00:00Il est 7h43, bonjour Bernard Guetta, vous êtes député européen Renews et le groupe
00:08macroniste au Parlement européen je le rappelle, et en deuxième position sur cette même liste
00:12conduite par Valérie Ayé aux élections européennes du 9 juin.
00:15Les deux tiers du gouvernement sont sur le terrain pour booster cette campagne, dans
00:18tous les sondages vous êtes distancé par le Rassemblement National et talonné de près
00:22maintenant par la liste PS Place Publique de Raphaël Glucksmann.
00:25Bernard Guetta, pourquoi est-ce aussi laborieux cette campagne pour vous ?
00:30Pour une raison simple, les macronistes sont au pouvoir en France depuis combien d'années,
00:36des mois, déjà un petit paquet, et donc toutes les rancœurs normales d'un pays,
00:43de telle ou telle catégorie sociale, toutes les rancœurs tournées contre les gens qui
00:49sont au gouvernement, se payent dans ces sondages.
00:53Simplement c'est une erreur.
00:54Mais là vous êtes en train de me dire le problème c'est Emmanuel Macron.
00:57Non, vous dire c'est la stratégie ou la stratégie qui pose problème, en l'occurrence madame Ayé.
01:01Non, non, c'est pas ça.
01:02Le problème, le problème, le problème c'est qu'il y a une majorité gouvernementale en
01:06France qui est au pouvoir, qui prend des décisions parfois populaires, plus souvent impopulaires
01:12évidemment parce qu'il y a des décisions difficiles à prendre, et ça se paye dans
01:16les sondages.
01:17Dans les sondages pour les élections européennes.
01:20Et toute l'erreur, tragique, c'est qu'on ne vote pas pour ou contre Emmanuel Macron,
01:28on ne vote pas pour ou contre le premier ministre, le gouvernement, la réforme des retraites,
01:33etc.
01:34Non, on vote pour élire des députés européens dans un moment international véritablement
01:40très grave.
01:41Parce que je rappelle très très vite, l'agression russe à l'Est, les chaos montant, mais montant,
01:47montant, montant, sur les autres rives de la Méditerranée, et les États-Unis qui
01:51nous tournent le dos dans un moment aussi difficile, tout simplement pour la sécurité
01:57de l'Europe.
01:58Dans une période comme celle-là, les Européens doivent serrer les rangs.
02:02Mais donc, si je comprends bien ce que vous êtes en train de m'expliquer, la stratégie
02:05c'est de nous dire à quoi servent ces élections européennes, vous venez de le faire très
02:09clairement, et bien visiblement les Français ne vous suivent pas là-dedans, ils continuent
02:12de répondre à une question qu'on ne leur pose pas en vous disant « on ne veut plus
02:15Macron, en tout cas on a des comptes à régler avec lui ».
02:17Écoutez, l'un, M. Bardella, dit « c'est des élections de mi-mandat », ben non M.
02:22Bardella, ce n'est pas du tout des élections de mi-mandat, c'est des élections pour
02:27décider des politiques que vont mener ensemble les 27 pays de l'Union Européenne.
02:33L'autre, M.
02:34Glucksmann, dit « ah ben voilà, il est temps de reconstruire la gauche », ah oui ça
02:37c'est bien vrai, il serait temps de reconstruire la gauche, simplement ce n'est pas l'objet
02:41de ces élections.
02:42On s'attaque beaucoup à Mme Valérie Ayé, votre tête de liste, ça me semble un peu
02:45facile pour vous dire les choses très simplement, en fait les Français sont en train de régler
02:48des comptes, comme vous nous l'avez dit, avec 7 ans de macronisme.
02:52Écoutez, avec 7 ans ou telle ou telle décision d'Emmanuel Macron, telle ou telle décision
02:58qui était probablement à mesure en tout cas obligée, bien sûr que oui, c'est ça
03:03la situation.
03:04D'un autre côté, il reste un mois jusqu'aux élections, pendant trois mois, six mois avant
03:09les élections, ben oui, on règle les comptes, on rêve de reconstruire la gauche, etc.
03:13Au moment où on s'approche réellement du scrutin, on commence à se poser les vraies
03:20questions.
03:21Et à ce moment-là, j'en ai le ferme espoir, j'en ai même la ferme conviction.
03:25À ce moment-là, on va voir la liste qui parle réellement de l'enjeu de ces élections
03:32monter.
03:33Comment expliquez-vous qu'une partie de la jeunesse française se tourne aujourd'hui
03:36vers le Rassemblement National ? Je suis sûr que c'est une question que vous vous posez
03:39et qui vous perturbe.
03:40Comment qu'elle me perturbe ? Mais, d'un autre côté, quand on est jeune, on veut
03:48balayer le vieux monde, c'est assez logique.
03:51Or, le vieux monde, aujourd'hui, non seulement en France, mais dans l'ensemble du monde,
03:56ce sont des forces politiques qui sont réellement fatiguées.
03:59Pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron a eu un tel succès il y a sept ans ? Et pourquoi
04:03est-ce qu'il a été réélu ? Ne l'oublions pas, c'est parce qu'il incarnait le vieux
04:09constat du vieillissement de ses forces politiques traditionnelles.
04:12Aujourd'hui, forcément, après sept ans de pouvoir, Emmanuel Macron est devenu un
04:18peu impopulaire, parfois très impopulaire.
04:20Et bien, la jeunesse se tourne vers ce qui lui apparaît, bien à tort, comme une nouvelle
04:27force politique.
04:28Ce n'est pas du tout une nouvelle force politique.
04:30C'est la plus vieille des forces politiques et la plus détestable des forces politiques.
04:34Alors, il se trouve que votre vrai concurrent en ce moment, ce n'est pas l'ORN qui semble
04:37irattrapable, c'est le socialiste Raphaël Glucksmann.
04:40Pourquoi selon vous ? Et que faut-il faire ?
04:42Mais écoutez, pourquoi ? Je viens de vous le dire, parce que l'électorat de gauche
04:47en France, qui représente entre 40 et 52% du pays, traditionnellement, fondamentalement.
04:54Cet électorat de gauche, il est en quête de la reconstruction d'un grand parti social-démocrate.
05:02Et bien, Raphaël Glucksmann incarne aujourd'hui, aux yeux de ses électeurs de gauche, cette
05:13aspiration, mais bien à tort, bien à tort, parce que, pourquoi bien à tort ? Parce que
05:19ce n'est pas en un scrutin, qui plus est européen, qu'on reconstruit la social-démocratie
05:24française.
05:25C'est bizarre Bernard Guetta, parce que ce candidat socialiste modéré, cultivé, jeune,
05:28on se dit qu'il devrait être votre candidat.
05:30Vous, vous êtes vous-même un social-démocrate modéré, on peut dire les choses comme ça ?
05:34Oui, tout à fait, oui.
05:35Bon, vous n'allez pas voter pour lui, quand même ?
05:36Non, je vais voter pour ma liste.
05:38Non, mais je voulais bien être sûr.
05:39Ça doit quand même être délicat de...
05:41Mais vous savez, je retournerai votre question.
05:45Ah, très bien.
05:46Mais pourquoi est-ce que Raphaël Glucksmann n'est pas avec nous ? Moi, je me le demande,
05:50parce qu'on l'a rappelé, au Parlement européen, 9 fois sur 10, ils votent les mêmes textes
05:56que nous.
05:57Donc, quand on a dit ça, il s'est fâché tout rouge, comment, etc., bah oui, parce
06:01que ça l'embarrassait.
06:02Mais évidemment qu'ils votent 9 fois sur 10 comme nous.
06:06Alors, comment faire pour qu'on vous entende et que l'engagement européen du Président
06:09Macron, dont personne ne doute, soit représenté à cette élection, au moment où nous parlons ?
06:13On est dans un creux de vagues, c'est clair.
06:16Écoutez, nous faisons campagne, nous nous mobilisons, nous nous sur-mobilisons, on va
06:20y arriver, je l'espère.
06:21C'est votre passion depuis toujours, parlons de l'actualité internationale, le président
06:25chinois vient de quitter la France après avoir découvert les charmes de la mongie
06:28dans les Hauts-de-Pyrénées, Poutine, lui, continue sa guerre, notamment grâce aux matériels
06:32chinois.
06:33Quel doit être le rôle de l'Europe dans tout ça ?
06:35Écoutez, le rôle de l'Europe, c'est aujourd'hui de s'affirmer comme un acteur de la scène
06:41internationale.
06:42Autrement, nous allons disparaître et nous allons disparaître, je le répète, pris
06:47en tenaille entre les chaos du Sud, l'agression à l'Est et les États-Unis qui font défaut
06:53à l'Europe, qui font défaut à l'Europe.
06:56Monsieur Trump veut se retirer complètement du vieux continent, du vieux monde.
07:02S'il est élu, il le fera très rapidement, très brutalement, sauvagement, en tentant
07:08de s'entendre avec Poutine sur le dos, non seulement des Ukrainiens, mais de l'ensemble
07:15des Européens.
07:16Si c'est Biden ou un autre démocrate qui est élu, les États-Unis se retireront tout
07:21autant d'Europe, plus poliment, plus courtoisement, en négociant, en donnant un petit peu de
07:28temps.
07:29Mais fondamentalement, les États-Unis du XXIe siècle ne sont plus les États-Unis
07:35de la seconde moitié du XXe siècle.
07:37Qu'est-ce qu'on doit entrer ?
07:38Oui, mais que doit-on ?
07:39Et bien, c'est très simple.
07:40Et bien, c'est très simple et c'est tout l'enjeu de ces élections européennes.
07:44C'est affirmer l'Union européenne en acteur de la scène internationale, c'est-à-dire
07:49nous donner une défense, on a commencé à le faire.
07:51On a commencé à le faire.
07:52Écoutez, je vous vois.
07:53On a commencé à le faire.
07:54Non, non, je le crois.
07:55Vraiment, on a commencé à le faire.
07:57Resserrer les rangs en politique étrangère, on l'a fait largement.
08:02Il y a unanimité aujourd'hui dans l'Union européenne sur la question ukrainienne et
08:06contrairement à ce que l'on pense aussi sur la question Israël-Palestine et Proche-Orient
08:12d'une manière générale, puisque tous les pays de l'Union européenne défendent la
08:16solution à deux États.
08:17Je vous emmène ailleurs.
08:18Avant de nous séparer, Bernard Guetta, l'avenir de l'Europe se joue-t-il d'une quelconque
08:21façon en ce moment en Ukraine ?
08:23Mais complètement.
08:24Mais complètement.
08:25Parce que si par malheur, je n'y crois pas, mais si par malheur, Vladimir Poutine gagnait
08:30en Ukraine, qu'est-ce qu'il ferait ensuite ? Il irait chatouiller les Pays-Bas, il irait
08:34chatouiller la Finlande pour tester les réactions à la fois des grandes puissances européennes
08:39et des États-Unis.
08:40Et nous serions dans un grand désarroi, nous les Européens, parce que les États-Unis nous
08:45lâchent.
08:46Donc, il faut véritablement, véritablement mettre les bouchées doubles sur la défense
08:52européenne, mettre les bouchées doubles, pardonnez-moi de me répéter, mais c'est
08:55l'enjeu de cette élection, sur l'affirmation de l'Union comme un acteur politique autonome.
09:02J'allais vous dire, ce n'est pas facile facile d'être des démocrates de progrès
09:05entre le président chinois et Vladimir Poutine, et en fait vous le dites, et en plus maintenant
09:08les Américains ne sont plus à nos côtés.
09:10Vous le savez bien, vous le savez bien, ils le disent.
09:13J'entends bien, mais je force le trait.
09:14Mais justement, justement Yves Calvi, il serait temps pour la France et pour tous
09:19les Européens de voir cette réalité, l'enjeu de ces élections européennes, nom de Dieu,
09:26pardonnez-moi, c'est la quatrième fois que je vous le dis, mais évidemment, c'est
09:30de serrer les rangs et de nous défendre, de nous défendre, non seulement contre Poutine
09:36et les chaos du Sud, et les menaces chinoises, mais de nous défendre aussi, je dirais, contre
09:42des États-Unis qui nous tournent le dos.
09:44Merci beaucoup Bernard Guetta d'avoir pris la parole ce matin sur RTL.