui décide de déposer une requête en révision sur la base de l'expertise du professeur Rosset, ainsi que sur les écoutes téléphoniques exhumées du dossier par Jean-Michel Dumais.
34:45 Ils veulent obtenir un nouveau procès. Mais ces deux éléments vont-ils suffire à convaincre la Cour de révision ?
34:53 Raymond Viricelle, Jean-Marc Leperrois va déposer une demande de révision. En quoi ça consiste ?
35:00 Ça consiste à essayer de démontrer que la Cour d'assises qui a prononcé la condamnation s'est trompée, que des éléments nouveaux permettent de rejuger l'affaire en fonction précisément de quelque chose qui était inconnu.
35:16 C'est un des critères de base, inconnu à l'époque de la première audience et qui est de nature à jeter un doute sur la culpabilité de la personne qui a été condamnée.
35:27 Qu'est-ce que vous en pensez à propos de ces deux éléments présentés par la Défense comme nouveaux ?
35:32 M. De Pérois a présenté une nouvelle expertise qui contredisait les conclusions des expertises initiales.
35:40 Ma réaction instinctive a été de dire que ce n'est pas du tout un élément nouveau, parce que cette nouvelle expertise proposait une relecture des travaux faits à l'origine, sans présenter de nouveau quoi que ce soit qui aurait été ignoré par la Cour d'assises lorsqu'elle a examiné le dossier.
36:01 Je prends un exemple, lorsqu'une nouvelle expertise apporte une démonstration péremptoire mettant en valeur une erreur commise par les premiers experts, en s'appuyant par exemple sur des découvertes, sur des nouveautés de la science, ça s'est vu en matière d'ADN par exemple.
36:17 Là on peut considérer qu'il y a un élément nouveau et on peut effectivement retenir une nouvelle expertise. Ce n'était pas le cas dans ce dossier-là.
36:24 Et le deuxième élément, elles sont quand même troublantes ces écoutes ?
36:28 Alors, ces écoutes étaient dans la procédure préliminaire, le problème était de savoir si elles avaient été exploitées ou pas complètement, et si on pouvait en tirer les conséquences que les avocats de M. Dupéroy pensaient pouvoir faire lorsqu'ils l'ont expliqué oralement devant la commission de révision.
36:47 Mais la commission de révision, après avoir s'être référée au débat de la cour d'assises, a estimé que ce n'était pas un élément nouveau, que ces questions avaient été vues, examinées, et que si ces écoutes avaient eu l'importance qu'on leur prête, eh bien elles auraient nécessairement été retenues, ce qui n'a pas été le cas.
37:06 Malgré l'échec de ce recours, les soutiens de Jean-Marc Dupéroy continuent le combat sans relâche.
37:14 Trois ans plus tard, en septembre 2005, ils reviennent à la charge devant la même commission de révision avec une nouvelle requête et un élément nouveau.
37:23 - Cet élément nouveau, c'est une contre-expertise réalisée par des scientifiques du CNRS qui affirme que quand on met du cyanure dans de la josacine, se dégage une odeur d'ammoniaque.
37:34 Un élément nouveau d'autant plus crédible selon eux qu'il est étayé par un témoignage.
37:42 - Jean-Michel Dumé, aujourd'hui la défense de Jean-Marc Dupéroy assure avoir la preuve irréfutable de son innocence, c'est cette odeur d'ammoniaque. Expliquez-nous.
37:52 - Lorsque vous mettez du cyanure dans de l'eau ou quand vous mettez du cyanure dans de la josacine, assez rapidement, se dégage de l'ammoniaque qui est sous forme gazeuse, qui est quelque chose de très fort.
38:04 J'ai pu à un jour constater de moi-même... - Vous l'avez senti ? - Oui, j'ai senti ça. Quand vous avez ça sous le nez, c'est proprement insupportable.
38:12 Or, dans les témoignages notamment que j'avais recueillis, figure celui de l'infirmière anesthésiste qui est intervenue le soir du drame, qui lui a senti ce médicament.
38:22 Et il a même dit qu'il avait failli le boire et quand il le sent, ça ne sent strictement rien. Lui ne sent rien.
38:32 - C'est votre thèse, celle de l'accident domestique camouflé ensuite, et donc le cyanure a bien été mis après. C'est pour ça que l'odeur d'ammoniaque se dégageait après.
38:41 - Peu de temps avant d'être mis à l'hôpital. Donc il y a aujourd'hui effectivement un élément qui est de nature à disculper Jean-Marc Depeyrois, sans même se poser la question de savoir ce qui s'est passé.
38:51 Cet élément nouveau va-t-il ébranler l'expert de l'époque ?
38:55 - Gérard Vergé, cette "preuve scientifique" de la défense selon laquelle une odeur d'ammoniaque se dégage immédiatement du mélange cyanure-josacine, vous en pensez quoi ?
39:08 - En mettant du cyanure dans de la josacine, nous les essais, nous les avons faits, il s'est strictement rien passé immédiatement.
39:14 - Aucune odeur d'ammoniaque, aucun dégagement d'une odeur particulière ?
39:18 - Je ne suis pas inconscient pour aller sentir un flacon de josacine dans lequel j'ai mis du cyanure. Je ne tiens pas à m'empoisonner, à prendre le risque d'une réaction chimique qu'on ignore totalement.
39:28 - Mais est-ce que c'est cohérent ce que dit la défense, cette odeur d'ammoniaque qui se dégage du flacon de josacine si on y verse du cyanure ?
39:38 - C'est une constatation qui est affirmée par la défense, qui n'est éteillée par aucune donnée scientifique réelle.
39:47 - On essaie d'écrire une odeur, c'est du nez, c'est de la parfumerie. Donc chacun va avoir une interprétation, va peut-être se faire influencer ou pas sur la description d'une odeur ou la tendance d'une note olfactive.
40:00 - Donc moi je reste tout de même, vous m'excuserez, mais je reste expert en disant que la place n'est pas au subjectif.
40:07 Pourtant, ce nouvel élément interroge les magistrats de la cour de révision.
40:16 On ne pourra pas reprocher à la justice de ne pas avoir fait son travail jusqu'au bout, puisque face à la contre-expertise d'Edith Pérrois, elle diligent une nouvelle contre-expertise.
40:24 Une contre-expertise qui va dire que les scientifiques du CNRS n'ont pas travaillé exactement avec les produits qui avaient été utilisés à l'époque dans les années 90.
40:35 Et que seules les conclusions des experts rendues au cours de l'instruction sont les bonnes.
40:40 Et que le cyanure contenu dans le flacon de josassine est bien le cyanure que Jean-Marc Desperrois avait en sa possession.
40:48 A ce jour, aucun des recours déposés par Jean-Marc Desperrois n'a été suivi par la justice.
41:02 L'homme est libre aujourd'hui. Il est sorti en 2006, après avoir effectué 12 années de prison.
41:08 Nous avons voulu lui donner la parole. Jean-Marc Desperrois a accepté de nous rencontrer.
41:14 Mais son avocate, maître Valéry Rosanneau, a finalement refusé que son client nous parle.
41:22 Pas facile d'approcher le clan Desperrois sans donner des garanties.
41:28 Le clan Desperrois est un camp retranché. Il faut montrer pas de blanche.
41:34 Il faut avoir prouvé qu'on était, entre guillemets, un journaliste pro-Desperrois pour avoir accès aux informations.
41:40 Les parents Desperrois m'ont reçu au début des débats parce qu'on parlait de doute dans l'affaire de la josassine.
41:54 A partir du moment où on a commencé à dire que l'affaire de la jossassine devenait l'affaire Desperrois, porte-close.
42:00 Et même au-delà, des lettres de menaces ont été écrites, à mon encontre, par le clan Desperrois, jusqu'à la direction de ma rédaction.
42:12 Parce que je n'étais pas en accord avec eux. Les avocats de Jean-Marc Desperrois, qui étaient tout à fait ouverts, soudain se ferment.
42:23 Encouragé par maître Rosano, Jean-Marc Desperrois a demandé à tous les avocats qui se sont battus en vain pour obtenir la révision de son procès, de ne pas s'exprimer dans notre documentaire.
42:33 Ils lui ont obéi. Une décision regrettable, mais a priori bien calculée.
42:40 Maître Liebman, Dupond-Moretti, maître Spiner, l'avocat de l'ex-président de la République, qui travaillent pour Jean-Marc Desperrois.
42:52 Et finalement, tous ces cadors ont échoué. Ils ne sont pas parvenus à faire douter la justice. Ils ont fait douter le public.
43:03 Alors là, ils ont vraiment marqué des points, puisque nous sommes 20 ans après l'affaire. On parle encore de l'affaire Desperrois. 20 ans après, il subsiste un doute dans l'esprit du public.
43:18 Ce sentiment d'injustice des membres du comité de soutien reste inébranlable. Il a probablement contribué à cristalliser la haine, aujourd'hui encore, contre Corine et Denis Tanay, les parents d'Emilie.
43:30 Ce qui est absolument terrible dans ce dossier, c'est que pour essayer d'étayer l'innocence de Desperrois, il faut absolument qu'il dénigre les autres.
43:40 C'est-à-dire qu'ils ont passé leur temps à essayer de jeter le soupçon sur les parents de la petite Emilie, ce qui était absolument scandaleux.
43:48 Non seulement ces gens avaient perdu leur enfant, mais ils étaient montrés du doigt, mais ils étaient ostracisés dans leur région.
43:53 On a essayé tellement de dénigrer les uns les autres que ça, c'est assez pénible.
44:00 Dès la mort d'Emilie et pendant des mois, ses parents ont reçu des lettres anonymes, rumeurs odieuses sur leur couple, intrusion dans leur maison, vol de photos de leur enfant, menaces de mort. Rien ne leur a été épargné.
44:15 On a laissé sous-entendre que c'était la mère qui avait empoisonné le cyanure à plusieurs reprises. Ils ont dû déménager tellement ils ont été absolument mis sur la touche.
44:28 Les pires choses ont couru sur leur compte. Ils ont eu un autre petit garçon.
44:33 Et quand le petit garçon a été inscrit à l'école, dans une école privée, la directrice à un moment donné a refusé de le prendre.
44:41 Il a fallu le retirer de l'école parce qu'elle ne voulait pas, parce que son nom faisait une tâche. Et c'est quand même terrible. Le malheur ajouté encore au malheur.
44:49 Ils ne doivent leur leur salut qu'à la générosité de leur avocat, maître de Cônes, qui les accueille à Toulouse. Et là, enfin, ils disparaissent au moins géographiquement.
45:01 A cette persécution des parents d'Emilie est venue s'ajouter une autre souffrance.
45:11 A chaque fois que Jean-Marc Desperrois se prouve en cassation, fait une demande de révision, on rouvre la plaie, on rouvre les souffrances. Il faut à nouveau en parler.
45:21 C'est à nouveau à la une. On ressort le portrait de cet enfant figé dans le drapeau de Groucher de Valas à l'époque.
45:28 Et pour un père et une mère, c'est terrible. C'est terrible. Et ils ont eu à souffrir. L'expression est galvaudée. Coupable d'être victime. Mais c'est vraiment le cas.
45:57 Laurent De Cônes, est-ce que les parents d'Emilie ont un jour pensé à se venger ?
46:02 Non, ils n'ont jamais, à ma connaissance, je ne suis pas au fond de leur âme, mais ils n'ont jamais nourri d'intentions vengeresses.
46:13 Bon, ils ont été exaspérés, désespérés par des attitudes qu'ils ont interprétées comme des provocations, mais ils ont toujours délégué leur douleur à la justice.
46:26 Comment ont-ils vécu le fait de devoir se claquemurer dans le silence ?
46:30 Ils ont compris que c'était une nécessité permettant que l'enquête se fasse dans une relative sérénité. Et effectivement, parce qu'ils se sont tus, l'enquête s'est déroulée et est arrivée à son terme dans cette relative sérénité.
46:54 Après le procès, les parents d'Emilie ont fini par rompre le silence. Corinthianet a écrit plusieurs livres pour livrer sa vérité et raconter son douloureux travail de deuil et de reconstruction.
47:13 Elle a également fini par accepter de rencontrer des journalistes.
47:18 Moi, dans un premier temps, j'avais pris fait et cause pour De Peyrois. Et pendant l'enquête, je m'aperçois que je change complètement d'avis.
47:30 Et je demande à la rencontrer et elle accepte de me voir alors que manifestement j'avais fait des papiers jusque là qui étaient vraiment en faveur de De Peyrois.
47:37 Et j'ai été assez admirative d'abord dans le fait qu'elle puisse tout à fait me parler, dans son combat, dans sa façon de ne pas renoncer. C'était un peu pour le coup le pot de terre contre le pot de fer quand même cette histoire.
47:51 Depuis plusieurs années, les parents d'Emilie ont décidé de ne plus s'exprimer. C'était déjà leur attitude au moment de l'instruction et du procès. Pourquoi ?
47:59 Parce qu'ils vivent. Ils ont une vie. Ils ont une vie privée. Ils ont une vie de famille. Le fait qu'ils aient été plongés dans un drame qui avait par ailleurs les caractères d'un fait divers ne fait pas d'eux les otages de l'opinion publique et de l'intérêt public.
48:20 Ils ont par conséquent le droit et l'envie de vivre leur vie de façon discrète, de façon le plus tranquille possible.
48:32 Comment vont les Tannay aujourd'hui ?
48:34 Ils sont dans une paix relative dans la mesure où depuis quelques années, il n'y a pas eu de nouvelle action de M. De Peyrois. On ne voit pas d'ailleurs ce qu'il pourrait trouver maintenant après avoir épuisé toutes ses mauvaises cartouches pour remettre le sujet sur le terrain judiciaire.
48:55 Mais il est un fait que moins M. De Peyrois se manifeste, mieux il se porte.
49:06 20 ans après la mort d'Emilie, ils ont un doute sur la culpabilité de Jean-Marc De Peyrois ? Ne serait-ce qu'infime ?
49:15 Aucun.
49:20 Aucun des éléments apportés par Jean-Marc De Peyrois n'a réussi à semer le doute dans l'esprit des parents d'Emilie.
49:27 Mais aujourd'hui, qu'en est-il pour les enquêteurs ?
49:31 Jean-Louis Martinez, vous avez dirigé cette enquête du début jusqu'à la fin et vous avez été cité lors des procédures de De Peyrois. Pourquoi est-il forcément coupable ?
49:41 Il est coupable parce que tous les éléments que nous avons à part son aveu, remontent à lui. Quand on est innocent, on ne fait pas 54 mensonges dans le premier procès verbal d'interrogatoire.
49:52 Vous n'avez pas pu vous tromper ?
49:54 Pour moi, non. Pour moi, il n'y a pas d'erreur. Je vous le dis franchement, il n'y a pas d'erreur. La seule erreur qu'il y a, il y en a une, et c'est la plus grosse, c'est l'erreur sur la personne.
50:04 C'est-à-dire que De Peyrois n'a jamais voulu empoisonner cette petite fille. Et ça, je le dis, c'est vrai. Je ne sais même pas s'il voulait même empoisonner Tocqueville.
50:12 Tout aussi bien, il voulait juste lui causer des problèmes de santé parce qu'il en avait déjà.
50:17 Et quand il crie son innocence aujourd'hui ?
50:19 Je comprends qu'il crie son innocence. D'ailleurs, psychologiquement, si on analyse les choses, il ne l'a pas tué, cette petite fille. Il n'a jamais voulu la tuer. Pour lui, il est innocent. C'est un accident. C'est un accident.
50:33 Malgré les fantasmes et les remises en cause, la seule vérité aujourd'hui dans cette affaire est la vérité judiciaire.
50:41 Jean-Marc De Peyrois est coupable et donc responsable de la mort d'Émilie Tannay. Une vérité que ses proches ne digéreront jamais et qu'ils dénonceront toujours.
50:54 Le problème dans le fait de toujours crier innocence, c'est qu'à un moment donné, vous finissez par petit à petit convaincre les uns et les autres.
51:01 Tout le monde se dit, on ne peut pas pendant 20 ans, 30 ans, crier son innocence si ce n'est pas vrai. Bien sûr que si, on peut.
51:07 Aujourd'hui, Jean-Marc De Peyrois a repris le travail et réclame toujours un nouveau procès.
51:19 20 ans après, rares sont ceux qui veulent encore parler de cette histoire.
51:23 Denis Lecointre a changé de région. Anne-Marie De Peyrois a finalement divorcé de son mari et tente de tenir ses enfants à l'abri.
51:32 Même discrétion du côté de Sylvie Tocqueville, qui exerce toujours des fonctions à la mairie de Gruché-le-Valas.
51:39 Quant à Émilie, elle aurait aujourd'hui 29 ans.
51:45 Le temps est arrivé.
51:48 Le temps est arrivé.
51:52 Le temps est arrivé.
51:56 Le temps est arrivé.
51:59 Le temps est arrivé.
52:02 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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