00:00 ...
00:05 -Bertrand, tu nous...
00:07 Vous ne m'avez pas vue dans l'entrée ?
00:09 Comment allez-vous ?
00:10 -Bien, très bien.
00:12 Vous aussi, j'espère.
00:13 -Oh !
00:14 Ça me fait un choc de vous voir. Je ne m'attendais vraiment pas.
00:17 Vous savez, je suis seulement de passage à Paris.
00:20 -Vous êtes toujours en Amérique ?
00:22 -Ah non, non, non. C'est fini, Amérique, non.
00:24 Je vis à Londres, maintenant. J'ai trouvé un travail intéressant.
00:28 Et vous, dites-moi.
00:30 -Eh bien, c'est pareil.
00:32 Je suis seulement de passage.
00:34 Je vis ailleurs, dans une ville du Midi.
00:36 -Mais elle a un nom, cette ville.
00:38 Elle s'appelle Montpellier. Quelqu'un me l'a dit.
00:40 Pourquoi faites-vous toujours des mystères ?
00:42 -Il faut que je m'en aille, Véron m'attend.
00:44 -Moi aussi, je suis attendue.
00:46 Mais puisque nous sommes là pour une fois,
00:48 je trouve que nous pourrions nous parler.
00:50 -D'accord. Je vous écoute.
00:51 -Oh, mais j'ai pas l'intention de faire une conférence ou un monologue.
00:55 Je trouve que nous devrions parler ensemble.
00:58 Tous les deux.
00:59 Ça demande tout de même pas un courage extraordinaire.
01:02 -Non.
01:03 Mais j'ai bien peur de n'avoir rien à dire, c'est tout.
01:06 -Vous ne me rendez pas les choses faciles.
01:08 Je pense souvent à vous, Bertrand.
01:13 Et toujours avec tendresse.
01:15 Dix fois, j'ai failli vous écrire, et je me suis dit, il valait mieux pas.
01:19 -Vous avez bien fait.
01:20 -Ah.
01:21 Alors, vous me détestez toujours ?
01:24 -Croyez-le ou non, j'ai jamais eu le moyen de vous détester.
01:27 Le moins, nos sentiments de rancune contre vous.
01:30 Je n'ai jamais pensé que c'était de votre faute.
01:32 -J'étais obligée de faire ce que j'ai fait.
01:35 C'était ça ou devenir folle.
01:37 Vous savez que je n'exagère pas.
01:39 Évidemment, je ne m'attendais pas à ce que vous alliez souffrir autant.
01:44 Vous aviez tellement bien caché vos sentiments.
01:48 Et même quand j'ai su que vous étiez là-bas,
01:52 je n'ai pas regretté ma décision.
01:54 Je savais que, malgré tout, vous aimez la vie
01:56 et que vous aviez lutté pour vous en sortir.
01:59 -C'est vrai.
02:00 J'ai lutté et je m'en suis sorti.
02:02 Au début, grâce à toutes sortes de médicaments.
02:05 Des gouttes pour dormir, des cachets pour rester calme.
02:08 Il y avait même des pilules pour devenir joyeux.
02:11 -Si.
02:12 -C'est pas très romantique, mais je trouve ça amusant.
02:15 L'idée que les histoires d'amour qui finissent mal
02:16 peuvent se guérir avec de la pharmacie.
02:19 C'est amusant.
02:20 -Non, ce n'est pas amusant.
02:22 Vous l'avez peut-être oublié.
02:26 Ou bien alors, nous ne nous sommes pas raconté la même histoire,
02:28 mais c'est vous qui avez donné le signal du départ.
02:32 Je suis certaine que vous vous prépariez pour la rupture depuis longtemps.
02:36 Ces piles de livres que vous emportiez de la maison
02:38 pour les entreposer, je ne sais où.
02:40 Et puis, tenez, je me souviens très bien,
02:42 chaque fois que vous partiez en voyage,
02:43 je n'avais pas le droit de vous aider à faire votre valise.
02:46 Vous vouliez toujours me montrer votre indépendance, votre autonomie,
02:49 le côté "j'aime la solitude, moi, je n'ai besoin de personne".
02:53 -En réalité, je n'avais besoin que d'une personne.
02:56 C'était vous, mais je ne m'en rendais pas compte.
02:59 Au début, je vous ai aimé sans savoir,
03:02 et puis après, en le sachant, pour vous, c'était fini.
03:05 -Oui, c'est arrivé peu à peu.
03:08 Je sais que ça ne me sert à rien de...
03:11 de tout examiner à retardement,
03:14 mais je crois qu'il y a eu un moment
03:16 où j'aurais dû être tout à fait nette avec vous, plus claire.
03:20 -Ne croyez pas cela. Votre visage parlait pour vous.
03:23 Dans les derniers temps, je vous observais.
03:25 Votre regard était devenu plus jeune, plus fier aussi.
03:29 A cause de cela, j'ai compris que j'étais en train de sortir de votre vie.
03:32 A cette époque-là, si j'avais été capable
03:35 d'exprimer les choses directement, je vous aurais dit,
03:38 "Véra, vous êtes en train de vous libérer de moi.
03:41 "Vous avez de la chance. Je vous envie."
03:44 -Oui, je fais ça pour me libérer de vous, mais ça n'a pas été facile.
03:48 J'ai passé par une période effrayante.
03:52 Je passais toutes mes journées dans le noir à essayer
03:55 de récapituler notre histoire.
03:57 Quand est-ce que les choses ont commencé à mal tourner ?
04:00 Je savais plus qui j'étais. Quand je marchais dans la rue,
04:04 j'avais une impression d'irréalité totale.
04:07 Je ne sentais plus ma tête ni mon corps.
04:09 Ah, c'était le trou noir !
04:11 -Pendant longtemps, quand je traversais Paris,
04:13 je faisais des détours incroyables pour éviter la place Clichy.
04:18 Entre parenthèses, ils ont rasé le Gaumont Palace.
04:21 Vous seriez triste si vous alliez voir ce qu'ils ont fait de la place Clichy.
04:24 -Au début, je ne savais pas que vous aviez quitté Paris.
04:28 Chaque fois que j'entrais dans un restaurant,
04:31 je me disais si j'allais le rencontrer ici,
04:32 mangeant seul, avec son journal devant son assiette.
04:36 -Vous auriez préféré me rencontrer avec quelqu'un.
04:38 -Quand c'est arrivé, à Orly,
04:41 une jeune femme avec un accent anglais, certainement.
04:44 Et puis elle a dit quelque chose de drôle.
04:46 J'ai immédiatement reconnu votre rire. Je suis partie très vite,
04:49 mais j'aurais juré que vous m'aviez vue.
04:52 Non. Je m'en souviendrai.
04:55 Merci.
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