00:00Début de soirée dans le quartier de la gare à Saint-Denis près de Paris.
00:06Passé 20 heures ce fast-food est l'un des rares commerces encore ouverts.
00:11Derrière le comptoir un homme aux fausses airs de Bruce Willis.
00:17Il est là pour servir les clients mais aussi de plus en plus pour les protéger.
00:27Le soir en général ça chauffe un petit peu.
00:33Ça dépend des jours en fait.
00:36C'est en portée ?
00:40Si Tahar doit jouer les gros bras c'est à cause de la localisation de son restaurant.
00:47Alors l'équipe ça va ? C'est juste là dans le hall à côté ? Voilà des fois c'est des
00:55gens qui se regroupent et voilà et ça empêche des familles de rentrer ici.
00:58Ces derniers mois l'immeuble d'à côté est devenu un repère de consommateurs.
01:03Au fond dans la cour quelques silhouettes il y a là une petite dizaine de toxicomanes.
01:10Certains sont aussi dealers ils acceptent de répondre à nos questions.
01:15Combien de clients par jour ?
01:2070.
01:22Plus même.
01:25Alors je ne parle pas du genre des RMI.
01:28Ah oui ? Et il y en a plus ?
01:30Des toxicomanes imprévisibles du coup la moindre altercation peut dégénérer.
01:39Et c'est souvent Tahar le responsable du restaurant qui doit s'interposer.
02:09Tahar joue les médiateurs mais dès qu'un toxicomane empêche les clients d'entrer
02:25dans son restaurant il se montre encore plus expéditif.
02:30Non mais s'il te plaît reste tranquille.
02:32Tu ne te mets pas devant l'entrée parce que là c'est pas la fête maintenant d'accord ?
02:40Va là-bas, rentre dans ton hall.
02:42Rentre là, va faire la fête là-bas.
02:50Je vais t'arracher la tête aussi d'accord ?
02:57C'est bon.
02:59Tu leur fais du bien et voilà.
03:01C'est ce que tu gagnes.
03:03C'est bon c'est bon calmez-vous et voilà.
03:05Pose la bouteille.
03:07J'allais l'exploser la tête là.
03:09A ce jour Tahar n'a jamais été agressé par un toxicomane.
03:11Il faut dire qu'il sait aussi se montrer généreux.
03:13Chaque soir il leur offre gratuitement de la nourriture.
03:15Dérivera en première ligne face à des toxicomanes.
03:17Dans cette ville la situation est devenue explosive.
03:19Saint-Denis, 100.000 habitants.
03:21Une ville de la banlieue nord à quelques minutes de Paris.
03:23Le quartier de la gare est aujourd'hui devenu le repère des fumeurs de c**.
03:25Jadis c'est l'hôpital de l'hôpital.
03:27Jadis c'était à Paris qu'ils s'approvisionnaient.
03:29Mais il y a deux ans la police a délogé la plupart des dealers.
03:31Et c'est dans certains quartiers de Saint-Denis qu'ils ont repris leur commerce.
03:33Depuis, des centaines de toxicomanes viennent tenir.
03:35Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
03:37Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
03:39Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
03:41Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
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03:45Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
03:47Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
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03:53Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
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03:59Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
04:01Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
04:03Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
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04:07Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
04:09Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
04:11Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
04:13Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
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04:49Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
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05:09Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
05:11Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
05:13Et c'est là qu'il y a eu un coup d'enfer.
05:16Je regarde dans mes cheveux.
05:185-8 heures.
05:20Au cas qu'on m'agresse.
05:45Elle ne peut plus s'en passer.
05:58Mais après avoir fumé, vous ressentez quoi ?
06:01Ben, je suis bien et je suis ailleurs.
06:06C'est un petit clash que tu ressens, mais...
06:08C'est tellement bon qu'on peut pas l'expliquer, c'est du poison, tu vois.
06:11Je veux te dire, c'est... c'est pas bon.
06:15Quelques marches plus bas, un autre toxicomane prend sa 1re dose de la journée.
06:22En quelques secondes, la drogue lui monte au cerveau.
06:29Il ne semble même plus conscient de notre présence.
06:35Comment vous vous sentez, là ?
06:38J'ai pas... J'ai pas mal.
06:43Cette cage d'escalier est régulièrement occupée par des fumeurs de c***.
06:47Les habitants de l'immeuble ne s'en étonnent même plus.
06:50Comme Sekou, qui vit au dernier étage.
06:54Vous allez bien ?
06:55Oui, oui.
06:56Ça tombe bien.
06:57Ah non, ça tombe mal.
06:59Comment vous vivez ça, monsieur ?
07:01Ben, vraiment une vie difficile.
07:03Une vie, franchement, que nous n'acceptons pas.
07:06Et presque tous les habitants...
07:09La plupart des habitants d'ici, ils ont la trouille, déjà.
07:13C'est grave, on peut même pas amener un parent ou quoi que ce soit.
07:21Enjambé des toxicomanes pour rentrer chez soi,
07:24en ayant peur d'être agressé,
07:26Sekou le supporte en silence.
07:28Mais ce n'est pas le cas de tous les habitants.
07:35Ce matin-là, sur le parvis de la gare,
07:38se tient une réunion de quartier entre riverains et responsables de la mairie.
07:44A la tribune, le député de la circonscription,
07:47le maire de la ville et un de ses adjoints.
07:54Ils sont venus exposer le programme de réhabilitation du quartier de la gare.
08:05La construction de la médiathèque communautaire
08:07pour l'ensemble de ce périmètre sur la ville de Lille-Saint-Denis.
08:12Des projets ambitieux, mais qui ne verront pas le jour avant plusieurs années.
08:16Et dans l'assistance, certains habitants ne semblent pas prêts à l'attendre.
08:19J'ai répondu à ma question.
08:20Je ne vois plus revenir sur la sécurité.
08:22La sécurité, vous l'avez dit, c'est pas de votre faute.
08:24Mais je pense qu'il va pas falloir réfléchir à trouver une solution pour nettoyer...
08:27Mais on réfléchit pas, on agit.
08:29C'est ce que je viens de vous expliquer.
08:32Enfin, ça fait un petit bout de temps que vous avez dû agir.
08:34Non, on a agi et on continuera d'agir.
08:36Pas suffisamment, il y a du sens à avoir.
08:38Parce que les seringues, les trucs dans lesquels ils fument du c**,
08:41dans le parc, les cartons, c'était une vraie déchetterie.
08:43On pouvait même pas emmener nos enfants dans le parc de la rue Brise-Échalas.
08:47Il y a des gens qui habitent ici qui pourront vous le dire.
08:49On pouvait pas emmener nos enfants.
08:50Tout autour, c'est sale.
08:51Il y a de l'urine, des défections, des papiers.
08:55On a déjà agi.
08:57On reprendra des actes avec des moyens renforcés, s'il le faut,
09:00dans les semaines qui viennent, tout de suite.
09:03Et on travaille aussi sur les projets d'avenir.
09:05L'équipe municipale est dans ses petits souliers.
09:08Et ce matin, elle va devoir faire face à la fronte de la population jusque dans la rue.
09:13Qu'est-ce qu'il faut faire, alors ?
09:15Qu'est-ce qu'il faut faire ?
09:17Non, c'est pas de votre faute.
09:19Vous y êtes pour rien, monsieur.
09:21Qu'est-ce qu'il faut faire à l'école ?
09:23Les élus n'ont pas le pouvoir de...
09:25Ça fait mal.
09:26Ça fait mal d'entendre qu'on n'a pas réussi.
09:28Je suis désolé, vous n'avez pas réussi.
09:30Ce sont les gens qui vous ont élus, qui disent que vous n'avez pas réussi.
09:34Je suis désolé.
09:35La mairie peine à trouver des solutions d'urgence.
09:38Alors, certains habitants tentent de prendre les choses en main.
09:42A la tête du mouvement, Françoise.
09:45On a les balcons, on peut même pas en profiter.
09:49Françoise craint des représailles des dealers qui rôdent en bas de chez elle.
09:53Elle souhaite rester anonyme.
09:55Ils sont là, en dessous.
09:57Ils se placent en dessous, là, entre la rue du port et puis jusqu'à la...
10:01Jusqu'à la... Jusqu'à la passage.
10:03Vous avez l'impression que vous osez... Vous osez appeler ?
10:06Oui, oui, non, je vais pas.
10:08Réellement, je vais pas me faire repérer.
10:10Pourquoi ?
10:11Parce que je veux bien être gentille, mais je tiens ma vie.
10:15C'est quoi, là ?
10:17Oui, je pense qu'il faut être prudent.
10:19Les gens nous disent quand on...
10:21T'habites de la Gare Saint-Denis, mais comment tu fais ?
10:23Pourquoi tu pars pas ?
10:24Eh bah non, moi, je partirai pas, c'est pas à moi de partir.
10:27Vous refusez de partir.
10:28Je partirai pas, c'est pas à moi de partir.
10:31C'est pas moi, qui suis citoyenne responsable, qui vais partir,
10:34parce qu'il y a des emmerdeurs dans le quartier.
10:39Avec son mari, Françoise a créé une association
10:42et a recruté certains habitants de son immeuble.
10:45Bah, j'espère que ça va durer.
10:47Comme Catherine.
10:48C'est pas encore actif, sinon...
10:50Bah, moi, je me suis pas mise encore à la fenêtre, là, de ce côté-là.
10:54Elle vit ici avec son fils et ses 2 filles.
10:58Elle aussi nous a demandé de cacher son visage par crainte des représailles.
11:04Ce matin, y en avait 3.
11:05L'objectif de Françoise et Catherine,
11:07comme des autres habitants de la résidence,
11:09reconquérir le territoire annexé par les dealers.
11:15Qu'est-ce qui se passe, ce soir ?
11:16Bah voilà, là, vous avez déjà une petite partie qui est arrivée,
11:21qui squatte, là, jusqu'à des heures...
11:24On les entend crier.
11:26Certains consomment, consomment du...
11:30C'est infernal, c'est un square pour enfants.
11:32Et on le voit bien, il y a des petits jeux.
11:34Et donc, les enfants ne peuvent pas descendre.
11:36Les parents ne peuvent pas profiter du square, non plus.
11:39Et c'est inadmissible, quoi.
11:41Je veux dire, on paye, on paye quand même un loyer,
11:45on a des gros charges.
11:47Pour Catherine, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase,
11:50c'est ce qui est arrivé à sa fille.
11:52Il y a 3 mois, elle a été agressée par un toxicomane
11:55alors qu'elle garait sa voiture dans ce parking.
12:00Il s'est accroché à ma vitre.
12:02Et pendant tout le tour du parking,
12:04il s'est resté accroché à ma vitre pendant que je roulais,
12:06et moi, j'accélérais un peu.
12:07Et je suis rentrée directe dans ma place, mais en biais.
12:09Et il y avait un poteau derrière.
12:11Je me suis mise comme ça, j'ai fermé les vitres,
12:13il a commencé à crier et tout.
12:14Il mettait des coups de poing, des coups de poing, des coups de poing.
12:16Donc là, il y avait du sang, des traces de mains et tout.
12:20J'ai ouvert la porte quand même,
12:22et il s'est jeté sur moi dans la voiture,
12:23c'est-à-dire que j'étais presque allongée.
12:25Il s'est jeté sur moi, j'ai dit,
12:26c'est bon, il va me faire quelque chose.
12:28Et en fait, il a pris mon téléphone, il est parti en courant.
12:33C'est un drogue et un toxicomane.
12:37Depuis cette agression,
12:39Françoise et son association multiplient les initiatives.
12:42C'est plus que du courrier, c'est carrément un bouquin.
12:47Comme cette banderole accrochée au balcon de la résidence.
12:50Un fait d'arme repris dans la presse locale.
12:55Une banderole qui disait
12:56alcool, drogue, violence, stop, on n'en peut plus.
13:00Françoise et ses amis inondent aussi de courriers les autorités.
13:05Et la dernière en date, c'est l'orthophobe.
13:08Qu'est-ce qu'il vous a répondu ?
13:10Voilà ce qu'il m'a répondu.
13:12Ça, c'est la réponse d'orthophobe.
13:14Le ministre a pris connaissance de votre correspondance.
13:17Soyez assurés de l'entière détermination du ministre
13:19à lutter contre toutes les formes de délinquance et d'insécurité
13:22afin que chaque citoyen puisse en tout lieu et en tout temps
13:25aspirer à sa tranquillité légitime.
13:28Elle date de quand ?
13:29Du 4 septembre 2009.
13:32Et orthophobe est venu le 15 septembre, je crois,
13:36si je ne me trompe pas de date.
13:38Il est venu à la suite de votre lettre ?
13:40Non, je ne pense pas, je n'ai pas cette célébrité.
13:44Le 15 septembre dernier, en effet,
13:46le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux,
13:48a fait une visite éclair à Saint-Denis.
13:54Il a annoncé le renforcement des effectifs de police
13:57pour tenter d'enrayer le trafic.
14:01Pendant la journée, le quartier est désormais quadrillé.
14:04Pourtant, dealers et toxicomanes n'ont pas vraiment déserté les lieux.
14:11Ils se font juste plus discrets
14:14et se cachent maintenant bien à l'abri des regards
14:17dans les cours d'immeubles comme Chris.
14:26Il a fait une opération coup de poing de temps en temps,
14:28comme ça sort dans le parisien, pour faire montrer qu'on est là.
14:31Et dans un mois, revenez, ça sera toujours pareil.
14:34Et du coup, si vous en voulez, je vous en trouve tout de suite.
14:36Pourtant, il n'y a personne dans la rue.
14:38Je vous en trouve tout de suite.
14:39Pour nous prouver ses dires,
14:41Chris nous propose de l'accompagner, acheter une de ses doses.
14:44Depuis la visite du ministre, en fait, le trafic s'est déplacé.
14:48Il ne se tient plus près de la gare, mais en plein centre-ville.
14:54En pleine journée, dans l'artère la plus commerçante de Saint-Denis,
14:57Chris négocie avec les dealers.
15:00Non, mais c'est pas bon, là.
15:01Là, t'abuses, là.
15:02Là, t'abuses.
15:03Mets-moi ça.
15:04T'as vu, on rajoute.
15:05Mais c'est du bon matos.
15:07Mais je mets 40 dollars, mon frère.
15:09T'as vu ?
15:10Pour consommer, Chris se rend dans un lieu plus discret
15:13que des cages d'escalier.
15:15Un endroit isolé le long du canal
15:17où aucun habitant n'ose s'aventurer.
15:21Les toxicomanes l'appellent la jungle ou le ghetto.
15:25Vas-y.
15:27Chéri, je voulais pas...
15:28Non, je trouve pas mon billet, moi.
15:30A peine arrivé, Chris retrouve Mylène, une autre habituée des lieux.
15:35C'est pas important.
15:37Elle est accro depuis 15 ans.
15:39Malgré tout, elle conserve un peu de lucidité sur sa toxicomanie.
15:47Le 1er jour que mes amis m'ont fait goûter,
15:49je ne savais pas que c'était pas bon.
15:51Si je savais aujourd'hui, je ne l'aurais jamais fait.
15:54Ne touchez jamais à ça, parce que c'est pas un bon produit.
15:58Si je pouvais retourner en arrière, je ne l'aurais jamais fait.
16:05Qu'est-ce que ça vous fait comme effet ?
16:07C'est éphémère.
16:09Finalement, ça me fait plus d'effet,
16:11mais je n'arrive plus à m'arrêter, donc je ne comprends plus rien.
16:14Oui.
16:20Le lendemain, quasiment au même endroit, changement d'ambiance.
16:28Merci.
16:29Voilà la belle crêpe de Nicole et Robert.
16:33Ce samedi, Catherine, Françoise et les autres habitants ont retrouvé le sourire.
16:38Pas de dealers, pas de toxicomanes.
16:41C'est la fête annuelle du quartier.
16:43Et pendant quelques heures, la rue est à nouveau aux habitants.
16:47Mais Françoise ne crie pas victoire.
16:55Heureusement qu'il y a quelques habitants un peu militants,
16:58un peu revendicateurs, un peu rebelles, qui sont présents.
17:07Oui, enfin, qu'essayent de la prendre.
17:14Le combat est loin d'être gagné,
17:17car en face, sur l'autre rive, les affaires continuent.
17:22Les toxicomanes sont toujours là.
17:25On estime à un peu plus de 300 le nombre de fumeurs de ***
17:30qui fréquentent le quartier de la gare de Saint-Denis.
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