Géraldine Parodi, la reine des abysses entre dans l’histoire de la plongée mondiale

  • le mois dernier
Il est 5 h du matin sur le quai de l’Institut National de Plongée Professionnelle. Le soleil est encore couché et la mer d’huile annonce une journée parfaite pour ce jour si particulier. Géraldine Parodi grimpe sur la barge, qui, dans quelques heures, la fera rentrer une nouvelle fois dans l’histoire. Il y a quelques années déjà, elle devenait la quatrième femme scaphandrier en France. Aujourd’hui, elle s’apprête à devenir la première d’entre elles à passer le fameux « 3A », qui correspond au plus haut niveau de formation de plongée professionnelle en saturation au monde.

Au loin, deux lamaneurs et un remorqueur viennent arrimer la barge, afin de la conduire au large, derrière l’île du Riou, où se trouve un point de plongée à 80 mètres de profondeur. Géraldine fera équipe avec Martin, un instructeur néo-zélandais lui aussi venu décrocher le Graal des scaphandriers.

Il faudra une heure de navigation ou plutôt de tractage pour atteindre la zone de plongée. C’est à ce moment que tout se précipite. Les tenues de plongée sont enfilées, la check-list est vérifiée et Géraldine se faufile dans la petite cloche qui lui permettra de descendre et effectuer ses plongées à plusieurs paliers, « c’est la journée que j’attendais, c’est dans la continuité de ma vie de scaph mais c’est sûr que c’est une journée importante », confie-t-elle sans laisser entrevoir la moindre anxiété avant le grand moment.

À l’intérieur de la salle de contrôle, Romain Orlandini, un ancien plongeur démineur devenu l’un des spécialistes de la saturation les plus reconnus au monde, pilote tel un chef d’orchestre les différentes vannes qui permettront à Géraldine de respirer le mélange de gaz nécessaire au bon fonctionnement de son corps dans cette descente hors du commun.

Après deux plongées à 25 et 55 mètres, l’heure est venue pour la reine des fonds marins d’entrer définitivement dans l’histoire. La trappe s’ouvre et la plongeuse sort pour la première fois à 80 mètres de profondeur. Au final, elle effectuera quelques pas, à 84 mètres très précisément, pendant une dizaine de minutes, avant d’amorcer sa remontée et rejoindre le caisson hyperbare.

L’opération aura duré au total deux fois à peine plus d’une heure, et pourrait presque s’apparenter à de la routine, tant tout semble maîtrisé par l’équipe, comme par Géraldine. Mais il ne faut pas s’y tromper, en atteignant cette profondeur en saturation, les risques sont réels. La moindre erreur pourrait coûter la vie à ces plongeurs.

À l’issue de cet exploit, il faudra un peu plus de 42 heures au binôme enfermé dans un caisson hyperbare à bord de la barge pour enfin pouvoir retrouver un équilibre de gaz normal dans leur sang et retrouver l’air libre.