00:00 *Générique*
00:04 Bonsoir à toutes et à tous, nous parlons agence de notation ce soir.
00:07 Moody's et Fitch se prononcent sur la note de la France.
00:10 Bonsoir Xavier Timbeau.
00:11 Bonsoir Camille.
00:12 Vous êtes économiste et directeur de l'OFCE, l'Observatoire français des conjonctures économiques.
00:16 Il y a trois grandes agences, j'en ai cité deux, on ajoute Standard & Poor's, S&P.
00:20 Aujourd'hui, quelle est la note, quelles sont les notes de la France et que disent-elles de notre pays et de sa situation ?
00:26 Donc la note, alors chaque agence a son barème mais disons que la note de la France, elle est dans ce qu'on appelle le high grade.
00:33 Ça veut dire très bonne qualité.
00:35 Il y a un cran au-dessus qui est quand même le prime grade et ça c'est le triple A et la France l'a perdu depuis quelque temps maintenant.
00:42 Donc on est dans la zone très bonne note mais il y a mieux.
00:47 Donc si vous voulez c'est un 17, 17 et demi.
00:50 Donc on est quand même sur de la très bonne note.
00:52 On est sur de la très bonne note, on est sur de la très bonne qualité et ça a quand même une importance parce que ce que ça dit c'est que si vous investissez dans une dette publique française,
00:59 en fait vous achetez quelque chose de sûr.
01:01 Donc qu'est-ce que ça veut dire de sûr ?
01:03 Ça veut dire qu'il n'y aura pas de défaut sur cette dette.
01:07 Je vous rappelle la dernière fois que la France a fait défaut sur sa dette, c'était en 1797.
01:11 Donc ça remonte à quand même très très longtemps.
01:13 Donc il n'y aura pas de défaut, il n'y aura pas de défaut partiel.
01:17 Et donc vous pouvez y mettre votre argent en toute confiance même si la rémunération qui est associée est plutôt faible.
01:24 Ça c'est l'avantage d'avoir un titre de bonne qualité, c'est que ça ne coûte pas cher d'emprunter et ça ne rapporte pas beaucoup quand vous placez votre argent dessus.
01:31 Bon si j'écoute bien ce que vous me dites, nous n'avons pas de boule de cristal mais est-ce que ça veut dire qu'on peut s'attendre à ce que la note française ne soit pas dégradée ce soir ?
01:40 Alors c'est difficile à dire.
01:42 En plus, les agences s'entretiennent soigneusement de ce point de vue-là.
01:46 Leur communication, en fait c'est la notation des pays.
01:50 Il faut voir que pour ces agences de notation, c'est une sorte de vitrine et de moyen de faire parler d'eux.
01:55 Puisque ça fait gratuitement.
01:57 C'est fait gratuitement, donc personne ne paye pour ça.
02:01 Le boulot des agences de notation, c'est de noter tous les titres financiers, mais vraiment dans le secteur privé.
02:07 Et là, c'est un moyen pour qu'on sache qu'elles existent.
02:09 Et donc, le plus on parle d'elles, le plus content elles sont.
02:13 Alors, elles ne vont probablement pas dégrader la France parce que la France est dans une situation qui est plutôt solide.
02:20 Les marchés financiers prêtent à la France un taux qui n'a pas bougé malgré les mauvaises nouvelles économiques.
02:26 Les mauvaises nouvelles économiques, on pourrait dire oui, mais ça, ça doit forcément dégrader la note.
02:29 Parce qu'il y a eu la dette qui dépasse les 3000 milliards, le déficit qui atteint 5,5% du PIB en 2023.
02:36 Mais vous dites non, ça n'entraîne pas forcément de dégradation.
02:39 Ce n'est pas automatique.
02:40 Ce sont des mauvaises nouvelles.
02:41 Mais la question, ce n'est pas de savoir quand il y a des mauvaises nouvelles, hop, ça se traduit par une dégradation de la note.
02:46 C'est de savoir est-ce que ces mauvaises nouvelles induisent une augmentation du risque de défaut de la France ?
02:51 Et là, c'est difficile d'avoir un raisonnement qui permettrait de justifier ça.
02:55 Alors, ça se voit en particulier parce que sur les marchés financiers, les taux d'intérêt pratiqués pour la France ne sont pas montés.
03:01 L'écart avec l'Allemagne est faible.
03:03 Et donc, les agences de notation ne vont pas prendre le risque de porter un jugement très négatif.
03:08 Alors que tout le monde semble dire qu'il n'y a aucun problème aujourd'hui.
03:13 Après, la communication du gouvernement a été jugée assez peu claire,
03:19 pas un sentiment de bien maîtriser sa stratégie budgétaire.
03:22 Le fait de ne pas respecter la procédure budgétaire par l'absence d'une loi de finances rectificative
03:27 et le recours à des décrets pour faire les fameux 10 milliards, puis 20 milliards d'économie en 2024.
03:33 Tout ça sont des éléments qui montrent qu'il y a un petit risque d'absence de consensus politique,
03:38 qui pourrait y avoir une opposition, un vote de défiance ou aux prochaines élections, un changement de majorité.
03:46 Ça, c'est des facteurs d'instabilité que les agences de notation peuvent pondérer.
03:49 Donc, peut-être qu'elles vont avoir un jugement un tout petit peu négatif en ne changeant pas la note,
03:54 mais en mettant une perspective négative sur cette note.
03:57 Et ça, quel impact ça a concrètement pour nous ?
03:59 Concrètement pour nous, ça n'a pas beaucoup d'impact.
04:03 Il faut quand même en avoir conscience.
04:05 En fait, les gens qui investissent, les investisseurs professionnels,
04:08 qui sont des grandes banques, des fonds de pension et qui disposent de portefeuilles de très grande taille,
04:14 ils cherchent des actifs sûrs, ils essayent d'acheter des titres de dette allemands.
04:18 Et quand il n'y a pas de titres de dette allemands, ils achètent des titres de dette français.
04:22 Et eux, ils s'informent, ils connaissent, ils suivent.
04:25 L'analyse que fait l'agence de notation, elle n'est pas très importante pour eux,
04:29 parce qu'en fait, ils sont capables de faire leur analyse eux-mêmes.
04:32 Il y a beaucoup de matériaux gratuits, disponibles partout.
04:37 Vous pouvez aussi aller interroger le gouvernement ou l'agence France Trésor.
04:41 Il y a beaucoup de communication qui est faite autour de ça.
04:42 Donc en fait, l'agence de notation, elle n'apporte pas grand-chose à tout ça.
04:47 Ce qui fait que quand elle dit quelque chose,
04:51 elle transcrit plus le consensus général qu'elle apporte une véritable information.
04:56 Quand elle note des titres privés, Renault veut émettre de la dette,
05:01 il va demander une notation.
05:02 L'agence de notation, elle est payée par Renault et elle va regarder en détail.
05:07 Elle va faire des simulations, elle va regarder les aspects juridiques,
05:10 elle va regarder les aspects économiques, elle va comparer avec d'autres entreprises.
05:15 Il y a un vrai travail d'analyse qui est fait.
05:17 Et ça, ce travail d'analyse, oui, il peut changer les choses suivant la situation de Renault.
05:22 Mais pour un pays souverain...
05:24 - Et est-ce que les agences s'influencent les unes les autres ?
05:27 Je m'explique, il y en a deux qui rendent leur décision ce soir.
05:29 La troisième arrive un petit peu plus tard fin mai.
05:33 Est-ce qu'en effet, on regarde ce que fait l'autre ?
05:36 - Oui, bien sûr, elles se regardent les unes les autres.
05:40 Il peut y avoir un petit jeu d'essayer de capter la lumière entre elles.
05:45 En même temps, derrière, il y a leur réputation de sérieux qui est engagée.
05:49 Donc elles ne peuvent pas non plus dire des choses qui sont trop dissonantes.
05:53 Mais oui, il peut y avoir à un moment donné un mouvement qui se fait avec une agence qui va dire
05:59 "moi, je vais sortir un peu du consensus et je vais dire ce que tout le monde pense, mais que personne ne dit".
06:05 Donc ça peut avoir un petit effet cathartique, une agence de notation.
06:09 Parce que c'est quand même parmi les acteurs qui donnent leur avis sur ce sujet,
06:14 un de ceux qui ont la plus de couverture médiatique.
06:18 Et donc, du coup, à cause de ça, ils ont un poids qui peut être important.
06:22 Mais il ne faut vraiment pas en attendre une surprise.
06:25 Ils ne vont pas nous annoncer des choses qu'on ne sait déjà.
06:28 En fait, tout est sur la table, tout est transparent.
06:30 - Et puis une note reste une opinion.
06:32 - Une note reste une opinion.
06:33 Ça n'engage que cette agence de notation.
06:35 Bon voilà, après, on sait quand même qu'une dégradation, si elle devait se produire,
06:40 aurait un impact assez fort quand même dans le débat politique.
06:42 En plus, dans une période préélectorale, on va bientôt avoir la campagne des européennes.
06:47 Et là, peut-être que ça, ça peut être aussi un argument pour dire
06:51 que les agences vont être prudentes.
06:53 Parce que derrière, il y a aussi leur relation avec le gouvernement.
06:56 Il y a la relation des gouvernements avec les investisseurs.
06:59 Peut-être que dans une période électorale, on ne joue pas trop avec le feu.
07:03 Mais bon, on verra.
07:05 - On nous seront fixés tout à l'heure.
07:06 Merci beaucoup, Xavier Timbaud, directeur de l'OFCE.
07:09 Vous êtes l'invité Echo de France Info ce soir.
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